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1-KOM TIIE BEQl'KST Or
JOHN AMORY LOWELL,
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DEQUESKE-UASQUILUKR, imprimeur de la Société des Bibliophiles belges.
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CH. POTVIN.
PREMIÈRE PARTIE : LE ROMAN EN PROSE.
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Remuai U ©allais.
PREMIÈRE PARTIE:
LE ROMAN EN PROSE
DE LA FIN DU XII.' SIÈCLE.
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ï
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iez l’estoire du scintime
veissel que l’en apele
Graal en quoi Ii pre-
cieus sanc au Sauvéor
fu recéuz au jor qu’il fu
mis an croiz et crucefiez
pour le sien peuple ra¬
cheter des poignes d’an fer 2 . Joseph us le mist an reman-
hrance par Tanoncion de la voiz d’un ange, por ce que
la vérité fust seuc par son escript de bons chevaliers
et de bons preudesommes, conmant il voudront sou-
lïir poigne et travailler de 3 la loi Jhesucrist avan¬
cer, que il vost renouveler par sa mort et par son
crucefiemant.
Li hauz livres du Graal conmance u non du pere*et du fil et
du seint esperit; ces trois perssones sont une sustance 8 , si est Diex,
■ — ■■ ■■ - •
Variantes dd Manuscrit dr Bsrni, — 1 Le graal. — * Le peule al jor qu*H fa cruceflés
por racheter d’infer. — 8 Por la loi. — « £1 non del père. — 8 Substance.
1 *
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— 2 —
et de Dieu si vient 1 li hauz contes del Graal, et tuit cil qui l’oent 2
le doivent antendre et oblier toutes les vileingnies qu’il ont an
leur cuers. Car il iert moût profitables à touz ceus qui l’orront de
cuer. Pour les preudesommes et por les bons chevaliers 3, les fez
Josephus nos raconte ceste seinte estoire, por le lignage du Bon
Chevalier qui fu après le crucefiement Nostre Seignor. Bons che¬
valiers fu il sanz faille, quar il fu chastes 4 et virges de son cors et
hardiz de cuer et poissanz, et si ot tesches sanz vileignies. N’estoit
pas bauz de parler et ne sanbloit pas à sa chière qu’il fust si cou-
rageus; mès, par poi 5 de parole qu’il déloia à dire, avindrent si
granz merveilles 6 en la greignor Breteigne que toutes les illes et
toutes les terres an chéirent an grant doulor ; mès puis les remist
il en joie par l’autorité de sa bone chevalerie 7 . Bons chevaliers fu
il par droit, car il fu du lignage Joseph d’Abarimacie. Et cil Joseph
fu oncles sa mère, qui out esté sodoiers Pilaste 8 , ne ne demanda
gerredon de son service autre que le cors au Sauvéour dt spandrede
la croiz. Li dons li sanbla estre moût granz quant il li fu ostroiez,
et li gerredons sanbla estre moût peliz à Pilate. Car Joseph l'avoit
moût bien servi. Et se il li éusl demandé ne or ne terre en avoir,
il li éust donné volentiers. Et por ce li fist Pilate le don du cors
au Sauvéor, car il cuida qu’il le déust vimant 9 traîner parmi la
cité de Jérusalem, quant il l’éust osté de la croiz, et leissier 10 le
cors fors de la cité Â aucun vilein leu 11 ; mès li bons sodoiers n’an
ot talent, ainz annoura 12 le cors au plus qu’il pot, ainz le coucha u
seint monument et garda la lence dont il fu féruz 13 et le seintime
veissel en quoi cil qui le créoit reciurent 14 péoureusemenl le sanc
qui découroit de ces 15 plaies quant il fu mis an la croiz. De cest
lignage fu li bons Chevaliers por quoi cist hauz estoires est traitiez.
Ygloas 16 ot non sa mère, li rois Peschierres fu ces oncles, et li rois
de basse gent 17 qui fu nommez Pelles, et li rois qui fu nommez
1 Si muel. — * L’oient. — 3 Por les bons chevaliers dont on ora ramenievoir les
fais. — * Castes. — 5 Par moult pou. — « Meschéances. Ce mol de Berne est plus conforme
au sujet.— 7 Par sa bone chevalerie.*— 8 Pylate VII ans. — » Vinant (Vilement) est
laissé en blanc dans Berne. — *• Laissiet.— 11 Lieu. — >* Honora — 13 Férus el costé. —
14 Eq quoi cil qui le créoient reciurent. Ces mots manquent à notre Ms. — 15 Ses. —
w Iglals. — 17 De la basse gent.
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— S —
du Chastel Mortel en cni il ot aulretant de mal comme il en ot en
cetui 1 de bien, où il an ot moût; et cist troi furent si oncle de par
Yglaï sa mère qui moût fu bone dame et loial, et li Bons Chevaliers
ot une serour qui ot à non Dindrane 2 . Cil qui fu chiés du lignage
de par sa mère 3 ot non Nichodemus. Gais 4 li gros de la croiz
des ermites fu pères Julien 5 . Cil Juliens ot I)£ frères, moût bons
chevaliers autresint coume il fu. Et ne vesquirent chaucuns en lor
chevalerie que XII anz 6 et morurent tuit d’armes 7 par lor grant
hardement, por avencier la loi qui renouvelée estoit. Il furent
XII frères. Juliens li gros fu li ainez, Gorgalians fu après, Bruns
Brandalis fu li tiers, Bertholez 8 li quarz, Brandalus de Gales fu
li quinz, Elinaus de Gavalon 9 fu li sistes, Galobrutes 19 fu li
sestièmes, Meralis del pré del palés fu li huitièmes, Frommers 11
de la vermeille lande fu neuvièmes, Melaarmaus d’Arban 12 fu li
disièmes, Galiaus de la blanche tor li onzièmes, Aliliaus 13 de la
gaste cité fu li douzièmes. Tuit cil morurent d’armes u service del
seint propheste qui avoit renovelée la loi par sa mort, etpleissièrent
ces annemis aus plus qu'ils porent 14 à lour povoir. De ces deus
manières de genz dont vos avez oï les vois 15 et les recors, nos
raconte Josephus li bons chevaliers clèrs 16 que cil Bons Chevaliers
an 17 fu estraiz, dont vos orroiz bien le non et la menière.
L'autorité de l’escripture nos dit que après le crucefiemant
NotreSeignor, n’avença nus rois terriens tant la loi Jhesucrit comme
(isl li rois Artus de Breteigne, par lui et par ces bons chevaliers qui
repcirant estoient an sa cort. Li bons rois Artus, après le crucefie-
ment Nostrc Seignor, si com je vos ai dit, estoit moût puisanz
rois 18 et bien créanz an Dieu, et moût avenoient de bones aven¬
tures an sa cort. Et avoit an sa cort la table raonde qui garnie estoit
des meillors chevaliers du monde. Li rois Artus, après la mort son
1 Ces. II. — 1 Qui ot nom Dandrane. — » Son père.—< Otais.—* Julien le gros des tans
de Camaalot. — • Et ne vesqoi chalcuns que XII ans chevaliers. — 7 A armes. — ® Ber-
tholes li chaos. — 9 Elinans d’Escavalon. — w Calobrutus.— n Fortunes. — » D’Abanie.
— « Alitas®. —Plaissierent ses eoemis à leur povoir. — 15 Les nous. — *• Li bons
clercs. — 17 Chevaliers fu. — 19 Notre Seignor, estoit si corne je vos dis et estoit rois
puisanz.
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4 -
père, mena la plus hauste vie et la pf us ceinte que nus rois menast
onques, si que tuit li prince et tuit li baron prenoient exanple 1
à lui de bien feire. Li rois Artus fu X ans an tel estât, conrne je vos
ai dit, ne n’estoit nus rois terriens tant loez com il estoit; tant que
une volentez delatanz $ \[ vint, et commança à perdre le talant de
largesce que il souloit avoir 3 , ne ne voloit cort tenir, ne à Nouel, ne
à Pasques, ne à Pentecouste. Li chevalier de la table réonde, quant
il virent son bienfet alenti, si s’anparlirent * et conmanciérent
sa cort à deloignier car de IUC et LXVI chevalier qu’il souloit
avoir de sa meignie 6 , n’avoit-il ore mie plus de XXV au plus. Ne
nule aventure n’avenoit mès an sa cort. Tuit li autre prince avoient
lor bienfet délaié por ce que il véoient li roi Artus meintenir si
faiblement. La reine Guenièvre en estoit si dolanle qu’ele ne savoit
nul conseil 7 de li méismcs prendre ne conment ele i pouisl
mestre conroi se Diex ne l’i metoit. Dès ore commancera l’estoire.
Ce fu un jor de l’Acencion que li rois estoit à Kardeil 9.
Et estoit levez du mengier, et aloit par la sale de chiez an autre,
et esgarda et vit la reine qui estoit assise à une feneslre. Li rois
ala séoir joule lui 10 et l’esgarda enmi le vis et vit que les lermes
li chéoient des euz. « Dame, fist li rois, que avez-vos et por-
quoi plourez-vous? » — « Sire, dit-ele, je ai droit se je plour.
Vos méimes ne déussiez 11 vos pas mener joie. » — « Dame,
certes, non faz-je. » — « Sire, fet-ele, vos avez droit. Je ai
yéu à cest jor ou à austres jors qui sanblabes estoient à celui
de hautescé, que vos aviez si grant planté de chevaliers an
vostre cort que à poignes les povoit l’an nonbrer i2 . Or an i a
si poi chaucun jor que j’en ai grant vergoigne, ne nule aven¬
ture n’i aviennent 13 mès. Si ai grant paor que Diex ne vos 14
ait mis en oubli. » — « Certes, Dame, fet li rois, je n’ai volenté
de feire largesce ne chose qui tort à ennor 15 . Ainz m’est mes
i Prenoient garde. — * Delaians. — 5 Souloit faire. — * S’en départirent. — 5 A eschiver
et à lalssier. — * Maisnie. — 7 Ne saroit conroi. — 8 La fin'de la phrase jasqn’à l’alinéa ne
se trouve pas dans Berne. — 9 Li rois ert à Carduel on jour de l’Acencion.— 10 Delès li.—
11 Devei.— 19 Apainesles poïst-on nombrer.— ,5 Avient. — n Nenos.— u Qoitortàhonor.
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talanz muez en foibletez 1 de cuer. Et par ce, sa-je bien que je
per mes chevaliers et l’amor de mes amis. » — « Sire, dit la
réine, se vos aliez à la chapelc de seint Augustin qui est an la
blanche forest que Tan ne peut trouver se par aventure non, je
cuit que vos auriez talant de bien feire al repairier 2, car nus nu
requist onques desconsilliez que Diex nu conseillast par l’amdr
de lui, porquoi il le requéist de bon cuer 3 . » — « Dame, fet li
rois, et je irai volenliers, quar je l’ai oï bien tesmoignicr ainsint
com vos le dites an plusors leus où j’ai esté 4 . » — « Sire, fet-ele,
li leus est moult perilleus et la chapele est moût aventureuse.
Mès li plus preudoms hermites 3 qui soit u réaume de Gales a
son abitacle lez la chapele, ne ne vit plus fors de la gloire Dieu. »
— « Dame, fet li rois, il me couvendra aler touz armez et sans
chevaliers. » — « Sire, fet-ele, vos porroiz bien mener avec vos
I chevalier et un vallet. » — « Dame, fet li rois, je n oséroie. Car
li leus est perilleus, et que plus 6 i moinne l’an genz, moins i
treuve l’en aventures 7 . » — « Sire, fet ele, I valet manroiz vos
par mon los, ne jà por ce ne vos venra se bien non, se Dieu
plest. » — « Dame, fet li rois,, à vostre pleisir soit, mès je doul
moût qu’il ne m’an viegne, se mal non 8 . » — Sire, fet la réine,
non fera, se Dieu plest 9 . » Atant se lièveli rois de delez la réine,
et li rois esgarde devent lui et voit un garçon 19 , grant et fort et
bel et juene, qui Chaus avoit non, et estoit fuiz Yvain l’Aoutre.
— « Dame, dit-il à la réine, ceslui manrai-ge avec moi se vos le
me loez. » — « Sire, fet-ele, il me plest bien, car je l’ai moût oï
tesmoignier à preu. » Li rois apele le valet, cil vient et s’ajenoille
devant lui. Li rois le fet redrecier et li dit : « Céanz gerroiz-vos
encore annuit 14 en ceste sale et gardez que mes chevaus soit
1 En foiblesce. — * Al repairier, n’est pas dans noire Ms, mais dans U. — 3 Car nus
desconsilliez nel requist onques que Diex nel conseillaist pour lui, pour qu’il le priast de
bon cuer. — 4 Au lieu de ces derniers mots : an plusors, etc. B. dit : «Et talens m’en
est venus 111 jors a. » — * Le mot hermites ne se trouve que dans B. - 6 Notre Ms. au
lieu de : et que pluSj porte : car plus. J’ai préféré B. — 7 B. dit au contraire Plus i
treuve on cruels aventurés. Notre version prête au roi un caractère pins noble. — * Que
mais ne m’en viegne. — 9 Non sera, sire, Dius vos en défende! — 10 Vallet. — 11 Chaos,
dit-il, céans vos gerrois annuit. — En cele sale, n’est pas dans notre Ms.
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anselez au point du jor et mes armes prestes. Car je voudrai
mouvoir à l’eure que je vos di, et vos méimes avec moi sans point
de compaignie. » — « Sire, fet li valez, à vostre pleisir. » Et li
vespres aproucha, et li rois et la réine se vont concilier. Quant
Tan ot mangié an la sale, li chevalier alèrent à lor ostiex ; li valez
demoura en la sale, il ne se vost desvestir ne deschaucier ; car la
nuit U sanbloit estre trop corte, et porce qu’il vost 1 estre prez au
mein 2 , au commandement le roi. Li valez fu couchiez ainssint
corn je vos ai dit; u premier sonme 3 , li sanbloit que li rois s’an
fust alezsanz lui; li valiez enestoit moût effraez et venoit à son
roncin et li metoit lasele et le freing et chauçoit ses espérons et
ceignoit c’espée 4 , ce li estoit avis en dormant, et issoit du chastel
grant aléure après le roi, et, quant il ot chevauchié grant pièce,
si antra en une grant forest, et esgardoit an la voie 5 , si véoit les
escloz del cheval le roi, ce lui estoit avis; et suivi la trace grant
pièce, tant que il vint à une lande de la forest et que il penssa que
li rois estoit ilec descenduz ; li valiez penssa que la voie ferrée li
estoit faillie 6 , si resgarde à destre et vit une chapele anmi la lende,
et voit anviron un grant cimetire où il avoit moût de sarqueuz, ce
li estoit avis. Il se pansa en son cuer qu’il iroit vers la chapele, car
il cuidoit que li roiz i fust antrez por orer. Il ala cele part et des¬
cende Quant li valez fu descenduz, si atacha son roncin 7 et antra
dedanz la chapele, il nu vit 8 ne de nule part ne d’autre, fors un
chevalier qui gisoit morz anmi la chapele desus une litière, et estoit
couvers d’un riche drap de soie, et avait entor lui cierges ardanz 9
qui estoient *0 fichiez an 1III chandeliers d’or. Cil Valez se mer-
veilla moût conmant cist cors estoit ilec 11 leissiez, quant il n’avoit
antor lui fors les ymages, et plus se merveilloit du roi qu’il në
trouvoit; car il ne le savoit quel part querre. Il osle un des
estavaus et prant le chandelabre d’or et le met antre sa house et
sa cuise 12 , et ist fors de la chapele et remonste sor son roncin et
i Voloit. — 1 Al matin. — » El primerain somme qu’il fa endormis. — 4 S’espée. —
* La voie par devant lui. — 0 Et que il s’apenssa queli rois ert illec descendus ou assez
près, car li esclot U èrent failli. — 7 Cheval. — • il ne vit nuiui ne d’uue part, etc. —
9 Et avoit IIII estavaus environ lui ardans. — 70 Notre Als. dit : qui estoient grant
Selliez. — u Illec ai «eus laissiez. — ** Et le met eu sa huese et ist fors, etc.
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s’an revet et trespasse le semetire, et ist fors de la lande, et entre
en la forest 1 et pansæ que il ne cesserait 2 s’auroR le roi
trouvé.
Si con il antre an un chemin u bois 3 , si voit venir devant
lui 4 un borne noir et hideus, et estoit assez greindres à pié que il
n estoit à cheval 5 . Et tenoit un grant coutel agu an sa main, à deuz
tranchanz, ce li estoit avis. Li valiez vint ancontre lui grant aléure
et li dist : « Vos qui là venez, ancontrastes-vos le roi Artus en
ccsle forest? » — « Nanil, fet li mesages, mès je vos ai ancontré,
dont je suis moût liez en mon cuer, car vos vos estes parliz de la
chapele 6 comme lierres et comme traites. Car vos an a portez le
chandelabre d’or dont 7 li chevaliers estoit ennourez, qui gist en
la chapele morz. Si veil que vos me le randez, si le reporterai, ou,
se ce non, je vos desfi. »•—« Par foi, fet li valiez, je nu vos randrai
mie, ançois Importerai, si en ferai présant au roi Artu 8. » —-
« Par foi, fet cil, vos le conparrois moût chièremant, si vos nu me
randez en haste. » Et li valiez Sert des espérons et cuide celui
outrer ; et cil le haste et fiert 9 du couslel u costé senestre 19 , si qu’il
li anbat u cors jusqu’au manche. Li valiez qui gisoit an la sale à ^
Kardeil, qui ce ot songié, c’esvcilla et cria à haute voiz : < Seinte
Marie ! le prouvoire ! aidiez ! aidiez ! car je sui morz. » Li rois et la
reine oïrent le cri et li chambellanc saillirent 11 sus et distrent au
roi : « Sire, vos poez bien movoir, il est jorz. » Li rois se fet vestir
, et cliaucier. Et cil crie à tel povoir com il a : « Amenez-moi le
provoire, car je muirî » Li rois i vet grant aléure et la reine, et
li chambellanz portent granz torches 12 de chandeles. Li rois li
demande que il a, et cil li conte tout ainsint con il a songié. « Ha,
fetli rois, est-ce dont songes? » — « Oïl, sire, fet-il, mès il m’est
moût leide chose, car il m’est moût leidemant avérez 13 . » 11 hauce
i Notre Ms. porte : et ist de la foret. — * Noire Ms. porte : qu’il ne pansseroit. —
* Chemin herbeus. — « Si voit Tenir derant loi, manque à notre Ms. — 8 Que s'il estoit
à cheval. — 6 Notre Ms. dit : forest. — * Le chandelabre d’or mal v aisément, de qaoi li
chevalin, etc. — 8 Présent le roi Arto. — 9 Le fiert. — 10 Al deslre costé. — 11 La réine
et li chambelianc oïrent le cri, il saillirent. — 11 Tordus. — w Oïl, sire, fet-il, mès il
m'est moût leidement avéré.
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le braz senestre : « Sire, fet-il, esgardez çà ; vez-ci le cous tel
qui m’est mis u costel jusqu’au manche *. » Après, mest la main
à sa heuse ou li chandelabres estoit. Il le trait fors et le monstre au
roi. « Sire, fet-il 2 , por cest chandelabre sni je navrez à mort,
que je vos présant. » Li rois prent le chandelabre et l'esgarda à
merveille, car onques mès si riche n’avoit véu. Li rois le montre à
la réine : « Sire, fet li valiez, ne péchiez 3 mie le coustel de mon
cors jusqu’à tant * que je soie confès. » Li rois manda un sien
chapelein, si le fist confès 5 et feire sa droiture moût bien. Li rois
méimes li trait 6 le eoustel du cors et l’âme s’aparti ilec 7 . Li rois
li fist feire son servise moût richemanl et ensevelir et entierrer.
Yvains li Âoltres, qui pères fu au vallet, fa moût dolanz de la
mort son fil. Li rois Artus, par le commandemant 8 Yvain son
père, donna le chandelabre d’or à Seint-Poi, à Londres, car l'iglise
estoit fondée nouvelemant, et li rois Artus vouloit que ceste aven¬
ture merveilleuse fu 9 séue partout, et que l’an priast an l’iglise
por l’âme de! valet qui por le chandelabre fu ocis.
Xii rois Artus s'arma, la matinée, si corn je vos ai dit et con-
mancié à dire, por aler à la chapele seint Augustin. La réine li dist :
c Sire, que manroiz-vos *0 avec vos? » — c Dame, fet-il, je n’i aurai
conpaignie se de Dieu non, quar vos povez bien savoir par ceste
aventure qui avenue' est, que Diex ne veust 11 consantir que nus
aust 12 avec moi. » — « Sire, fet-ele, Diex soit garde de vostre
cors et vos lest revenir sauvement, si que vos puissiez avoir
volanté de bien feire, par quoi vostre los soit essauciez qui moût
est descréuz 13 ! » — « Dame, fet-il, à Dieu en souviegne! * Ces
destriers fu amenez au perron ; li rois monta *5 touz armez. Li
rois ot ceinte c’espée. Messire Yvains li Aoltres li bailla son escu
et son glaive. Quant li rois ot pendu l’escu 16 al col et il tint le
glaive an sa main, l’espée ceinte 17 , sor le grant destrier armez,
1 Qui m’est el cors dosqu'al manche. — * Fet-il, manque dans notre Ms. — 3 Sachiez.
— * jusqu'à ce. — 3 Confesser. — 6 Traist. — 7 Lors. — • Par le los. — • Foist.— ><» Qui
Ira aroec y os? — 71 Vuet. — ** Voisl. — 73 Déchéns. — 74 Li fu amenez. — 75 1 monta. —
73 Notre Ms. porte : l’oi pendu à col. — 77 Ces denz derniers mots manquent dans B.
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— 9 —
bien sanbla estre au corsage et à la contenance chevalier de grant
povoir et de grant hardemant. Il s’afiche si roidemant 1 ès arçons
que il les fist croissir 2 et le cheval ploier desouz lui, qui moût
estoit fors et isniaus; et fiert des espérons,' et li chevaus li ranl un
grant saust. La réine estoit à fenestre de la sale, et chevaliers jus¬
qu’à XXV estoient tuit venus au perron. Quant li rois s’anparli :
« Seignors, fet la réine, que vos sanble du roi? Dont ne sanble-il
estre preudon? » — c Certes, dame, oïl; c’est grant doumache 3
au siècle quant il ne porsiut son bon commencement, car l’an ne
set ne roi ne prince miex anseignié de toute courtoisie, ne dé toute
largesce, se il le vouloit feire autresinl con il soloit. » Li cheva¬
liers se tèsent atant, et il rois Àrtus s’an vet grant aléure. Et antre
an une grant forest aventureuse, et chevaucha au lonc du jor tant
qu’il vint, à l’avesprir, en l’espoisse de la forest. Et choisit une
petite meson dejoute 4 une petite chapele, et li sanbla bien hermi-
tages. Li rois Artus chevaucha cele part et descent devent ceie petite
meson et antre dedanz et trait son cheval après lui, qui à grant
poigne antra an l’uis, et coucha son glaive à 1ère, et apoia son escu
à la messière, et a desceinte s’espée et deslaça sa ventaille. II esgarda
devent lui et vit orge 3, si i mena son cheval et lui osla le freing et
après a l’uis clos et serré de la petite meson. Et li senbla qu’il i ot
un escrit 6 en la chapele : li un plouroient ainsint feite et ainsint
doucement conme anges 7 , et li autre ainsint durement conme
annemi. Li rois oï tiex voiz en la meson si se merveilla moût que
ce peut 9 estre. Il treuve un huis en la petite meson qui euvre to
sor un cloitre petit par où l'an vet à la chapele. Li rois i est alez et
antre dedanz le petit moutier, et esgarde partout, mès il n’i voit
riens que les ymages et les crucefiz. El ne cuide pas que li escrois
de ses voiz vienne d’eus 11 . La voiz failli ilec quant il fu dedanz 12 ;
il se merveilla conmant ceste meson et cist esmitages estoit sous 43
et que li hermites estoit devenuz, qui ilec 14 manoit là dedanz; il
*- Fièrement. — * Es «strier* que il fesisl les arçons croistre. — 8 Dolors. — 4 Delex. —
s Orge et pantore.— 6 Estrif. — 7 Parloieni antre si docement comme angle. — « Ot tiex
voiz en la meson, manque dans B.—® Pooit.— *• Ovroit. — 11 Qoe li eslris mneve d’els.
— » La Toisa failli Inès qu’il fa entres là dedans. — » Sens. — 14 JUec manque à fi.
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— 10 —
aprocha l'autel de la chapele et esgarda par devant I sarceil 4 tout
descouvert, et vit gésir l'ermite là dedanz, tout veslu de ces dras,
et voit la barbe longue jusqu’à la ceinture et ces meins croisiées
desus son piz. 11 avoit une croiz desus lui, dont l'image li venoit
à la bouche 2 , et avoit ancore vie en soi, mès il estoit près de
finer, car il définoit 3 . Li rois fu grant pièce devant le sarceil et
esgarda moût volentiers l’ermite, car moût li sanbloit qu'il avoit
esté de bonne vie. La nuit estoit parvenue, et si avoit la dedanz *
conme se XX cierges 5 i alumassent. 11 ot volenté de demourer 8
ilec tant que cist preudoms seroit desviez. 11 se vot aséoir devant 7
le cerqueil, quant une 8 voiz li huscha moût orriblement qu’il
s’an alast, car l'an voloit loianz feire un jugement qui ne seroit pas
fez tant con il i fust 9 . Li rois s’anparti, qui yolantiers i fust
demeurez, et s’an revint an la partie de la 19 petite meson arrières,
et s’asiet desor un siège où li hermites souloit séoir. Et oï l’estres 14
et la noise recommander 42 dedanz la chapele et oï les uns parler
hauz 43 et les austres bas, et connoissoit bien aus 44 voiz que li un
sont 43 anges et li autre déable. Et oï que li déable destreingnofenl
l’àme 46 de l’ermite et que lor jugemant est auques aprouchiez, si
an font grant joie. Li rois Artus en est moût dolanz quant il voit 4 7
que les voiz des anges 48 sont acoisies. Li rois est si pan§sis qu’il
n'a talant de boivre ne de mangier. Ainsinl conme il s’anbrunchoil
à terre, pleins d’annui et de contraire, il oï an la chapele la voiz
d'une dame qui parloit si doucement et si haust que n’est hons u
monde terrien 49 , tant éust grant duel et grant pesance, s’il oïst la
douce voiz 20 de sa reson, que il ne refust en joie. Ele distau
déable 24 : « Alez fors de çoians s 2 , car vos n’avez droit en l’âme
du preudonme, que que il ait fait çà en arrières 23 ; car il est pris u
service mon fiuz et ou mien, et feisoit sa pénitance en cest hermilage
7 Sarquen. — * Dusqu’en la boche. — * Défioit. — 4 La dedanz si grant clarté. —
5 Chandoiles. — • Qo’il dormiroit. — 7 Datez. — • Tant c’une. — * Fust demoré. —
La partie de manque dans B. — 11 L’estrif. — 7 * Notre Ms. porte: reconmance. —
15 Haut. - «Ai.- 75 Estoient. — » Desrainoient Famine . 77 Dolanz en son cner,
quar il ot. — » Notre Ms. dit : les ornes des autres enges . — 78 Homs terrien el monde.
— La dame et la douce rois. — 17 As anemis. — ** Hors le cbaiens. — 85 Fet
arrières.
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11 -
des péchiez qu’il avoit fez. > — « Voire, Dame, font li déables,
més il nos avoit plus servi que il n’avoit vos ne vostre fiuz i . Quar
il a esté XL anz 2 ou plus murtriers et robéor en ceste forest 3.
Or n’a esté que V anz en cest ermitage. Or 4 , le nos voulez tolir. »
— « Non fas, tolir nu vos veil-je mie, car s’il éust esté ausint *
pris en vostre service conme 6 il est u nostre, vos l’éussiez tout
quite. » Li déable s’an vont tuit desconfit et tuit doulant, et la
douce mère Dame-Dieu si prant ? l’âme del ermite qui estoit
partiz du cors, si la coumanda * aus angles et aus a reangles,
qu’il 9 en facent présent à son chier fil, en paradis. Et li engle la
pranent, si coumancent à chanter de joie : Te Deum laudamm .
Et la seinte Dame les conduit et s’en vet aveques eus. Josephus de
ceste estoire nos fet sage et rcmembrance 10 et nos dist que cist
prendons ot non Calixins 11 .
Li rois Artus fu an la petite meson jouste la chapele et ot oïe
la voiz de la douce mère Dieu et les angles; il ot grant joie et fu
moût liez de l’âme au preudomme qui portée an fu en paradis. Li
rois ot dormi la nuit moût petit et estoit louz armez. 11 vit le jeu*
aparoircler et bel; li rois s’an vet vers 12 la chapele crier à Dieu
merci *3, et cuide trouver le sarqueil descouvert là où li esmites
gisoit, més non fet u , ains estoit couvert de la plus riche lame que
nuz *5 yéist onques et avoit par desus une croiz vermeille, et san-
bloit que la chapele fust toute ancenssée. Quant li rois ot fet s’oroi-
son là dedanz, il s’an rerevint 16 arrières et met son frain et sa sèle,
et monte, et prant son escu et son glaive, et se part de ,7 . la petite
meson et s’an entre an la forest et chevauche grant aléure, tant
que vint, en droit oure 19 d e tierce, à i9 une des plus beles forés 29
que nus homs véist onques. Et voit à l’entrée une barre lan-
céice s*, et regarde à destre ainçois qu’il entrast dedanz et voit séoir
*
7 Vostre Sas ne vos. — 1 LXII ans. — * Mnrdrissières en ceste forest et robères. —
« Si. — * Au$int manque dans B. — • Si comme. — 7 Mère Dien prent. — * Si l*a cou-
mandée. — » Notre Ms. porte: qui. — 70 De ceste estoire fet remembrance. — 71 €a-
lixtes. — 71 Clair aparoir, si s’en Ta en. — 7 * Dien prier et crier merci. — Non fist. —
» Nus bons. — *• Revint. — 77 En. — » Vient encore l’eure. — 78 En. — *° Landes. —
» Lande.
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— 12
une damoisele desouz un grant arbre feillu, et tenoit les reignes de
sa mule en sa main. La damoisele estoit de grant biauté et vestue
assez reignablemant. Li rois torne cele part, si la salue, et dit 1 :
« Damoisele, fel-il, Dex vos doinl joie et bone aventure ! » —
« Sire,fet-ele, et à voz si face 2 ! » — « Damoisele, fet li rois,
a-il nul recet an ceste lande? » — « Sire, fet la damoisele, il n’i
a recet fors une chapele seintime et un hermite qui est delez 3 la
chapcle seint Augustin. » — « Est-ce dont la chapele seint
Augustin? » dist li rois 4 . — « Oïl, sire, por voir le vos di, mès
la lande et la forest anviron est si périlleuse que nus chevaliers
n’an revient qui ne soit ou morz 5 ou plaiez ; mès li leus de la
chapele est de si grant dignetez que nus n’i vet tant desconseillez
qu’il n’en reviegne conseillez, se jl an puet retorner vis. Et Damediex
soit garde de vostre corz, car je ne vi mès pièça nul qui mieuz
éust sanblant d’estre bon chevalier 6 ,et ce seroit grant doumache se
vos ne Testiez, et je ne me partirai mès de ci, si aurai 7 véu vostre
fin. » — « Damoisele, dit li rois, vos m’en verroiz repeirier, se
Dieu plest. » — « Certes, dit la damoisele, j’en seroie moût lie,
quar donc demanderoie à loisir noveles [de celui que je quier. »
— Li rois s’en va vers la barre par u on entroit en la lande et
entre là dedanz et regarde à deslre el regort de la forest et voit la
chapele seint Augustin et l’ermitage moût bel], il vet cele part et
descent [et li semble que li hermites 8 ] soit apareillez à la messe
chanter 9 . Il areingna son cheval au rein d’un arbre jouste la cha¬
pele et cuide là dedanz antrer; mès, s’il dcust conquerre tous les
réaumcs du inonde, il n’i pëust. antrer 16 , et si ne l’an fesoit nus
desfansse, car li huis esloient ouvert 11 , ne il ne véoit nullui qui li
desfandist. Li rois en est moût vergondous 12 . Et esgarda I image
qui estoit de Nostre Seignor là dedanz, et li cria 13 merci moût dou-
i Si ta salue et dit manque dans B. — * Sire, dist-elle, et vos tos jors.— 5 Un hermi-
Uge qni est dédias. — * Dist li rois manque dans notre Ms. — 5 Que nus chevaliers
n’i puet aler qu’il ne revienne morz, etc. — 6 Car je n’en vi nul mes pièça mieux sem-
blast estre bon chevalier. — 7 Je ne partirai de ci s’aurai véu. — * Ces passages placés
entre crochets manquent dans notre Ms., un coin du feuillet de vélin étant déchiré à
cet endroit. Berne nous a permis de rétablir le texte complet. — 9 Pour chanter la messe.
— 10 Ne péust*il entrer là dedans.—« Estoit ouvers. — « E ot moût vergogne .— 15 Pria.
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— 13 —
i
cernent et regarda devers l’autel. Et regarde le seint hermite qui
estoit revestuz por la messe chanter et disoit son confiteor, et voit
à destre * le plus bel enfant que il véist onques, et estoit revestuz
d’aube 2 et avoit une couronne d’or an son chief, chargiée de
pierres précieuses qui randoient moût grant clarté. A la senestre
partie, avoit une dame si bele que toutes les biautez du monde ne
se porroient compasser 5 à sa biauté. Quant li seinz hermites ot dit
son confiteor et il ala à l’autel, et la dame prist son fil et ala séoir
à la destre partie vers l’autel desus une chaière moût riche, et mist
son fil desuz ses jenouz et le comança à beisier moût doucement
et dist : c Sire, fet-ele, vos estes mes pères et mes fiuz et mes
sires et garde de moi et de tout le monde. » Li rois Artus oï les
paroles et voit la biauté de la dame et de l’enfant, si se merveille
moût de ce [qu’ele .l’apele son père et son fil. Il csgarde à une
verière derrière l’autel et voit une flambe parmi venir, luès que la
messe fu comencie, plus clère que nus rai de] soleil [ne lune ne
estoile], et plus encor jetoit clarté tele que, se toutes les lumières du
monde fussent ensemble, n’éussent li pareil. Et est descendue desus
l’autel. Li rois Artus le voit qui moût s’an est merveilliez. Mais
moût li poise de ce qu’il ne peut entrer là dedanz, et oï, là ù li seinz
hermites chantoit la messe, les respons moult biaus et li senblent
estre respons 4 d’angles. Et, quant la seinte esvengile 5 fu léue, li
rois Artus esgarda vers l’autel et vit que la dame prist son enfant
et l’ofri ès mains au seint hermite 6 , ne il ne lava mie ses mains,
quant il ot receue l’offrande. Si s’an merveilla moult durement li
rois Artus, mès il ne s’an déust pas merveillier se il séust la reson ;
car s’il n’éust les meins nestes et mondes et le cors de toutes
vices 7 .Et quant li enfes li fu offers,il le mist cfesus l’autel; après
conmança son sacrement. Et li rois Artus se mist à jenoillons par
devant 8 la chapele et conmança Dieu à proiier pt à balre sa coupe.
Et regarda 9 après le prefet 10 et li sanbla que li seinz hermites
1 A destre del hermite — 1 Ce détail manque à Berne. — 8 Comparer. — 4 Vois. —.
8 Li sains Evangile. — 8 Le passage qoi suit est ainsi dans B. : mais de ce s'esmer*
villa mont li rois Artos, que li sains hermites ne lava mie ses mains quant il ot recéue
l'offrande.— 7 Cette dernière phrase qui n'est pas achevée ici est omise dans Berne. —
• Delors. — 9 Regarda vers l'autel. — 70 Le préfasce.
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tenlst antre ses mains un home» sanglant 1 u costé et ès paumes et
és piez, et couronné d’espinnes, et le voit an propre figure. Et quant
il l’a tant esgardé, si ne set qu’il devient, li rois an a pitié an son
cuer de ce qu’il a véu et l’en vindrent les termes du cuer aus eux.
Et regarde devers l’autel et cuide véoir l'umaine figure elle voit mué
en la forme de l'anfant qu’il avoit devant véu.
Quant la messe fu chantée, la voiz du seint angle dist : < Ite
missa est..» Li fiuz prit la mère par 1§ main et c’esvanouirent 2
de la chapele à la greignor conpaignie et à la plus bele que nus
éust onques véue. La flambe qui descendue estoit parmi la ver¬
rière s’an ala avec cele conpaignie. Quant li hermites ot fet son
service et il fu desvestuz des armes Dieu, il s’an vet au roi Artus
qui ancore estoit defors la chapele. « Sire, dist-il au roi, or povez-
vos bien antrer çoianz et, moût péussiez estre joianz en vostre
cuer se vos éussiez deservi par quoi vos i fussiez antrez an conman-
cement de la messe. » Li rois Artus antra an la chapele sanz nul
deforz 3 . « Sire, fet li hermites au roi, je vos. connois bien. Si
fis-je le roi Uter Pandragon vostre père. Par vostre pechié et par
vostre deserte, ne péustes vos 4 antrer çoianz tant conme l’an
chanta la messe. Nou feroiz yos demain, se vos n’avez avant
amandé vostre meffet à Dieu et au seint que l’an aoure çoianz.
Car vos estes li plus riches rois du monde 5 et li plus aventureus ;
si devroil à vos touz li mondes prendre example de bien feire et
de largesce et d’onor; et vos estes li exanples 6 de vileignie feire à
touz les riches homes qui ore soient u monde. Si vos an mécharra
moût durement, se vos ne rcmetez vostre afeire au point où vos
l’aviez coumancie. Car vostre cort estoit la souvereinne de toutes les
cors et la plus aventureuse; or est la pis vaillant. Moût peut estre
* dolanz qui d’anor à honte vet, mès cil ne puet avoir reproche qui
mal li face, qui de honte chiet 7 à honor ; car l’anor 8 où il est
trouvez le rescoust à Dieu ; mais li blasmes ne peut rescorre home
1 Noire Ms. dit : on borne sanglant entre ses mains. — * S’esvanuirent fors de la cita*
pele. — z Deffois. — * Uoi antrer. — 5 Et li plus poissanz et li plosarentoreos. —
« Li essemplarps. — 7 Vient. — 8 Li onors.
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— 15 —
se il a gerpi 4 honor por honte; car la honte et la vileinnie an qnoi
il est pris 2 juge le mauveis 3 . »
« Sire 4 , por moi conseilliez ving-ge ci 6, et porestre inieuz
conseilliez que je n’avoie esté. Je voi bien que li leus est seinlimes,
et je vos requier que vos priez à Dieu qui 7 me conseut, et je métrai
poigne an moi amander. » — « Diex vos leist vostre vie amande»* 8 ,
dit li seinz hermites, ainsint que vos puissiez aidier à esfacier la
mauvcise loi 9 et à essaucier la loi qui est renouvelée par le cruce- ,r
fiement du seint propheste. Mès une grans dolors est avenue an
terre novelemant par l jeune chevalier qui fu herbegiez an l’oslel
au riche roi Peschéor : si aparut à lui li seintimes Graaus, et la
lance de quoi li fiers seigne 19 par la poigle; ne ne demanda de
quoi ce servoil ne dont ce venoit 11 ; et por ce qu’il nu demanda,
sont toutes les terres conméues an guerre, ne chevalier n’an-
contre autre an forest qu’il ne li core sus et ocie s’il peut, et vos
méimes vos an aparcevroiz bien, ainz que vos partoiz de ceste
lande. » — « Sire, fet li rois Artus, Diex me 12 desfande d’an¬
goisse, de mort 1S et de vileignie, car je ne ving ça por autre
chose fors por ma vie amander 14 , et je si ferai se Diex me ramaigne
sauvemant. » — « Voire, fet li hermites, qui dedanz XL anz 4 *
a esté III ans mauveis, il n’avoit pas esté anterinemanl bons. » —
« Sire, fet li rois, vos dites vérité. » Li hermites s an part, si le
conmande à Dieu. Li rois vint à son cheval et monta le plus tost
qu’il onques pot; et met son escu à son col, et prant son glaive an
sa main, et s’an torne arrières grant aléure, et n’ot pas alé une
archiée 16 quant il vit venir un chevalier à desroi ancontre soi, et
ééoit sor un grant cheval noir et avoit escu autretel et glaive. Et si
estoit li glaives anson gros près du fer et ardoit à grose flanbe
tresque desouz les poinz au chevalier 47 . Il aloigne son glaive et
» Guerpie. — * Trové. — 5 Le jnge malveis. — 4 Sire, dit U rois Artus. — ® Amender. —
• Ci à vous. — 7 Qu’il. — * En bien amender. — 9 A effacer la mauvaise loi, ces mots
•*,/ gî importants et qui annoncent tout le sujet manquent dans B. — t0 La pointe saine. —
il Ne cui on en servoit. — m Moi. — 19 D’anieuse mort. — n A amendor. — 75 Notre Ms. :
orz. — i* Chevauctrié une traitiée.— 17 El ardant à grosse flambe, laide et hideuse, et
descendent la flambe dusque sor le poiog del chevalier.
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- 16 —
cuide férir le roi; li rois l’esehive 1 et cil passe outre; après, li
demande : « Sire chevaliers, por quoi me haez vos? » — « Je ne vos*
doi anmer, fet li chevaliers. » — « Por quoi 2 ? fet li rois. »—« Por
ce 3 que vos éustes le chandelabre mon frère, qui li fu robez mau-
veisement. » — « Savez-vous donc qui je sui? fet li rois. » —
c Oïl, fet li chevaliers, vos estes li rois Artus qui jadis fustes bons,
or estes mauveis. Si vos desfi conme mon mortel annemi. > Il
se trait arrières por mieuz poindre son eslès 4 ; li rois voit qu’il
n’an peut eschaper 5 sanz estor, il aloigne son glaive quant il voit
celui 6 venir qui aporte le sien glaive tôut ardant. Li rois Sert le
cheval des espérons au plus duremant qu’il peut et encontre le
chevalier de son glaive et. li chevaliers lui. Et s’entrefièrent si dure¬
ment 7 que li glaive archoient sanz péçoiier, et qu’il se désaünent
andui et perdent les estriex; il s’entrehurtent si duremant des
cors et des chevaus que li eil lor estancèlent ès testes et que li
sans roie $ fors au roi Artus, parmi la bouche et parmi le nés. Li
uns se trait an sus de l’autre, et repranent 9 leur aleines. Li rois
regarde le glaive au noir chevalier qui art, et se merveille moût
duremant qu’il n’est pécoiez por le grant cop qu’il an ot recéu, ainz
quide qu’il soit déables ou annemis. Li noirs chevaliers ne veust
pas leissier le roi Artus atant, ainz vient envers lui à grant eslès.
Li rois le voit vers lui venir, si se ceuvre de son escu por le péour
de la flanbe; li rois le reçoit au fer de son glaive et le fiert ** par
si grant aïr qu’il le fet ploiier sor la croupe de son cheval. Cil
resaust sus à force qui estoit de grant vertu, et fiert le roi desouz
la boucle de son escu, si que li fiers ardanz li perce l’èscu 14 et la
manche de son haubert et li conduit le fer tranchant parmi le
braz. Li rois santi la plaie et la chalor, si fu pleins de grant aïr *6;
et cil retrait son glaive à lui et ot grant joie an son cuer quant ü
santi le roi navré. Li rois ne fu mie joianz et esgarda le glaive,
cel vi qui esteinz estoit, que plus 17 n’ardoit. Si s’an merveilla moult.
* Li rois manque à notre Ms. — * Et vous, pourquoi. — s Por ce, dit-il. — * Prendre
son eslais. — * Partir. — « Celui vers lui venir. — 7 Durement andui. — * Ist. — • Repran-
dent. — Et. — 11 Le fiert emmi le pis. — ** Sovine. — 15 Resailli ès arçons. — * 4 Le
fust. — « Tous. —1« Ire. — » 7 Et plus.
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« Sire, fet li chevaliers je vos cri merci. Jà mès mes glaives
ne fnst esteinz d'ardeur 2 s'il ne fust baigniez en vostre sanc. »
— « Jà Dieus ne m’aït, fet li rois Artus, quant je jà merci an aurai,
se j’an puis esploitier. » Il broche vers lui de grant eslès et le
fiert u gros du piz 3 et le porte à terre 4 et lui et le cheval tout
an un mont 5 , et trait 6 son glaive à lui et esgarde celui qui gisoit
conme morz et le leisse en la lande et se trait vers l'oissue inèlement.
Et, si conme li rois s’an aloit, il oï grant 7 esfrois de chevaliers
venir très parmi la forest; il sanbloit bien qu’il an i éust XX
ou plus; de la forest les voit antrer an la lande, armez et bien
enchevauchiez. Et viennent à grant esploit vers le chevalier qui
morz gisoit anmi la lande. Li rois Artus devoit oissir fors de la
forest 8, quant la damoisele li vint au devant 9 , que il leissa souz
l’arbre. « Sire, fet-ele, por Dieu, retornez arrière et si m’aportez
le chief du chevalier qui là gist morz. » Li rois regarde en arrière
et voit 10 le grant péril et la foison des chevaliers qui là sont luit
armez. «Ha! damoisele, fait-il **,vosme volezocirre.»—«Certes,
sire, non fas, mais 12 il me seroit moût grant mestier que je
Téusse; ne onques chevaliers ne m’escondit de chose 13 que je li
demandasse ne de don que je li demandasse 44 . Or doint Diex que
vos ne soiez li plus vileins. » — « Ha, damoisele, je sui
navrez moût durement parmi le braz dont je lieng l'escu. » —
« Sire, fet-ele, ce sai-je bien. Ne vos n’an povez estre gariz
si vos le chief ne m'aportez del chevalier. » — « Damoisele,
fet-il, je m’en pènerai, combien * 3 qu’il m’an doie avenir. »
Li rois Artus çsgarde anmi la lande et voit que cil qui 16 sont
venuzontdepécié le chevalier tout pièce à pièce, et chaucun enporte
ou pié ou cuisse, ou bras ou poing, et c'espandent par la forest.
Et voit le darrien chevalier qui anporte sor le fer de son glaive le
7 Li noirs chevaliers. — * Estanchiés d’ardoir. — * B. ajoute : et li en fîer.t son
glaive el cors demi ôn<\ — * A terre estendo. — * B. omet : tont efl nn mont. — « Retrait.
— 7 11 et nn grant. — * B. omet : de la forest. — » A l’encontre. — 10 B. omet : et voit.
— 77 Notre Ms. omet •. fait-il. — M Notre Ms. : car. — ** Don. — u B. n’a pas cette répé¬
tition. — u Comment. — >• Qui là.
S
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chief, et li rois vet après lui grant aléure et li crie : « Ha ! sire
chevaliers, atandez-vos 1 , si parlez à mpi » — c Que vos
plest 5 ? » fet li chevaliers. — « Je vos requier 4 sor toutes anmors
que vos me daigniez $ le chief de cest chevalier, fet li rois, que vos
emportez 6 sor le fer de vostre lance 7 . » — «Je vos la donrai,
fet li chevaliers, par un covenant. » — « Par quel? » dit li rois.
— « Par tel 8 que vos me dites qui le chevalier ocist dont je port
le chief que vos demandez. » — « Ne le puis-je autremant
avoir ? » fet li rois.— « Nanil. » fet cil. — « Et je le vos dirai, fet li
rois 9 . Sachiez tôt de voir que li rois Àrtus L’ocist. » — « Et où
est-il? » fet li chevaliers. — « Querez-le tant que vos l’aiez *°, » fet
li rois Artus, car je vos an ai dit 11 la vérité ; donez-moi le chief. »
— « Volantiers, » fet li chevaliers. Il abeise son glaive et li rois
prant le chief. Li chevaliers avoit à son col un cor, il le met à sa
bouche et le sone trop durement 12 . Li chevalier qui mis c’estoient
dedanz la forest oïrent le cor, si retornenl arrière grant aléure, et
li rois Artus s'an vet vers le chesne 13 de la lande là où la damoisele
Fatant. Et li chevalier viennent adès 14 vers celui qui le chief li
avoit dpné et li demandent porquoi il a sonné le cor. « Por ce,
fet-il, que cil chevaliers qui là s’an vet m’a dit que li rois Artus
ocist le chevalier noir 15 et que nos le suivons. » — « Nos ne le
suivrons pas, font li chevalier, car c’est li rois Artus meïmes qui
anporte le chief, ne nos n’avons povoir de lui ne d’autrui mal
feire 16 , puisqu'il a passé 17 la barre. Mès vos le comparroiz, qui
l'an leissastes aler quant il fu si prochiens de vos. > Il c’esleissent
vers lui et l’ocient et détranchent et anporte chaucun sa pièce
ainsint conme de l’autre. Li rois Artus est oissuz fors de la barre
et vient à la pucele qui l'atant et li présante le chief. « Sire, fet
la damoisele, grant merciz/» —Damoisele, fet-il, volentiers. »
— « Sire, fet la damoisele, vous povez bien descendre, car vos
1 Attestés. — • B. omet ces derniers mots. — 8 fi. ajonle : béas sire. — * B. ajoute
encore : béas sire. — * ftonés. — • Portés. — 7 Glaire. — 8 B. répète : par quel covent f et
omet : par tel. — • B. omet : fet li rois. — 10 Qneres*le tant que tos Taies troré. — 11 Dite.
— 18 Si durement qne li. — 15 L'issue. — 14 A desroi. — 15 B. ajonte .• je veul, fait-il,
qne tous le sachiea. — 18 Pooir de nnlui mal faire ne de ini. — 17 Passée.
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n’avez garde deçà la barre. » Atant est li rois descenduz. < Sire,
fet-ele, osiez vostre hauberc séurement, si vos restreindrai la plaie
de vostre braz, car vos n’an poez garir se par moi non. » Li rois
oste son hauberc et la damoiselle prant le sanc 1 du chevalier qui
ancore decouroit 2 touz chaus, et an loe le roi Àrtus sa plaie 3;
après li fist reveslir son hauberc. c Sire, fet-ele, vos ne fussiez
jà mès gariz se par le sanc de qest chevelier noir *. Et por ce
anportoieni-il le cors par pièces et le chief, por ce $ qu’ils
saYoient bien que vos estiez navrez; et li chief m’aura moût grant
meslier, car I chastel m’an iert randuz qui m’iert toluz 6 par
traïson, se je ne tru\s le chevalier que je vois querre par qui
il me doit estre randuz. >*— < Damoisele, fet li rois, et 7 qui
est li chevaliers? » — « Sire, fet-ele, il fu fiuz Vilein 8 le gros
des vaus de Kamaaloth, et est apelés Perlesvax. » — Porquoi
Pèrlevax? » fet li rois. — « Sire, fet-ele, quant il fu nez, si
demanda son père conmant il auroit non an droit bautesme 9. Et
il dist qu’il vouloit qu’il eust non Perlesvax ; quar li sires de
Mores li toloit la greignor partie des vaus de Kamaaloth, si.voloit
qu’il an souvenist son fil par cel non, se Diex le monte-
ploioit 10 tant qu’il fust chevaliers. Li valiez fu moût biaus et
moût genz et 11 conmança à aler par les forés et à lancier de ces
gaveloz aus sers et a us biches, conme galois. Ses pères et sa mère
l’anmoient moût. Et estoient un jor venuz hors de leur recet por
esbattre, de quoi la forest fu moût prochiene. Si avoit, entre le
recel et la forest, une moût petite chapele qui séoit sur IIII
coulonbes de marbre. Et estoit couverte d’un fust et avoit dedanz
un petit autel et avoit devant l’autel un sarqueil moût bel et estoit
pardessus la figure d’un home escripte. Sire, fet la damoisele au
roi, li valiez demanda à son père et à sa mère quex homs gisoit
dedanz cel sarceil. Li pères respondi : < Biau fiuz, fet-il, certes
je ne le vos sai dire, car li sarceuz i est ainçois que li pères mon
i Le sanc del chief al chevalier. — * En deeoroit. — * Et le lie le roi Artn sor la plaie.
— * Ne fost. — 5 B. omet la répétition de : por ce. — • Qa’on m’a loin .— 1 B. omet : et. —
• Julien. — » Bapteeme. — *® Mulliplioit. — »i Et crut et commança.
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— 20 —
père fust nez. Et onquesn'oïdire à nullui qu’il séust qu’il a dedanz,
fors tant que les lestres qui sont sour le sarcueil dient que, quant
li mieudres chevaliers du monde vendra ci, li sarceuz aouverra 1
et desjoindra touz et verra l’en ce qu’il a dedanz.
€ Damoisele, fet li rois, i a-il moût pasez* de chevalier puis
que li sarceuz i fu mis? » — < Oil 3 , tant que je ne nus n’an set
li nombre 4 . Ne onques ne s’en remut li sarceuz. Quant li valiez oï 5
parler son père et sa mère, H demanda que chevaliers estoit. Biau
fiuz, dit la mère, vos le devriez 9 bien savoir, par lignage. Ele
dit au valet qu’il avoit XI oncles 7 de par son père qui avoienl tuit
esté 8 ocis à armes. Et ne vesqui chaucuns que XII ans chevaliers.
Sire, fet-ele au roi, li valez dist 9 que ce ne demandoit-il mie,
mès con fès 10 chevaliers estoient. Et li pères respondi que c’estoient
cil u monde où il avoit plus de valor. Après si dist : Biau iiuz, il
ont haubers de fer vestus por lor cors garantir et hïaumes laciez 11
et escus et glaives et espées ceindre par lor cors *2 desfandre.
« Sire, fet la damoisele au roi, quant li pères ot ainsint parlé
au vallet, il retornèrent ansanble u chastel. Quant vint l’endemain
la matinée, li valiez se leva et oï les oisiaus chanter, et se panssa
qu’il iroit déduire an la forest par le jor qui biaus estoit. Et monta
sor un des chacéors son père et porta ces gaveloz conme galois et
ala an la forest et trouva I cerf et le suivi bien IIII lieues galesches,
tant qu’il vint an une lande et trouva II chevaliers touz armez qui
là se combatoient; et avoitli uns I vermeil escu et li autres I blanc;
il dégerpï la chace 13 por regarder la mellée 14 et vit qui li ver-
meus chevaliers conquéroit le blanc; il lança un de ses gaveloz
au chevalier vermeil si durement qu’il li fauça son hauberc et li
fist passer parmi le cors *9. Li chevaliers chéï morz. Sire, fet la
damoisele, li chevaliers au blanc escu an mena grant joie, et li
* Orerra. —• Passé. —• OU, tire. — * Je net rot tai nombrer. —* Oï ainsi. — « Deve-
riét. — i Onclet ént. — 8 Esté tait. — 8 Respondi. — ™ Qael. — « üianmes ès chiée.
— 18 Espées rhaintes por elt desfendre. — 15 II gnerpi la trace del cerf. — w Metlée. —
« Cner.
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valiez li demanda se li chevalier 1 estaient si aesiez à ocirre.
< Je caidoie, fet li valiez, que nus n'an péust fausser ne maus-
mettre 2 ; car je n eusse pas lancié de mon javelot, » fet li valiez.
Sire, cil anmena le destrier chiés 3 son père et sa mère; il furent
moût dolant quant ils orent 4 les noveles du chevalier que il ot ocis.
Il orent droit, que grant poigne lor an vint 3 puis. Sire, li valez se
départi de chez son père et de sa mère 6, et s’an vint i cort le
roi Artu. Li rois le fist chevalier moût volontiers quant il sot sa
volonté, et après se départi de la terre et ala aventurer par toutes
les terres. Or est li miudres chevaliers qui soit u monde. Si le vois
querre et je auroie moût grant joie à mon cuer se je le povoie trover.
Sire, se vos l’ancontrez par aucune aventure, an aucune de ces forés,
il porte un e6cu vermeil à un cerf blanc. Si li dites que ses pères est
morz et que sa mère perdra toute sa terre se il ne la vient secorre ;
et que li frères au chevalier au vermeil escu qu’il ocist an la forest
de son gavelot la 7 guerroie avec le seignor des Mores. » — « Da-
. moisele, fet li rois, se Diex le me donoit ancontrer, j’an seroie moût
liez, et forniroie 8 moût bien vostre mesage. » — « Sire, fet-ele, or
vos ai-je dit ce que je quier, or si me dites vostre non. » — « Cil 9
qui me connoissent m’apelent Artu. » — < Artus ! avez-vous ains-
sint non?— * Damoisele, fet-il, oïl. » — « Se m’aïtDiex, fet-ele,
ce vos hé-je plus que devant, car vos avez le non au plus mauveis
roi du monde et je voudroie qu'il fust aussi ci conme vous estes
ore i0 . Mès il ne se mouvra en pièce sous de Cardeil tant con il
puisse ; ainz garde la réine que l’an ne li taille, ainsint conme je
Fai oï tesmoignier, car je ne vi oncques.ne l’un ne l’autre. J*estoie
esméue à aler à sa cort; mès je ai bien ancontré XX chevaliers,
I après autre, à qui j’an demandoie 11 ; si m’an ont dit ainsint li un
conme li autre, car chaucun m’a dit que la cort le roi Artus est la
plus vil du monde et que tuit li chevalier de la table raonde l’ont
1 Sa chevalier. — 1 Que les armes del chevalier ne poîst iras fausser ne malmettre.—
* Sire, li valiez eu amena le cheval chiés, etc . — * Surent. — s Créât. — * S’enparti
del recet son père et sa mère. — 7 Le. — * Damoisele, fait li rois, J*en seroie moût liés
se Diex le me laissoit trover et si forniroie, etc. — 9 Damoisele, feit li rois, volontiers,
cil, etc . — 10 Qu’il fust ore ci ausi comme vous estes. — « De lui.
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gerpie par sa mauveistié. » — « Damoisele, fet li rois, de ce peut-il
estre mount dolanz ; à son conmancemant, oi je dire qOe il le fist
moût bien. » — « Et qui chaust, fet la damoisele, de son bien
conmancier i , quant la fin est mauveise? Et moût me poise quant
si biaus chevaliers et si preudon coq me vous estes 2 a le non à si
mauveis roi. » — « Damoisele, fet li rois, l*an n’est pas bons par
le non mès par le cuer. » — « Vos dites vérité 3 , fet la damoisele,
mès por le non du roi m’an despit 4 li vostres. Et quel part iroiz
vos?» fet-ele. « Je irai à Kamaaloth * où je trouverai le roi Artus,
quant g’i venrai. » — «Or tost, fet-ele, l’un mauveis avec l’autre.
Ainsint l’espoir-je de vos puisque vos i alez. » — « Damoisele, vos
diroiz vostre pleisir, car je m’an vois 6 . A Dieu vos conmant, » —
« Et jà Diex ne vos conduie ! fet-ele, se vos alez è la cort le roi Artus. »
Autant s’an parti li rois et monta 7 et leisa la damoisele sor
l’arbre et entra en la haute forest 8, et chevaucha à grant esploit
plus tost qu’il pot venir à Cardeil. Et ot bien chevauchié X lieues
galesches quant il oï une voiz en l’espoisse de la forest et conmença
à huchier. « Artus, li rois de la grant Breteigne 9 , moût peuz
estre joieus à ton cu^r de ce que Diex m’a tramis à toi. Et si te
mande que tu teignes court au plus prochiènement 10 que tu porras ;
car li siècles, qui est anpiriez por toi et por ton deloiement de ton
bienfet, en amandera moût. » La voiz se test atant et li rois fu
moût joieus an son cuer de la voiz qu’il ot oïe **. Li contes ne
parole ci plus d’aventure 12 qui avenist au roi Artus an sa revenue
ne an son repeire *3. Ainz a tant chevauchié qu’il est revenuz à
Cardeil. La réine et si chevalier firent mont grant joie de lui * 4 .
Li rois fu descenduz au perron et monta an la sale et se fist
désarmer. Et montra à la réine la plaie qu’il avoit u braz, qui
moult avoit esté grant et merveilleuse mès ele garissoit
i B. omet : de son bien eommencier. — * Semblés estre. — » Voir. — * Me desplaist.
— 8 Cardoel. — • B. omet : car je m’an vois. — * Atant remonta li rois et s’emparti. —
8 Et entra en la haute forest, manque dans notre Ms.— 8 Roi Artus de le grant Bretaigne.
— io Tost. — « De ce qu’il ot oï. — 11 Ne parle pins ci d’antre aventure. — « Au roi
Artn en son repairier. — u Fisent gral faste de loi et grant joie. — 15 Grans et annuieuse.
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belemant. Li rois s’an vet eq la chambre, et la réine avec et fet
li rois vestir d’une robe de drap desoie, fouréed’ermine toute, et
secot et manlel *. < Sire, fet la réine, vos avez moût éu et poigne
et travail. » — < Dame, ainsint le convient il soufrir à preude-
somes por annor avoir car à poignes peut nus annor avoir
sans travail. » Il conte à la réine 3 toutes les aventures qui avenues
li sont 4 puis qu’il s’an parti, et par quel manière 5 il fu navrez
el braz, et de la damoisele qui tant l’avoit blasmé de s’onnor 6 .
« Sire, fet la réine, or savez-vous bien 7 que hauz hons et riches
et puissans doit estre moût honleus quant il devient mauveis. » —
« Dame, fet li rois, ce me feit bien antandant 8 la damoisele. Mès
une voiz m’a moût réconforté que j'ai oie an la forest, quar ele me
dist que Diex me mandoit que je tenisse corl prochiènemant. Et je
i verrai la plus bele aventure avenir que je onques véisse. »—
« Sire, fet-ele, vos devez estre moût joieus 9 quant il sovient au
Sauvéor de vos. Or si feistes son conmandement. » — « Certes,
dame, si ferai-je. Car onques nus n’ot plus grant 11 talent de bien
faire que j’ai ores, ne d’anor, ne de largesce. » — Sire, fet-ele,
Diex en soit loez *2. •
conmancc ci l’autre branche du seint Graal, el
nom du père et du fil et du seint esperit. Li rois
Arlus fu à Kardeil et la réine, à moût poi de
chevaliers. Talanz et volentez li fu venus 13 par le
pleisir de Dieu d’anor et de largesce feire 14 tant
con il porioit. Il fit sééler ces 13 lestres et les
tramist par toutes ces terres el par toutes les
viles 17 et manda aux barons et aus chevaliers qu’il tendroit cort à
1 Et la réioe fet test ir le rois une roabe de soie et (Termine et cote et sorcot et mante. —
* A preudommes por bonor avoir. — » Il conte la roine. — * Que a éoes. — * Comment.
— • Blasm* por son nom. — * Poés-vos bien savoir. — • Entendre. — * Liés. — w Le. —
** Millor. — » Aorés et sa mère. Après ces mots B. ajoute à fencre ronge : uns brancbi.
— M Revenus. — n B. omet : faire.— « Ses. — 16 Envoia. — « Isles.
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»
— 24 —
Pannenoisance 1 qui siet sor la mer de Gales, & la prochiène i feste
St Jehan, après la Pantecouste. Et por ce, la veust-il retenir 3 à
cel jor que la Pantecouste estoit trop prochienne, ne n’i péussent
pas tuit estre cil qui adonc i seront *. Les noveles alèrent par
toutes les terres; si Tiennent chevaliers à grant foison, car li bienfet
estoient $ si délaiez par touz les réaunes que chàucuns avoit pris
garde au roi Àrtus qui noient ne feisoit mès 6. Or si se merveil-
loient tuit dont cil talanz li iert venuz. Li chevaliers de la Table
Réonde, qui esparz estoient par les terres et par les forés, en sorent
les noveles par la volanté de Dieu 7 ; il en menoient moût grant
joie, et revindrent à la cort à grant esploit. Mes sires Gauvains ne
Lancelot n’i vindrent pas à cel jor. Mès tuit li autre vindrent, qui
devant venoient 8 . Li jorz de la Seint Jehan vint, li chevalier i
furent venuz de toutes parz, qui moût se merveillent por ce que 9
li rois n’avoit cele cort tenue à la Pantecouste, mès il n’an savoient
pas la reson 10 . Li jors fu biaus et clers et li airs clers et purs
et la sale fu granz et large et garnie à grant planté de bons cheva¬
liers *2. Les napes furent mises sor les dois dont il i ot à grant
planté par la sale. Li rois et la réine orent lavé et alèrent asséoir
aus chief des dois ÿ U autre chevalier s’asiéent **, dont il
ot CV et plus, ce dit li contes. Kex li seneschal e t misire
Yvains li iiuz le roi Urien servirent le jor aus table du mangier,
et XXV chevaliers avec atks. Et Luquans li bouteilliers servi devant
le roi la coupe d*or. Li souleus * 7 raioit parmi les verrières parmi
la sale de toutes parz, an la sale *8 qui jonchiée estoit de flours et
de jonz et de manlatres * 9 , et randoit une oudor autresint conme
se ele fust anbausseméc. Et, si conme l’an ot 20 servi du premier
mès, et l’an atandoit le secont, atant ès-vos III damoiseles où eles
entrent an la sale. Cele qui devant venoit séoit sor une mule plus
* Pannenoiseuse. — * Manque: procbiene. — * Tenir. — * Iôrent. — * Estoit. — « A.rtu
qui rilment le faisoit. — i Volonté Dieu. — • Tuit li autre qui adout Throient. —
• Porcoi. — 10 L’acoison. — « Et li airs purs. — » B. ajoute ceei : Et 11 jors fti Tenu que
Ta rors dut commencier.—** Séoir al chief d*un dois .—m S’assisent.—» 11 i ot bien VC.
— *• Kès li seneschaus. — *7 Solias. — 18 Par totes les verrières de la sale.—» Métastre.
— » Si c’on ot.
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— 25 -
blanche que n’est noif négiée * et avoit I frain d’or et sele à arçon
d'ivoire, bandée * de riches pierres, et à feutre d’un vermeil samit
goûte d’or. La damoiseie qui séoit desor la mule estoit moût gente
de cors, tnès n’estoit pas,moût bele de vis; et estoit vestue d’un
riche drap de soie et d’or, et avoit un moût riche chapel qui li
couvrait tout le chief. Et estoit louz chargiez de chières pierres 5
qui flamboient conme feus. Grant meslier * li estoit qu’ele éust le
chief couvert, quar ele estoit tote chenue et portoit à son col son
destre bras pandu à une astele 5 d'or. Et gisoit son braz sor un
oreillier le plus riche 6 que nus véist onques. Et estoit touz char¬
giez de campeneles d’or; et tenoit an cele main le chief d’un roi
séélé en argent et couronné d’or. L’autre damoiseie qui après venoit
chevauchoit au fuer d’escuier, et portoit une male troussée der¬
rière lui, et avoit par desore un brachet, et portoit à son col
un escu bandé d’argent et d’azur à une croiz vermeille, à une
boucle tfor, toutes pleines de pierres 7 précieuses. La tierce
damoiseie venoit à pié et estoit secourciée haust conme valez à
pié #, et portoit une courgiée 3 an sa main, dont ele chaçoit les
deux cbevaus i( >. Chaucune de ces II estoit plus bele que 11 la
première, mès cele à pié les passoit de biauté. La première
damoiseie vient devant le roi là ù il siet al mangier et la réine.
* Sire, fet-ele, li Sauvierres du monde vos doint honor et joie et
bone aventure, et à madame la réine ^t à tous ceuz de ceste sale
por l’amor de vos! Si nu tenez mie à vileignie se je ne descent, car
je ne pui descendre là où a chevaliers, ne ne doi trésqu’à cele
houre que li Graaus soit conquis. » — « Damoiseie, fet li rois, je
le vodroie volentiers. » — * Sire, fet-ele, je le sai bien *3; ne
vos annuit pas se je vos di ** la besoigne que je quier. » — t Non
fera-il, damoiseie **, dites vostre pleisif. » — c Sire, fet-ele, li
escuz que ceste damoiseie porte fu Joseph le bon sodoiier 16 qui
* Que noif négie.•- * Et sele d’ivoire bordée.—# De pierres précieuses. — * Grans
me*tiers. — * Son destre bras i «ne estole. — 8 Sur un des pins beau oreiUiers. —
7 Tôt ptain de riches pières. — # Kscorcie haust conme raies. — 8 Scorgie.— 18 Chera-
chéores. — h De. — ** Vossisse moult.— ■* Ce sai-je bien. — ** Ne ne vos aimait pas se
je di. — « B. ajoute : Fait U rois.— 18 Notre Ms. porte : le bon chevalier soudoier.
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Dieu * despandi de la croiz. Si vos an faz présent, ainsint conme
je vous dirai : que vos garderoiz Fescu à un chevalier qui pour
el vendra 2 , et le feroiz pandre à cele coulombe enroi vostre sale, et
le garderoiz que nus ne le puisse oster \se cil non, ne pandre le
à son col; et de cest escu conquerra il le Graal, et leira * un autre
escu ça dedanz vermeil à un cerf blanc; et li brachet 3 demorra
ça dedanz que la damoisele porte, ne ne demanra joie jusqu’à là
'que li chevaliers vendra 6. » — < Damoisele, fet li rois, Fescu et
le brachet garderons nos bien, la vostre grant merci 7 , quant vos
le daignâtes feire aporter. > — < Sire, fet la damoisele, ancore
n’ai-je pas tout dit ce que Fan m’a anchargiée $. Li mieudres rois
qui vive an terre et li plus loiauz vos manda saluz et li plus
droituriers 9 , de qui est granz dolors, quar il est chaüz en une
doulereuse langour. » — «^Damoisele, fet-il 19 , c’est moût grant
doumage **, s’il est tiex con vos dites. Si vos pri que me dites
qui il est. » — « Sire, fet-ele, ce est li rois Pcschierres, de
qui est grant doulours. » — « Damoisele, fet-il, vos dites voir, et
Diex li doint ce que ces cuers vodroit. » — t Sire, fet-ele, savez-vos
porquoi il est chéus an langeur? » — t Damoisele, nanil, mès je
le sauroie volantiers. » — « Et je le vos dirai, fet-ele; ceste lan-
guer 12 li est venue par celui qui se herberja* 3 an son ostel, à qui
li seintimes Graaus s’aparut; por ce que cil ne vost demander de
qu’il an servoittoutes les terres an furent conméues en gerre,
ne 13 chevalier n’ancontra puis autre 46 0 ù il n’éust contançon
d’arme sans nule autre achoison 17 ; vos méimes vos en povez bien
estre apercéuz, car vos avez vostre bienfet délaié grant pièce, de
quoi vous avez esté moût blasmez et tuit li autre baron qui pris
ont garde à vos, car vos estes le miréour au siècle 18 de bien feire
et de mal. Sire, je méiiçes me doi moût plaindre 49 del cheva-
1 Dieu nostre Seigoor. — * Uû chevalier qui por huec vendra. — 8 Qoar nos ne le
poroit oster.— 7 Laira.— 8 Brachés.—• Chacuns dusqu’à l’eore qae li chevaliers i vendra.
— 7 Merci*. — 8 Chn qn'on m’a chargie. — 8 An lien de : Et li plus droitnriers, B. porte :
Sirejait ele, ce est li riches rois Peschiôres. — 70 Fait li rois. — 71 Donmages. La phrase
suivante, à partir de ce mot, jusqu’à : vos dites voir, manque dans B. — 78 Languers. —
78 Héberga.— 74 Por ce qu’il ne volt demander coi on en servoit et.— 75 Ne, manque dans
notre Ms.— 78 Autre en forest ne en lande. — 77 Contons d’armes sans raisnable ocoison.
— 78 Le miréors al siècle. — 78 Me duel moût.
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— 27 -
lier, si vos monterrai porquoi. » Si desceuvre son cbief du riche
chapel, si montra au roi et à la réine et à toz les chevaliers de la
sale sa teste toute chenue sanz cheveus *. < Sire, fet-ele, mes chiés
estoit moût biaus et cheveluz et galonez de riches trécéors d’or, au
point 2 que li chevaliers vint an l’ostel le riche roi Peschéor, mès
je deving chauve 3 por ce qu’il ne fist la demande ; ne jà mès ne
serai chevelue jusqu’à icele oure que chevaliers i ira qui mieuz fera
la demande que cist ne fist, ou chevaliers qui le Graal conquerra.
Sire, ancores n’avez vos pas éu 4 le grant doumaje qui avenus
an est. Il a defors 3 ceste sale un char que III cers blans ont
amené, et povez bien feire véoir con riches il est; je vos di que
li traiant sont de soie et li chevillon d'or et li merriens del char
est bleuis 6, fi char est Couvers par desus d’un noir samiz et a
desuz une croiz d’or tant corn il dure; et, au desoz la couverture el
char, a C. et L chiés de chevaliers, de qui li un sont séélé an or et
li autre an argent et li tierz an pion 7 . Si vos mande li rois Pes-
chierres que cest doumaches est avenuz de celui qui ne demanda
de que l’an servoit du Graal. Sire, la damoisele qui l’escu porte
tient an sa main le chief d’une réine qui est séélez an pion et
couronnez de coivre #, et si vos di que par la réine dont vos véez
ci le chief fu cist rois trait 9 dont je port le chief et les III manières
de chevaliers dont li chief sont ès chars 10 . Sire, anvoiez véoir là
defors la richesce et l’atour du char. » — Li rois i envoia véoir
Kex tt le séneschal. Il regarda bien dedans et defors ; après est
revenuz au roi : * Sire, fet-il; onques mès si riche char ne vi, et
si i a trois cers blancs qui le char moignent, les plus grans et les
plus biaus 12 que nus véist onques. Mès, se vos m'an créez, vos
panrois 13 celui qui devant est, quar il n’i a si cras et si an feroiz
feire bon lardez. » — « Avoi, fet li rois, Kex, vos avez dit 14 grant
vileinie; je ne le voudroie avoir fet por un autel roiaume est 13
cist de Logres. » — « Sire, fet la damoisele, qui coustumières 46 est
1 Chanue et sansYhevels.—* Al jour. — * Chenue. — 4 Véu. — 5 Là defors.—• D’ébénus.
— * Plone. — • Kenvre. — • Trahis. — » Li chiés sont el char. - «i I anroia Ké. — « Les
plus beans et les plus cras. — « Nos prenderoos. — *« Dite. — u Por no tel roiaume
corne est. — m Coutumiers.
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— 28 —
de vileinie feire, si s’an oste moat à enviz. Misire Kex 1 dira son
pleisir, mès je sai bien que vos ne panroiz pas garde i son dit.
Sire, fet la damoisele, commandez à pendre l’escu à cele coulombe
et le brachet à métré ès chambres la réine avec les puceles. Si nos
an irons, car nos avons ci assez esté. > — Misire Y vains prist
l’escu et l’osta 2 à la damoisele du col, par le conmandemant du
roi 3, et le pant à la coulombe anmi la sale; et Tune des puceles
la réine prant le brochet et le porte an chanbres la réine ; et la
damoisele prant congié et s'an tome 4 , et li rois la coumande à
Dieu. Quant li rois ot 5 mangié an la sale, la réine et li rois se
vont 6 apoiier a us fenestre por esgarder les III damoiseles et les
III blans sers qui le char anmenoient; et dissoient li plusor que la
damoisele qui an à pié aloit après les H'à cheval iert la plus me-
séaisiée. La damoisele chenue s'an aloit devant, et ne remistson
chapel an son chief jusquà icele eure qu'ele dut antrer dedanz la
forest et que li chevalier qui aus fenestres estoient ne les porent
mès véoir. Dont remist ele son chapel en son chief. Li rois et la
réine 7 et li chevalier, quant il ne les porent mès véoir, descen¬
dirent des fenestres et distrent li auquant 8 que onques n'avoient
véue nule chanue damoisele se ceste non.
Atant se test ores li contes du roi Artus, et relorne à parler 9
des III puceles et du char que li troi cers anmenoient. Eles sont
antrées an la forest et chevauchent à grant esploit. Quant eles orent
esloignié le chastel VII lieues galesches, si virent venir un cheva¬
lier par cele voie où eles dévoient aler. Li chevaliers séoit sor un
grant cheval mesgre et descharné, et ces haubers estoit anraouil-
liez H et ces escuz trouez an plus de VII lieus 12 . Et la coulor an
fu 13 si esfacie que l'an n’en povoit la connoissance véoir 14 ne con-
noistre. Et portoit un glaive moût gros en sa main. Quant il
i Notre Ms. dit : Yvains. — > Prent l’escii et rosie. — « Le congié al roi. — « Congié al
roi si s’en torne. — 5 Quant on ot. — • Li rois et la reine et li chevalier* s’alérent. —
i B. omet : et la reine. — 8 Li plusors chevaliers. — » Arthus et parole. — 10 Notre Ms.
«Ut : U. — ii Enroillés. — « Liens. — ** B* omet : an fu. — 14 B. omet s véoir ne.
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— 29 — .
aproucha h damoisele, si la salue moût hautement. < Damoisele,
bien puissiez-vos venir et la vostre conpaignie ! » — « Sire, fet-ele,
joie et bone aventure vos ostroit Diex !» — « Damoisele, fet li
chevaliers, de quel part venez-vos? » — « Sire, d’une cort que li
rois Artus tient, grant plénière *. Alez-i-vos, sire chevalier, fet la
damoisele, por véoir le roi Artu et la réine et li chevalier qui lè
sont? » — « Nanil, fet-il, je les ai véuz meinlefoiz 2 , mès je
sui moût joianz del roi Artus qui s’est repris à bien feire, car
meintefois an a esté coutumiers. » — « Quel part avez-vos la voie
anprise? » fet la damoisele. — « An la terre 3 le roi Peschéor, se
Diex la 4 me veust consantir. » — « Sire, fet-ele, dites-moi vostre
non, et si vos aretez 5 dejoute moi. » Li chevaliers tire son frain
et les damoiseles s’arestent 6 . « Damoisele, fet-il, mon non vos
doi-je bien dire. L’an m’apele monseignor Gauvain 7 , le neveu le
roi Artu. » — « Quoi, misires Gauvain estes-vos? Par foi 8 , li
cuers le me disoit bien. » — « Damoisele, fet-il, oïl 9 , » — c Diex
en soit ahourez, car si bons chevaliers conme vos estes doit bien
aler véoir le riche roi Peschéor. Or vos veil-je proier, par la vallor
qui an vos est et par la franchise, que vos retornez avec moi et
que vos me conduisiez outre un chastel qui est an ceste forest, où
il a un poi de péril. » — « Damoisele, fet misires Gauvains, à
vostre merci, volanté 10 . » Il retorne avec la damoisele parmi la
forest qui hauste estoit et feillie et poi hantée de gent. La damoisele
li conte l’aventure des chiés qu’ele portoient et qui èrent u char,
antresint coume ele fist à la cort le roi Artus, et de l’escu et du
brachet qu’ele i avoit leissié; mès à monseignor ** Gauvain poise
moût de la damoisele qui estoit à pié après eus 12 . < Damoisele,
fet misires Gauvains, porquoi ne monste ceste damoisele qui va à
pié, sor le char 13 ? » ■— « Sire, fet-ele, nou fera. Ele ne doit aler
se è pié non. Mès se vos estes si bons chevaliers conme l’an dit,
ele aura par tans feite sa pénitance. » — c En quele manière? »
fet li Gauvains. < Je le vos dirai, fet-ele. Se Diex vos moigne à
* B. ajouta : A Pennenoiseose. — * Maintes. — 5 Damoisele, an la terre — * Le. —
» Estés. » « Arrestent et li chars. — 7 On m’appele Oanwain.— • Fai 1-6le — 9 b. ajoute *
je sais Gaarains.— 70 A rostre plaisir. — « Môs mensignor. — ** Bis. — « Ceichar.
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l’ostel le riche roi Peschéor, et li seintimes Graaus s’apert devant
vos 4 , et vos demandez qui l’an an sert 2 , ele aura fete sa pénitance
et je, qui sui chanue, recevrai cheveléure 3 . Et, se vos ainsint ne
le feites, il nos couvandra soufrir moût anuiz, trèsqu’à icele oure
que li Bons Chevaliers vendra et que il aura 4 le Graal conquis..
Car, par celui qui premièrement 3 i fu, qui ne fist la demande,
sont toutes les terres an doulor et an gerre, et an languist li bon
rois Peschières. » — « Damoisele, fet misires Gauvains, Diex m’en
doint courage et volanté que je â gré li viengne de feire tel chose 6
et de quoi je soie louez à Dieu et 7 au siècle ! »
Misires Gauvains et les damoiseles s’an vont grant aléure
et trépassent la haute forest, vert et feillue, où li oisel chantent *,
et antrent an la plus hideuse forest et an la plus orrible que nus
véistonques; et sanbloit que onques verdeur n’i éust 9 , ainz èrent
toutes les branches nues et sèches 10 et tuit li arbre noir et brullé
ainsint conme de feu 11 ; et la terre arse et noire par desuz, sanz
verdure et pleigne de granz crevaces. ^Damoisele, fet misires Gau¬
vains, ceste forest est moût leide et moût hideuse. Dure-ele auques
itele?» — « Sire, ele dure IX lieues 12 galesches, mès nos ne
l’outerrons pas tote. » Misires Gauvains regarde d’oures an autre la
damoisele qui vient à pié, et moût Tan poise se il le péust amender.
Il chevauchent tant qu’il vindrent an une grant valée et voit 13
aparoir un chastel 14 qui estoit enclos d’une cengle 13 de mur, leide
H ennieuse. Conme plus aproche le chastel, plus li sanble hideus,
et voit granz sales aparoir qui moût èrent de leide figure 46 et
voit la forest anviron autretele conme il l’avoit trouvée arrières, et
voit un aigle 47 descendre du chief d’une monteigne, laide et
orrible 48 et noire, qui parmi le chastel aloit si durement bruiant
que ce sanbloit estre foudre et tounoires 49 . Misires Gauvains voit
* A vos. — * Cui od en sert. — * Raserai chevelue. — 4 Nos consentira «offrir notre
annui dusqu’à cele heure que U buens chevaliers aura. — * Premerainement. — • Et
volanté faire chose qui en gré li viengne.— 7 B. omet : à Dieu et. — » Li oiselet chan¬
taient. — • N’i éust éue.— 10 Sèches et nues de feuilles. — 11 Autresi corne brûlé de feu.—
« Bien X liewes. — « Mesire Gauvains regarde el regort d’une grant valée et voit. —
u Chastefnoir. — « Chaingle. — w Failnre. — 17 Ewe. — Torble. — *• U tanoire.
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— 31 —
l’antréè de la porte si laide et si orrible conme se ce fust anfers ;
et ot dedanz le chaslel granz cris et plours; et oit que li
plusor dient : < Diex, qu’est devenus li Bons Chevaliers et quant
venra-il?» — « Damoisele, fet misires Gau vains, quex chaste!
est-ce ci, qui si est laiz et hideus 1 , où l’an démaigne tel doulor et
regreste la venue du Bon Chevalier?» — « Sire, c’est li chastiaux
du Noir Hermite. Si vos veil proiier 2 que vos ne vos entreinelez
de chose que cil de laianz me facent; iost vos en porriez bien
morir, ne vos n’auriez force ne povoir contre eus. » Il aprochent
le chastel à II archiées près, et voici parmi la porte venir 3 cheva¬
liers armés sor noirs chevaus, et lor armes 4 toutes noires et lor
escuz, et esloient CLII moût péoureus à voir 5 , et vienent à moût
grant eslès vers la damoisele et vers le char, et prennent les
C et LU chiés, chaucun le sien, et les mettent anson lor glaives,
et rentrent dedanz le chastel à moût grant joie. Misires Gauvains
vit l’estoulie que li chevalier orent feite 8 , il en a moût grant honte
à soi méimes 7 de ce qu’il ne s’est méuz. c Mesire Gauvain, fet la
damoisele, or povez savomque vostre force ne vaussist ci gaires. »
— < Damoisele, ci a mal cnastel où l’an robe ainsint la gent. » —
< Sire, cist doumages n’iert amendez, ne cil maufeitor 8 de là
dedanz pleisiez, ne cil gilez de la prison qui là dedanz crient et
plorent, jusqu’à cele ore que li Bons Chevaliers venra, que vos
oîstes ore regreter.. » — « Damoisele 8 , moût peut estre liez li
chevaliers qui tant 10 de male gent destruira par sa valor et par
son hardement. » — « Sire, quar c’est li mieudres chevaliers du
monde ** et si est assez de jeune aage, mès je sui moult dotante
an mon cuer de ce que je ne sai veraies noveles de lui 12 . Car je
le verroie plus volantiers que nul home qui vive. » — < Damoisele,
ausint feroie-je, fet misires Gauvains, et puis m’an retorheroie par
vostre congié. » — < Nanil, sire, si vanrois outre le chastel, puis
vos anseignerai la voie par où vos devez aler. »
1 Lai* et histen*. — » Requerre et prier. — 1 Notre Ms. omet : Tenir. — * Êrent tonte*
noires et ior e*cuz et lor glaire*. — * Notre Ms. omet : à véoir. — • Ce commencement
de phrase manque à B. — * Mesire* Gauwains a mont grant honte en soi méisme. —
e N’iert restorés ne ci* outrages, ne cil malfaiteur. — * Fet mesire* Gaur^ins. — « Liés
qui tant. — 11 Li mieldre dèl monde. — » Notre Ms. omet : de lui.
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— 32 —
Atant s’an vont u chastel 1 tuit ansamble. Si com il dévoient
entrer u mur 2 du chastel, ès-vos I chevalier où il ist fors par une
fausse poterne du chastel, et séoit sor un grant cheval, armez, un
glaive an son poing, et avoit à son col un vermeil escu où il avoit
escrit un eigle d’or. < Sire chevaliers, fet-il à monseignor Gauvain,
[je vos proie que vous arrestez. » — t Que plaist-vos? » fet misires
Gau vains 3 ]. » Il vos convient, fet-il, jouster à moi et conquerre
cest escu, ou je vous conquerrai. Et li escuz est moût riches,
si vos devez an grant poigne mestre de l’avoir et du.conquerre, car.
il fu au meillor chevalier qui onques fu de sa loi et au plus pois¬
sant et au plus sage. » — « Qui fu-il donc? » fet misires Gauvains.
— « 11 fu Judas Macabé, celui qui fet a d’un oisel à prendre autre. >
— t Vos dites voir, fet misires Gauvains, bons chevaliers fu-il. » —
« Dont porriez vous estre bien joieus *, fet cil, se vos le povicz
conquerre 5 , car U vostres si est li plus poures et li plus escroiz
que je onques mès véisse porter à chevalier 6 . Car à poines en
peut l’an la coulor connoislre. » — « ^r povez bien véoir, fet la
damoisele au chevalier, que li siens escuz n’a pas 7 esté oiseus,
ne li chevaus sor quoi il siet n’a pas esté si séjournez conme li
vostres. » — « Damoisele, fet li chevaliers, Ion plez 9 n’i a mestier.
11 le convient jouster à moi; quar je le desfi 9 . » — Fet misires
Gauvains : « J’oi bien que vos dites. » Il se traist arrières et prant
son escu 10 , et li chevaliers autresi, et vient li uns vers l’autre
quanque cheval pèvent randre, les glaives aloigniez. Li chevaliers
fiert monseignor Gauvain sor son escu, où il n’avoit pas grant
force 11 , et passe outre et au passer brise li chevaliers son glaive 12 ,
et misires Gauvains le Sert de son glaive anmi le piz et le porte à
terre par desus la croupe de son cheval, tout anferré de son glaive
dont il avoit bien pleine pausmée an la forcele. Il retrait son glaive
i B. omet : U chastel. — * Outrer le mnr. — * La phrase placée entre crochets appar¬
tient à B. — 4 Moult joians.— 4 Se vos povex son escu conquerre. — 6 Chevalier porter. —
9 Fet la damoisele del char, que li chevalier et li escus n’ont pas.» 8 Lons plez.— 9 Jouster
& moi en totes fins et je le deffi. — 90 Son esiés. — 11 Deffois. — 18 Et Pompasse outre un
grant due, et brise son glaive al passer outre.
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— 33 —
à lui, et, quant li chevaliers se santi desferez, il sailli an piez et
vint droit à son cheval et vost mestre le pié an l’estrier, quant la
damoisele du char c’escrie : « Misire Gauvain, ostez le chevalier,
car, se il estoit remontez, trop i aroit poigne à lui conquerre. »
Quant li chevaliers ot nonmer monseignor Gauvain, il se trait
arrières : < Conment, fet-il, est-ce donc li bons Gauvains, li niés
le roi Artu? » — « Oïl, fet la damoisele, c’est-i! 1 san faille. » —
« Sire, fet li chevaliers à monseignor Gauvain, esles-vous ce 2 ? »
— t Oïl, fet-il, je sui Gauvains. » — « Si vos plest, sire, fet-il,
je m’an tieng à conquis. Et moût sui dolanz que je nu soi ainçois
que je fusse mellez à vos. » 11 oste l’escu de son col et li tant :
« Sire, fet-il, tenez l’escu qui fu au meillor chevalier que l’an
séust qui fu de son tens de la loi 5 ; car je n’an connois nul an
qui il fust mieuz anploiez qu’au vos. Et de cest escu sont conquis
tuit li chevalier qui an cest chastel sont an prison. » Misires Gau¬
vains prant l’escu qui moût estoit biaus et riches, t Sire, fet li
chevaliers, or me donez le vostre; car II escuz ne porterez vous
pas. » — « Vos dites voir, » fet misires Gauvains. Il oste la guige
de son col et li vost doner l’escu, quant la damoisele à pié : « Avoi,
sire chevaliers qui misires Gauvains avez non, que volez-vos feire*?
Se il anporte là dedanz le chastel vostre escu, cil du chastel vos
tandront por recréu et por conquis, et vendront ça fors por vos
conquerre et vos anmanront u chastel à force, où vos seroiz gîtez
an la doulereuse prison ; quar l’an ne porte là dedanz escu se de
chevalier conquis non. »—t Sire chevaliers, [fet misires Gauvains] 5 ,
vos ne volez pas mon bien, selonc ce que cele damoisele me dit. »
— « Sire, fet li chevaliers, je vos jcri merci, et autre foiz me tieng
à conquis; et moût fusse joianz se je an péusse porter vostre escu
laianz et moût an eusse grant honor; car jà mès escuz de si bon
chevalier n’i an anterra, et moût me doit estre bel de vostre venue,
.conmant que vos m’aiez navré de la greignor plaie; [car vos m’avez
gelé de la greignor paine] 6 que onques chevaliers éust. » — « Quex
i B. omet : c’est-il. — * Vos en kérroie-je? — ® Que Tan sénst, etc. Cette fin de phrase
manque dans B. — * S’escrie : Mesires 6., qne voles-y os faire V — 5 et ». Les mots placés
entre crochets manquent dans notre Ms.
3
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est la paine * ? » fet misires Gauvains. « Sire, fet-il, je le vos dirai.
Ci devant avoit trespas de chevaliers meintes foiz et de hardiz et de
couarz. Si me covenoit à eus contandre et jouter et randre mellée,
et lor feisoie présent de l’escu aussint conme je fis à vos 2 . Je trou-
voie les plusors hardiz et desfansablesqui me navroient an
plusors leus; mès onques chevaliers ne m’abati ne ne me dona
' si grant cop conme vos féites. Et, puisque vos enportez l’escu et
je sui conquis, jà mès chevaliers qui past devant cest chaste!
n’aura garde moi ne de chevalier qui là dedanz soit. » — c Par
mon chief, fet misires Gauvains, or aim mieuz la conqueste que
devant. » — t Sire, fet li chevaliers, je m’an irai à vostre congié,
ne ne porrai ma honte céler u ehastel, ainz le covendra monstrer
tout an apert. » — « Diex vos doint bien feireî » fet misires Gau¬
vains. « Misires Gauvains, fet la damoisele du char, donez-moi
vostre erscu que li chevaliers an vouloit porter. » — « Damoisele,
fet-il, volantiers. » La damoisele qui aloit à pié prant l’escu et le
met dedanz le char. Et li chevaliers qui conquis estoit remonta
desor son cheval et rantra dedanz le ehastel ; et, quant il fu antrez,
si i leva une noise et un granz cris, si granz que toute la forest eî
toute la valée en conmença à retentir., « Misires Gauvains, fet la
damoisele du char, li chevaliers est honiz 3 et là gitez en prison
autre foiz. Or tost, misires Gauvains, or vos en povez aler. » A tant
se remestent tuit ansenble à la voie et esloignent le ehastel * une
lieue englesche 8 . t Damoisele, fet misires Gauvains, quant vos
pleira, je aurai vostre congié. » — « Sire, fet-el, Diex soit garde
de vostre cors, et moût grant merciz de votre convoiement ! » —
« Dame 8 , fet-il, li nostres 7 servises vos est touz prez. » —
« Sire; gran merciz, fet la damoisele, et véez Hec vostre voie à
cele grant croiz à l ? antrée de cele forest. Et est la plus duisant
qui soit 8 , quant vos auroiz trespassée ceste qui moût est an-
nieuse. » Misires Gauvains s’an torne, et la damoisele à pié
l’escrie : < Sire, vos n’estes pas si apanssez conme je cuidoie. » Et
1 Notre Ms. : plaie.— 8 Corne je fis vos. — 8 Honiz, manque à notre Ms. — « Dn ehastel
— s Une grant liene galesche. — 8 Damoisele. — 7 Li miens. — 8 Et trorerés là dedans
la pins bele forest et la pins déduisant qui soit.
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— 35 —
roisires Gauvains retorne le chief de son cheval moût esfraement :
i Por quoi, fet-il, damoisele, le dites-vos? » — « Por ce, fet-ele,
que n’avez encore demandé à ma damoisele por quoi ele porte son
braz à sen col pandu an cele astele d'or où li rices oreilliers est,
sor quoi li braz gist. Autresint apanssez seroiz-vous an lh cort au
riche roi Peschéor? » — «Ma douce amie, fet la damoisele [du
char] *, n'an blâmez mie monseignor Gauvain [seulement], mais
le roi Artu avant, et tous les chevaliers qui èrent an la cort. Car
il n’an i ot nul apanssé du demander. Misires Gauvains,' alez-vos
an, car por noiant le demanderiez ore, car je ne le vos diroie pas,
ne jà ne le sauroiz se par le plus couart chevalier du moude non,
qui est à moi et me va querrant, ne ne me set où trouver. » —
« Damoisele* fet misires Gauvains, je ne vos an os plus anpres-
ser. » A tant s’aa part la damoisele, et misires Gauvains an vet sa
voie * qu’ele li avoit anseigniée 3 .
ne autre branche du Graal conmance ci, el non
du père, el non del fil, el non du seint esperit.
Ici se test li contes des trois damoiseles et del char
et dit que misires Gauvains a trespasséela forest
qui tant est leide 4 et est anlrez an la plus bele
forest et an la grant et an la haute et an la
planteureuse de bestes. Et chevauche è grant esploit, mès moût
est esbahiz de ce que .la damoisele li a dit et de ce 5 qu'il
n'an ait blasme. Moût chevaucha au lonc du jor, tant qu'il fu
vespres et li souleus dut couchier 6 . Et esgarda devant lui et voit
la meson d'un hermite et la chapele an l'espoisse de la forest, et
sordoit une fonteingne par devant la chapele, qui moût estoit et
* Tons les passages placés entre crochets ne sont pas dans notre Ms., Ils ont été
empruntés à celui de Berne. — * S’en remet ter* la voie. — » B.ajoute ici à l’encre ronge :
Une branche, et passe aussitôt à ces mots : El nom del père et del fil et del saint espe¬
rit. — « La male forest. — * Et doute qu’il n'en ait blasme en mont de liens.—* Esconser-
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— 36 —
clère et raide, et avoit par desas un arbre tout réont 1 et large, qui
randoit onbre à la fonteiogne. Une damoisele séoit desouz l’onbre 2
et tenoit une mule par les reignes, et avoit à l’arçon de la sele
pandu le chief d’un chevalier. Et misires Gauvains vint cele part
et est deâcenduz : « Damoisele, fet-il, Diex vos doint bone aven¬
ture 3 l » — « Sire, fet-ele, et à vos toujours ! » Quant ele se fu levée
ancontre lui : « Damoisele, fet-il, que atandez-vos ci?» — « Sire,
fet-ele, je atant l’ermite de ceste seinte chapele [qui est alés en la
forest], et li veil demander nouveles d’un chevalier. » —c Guidiez-
vos qu’il les vos die, ne que il les an sache? » — « Sire, oïl, ce
m'est avis, si conme l’an me dit 4 . » Atant ès-vos l’ermite qui venoit
et salue la damoisele et monseignor Gauvain et euvre l’uis de sa
meson et met les deus chevaus 3 anz, et lor abat les frains et lor
donc herbe avant et orge après; et lor vost oster les seles, quant
misires Gauvains saust avant : « Sire, fet-il, nou ferez; il n’a-
fierl 0 pas à voz. » — « Tôt soie hermites, fet-il 7 , si an sai-je
bien à chief venir; car je fui, an cor le roi Uter Pendragon, valez
et chevaliers XL ans, et an cest hermitaje ai-je esté plus de XX ans.»
Et misires Gauvains le regarde à merveille : « Sire, fet-il, il sanble
que vos n’aiez mie XL ans. » — «Ce sai-je bien de voir. » fet li
hermites. Et misires Gauvains oste les seles et pansse plus de la
mule à la damoisele que de son cheval. Et li hermites prant mon¬
seignor Gauvain par la main et la damoisele, et les moigne an la
chapele. Et li leus estoit moût biaus 0. « Sire, fet li hermites à
monseignor Gauvain, vos ne vos désarmeroiz pas, fet-il ; car ceste
forest est trop aventureuse et nus preudome ne doit estre desgar-
niz. » Il vet por son glaive et pour son escu et les met dedanz la
chapele. Il lor aporte devant lor tel viande conme il avoit et de la
fonteinne [à boivre quant il orent mangié]. « Sire, fet la damoisele,
d’un chevalier que je vois querre vos sui venue demander 9 . » —
« Qui est li chevaliers?» fet li hermites. « Sire, ce est li Chastes
1 Qui tout réons estoit. — * L’arbre. — 8 Bone aventure vous doinst Diex. — * Sire, oïl,
ce dit. — 8 Chevachéures. — 6 Car il n’afierl. — 1 Tôt soe, fet li hermites. — • Qnar li
liens i estoit mont beaus. — 9 Demander novcles.
.Siï
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— 37 -
Chevaliers du seintime lignage. Il a chief (for, et regart de lion, et
nombril de virge pucele, et cuer d’acier, et cors d'olifant 1 , et tesches
sanz vileinnie. » — < Damoisele, fet li hermites, je nu vos ansei-
gnerai mie, quar je ne sai pas certeignement où il est, mès il a
jén an ceste chapele par II foiz, non pas une 2 , n’a pas encor I an. »
— « Sire, fet-ele, ne m’an diroiz-vous plus, ne a us très noveles? *
— c Nanil 3 , » dit li hermites. < Et vos? fet-ele, misires Gau-
vains. » — « Damoisele, fet-il, je le verroie autresint volantiers
eonme vos. Mès je ne truis qui nouveles m’an die. » — « Et la
damoisele del char, sire, véistes-vos? » — « Oïl, dame, fet-il, n’a
gaires que je me parti de li. » — < Portoit ore encore son braz à
son col pandu? » — < Oïl, fet misires Gauvains, ele l’i portoit. i
— « Grant pièce, fet la damoisele, l’i a porté. » — « Sire, fet li
hermites *, eonmant est vostre non $? » — « Sire, fet-il, fan
m’apele Gauvain, le neveu le roi Artu. » — « Tant vos ain-je
mieuz. > fet li ermites. « Sire, dit la damoisele, vos estes del lignage
au poior 6 roi qui soit. » — < Duquel roi diles-vos? » fet misires
Gauvain. « Je di, fet-ele, du roi Artus par qui touz li siècles [est
empiriés, car il] anconmança bien à feire et ore est devenuz mau-
veis. J’an anhaï 7 1 chevalier por aïnor de lui, que je trouvai 9 vers
la chapele seint Augustin, et estoit li plus biaus chevaliers que je
onques véisse. Il ocist un chevalier dedanz la barre moût hardie-
mant. Je li demandai le chief du chevalier et le r’ala por ec et sc
mist an granl péril ; il le m’aporta et je li fis grant joie; mès, quant
il me dit qu’il ot non Artus, je ne l’an soi gré de la bonté qu'il m’ot
feile, por ce qu'il avoit le non du mauveis roi. »
< Damoisele, fet misires Gauvains, vos diroiz vostre pleisir ;
je vos di que li rois Artus a tenue la plus riche cort qu’il tenist
onques, et de la mauveistié dont 9 vos li portez blâme se vost il
eschiver à toujorz mès, et fera plus de bien et plus de largesce
1 Notre Ms. porte : et cuer de ralor et tesches sans vileioie. J'ai préféré la version de 3.
— * B. omet : non pas une. — 8 Damoisele, je non. — * Oïl, fet massifs Gauvains. — Ele
jo portera grant pièce, fet la damoisele. — Sire, fet li hermites. — 8 Noos. — « AA pior.
— 7 Je hé trop. — 8 Qui me trova. — 8 De coi.
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qu’il ne fist onques que l’an .sache 1 orandroit, tant conme il vivra ;
et je ne connois nul chevalier qui port son non. » — « Vos avez
droit, fet la damoisele, se vos le rescovez *, puisqu'il est vostre
oncle; mès vostre rescousse ne li vaudra geires se il méimes ne
s’an oste. » — « Sire, fet li hermites à monseignor Gauvain, la
damoisele dira son pleisir ; Diex garisse le roi Artus 3 ! car ces pères
me fist chevalier. Or si sui prêtres et ai puis servi, an l’ermitage,
puis que g’i ving 4 , le roi Peschéor, par la volenté de notre Seignor
et par son conmandemant, et tuit cil qui le servent s’aparçoivent
bien de son gerredon, car li leus de son servise 3 repaire est si
dous que, quant l’an i a esté un an, ne sanble il pas que l’an i ait
esté I mois, par la seintéé du leu et de lui, et an son chastel 3 où je
ai fet meintefois li servise an la chapele où li seinz Graaus s’aparut 7 .
Por ce, sui-je ainsint de jeune aage [par sanblant], et tuit cil qui
le servent. » — « Sire, fet misires Gauvains, par où vet-an an son
ostel? >—c Sire, [fet li hermites], nus ne vos an peut anseignier la
voie, se la volanté nostre seignor ne vos i moinne; et i voudroiz-vos
a 1 er? » — « Sire, [fet misires Gauvains], c’est la greindre voulante
que je aie. » — « Sire, fet li hermites, or vos doinst Diex voulanté
et courage de feire la demande 8 que li autres chevaliers à qui li
Graaus s’aparut ne vost feire, por quoi meintes meschéances sont
avenues puis à meintes genz. »
Atant leissièrent le parler, et li hermites mena monseignor
Gauvain an sa meson reposer, et la damoisele demoura en la cha¬
pele. L’endemain, quant l’aube aparut, misires Gauvains, qui ot
jéuz touz armez, se leva et trova mise sa sele, et la damoisele
autresi, et les frains mis; et vient à la chapele et treuve 9 Fermi le
qui iert apareilliez por la messe chanter *o, et voit la damoisele
ajenoilliée devant une ymage de Nostre Dame, et prioit Diex et la
doce Dame qu’il 11 la conseust de ce qui mestier li seroit, et pieu-
1 Et plus de Pargesse tant com U Tirra qne nos rois que ore sache. —* Rescoés. —
• Àrto. — * Que je riog en l'ermitage. — * Senrice saintisme. — * Par la sainteté du
lien et par la dochor de son chastel. — 7 S'apert. — « ûex courage feire la demande. —
* Voit.—i* Por messe chanter. — u Et proie Dien et la douée mère merci qu’il, etc.
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roit moût tandremant, si que les termes li couraient 1 aval la face.
Et, quant ele ot grant pièce oré, si se dresce et misires Gauvains
si li dist que bonjor li donast Diex 3 . Et ele li ranvoie son salu.
< Damoisele', fet-il, moi sanble que vos n'estes pas très bien
joieuse 4 . » — « Sire, fet-ele, je ai droit, car je sui près de mon
désertément, car je ne puis trouver le Bon Chevalier. Or si me
convient aler au chastel du noir hermite et i porterai 5 le chief
qui pant à l'arçon de ma sele; car autremant ne porroie passer
parmi la forest, que mes cors n’i fust detenuz ou vergondez; ce
iert la quitance du passage; puis, querrai la damoisele du char, et
irai par la forest sauvemant. » A tant a li hermites la messe con-
mapciée et misires Gauvains et la damoisele l'ont oïe. Quant la
messe fu chantée, monseignor Gauvains prist congic à l'ermite et
la damoisele autresi. Et misires Gauvains s’an vet d'une part et la
damoisele d'autre, et conmandent 6 li un l'autre à Dieu.
Or se test atant li contes de la damoisele et dit que misires
Gauvains s'an vet 7 parmi la haute forest et chevauche à grant
esploit et prie à Dieu moût doucement que il le meste an tel voie
pur où il puisse 8 aler à la meson au riche roi Peschéor 9 . Et che¬
vaucha jusqu'à ore de midi, et vint an la forest plénière et vit
desouz un arbre un valet descendu d'un chacéor. Misires Gau¬
vains le salue et cil 11 li dit : < Sire, bien puissiez-vos venir! » —
« Biau douz anmis, quel part iroiz-vos? » fet misires Gauvains.
« Sire, je vois querre le seignor de cesle forest. » — « Cui e*st la
forest 12 ? » fet misires Gauvains. « Sire, ele est au meillor cheva¬
lier del monde. » — < Sauriez-m’en-vosdirenoveles?» — <11 doit
porter un escu bandé d’asur et d’argent, à une croiz vermeille et
une boucle d’or. Je di qu'il est bons chevaliers, si nu déusse-je pas
louer, car il ocist mon père an ceste forest d’un gavelot. Li Bons
* L'en queureot. — i Redresce. — » Gauvains li dist bonjor li doinst Des. — « Qne vos
ne soiès pas bien lie. — * Porter. — 6 Commande. — i Si se taist li contes de la damoi
sele et parole de monseigneur Gaovain. Ci dit li contes qae mesures Gauvains t'en va. —
* Pnist. — 9 k la tere le roi Peschenr. — 10 Dnsqn*à l'heure de midi et vit en la forest
plaoiére desouz. — « Notre Ms. omet : cil. — u Coi est-ele la forest?
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Chevaliers estoit valiez quant il l'ocist et je vengeroie volantiers
mon père de lui, se je le trouvoie ; car il me toii le meillor chevalier
qui fust u réaume de Logres, quant il ocist mon père. Il le me toli
bien, quant il le m’ocist sans desfansse 2 , de son gavelot ; ne je ne
serai jà mès à eise ne i repos si l’aurai vengié. » — < Biax douz
amis, fet misires Gauvains, puis que il est si bon chevalier, gardez
que vos n’acroissiez vostre doumache de vos méimes, et je voudroie
que vos l’éussiez trouvé par si que maus ne Tan venist 3 . »
< Ge ne voudroie-je 4 pas, fet li valez, car je ne le verrai jè
an cest leu que je ne li coure sus, conme à mon ennemi mortel. »—
« Biau douz amis, fait misires Gauvains, vos diroiz votre pleisir,
mès dites-moi se il a nul recet an ceste forest où je me puisse annuit
herberger. » — « Sire, fet li valiez, je n’i sa recet jusqu’à XX lieues
en tous sans 5 en vostre voie; vos n’avez que targier, car près est de
none. » Et misires Gauvains salue le vallet, si s’an vet grant aléure
si conme cil qui ne sot ne voie ne santier, se ainsint non connue 6
aventure le moigne. Et li plest moût la forest, qui si est bele, et ce
qu’il voit trespasser les bestcs par granz routes 7 . Si chevaucha
tant qu’il vint à l’avesprir 6 . La vesprée estoit bele 9 et sérié et li
souleus devoit esconser. Et ot chevauchié XX lieues galesches puis
qu’il fu partiz du vallet; il douta moût qu’ilne trouvast nul recet.
Il trouva la plus bele praierie du monde, et regarda avant soi
quant il ot chevauchié II archiées, et voit un chastel aparoir de la
forest 10 desor une monteigne. Et estoit clos de granz murs à
querniaus, et avoit dedanz riches sales dont les feneslres paroient
par defors 11 les murs, et il avoit One tor 12 enciene u mileu 13 et
estoit avironnez de granz èves et de granz praieries i4 . Misires Gau¬
vains se trait cele part et esgarda vers l’antrée du chastel, si an voit
un valet oissir grant aléure sour un roncin, et venoit la voie que
i Notre Us. dit: il ocist. — * DcfBance. — s Que nos l’éussiens Irové par si que mal
ne Feu dôust avenir. — * Feroie-je. — * Lieues galesches. — 6 Ne les voies ne les chemios
fors ensi corne. — 7 Les bestes trespassenl devant lui à grant route. — 8 Qu’il vient à
l’avesprir à un des cbiès de la forest. — 8 Coie. — 70 Près de la forest. — 11 Sales feoestrées
qui paroient par desus. — 18 Grant tor. — 15 Eromi le chastel. — 17 Prairies et de riches
forest.
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— 41 —
misires Gauvains venoit. Et quant li valiez apressa *, si le salue
moût hautement.
« Sire, bien puissiez-vos venir! * — * Bone aventure aiez-
vos! fet misires Gauvains. Biau douz anmis, quex chastiaus
est-ce ci? » — « Sire, c’est li chastiaus à la vesve dame. » —
< Conmant a-il non?» — < Akamaalot, et fu Viliain le gros, qui
moût fu loiaus chevaliers et preudon. Il est morz pièça et ma dame
est demourée sanz aïe et sanz conseil. Si est li chastiaus degerré, car
l’an li veust tolir à force ; li sires des Mores et uns autres chevaliers
qui la gerroient et li vuellent tolir son chastel 2 . Ele désirre moût la
revenue de son fil, car ele n'a plus de conseil fors d’une soie fille et
de V chevaliers autres 3 qui li aident à garder son chastel. Sire,
fet-il, la porte est fermée et li ponz traiz amont, car l’an garde le
chastel 4 ; raès vos me diroiz vostre non et, se il vos plest, g’irai
avant et ferai le pont abeissier et la porte desfermer, et diroiz que
vos i herbergeroiz annuit. » — « Grant merciz, fet misires Gau¬
vains, moût saura l’an bien, ainz que je me parte du chastel, mon
non. » Li valiez s'an vet grant aléure et misires Gauvains chevauche
tout le pas, car il avoit grant jornée à feire, et trova une chapcle
qui séoit antre la forest et le chastel, et esloit assise sor 1111 cou-
lonbes de marbre, et avoit dedanz un sarceil moût bel. La chapele
n’estoit close de nule riens, ainz voi l’en le sarceil tout an aperl; et
misires Gauvains s’i areste por esgarder. Et li valiez est entrez u
chastel et a fet le pont abeissier et la porte ouvrir; il descent et est
venuz an la sale où la veve dame estoit et sa fille. Et la dame de-
manda au vallet por quoi il estoit retornez 5 . « Dame, por le plus
bel chevalier que je onques mes véisse, qui çoianz veust herber-
gier, et est garnis de toutes armes et chevauche sanz conpaignie. »
— c Et conment a-il non? » fet la dame. « Dame, il me dist vos le
sauriez bien ainz qu’il se parte 6 de cest chastel. » La dame con-
i Quant li valiez le voit el il Tôt anqoes aprochiô. — * B. ajoute : Et bien l’en oui.
tolo VII. — 8 Anciens. — * On garde le chastel près. — 5 Fait la dame au vallet : « Porcoi
estes-vos retoroés de faire mon message? » — 6 Que nos saveriens bien son nom ainz
qu’il partesist.
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mança lors à plôrer de joie et sa fille ausinl ; et tandent lor mains
vers le ciel i : * Biau sire Diex, fet la veve dame, se ce est me fiuz 2 ,
je n’oi onques mès joie qui à cesle s’apareillast 3 ; je ne seroie pas
déséritet de m’aqnor, ne me perdroie mon chastel que l’en me veust
tolir à tort, por ce que je n’ai seignor ne avoé. »
Àiant se liève la veve dame et sa fille et s’an vont desour le
pont del chastel et voient monseignor Gauvain qui ancore esgardoit
le sarceil de la chapele. « Or tost, fet la dame, au sarceil porrons
nos bien véoir se ce est il. » Eles s’an vont vers la chapele grant
aléure, et misires Gau vains les voit venir, si descent. « Dame, fet-il,
bien puissiez-vos venir, et vos et vostreconpaignie! ». La dame ne
respont mot, ainz vient au sarceil; quant ele nu treuve ouvert, si
chiet pasmée. Et misires Gauvains est moût esfraez quant il voit ce 4 .
La dame revint de pâmoison et giète un grant pleint. « Sire, fet la
damoisele à monseignor Gauvain, bien soiez-vos venuz ! Ma mère s
cuida oreins que vos fussiez ces fiuz, si an mena moût grant joie ;
et ore voit bien que vos ne Testes pas, si an est moût dotante; quar
cis sarceuz doit ouvrir tantost 6 conme il revendra, ne ne saura Tan,
très qu’à icele eure, qui gist dedanz. » La dame se dresce et pranl
monseignor Gauvain par la main : « Sire, fet-ele, conment est
votre nom? » — c Dame, fet-il, Tan m’apele Gauvain, le neveu le
roi Artu. » — « Sire, fet-ele, vos soiez le bien venuz por Tanmor
de mon fiuz et por amor de vos ! » La dame fet mener à un vallet
dedanz le chastel son cheval et porter son escu et son glaive. Puis,
entrent dedanz le chastel et moiguent monseignor Gauvain an la
sale et le font désarmer; après li aporte Ten Tève por laver ces
mains et son vis, car il esloit camoissiez du hauberc. La dame li fet
vestir une riche robe de dras de soie et d’or et forrée d’ermine. La
vesve dame ist hors de sa chambre et fet séoir monseignor Gauvain
dejouste lui. < Sire, fet-ele, savez-me-vos dire novele de mon fiuz
que je ne vi piéça, ore dont je auroie moût grant mestier. »
1 Lesciels. —* Se ce estoit mes fils.— * Notre Ms : M’aparillast.— * Quant il le voit.
— * Madame ma mère. — • Ici s'arrête Je premier fragment dn M*. de Berne. -
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— 43 —
« Dame, fet-il, je ne vos sai à dire ouïes nouvelles de lui, ce
poise moi, car il est li chevaliers du monde que je verroie plus
volentiers, se c’est vostre fiuz que l’an dit. Conmant a-il non? » —
« Sire, fet-ele, Pelles va us an droit bautesme, et estoit moût Jriaus
valiez quant il se parti de çoianz. Orsuna l’an dit que ce est li plus
biaus chevaliers qui vive et li plus hardiz et li plus nez de toutes
vileinies. Si m'auroit grant mestier ces hardemenz, car il me leissa
en grant gerre, quant il s’anparti de ci, por le chevalier au vermeil
escu qu’il ocist; il s’an ala dedanz la semaintoe si c’onques puis ne
le vi, si a jà bien VII anz passez. Or si me guerroie li frères au
chevalier qu’il ocist et li sires des Mores, et me veullent tolir mon
chastel si Diex ne m’an conseille. Car mi frère me sont trop loig, et
li rois Pelles de la Basse Gent a gerpie sa terre por Dieu et est
antrez en un hermitage; li rois du Chastel Mortel a autretant de
mauvestié et de félonnie conme cist dui ont de bien en eus, qui
assez en i ont. Cil ne m’i feront ne secourz ne aïde, car il cha-
longent monseignor le roi Peschéor et le seintime Graal et la lance
dont la pointe seingne chaucun jor; mès, se Dieu plest, il ne
l’aura jà. »
« Dame, fet misires Gauvains, il ot an l’ostel le roi Peschéor I
chevalier devant qui li seinz Graaus aparut 111 fois, ne onques ne
vost demander de quoi il servoit ne qui il honoroit. » — « Sire, dit
la fille à la veve dame, vos dites voir, et si est il li mieudres che¬
valiers del monde, ce dist l’an por l’amor de mon frère, mès je ain
moût tous les chevaliers par anmor de lui ; mès par le fol sans du
chevalier est chéuz li rois Peschièrres mes oncles en langour. » —
« Sire, fet la dame, tuit bon chevalier doivent aler véoir le riche
roi Peschéor; dont n’iroiz vous? » — c Dame, fet paisires Gauvains,
oïl, au plus tost que je pourrai. Car je n’ai aillors la voie enprisc. >
— c Sire, fet-ele, dont iroiz-vos mon fiuz véoir, si direz à mon
fiuz, se vos le véez, ma mesaise et ma mestance, et le roi Pescbierre
mon frère. Mès gardez, misires Gauvains, que vos soiez mieuz
apanssez que ne fu li chevaliers. » — « Dame, fet misires Gauvains,
je ferai ce que Diex m’enseignera. » Endemantres qu’il parloient
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— 44 —
ainsint, atant ez-vos les V chevaliers à la veve dame qui vcnoient
de la forest, et font aporter eers et biches et cenglers. Si descen¬
dirent et font grant joie de monseignor Gauvain, quant il sorent
que ce iert il.
Quant la viande fu prestée, il s’asistrent au mangier et
furent moût bien conraé et servi. Atant ez-vos le vallet qui ot la
porte ouverte à monseignor Gauvain. Si s’ajenoilie devant la veve
dame 1 . « Et quex nouveles? » fet-ele. — « Dame, il aura une moût
grant assemblée ès vaus qui jadis furent nostres. Jà i sont tandues
les loges galesches, et si sont cil anmedui qui vos gerroient et
autre chevalier à grant foison. Et ont devisié que cil qui mieuz le
fera asanbler prandra la garnison an cest chastel, quar il le gar¬
dera à un an anconlre touz les austres. > La dame vesve conmence
à plourçr. « Sire, fet-ele à monseignor Gauvain, or povez olr, cest
chastel n'est pas miens, ainz veullent dire cil chevalier qu'il est
leur, si com vos entandez. » — « Certes, dame, fet-il, il font grant
vileinie et péchié. »
Quant la table fu ostée, la damoiseie chiet à monseignor
Gauvain au piez en plorant; il l’en redresce tantost et li dist :
t lia! damoiseie, mar i féistes. » — « Sire, por Dieu, preigne-vos
pitié de ma dame ma mère et de moi. » — « Certes, damoiseie,
pitié en ai-je grant. > — « Sire, ore verra l'en, à cest besoing, se
vos estes bons chevaliers. Car la chevalerie est bone qui bien fet
por Damedié. » La veve dame et sa fille s'an vont an la chanbre
et li liz monseignor Gauvain fu fez enmi la sale. Si se vet couchier
et li V chevalier autresi. Misires Gauvains fu la nuit an grant
penssée. L’endemcin, quant il fu levez, il ala la messe oïr à une
chapele qui loianz estoit et après menja 1III sonpes en vin; si
s’arma après ; tantost lors demanda aus V chevaliers qui loianz
ièrent s’il iront véoir L’asanblée. c Oïl, sire, font-il, se vos i alez. »
— « Par foi, voirement i irai-je. » fet misires Gauvains. Li che-
i J’ai retranché ici le commencement d’one phrase, inachevée : El li dUt qu'il.
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— 46 —
valier se sont armez tantost et a l’en amené leur chevaus et le
monseignor Gauvain, et il vet prandre congié à la vesve dame et à
sa fille. Mès de ce meinent-eles grant joie qu’eles li ont oï dire qu’il
ira avec leur chevaliers à l’asenblée.
^iisircs Gauvains et li V chevalier monstèrent et issircnt
fors du chastel et chevauchièrent grant aléure devant une forest.
Misires (fauvains esgarde devint li, an la forclose de la forest, et voit
la plus bele qu’il onques mès éust vèue, et est si grant qu’il n’an
pot pas la quarte partie véoir ne savoir. El est garnie de hautes
forest d’une part et d’autre, et de granz pierres u milieu et de bcstcs
sauvages. « Sire, font li V chevalier, vez-ci les vans de Kamaa-
loth que l’an a toluz à madame et à sa fille, et des plus riches
chastiaus qui soient en Gales très qu’à VII. » — « C’est torz et
péchiéz. > fet misires Gauvains. II ont tant chevatichié qu’il voient
les enseignes et les escuz là où l’asanblée doit estre, et voient jà
montez les plusors des chevaliers touz armez et por courre lor
chevaus aval la praierie. Et voient les paveillons tanduz d’une part
et d’autre. Et misires Gauvains s’areste et li V chevalier desouz
un arbre et voient que chevalier osanblent et d’une part et d’autre.
Uns des V chevalier qui èrent avec lui li fist connoistre le scignor
des Mores et le frère au chevalier au vermeil escu qui avoit non
Chaos li rois. Tantost conme li tornoiemenz fu assanblez, misires
Gauvains et li chevalier viennent à l’asanblée, et misires Gauvains
s’an vet à un chevalier galois et le porte à terre, et lui et le cheval,
tout en I mont. Et li V viennent après à grant eslès et abatent
chaucuns le sien et c’esbaudissent moût por monseignor Gauvain.
Chaois li rois voit monseignor Gauvain, mès il nu connoisl pas; il
vet vers lui de plein eslès et misires Gauvains le reçoit au fer de
son glaive et le hurte si durement qu’il li brise la chenole du col
et li fet voler le glaive des poinz. Et misires Gauvains cerche les
renz et d’une part et d’auire, et ne trouve ne n’ancontre chevalier
devant li an sa voie qu’il ne meste jus du cheval ou qui ne soit
navrez, ou par lui ou par les V chevaliers, qui moignent moût grant
joie de ce que il li voient feire. Il li monstrent le seignor des Mores
qui venoit à moût grant route de gent. Il vet cele part à grant
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eslès. Si s’antrefièrent de lof glaives si aïréement qu’il les arçonent
et péçoieot et s’antrehurtent si durement des chevaus et des cors
que li sires des Mores pert les estriex, et est brisiez li arçons
derierres, et chiet à terre par desus la croupe del cheval, si que li
coinz de son hiaume fiche pleine paume en la prée. Et misires
Gau vains prent le cheval, qui moût estoit riches et bons,, maugré
toute sa gent, et le donna à un des V chevaliers, et cil le fef mener
el chastel de Kamaaloth par un vallet. Misires Gauvains cerclie
les rans d’une part et d’autre et fet tant d’armes conme nus cheva¬
liers péut plus feire méime; Il V chevalier ceillent grant hardement
et firent plus d'armes, cel jor, que il onques mès n’orent fet. Car il
n’i ot celui au moins qui n’oit chevalier abatu et cheval gaeingnié.
Li sires des Mores fu remontez desor son riche cheval, et ot grant
vergoingne de ce que misires Gauvains I’ot abatu. Il choisit mon-
seignor Gauvain et vet vers lui grant aléure et cuide vengier sa
honte. 11 s’antreviennent de grant eslès, et misires Gauvains le fiert
du tronçon qui li estoit remés enmi le piz, si qu’il l’esquartèle
tôt. Et li sires des Mores rebrise son glaive sor lui. Misires Gauvains
trait l’espée el gièle le tronçon à terre, et li sires des Mores fet ense-
ment et conmande A sa gent qu’il ne se mellent d’eus deus ; car
il ne trova onques chevalier qü’il ne conquist. Il se donent granz
cox sor les hiaumes, si que les estancèles en volent et les espées
usent. Li cop monseignor Gauvain sont greignor que li autre, car
il les done si granz et si orribles que le sanc raie au seignor des
Mores parmi la bouche et parmi le nés, si que li haubers an est
touz sanglanz; et ne peut plus andurer, ainz fiance prison à
monseignor Gauvain qui moût en est liez, et li V chevalier ense-
ment. Li sires des Mores vet descendre à sa tente et misires Gau¬
vains avec lui et descent, et misires Gauvains prant le cheval et
dit à un des V chevaliers : < Gardez-le-moi. » Et tuit li chevalier
sont repeirié an lor tentes, et s’acordent tuit et dient tuit que li
chevaliers au vermeil escu et à l’eigle d’or l’a mieuz fet que nos, et
demandent au seignor des Mores s’il s’i aeorde i , et il dist : < Oïl. »
i Le Ms. dit : acordent.
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- 47 -
« Sire, font-il à roonseignor Gauvain, dont avez-vos le garde an
cest chastel à Kamaaloth. » — «Grant merciz, seignors, » fet
monseignor Gauvains. Il apèle les V chevaliers et lor dist : « Sei¬
gnors, je veil que vos i soiez por moi et que vos le gardoiz par le
los des chevaliers qui ci sont, » — « Sire, nous le volons bien moût
volentiers. » — « Sire, fet monseignor Gauvains au seignor des
Mores, et vos doing cqnrae mon prison à la veve dame qui annuit
me herberga. » — « Sire, fet-il, non devez feire. Assanblée de
tornoi n’est pas genre. Por ce ne devez mon cors enprisoner en
chastel. Car je sui bien poissans de ma reançon paiier ci. Mès
dites-moi quex li vostres nons est. > — «L’en m’apele Gau vain. *
.— « Ha, misires Gauvains, je ai meintefoiz oï parler de vos, ne
onques mès ne vos vi. Mès, puisque li chastiaus de Kamaaloth est
en vostre garde, je vos créant loiaument que, devant un an et un
jor, n’ara mès li chastiaus garde de moi ne toute la terre à la dame,
ne de moi ne d’autre, là où je l’an puisse destorner, et si le vos
fianz devant tous ces chevaliers qui ci sont. Et, se vos volez or ne
argent de moi, je vos an donrai à vostre volante. » — « Sire, fet
-misires Gauvains, gran merciz, je m’an tieng bien atant comme
vos an avez dit. » Misires Gauvains prant congié et s’an retorne
vers le chastel de Kamaaloth, et an voie par I valet le cheval au
seignor des Mores à la fille à la veve dame, qui moût grant joie en
fist. Et li V chevalier anmoignent lor gaieng devant eus. Et, quant
il vindrent el chastel, adont fu grant la joie. Sé misires Gauvains fu
bien herbergiez la nuit el chastel, l’an ne s’an doit pas merveillier.
Il conta à la dame conmant li chastiaus estoit en la garde à ces
chevaliers. Quant il vint à la matinée, misires Gauvains se parti
del chastel et prist congié. Mès il ot avent oïc messe ; car tiex
estoit sa coustume. La veve dame et sa fille le conmandent à Dieu,
et li chastiaus demeure an greignor garde qu’il nfe l’ot trové.
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ne autre branche del Graal conmance ci, el nom
du pcre et del fil et del seint esperit. Et ce test ci
li contes de la mère au Bon Chevalier, et dit que
wra ^ misires Gauvains s’an vet, si conme Diex et aven- .
ture le moignent, vers la terre au riche roi Pes-
chéor. Et antre an une grant forest, touz armez,
son escu à son col et son glaive an sa main. Et prie Notre Seignor
qui le conseust de cest seint message qu'il a enpris, si qu'il le puisse
honorablement achever. Il chevaucha tant qu’il vint à la vespréeà
un recet qui estoit anmi la fbrest. Et estoit avironez d’une grant ève
et avoit anviron granz pleisseiz de bois, si que à grant poigne
povoit l’an choissir la sale qui moût estoit grant. La rivière qui l’avi-
ronnoit estoit èveroial, car ele ne perdoit son sounon ne son cors,
jusqu’an la mer. Et misires Gauvains panssa que c’estoit recet à
preudonme; il se trait cele part por herbergier. Si conme il aprou-
choit le pont du recet*, il regarde et voit un nain séoir sor I estage.
Il sailli sus : « Misires Gauvains, fet-il, bien puissiez-Vos venir! »
— « Biau douz amis, fet misires Gauvains, bone aventure vos doint
Dex! Connoissiez-me-vos donc?» fet-il. « Bien vos connois-je, fet
li nains, car je vos vi au lornoiement. En meillor point ne poviez-
vos mie venir çoianz, car mi sires n’i est pas. Mès vos i troverez
madame, la plus bele et la plus gente et la plus courtoise du réaume
de Logres, et si n’a pas encore XX anz. » — « Biaus anmis, fet
misires Gauvains, conmanta non li sires du recet?» — «Sire,
l’an l’apele del petit Gomeret. Je vois dire à ma dame que misires
Gauvains vient, li bons chevaliers, et qu’ele face grant joie. » Et
misires Gauvains se merveille moût de la joie que li nains li fet,
quar il a meintes vileignies trouvées en plusieurs leus, en cors de
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plusors nains. Li nains est venuz en la chambre où la dame estoit
« Or tost, dame, fet-il, menez grant joie, car misires Gauvains
vient herbergier avec vos. » — c Certes, fet-ele, de ce sui-je moût
liée et moût dotante, liée por ce que li bons chevaliers gcrra çà
dedanz, et dolante por ce que c’est li chevaliers u monde que mes
sires het plus. Si le reisone por amor de lui, car il m’a dit meia-
tefoiz c’onques misires Gauvains ne porta foi n’a dame n’a damoi-
sele, qu’il q’an féist sa volanté. » — « Dame, fet li nains, il n’est
pas voir quanque l’an dit. >
Autant misires Gauvains antre an la corl et descent, et la
damoisele li vient à l’encontre, et li dit : « Sire, à joie et à bone
aventure soiez-vos venyz! » — « Dame, fet-il, et vos aiez honor et
bone aventure ! » La dame le prant par la main et l’anmoigne an
la sale, et le fet asséoir sor une coste de pailles. Et un vallet raoinne
son cheval establer. Et li nains huche II autres valiez et fet mon-
seignor Gauvain désarmer et il i aide moût viguereusement, et fet
de Tève aporter por laver ses mains et son viaire. < Sire, fet li
nains, encore avez vos tous les poinz enflez des cox que vos
recéustes et donnastes au tornoiement. » Monseignor Gauvains ne
li respondi noiant. Et li nains antre an la chambre et aporte une
robe d’esquarlate forrée d'ermine, et la fet vestir à monseignor
Gauvain. Et la viande fu preste, et la table fu mise, et la dame
s’assiet au mangier. Il a esgardé la dame maintefoiz por la grant
biauté, et, se il voussist croire son cuer et ces euz, il éust tote
changiée sa panssée; més il avoit si son cuer noué et eslaint qu’il
ne li leissoit pensser chose qui à vileinie tornast, por le haust
pèlerinage qu’il avoit anpris; ainz conmança ces euz à oster
d’esgarder la dame, qui de très grant biauté estoit esprise. Après
mangier, fu fez li Hz monseignor Gauvain, et il s’apareille d’aler
coudrier. La dame li dist que bone aventure li donast Diex. Et il
li respont ensement. Quant la dame fu an sa chambre, li nains
dist à monseignor Gauvain : < Sire, je gerrai devant vos, si vos
sonlacerài tant que vos soiez endormiz. » — < Gran merciz, fet-il,
et Diex le me lest déservir an aucun tens ! » Li nains s’apuie
devant monseignor Gauvain sor une couste, et, quant il vit qu’il
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dormoit, il se liève au plus coiement qu’il pot et vient à une nef
qui esloit an la rivière qui couroit derière la sale, et antre anz,
puis nage contremont la rivière. Et vient à une pescherie où il avoit
une sale moût bele an une petite ilèle, et l’anclot un braz marins
de la rivière. Li jaleus estoit venuz por esbatre et gisoit anmi la
sale sour une couche. Li nains ist de . la nef là dedanz et alume
plein son poing de chandeles et vient devant la couche. « Quest-ce?
fet li nains, dormez-vos? » Et cil s esveilie moût effraéement et li
demande que il a et dont il vient. < En non Dieu, fet-il, vos ne
gisez mie si à eise com fet misires Gauvains. » — « Que savez-vos?»
fet-il. « Ju sai bien, fet li nains, car ju leissai ores an vostresale
et si cuit qu’il sont couchiez lui et votre famé braz à braz. » —
t Conment! fet-il, je li avoie desfandu qu’ele ne herberjast mon-
seignor Gauvain. » — « Par foi, fet li nains, ele li a fet la greignor
joie que je li véisse onques mès feire à nullui. Mès hastez-vos de
venir, car j’ai grant paor qu’il ne l’anmaint. » — « Par mon chief,
fet li chevaliers, je n’irai pas tant con il i soit. Mès ele le conparra,
quant il s’an sera alez. » — « Dont iert à tort, ce dist li nains, si
conme je cuit. »
Mjsires Gauvains gisoit an la sale, qui garde ne se donoit
de ce; il voit que li jorz aparut, biaus et clérs, si s’est levez. La
damoisele vient à Puis de la sale et ne vit pas del nain, si connut
bien sa traïson ; elle dist à monseignor Gauvain : c Sire, por Dieu,
aiez merci de moi, car li nains m’a traie. Se vos esloigniez noslre
forest et vos ne m’aidiez à rescourre de la doulor que mes sires me
fera soufrir, vos i auroiz grant péchié. Car vos savez bien que je
ne doi estre ancourpée vers mon seignor ne vers autre, par droit,
de chose que vos aiez feite vers moi, ne je vers vos. » — « Vos
dites voir. » fet misires Gauvains. Atant c’est armez et prant congié
à la dame et s’an ist fors du bel recet et s’anbuche an la forest près
d’ilec. Atant ez-vos le jalous chevaliers où il vient, lui et son nain.
Et antre dedanz la sale. La dame li vient à l’ancontre : < Sire,
fet-ele, bien puissiez-vos venir! » — « Et vos aiez, fet-il, honte et
male aventure, comme la plus desloial qui vive, quant vos avez
annuit herbergié an mon ostel et an mon lit celui que je plus
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resoigne I » — « Sire, fet-ele, an vostre ostel le herbergai-je, mès
onques vostre liz ne fu vergondez par moi, ne jà n’iert. » — « Vos
maniez, fet-il, conme fause. » Il s’arme tout erramment et fet
armer son cheval, puis fet la dame desceindre et despoillier en sa
chemise, qui merci li crioit moût doucement en plourant. Il monte
sor son cheval et prant s’on escu et son glaive, et fet la dame
prandre au nain par les tresces et la fet amener après lui en la
forest. Et s’areste desus un lac d’une fonteigne et la fet entrer en
• l’ève qui sordoit moût froide, et descent et ceilli verges cinglanz an
la forest et la conmança à batre et à férir très parmi le dos et parmi
les mameles, si que li ruz de la fonteigne en estoit toz sanglanz.
Et ele conmança moût haust à crier. Adont primes l’oi monseignor
Gauvains et se desbuche de là où il estoit et vient celle part grant
aléure. « Par foi, fet li nains, vez-ci monseignor Gauvain où il
vient. » — « Par foi, fet li chevaliers, or sa-je bien que il n’i ot
se vileinie non, et que ce est bien chose prouvée. » Atant est misires
Gauvains venuz et dist : « Avoi, sire chevaliers, porquoi ociez-vos
la meillor dame et la plus loial que je onques véissc? Onques mès
ne trouvai dame qui tant m’annourast ; si l’an déussiez savoir moût
bon gré ; ne an sa contenance, ne an son parler, ne an soi ne tro-
vai-je se tous les biens non, que l’an peut trouver an bone dame et
en loial. Si feites grant mal et grant péchié quant vos la maumetez
ainsint. Si vos voudroie prier par franchise et par amor que vos li
pardonnesiez vostre ire et que vos la méissiez hors de l’ève. Et si
vos jurrai sor seinz an cele chapele c’onques mal ne vileignic ne li
requis, ne talant n’an oi. » Li chevaliers fu pleins de grant ire
porce qu’il vit que misires Gauvains n’an estoit pas alez, et une
angoisseuse jalousie li alume le cuer et le cors et ancharja har-
dement de grant folie et d’outrage, et misireâ Gauvains qui ancor
est devant li le meut en greignor errour. Et toutes voies li dit por
la péor qu’il ot de li : < Misires Gauvains, fet-il, je l’an osterai par
un convenant que vos joustcroiz à moi et je à vos, et, se vos me
povez conquerre, quite sera du meffet et du blasme. Et se je vos
conquier, ele an iert ancoupée; tiex en iert li juises. » — « Je ne
demant mieuz. » fet misires Gauvains.
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— 68 -
A.tant, fet li chevaliers au nain feire mestre hors la dame da
lac de la fonteigne, et la fet séoir en une lande où il dévoient
jouster. Li chevaliers se trait arriers por prendre son eslès, et
misires Gauvains vient tant conme li chevaus li [peut randre
vers Marine le jalous. Et, quant il le voit venir, si eschive son
cop, il beisse son glaive et vient à sa famé qui se dementoit
moût durement et plouroit conme cele qui coupe n’i avoit, il la
fiert parmi le cors et l’ocit, puis s’antorne, tant con cheval lan peut-
porter, vers son recet. Misires Gauvains voit la damoisele morte et
le nain qui s’anfuit grant aléure après son seignor, il le conssuit et
le démarche au piez de son cheval tant qu’il li criève le cuer du
ventre, puis s’an vet vers le recet, car il cuide antrer dedanz. Mès
il trouva le pont fermé et la porte verrouilliée. Et Marins li escrie :
< Ceste honte et ceste mésaventure m’est avenue par vos; mès vos
le conparroiz encore, se je vif. » Misires Gauvains ne vost pas
pleidier à lui; ainz se retrait arrière et revient là où la dame
gisoit morte, et la charge desor le col de son cheval toute sanglante.
Après Fanporte à une chapele qui estoit defors l’antrée du recet.
Puis descendi et le mist dedanz la chapele au plus belement qu’il
péut, conme cil qui moût an estoit dolanz et correciez. Après,
reclot l’uis de la chapele conme cil qui péor ot du cors por les
bestes sauvages, et se panssa que l’an la venroit ansevelir et enterrer
quant il s’an seroit partiz.
Autant s’an part monseignor Gauvains, moult courreciez, car
onques mès chose ne li avint, ce li sanble, dont il li pesast plus au
cuer. Et il chevauche, panssis et enbrons, parmi la forest, et voit
un chevalier venir la* voie que il venoit, si venoit an sauvage meu¬
nière; il chevauchoit à reculions an moût sauvage menière, ce
devant derrière, et avoit les reignes de son cheval très parmi son
piz, et portoit le pié de son escu desus et le chief desouz et son
glaive ce desouz desuz, et son hauberc et ses choses de fer trousée
à son col. Il voit monseignor Gauvain venir toute la foresf, qui
moût se merveille de lui quant il le voit, mès cil ne le voit pas,
mès il li crie moût haust : « Gentil chevaliers qui là venez, por
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V
— 53 -
Dieu, ne me feites nul mal, car je sui li Couarz Chevaliers. » —
« Par Dieu, fet misires Gauvains, vos ne me sanblez pas home qui
Tan doie mal feire. » Et, se ne fust la grant pansée de la grant ire
qu’il avoit, volantiers éust ris de sa contenance. < Sire chevaliers,
fet misires Gauvains, vos n’avez garde de moi. » Atant s’aproche et
le voit anmi le visage, et li Couarz Chevaliers lui. c Sire, fet-il, bien
puissiez-vos venir! » — « Et vos autresinl* fet misires Gauvains.
A qui estes-vos, sire chevaliers? » — « A la damoisele du char. »—
' « Tant vos ain-je mieuz, > fet misires Gauvains. « Enhaudieus,
fet li Couarz Chevaliers, dont n’auré-je garde de vos. » —««Non
voir, fet misires Gauvains, soiez tout aséur. » Li Couarz Chevaliers
voit l’escu monseignor Gau vain et le connoist : < Ha, sire, fet-il,
or sai-je bien qui vos estes. Or descendrai-je et chevaucherai à
droit et remetrai mes armes à point. Car vos estes misires Gau¬
vains, ne nus ne devoit conquerre cel escu se vos non. » Li che¬
valiers descent et met ses armes à droit, et prie monseignor Gau-
vain qu’il s’arest tant qu’il soit armez ; et il si fet moût volantiers
et li aide. Atant ez-vos un chevalier où il vient grant aléure au.
travers de la forest conme tempes te, et avoit un escu parti de
blanc et de noir. « Misires Gauvains, fet cil, arestez-vos, car je
vos dcsfi, de par Marin le jalous, qui por vos a sa famé ocise. » —
« Sire chevaliers, fet misires Gauvains, de ce sui-je moût dolanz
an mon cuer, car ele n’avoit mort déservie. » - « Ce ne vaut
noiant, fet li Partiz Chevaliers, car je vos en requier la mort. Se
je vos conqueir, li torz en est vostres, et, se vos me conquérez,
misires tient le blâme et la honte por seue, et si tanra son ostez de
vos, se vos m’an laissiez eschaper vif. » — c Ce ne vos vé-je, fet
misires Gauvains, car Diex sait bien que je n’i ai coupes. » —
« Ha, misires Gauvains, fet li Couarz Chevaliers, ne vos combatez
pas, sor ma fiance. Car vos n’aurez jà ne secors ne aïde de moi. »
— < J’ai achevées [maintes aventures] fet misires Gauvains, sanz
vos; si ferai-je ancor ceste, se Diex m’an voust aidier. » Il s’antre-
vienent de plein eslès et brisent lor lances sor lor escuz, et misires
Gauvains hurte le cheval et passe outre et abat, tout ensanble,
et lui et le cheval. Après, trait l’espée et li cort sus. Et li chevaliers
li escrie : c Avoi, misires Gauvains, me voulez-vos donc ocirre?
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— 54 —
je me rant conquis, car je ne vcil pas mourir por autrui folie, et
si vos en cri merci. » Misires Gauvains pajisse qu'il ne li fera plus
mal, car les conmandemanz son seignor doit il bien feire. 11 tant
ces mains et li fet houmage, de par son seignor, de son recet et de
toute sa terre, et devient ces hon.
Autant s’en part li chevaliers, et misires Gauvains remaint
ileques. « Sire, fet li Couarz Chevaliers à monseignor Gauvain,
je ne voudroie pas estre si hardiz conme vos estes. Car, se m'aït
Diex, s'il m’éust ausint desfié conme il fist vos, je m’an fusse fouiz
tantost, ou je li fusse chéuz au piez por crier li merci. » — « Vos
ne volez se pès non. > fet misires Gauvains. < Par Saint Jaques,
fet li Couarz, i a grant droit. Car il ne vient de gerre se mal non ;
ne je n’oi onques plaie ne blecéure, se aucuns rains ne la me fist;
et je voi vostre viaire tôt déplaié et navré an plusors leus. Si m’aït
Diex, de tel hardiece n’ai-je cuire, et chaucun jor pri-je Dieu que
m’an desfande. Si vos conmant à Dieu, car je m’an vois après ma
damoisele del char. » — « Vos n’an iroiz mie ainsint, fet misires
Gauvains, ains me diroiz ainçois por quoi vostre damoisele du
char porte son braz à son col pandu en tel menière. » — « Sire, ce
vos dirai-je bien. Ele servi, du seintime Graal, de cele main, le
chevalier qui fu en l’ostel le roi Peschéor, qui ne vost demander de
quoi li Graaus servoil; por ce qu’ele en tint le précieus veissel
en quoi li glorieus sans dégoûta de la poigtc de la lance, si n’en
vost nule autre chose tenir jusqu’à cele houre qu’ele revendra
el seint leu où il est. Sire, fet li Couarz Chevaliers, or m’an
puis-je bien aler, s’il vos plest; et vez-ci mon glaive que je vos
doing, quar je n’an ai que feire. » Misires Gauvains le prant,
car li siens esloit tronçonnez, et se part du chevalier et le con-
mande à Dieu. Et s’an vet grant aléure et misires Gauvains parmi
la forest et est moût traveilliez et moût las. Et chevaucha tant que
li souleus dut esconser. Et ancontre un chevalier qui s’an venoit
au travers de la forest et s’an venoit vers monseignor Gauvain,
grant aléure, si conme cil qui estoit fcruz parmi le cors; et crie
sor toute la forest : « Conmant avez-vos non, sires chevaliers? » —
c Je ai non Gauvains. » — « lia ! misires Gauvains, fet cil,
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ainsint sui-je navrez en vostre servise. » — < Conraant en mon
servise? » fet misires Gauvains. < Sire, je vouloie enterrer la
damoisele que vos aportastes an la chapele, et Marins li jalous me
courut sus, et me navra en plusors leus, en tel menière que vos
véez. Et je avoi jà la fosse feite à m’espée por le cors anterrer,
quant il la me toli et l'abandonna as bestes sauvages. Or m’an vois
ci ilec à une chapele à un ermite qui est an ceste forest, por moi
confesser. Car je sai bien que je ne vivrai pas longuement, car la
plaie me gist moût près del cuer. Mès je mourrai plus à eise de ce
que je vûs ai trouvé et vos ai monstré l'annui que Tan m’a fet por
vos. » — « Certes, fet misires Gauvains, ce poise moi. >
Atant s’an part li chevaliers, et misires Gauvains chevaucha
tant que il trouva en la forest un chastel moût bel et moût riche,
et encontra un ancien chevalier qui esloit oissuz del chastel por
esbatre, et tenoit un oisel sor son poing. Il salue monseignor Gau*
vain, et il lui, et li demanda quel chastel ce est, que il voit si bel
aparoir. Et il dist que c'est li chastiaus à l'orgeuleuse pucele qui
onques ne daigna demander à chevalier son nom. < Et nos qui à
lui somes, ne l'osons feire por lui. Mès vos seroiz moût bien her-
bergiez el chastel, car ele est moût courtoise an autre manière, et
la plus bele que l’an sache. Ne oncques an autre manière n’ot
scignor, ne onques ne daigna anmcr chevalier, s'ele n’oït dire qu’il
fust le meillor chevalier du monde. Et je m’an irai avec vos por
courtoisie. » — « Gran merciz, sire. » fait misires Gauvains. Il
antrent u chastel andui ansanble et descendent à un perron devant
la sale. Li chevaliers prant monseignor Gauvain parmi la main et
l'anmoigne contremont et le fet désarmer et li porte un sercot
d'esquarlate, fouré de veir, et li fet afubler. Puis amoinne la dame
duchaslel à monseignor Gauvain, et il sa dresce anconlre li :
« Dame, fel-il, bien puissiez-vos venir! » — € Et vos, soiez bien
venuz, sire, fet-ele. Volez-vos véoir ma chapele? » — « Damoisele,
fet misires Gauvains, à vostre pleisir. » Et ele l'i moigne et prant
par la main monseignor Gauvain, et il regarde la chapele et li
sanble bien c'onques mès n'anlra an si bele ne an si riche, et voit
1111 sarceuz dedanz, les plus biaus que nus véist onques. Et avoit
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à la destre partie de la chapele III pertuis an I mur, qui estoient
tuit avironnez d’or et de pierres précieuses, et voit outre les trois
pertuis grant luminaire de cbandeles devant III filatieres qui là
estoient. Et fleuraient plus souef que baumes. < Sire chevaliers,
fet la damoisele, véez-vos ces sarceus? » — « Damoiseie, fet
misires Gauvains, oïl. » — « Li III sont fet por les III meillors
chevaliers du.monde, et li quarz por moi. Li uns a non mon-
seignor Gauvains, et li autres Lanceloz du lac. Je les ain por
anmors chaucun par foi. Et li tiers a non Pellesvaus. Celui ain-je
plus que les autres II. Et en ces III pertuis sont les reliques mises
por amor d’eus. Et or esgardez que je feroie d’eus se tour 111 chiés
estoietot çà dedanz ; et, se je ne le puis feire àus III ansanble, je le
ferai aus II ou à l’un. » Ele met la main vers les pertuis, et trait
* une cheville hors, qui fichiée estoit parmi le mur, et un tranchéor
d’acier chiet hors, d’acier, plus tranchant que nul rasors; et clôt
les III pertuis : < Et ainsint lor trancheroie-je les chiés quant il
cuideroient aourer les reliques, si sont outre les III pertuis. Après,
ferai les cors prandre et mestre les ès III sarceuz et moût riche¬
ment ennourer et ensevelir, car je ne puis avoir joie d’eus en lor
vie. Et, quant la fin de ma vie iert venue, que Diex le voudra, si
me ferai mestre el quart sarcueil, et aurai la conpaignie des trois
bons chevaliers. » Misires Gauvains ot la parole, si s’en merveille
moût durement et voudrait bien que la nuit fu trespassée. 11
issent fors de la chapele. La damoisele fet monseignor Gauvain
moût honourer cele nuit, et out grant compaignie de chevaliers là
dedanz, qui le servoient et qui aidoient le chastel à garder. Il
honorent moût monseignor Gauvain, mes il ne sorent pas que ce
fust il, ne il nu demandèrent pas; car ce n’estoit pas la coutume
du chastel. Mais ele savoit bien que il trespassoient parmi la forest
souvant, elo avoit conmandé à 1III de ces chevaliers, qui la forest
gardoient et les trespas, se nus de ces III chevaliers passast, que il
li amenassent sanz contredit; et ele en croislroit à chaucun sa terre.
Mm
Lisires Gauvain fu anuit el chastel trèsqu’à l’endemain et
ala la messe oïr en la chapele ainz qu’il se méust. Après, quant il
ont oïe messe et il fu armez, il prist congié à la demoisele et oissi
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- 57 -
fors du chastel conme cil qui n’a taïaut de plus arester. Et antre
an la forest et chevauche une grant lieue galesche et trouva II che¬
valiers séanz en un destor de la forest. Et, quant cil le voient venir,
il saillent sus les chevaus tuit armé et viennent contre monseignor
Gauvain, les escuz aus cox et les glaives ès poînz. < Sire cheva¬
liers, font-il, aretez-vos, si nos dites vostre non sanz mantir. » —
« Seignors, fet-il, moût volentiers. Mes nons ne fu onques célez
puis que l’an le me demandas!. L’an m’apele Gauvain, le neveu le
roi Artu. » — « Or, çà, sire, bien puissiez-vos cstre venuz; autre
demandieûz-nos fors vos; si vendroiz à la dame du mont avec nos,
qui moût vos désirre et qui fera moût grant joie de vos, au
chastel Orgeillous où ele est. > — Seignor, fet mesires Gauvains,
n’i ai loisir de l’aler, car j’ai aillors ma voie anprise. » — « Sire,
font-il, vos i covient à venir sanz faille, car il nos est ainsint com¬
mandé que nos vos i maingnons à force, se vos n’i volez venir
déboneirement. » — «Je vos ai bien dit que je n’i irai pas. » fet
misires Gauvains. Lors saillent avant et le prannent par le fraing
et l’en cuident mener à force. Et misires Gauvains se vergoigne et
trait l’espée et fiert l’un par tel aïr qu’il li cope le braz. Et li autres
let le fraing et s’an torne grant aléure et cil avec, qui afolez estoit.
Et s’an vont vers le chastel Orgeilleus et vers l’orgeilleuse pucele del
chastel, et li monstrent le doumache qui avenuz lor estoit. < Qui
vos a ainssint malbailli? » fet ele. «Certes, dame, misires Gau¬
vains. » — « Où le trovastes-vos? » — « Dame, font-cil, an la
forest, où il venoit vers nos grant aléure et voloit passer le destroit;
quant nos li déismes qu’il s’arestast et venist à vos, il n’i vost venir.
Nos li féimes force et il trancha le braz à mon cônpaignon. » Ele
fet sonner un cor tôt errant, et li chevalier du chastel s’arment et ele
lor commande à suivre monseignor Gauvain, et dist qu’ele croistra
sa terre et sa garison qui li amenra. Il furent bien XV chevaliers,
armez. Ainsint comme il dévoient oissir del chastel, atant ez-vos II
gardes de la forest où il viennent, anbedui fu feruz parmi les cors.
La damoisele et les chevaliers lor demande qui ce lor « fet, et il
dient : monseignor Gauvain qui ce lor a fet, qu’il voloient amener
el chastel. — « Est-il loinz? 9 fet la damoisele. « Oïl, fet-il,
IIII granz lieues galesches. » — « Et plus grant folie seroit de
a
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lui suivre, fet li uns des XVI chevaliers, car nos n’i acroistrons
fors nostre honte et nostre doumage; et ma dame Ta perdu par son
forfet; car nos savons bien que ce fu il qui çà dedanz jut, se il
porte un escu de sinople à une aigle d'or. » — « Oïl, fet li cheva¬
liers navrez, sanz faille. > — < Dont est-il ce? fet la dame, je le
connois bien, car je l'ai perdu par mon orgeil et par mon oustraje,
ne jà mès chevalier ne gerra an mon ostel, puisque il soit estranges,
que je ne li demande son non. Mès c’est à tart, car i a failli à
celui à toujors mès, se Dex ne le me ramoigne, et par cetui per¬
drai-je les deus austres. »
A.tant demoure la chace de monseignor Gauvain qui s'an vet
et prie à Dieu qu’il li anvoit verai conseil, de ce qu’il a enpris, et
qu’il le lest an aucun lieu venir o.ù il puist oïr noveles veraies de
l’ostel au roi Peschéor. Ainsint con il le pansoit, il ot un brachet
glapir et s’an vient vers lui grant aléure. Si conme il ot aprochié
monseignor Gauvain, il met le nés à terre et trueve une trace de
sanc parmi une voieerbeuse en la forest, et, quant misires Gauvains
vouloit leissier la voie de la. trace del sant, li brachez venoit
ancontre et glapissoit. Monseignor Gauvains ne vost gerpir la trace,
ains suit le brachet grant aléure, tant qu’il vient anmi la forest,
an un marès, et i voit une meson an un marès, viez et ancienne.
Il passe après le brachet par Jésus le pont qui moût estoit foibles,
et avoit grant ève desouz, et vient an la sale qui gaste estoit et
ancienne. Et li brachez lest le glatir. Misires Gauvains voit enmi
la meson un chevalier qui estoit feruz parmi le piz trèsqu’au cuer,
et gisoit ileques morz. Une damoisele issoit hors de la chambre et
aportoit le suaire por lui ansevelir. « Damoisele, fet misires Gau¬
vains, bone aventure aiez-vos! » La damoisele, qui plouroit
moût tandrement, li dist : < Sire, je ne vos respondrai pas. » Ele
vient vers le mort chevalier, et cuidoit que ces plaies li rescreuas-
sent à seignier, mès. non feisoient. « Sire, fet-ele à monseignor
Gauvain, bien soiez-vos venuz. » — « Damoisele, fet-il, Diex vos
doint plus grant joie que vos n’avez. » Et la damoisele dit au
brachet : « Je ne vos rouvoie pas cetui amener, mès celui qui cest
chevalier ocist. » — « Savez-vos donc qui l’a ocis, damoisele? »
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— 59 —
fet misires Gauvains. < Oïl, fet-ele, bien ; Lanceloz du Lac Tocist
en cele forest, de qui Diex ra’achat vengeqpe, et de touz ceus
de la cort le roi Artus, car il nos ont feit maint annui et maint
doumache. Mès, se Dieu plest, il an iert ancor moût bien ven¬
giez, car il a un moût bel fil et je suis sa seur ; si a moût de
bons amis. > — « Damoisele, à Dieu vos conmant. » fet misires
Gauvafins. Atant est oissuz du gaste manoir, et s’an revet an son
chemin qu’il avoit gerpi, et prie à Dieu qu’il li laisl trouver Lancelot
du Lac.
«A»
h rcconmance une autre branche del Graal, el nom
del père et del fil et del seint esperit. Misires Gau¬
vains s an vet, et vespres aprouche, et avoit à destre
unestroit sa n lier qui li sanblot estre hantez de genz.
Il s’an vet cele part, por ce qu’il vit lesouleil abeis-
sier, et treuve an l’espoisse de la forest une grant
chapele. Et avoit un moult biau manoir npr defors. Devant la chapelc
avoit un vergier qui clos estoit de baliz de bois et n’avoit pas Testant
d’un home de haust. Un hermites, qui moût sanbloit estre preudons,
i estoit apoiez et regardoit dedanz le vergier, et feisoit grant joie
d’eures en autre. Il voit monseignor Gauvain, si vet ancontre lui,
et monseignor Gauvains descent. « Sire, fet li hermites, bien puis-
siez-vos venir! » — t Diex vos oslroit la joie de paradis! » fet
misires Gauvains. Li hermites fet son cheval establer à un vallet,
puis le prant par la main et le fet séoir dejousle lui, por esgarder
le vergier. t Sire, fet li hermites, or véez de quoi je fas joie. »
Misires Gauvains esgarde là dedanz et voit II damoiseles et un
vallet et I anfant qui gardoient I lion. < Sire, fet li hermites,
véez-vos ici ma joie de cesl anfant.' Véistes-vos onques de son
aage si bel anfant? » — < Nanil. » fet misires Gauvains. Il s’an
vont u vergier séoir, car la vesprée estoit bele el sérié. Il le fet
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— 60 —
désarmer; après, li a porte la damoisele un sercot de soie moût riche,
fourré d’ermine. Et misires Gauvains regarde l’anfant qui chevau-
choit le lion moût volantiers. c Sire, fet li hermites, nus n’ose
garder ne meslroier, se cil anfes non. Et si n’a pas li valiez plus
de VI anz. Sire, il est de moût haust lignage, mès il est fiuz au
plus cruel home et au plus félon qui soit. Marins li jalous est ces
pères, qui sa famé ocist por monseignor Gauvain. N’onques puis,
li valiez ne vost éstre avec son père, que sa mère fu morte; car il
set bien qu’il l’ocist à tort. Et je sui ces oncles, si le fas ici garder
à ces damoiseles et à ces II valez, mès il n’est nule chose qu’il désire
tant à véoir conme monseignor Gauvain. Car il doit estre ces homs,
après la mort son père. Sire, se vos en savez noveles, si le nos
dites. » — « Par foi, sire, fct-il, nouveles en sai-je veraies. Vez-
vos là son escu et son glaive, et lui mcimes auroiz-vos annuit à
oste. » — « Biau sire, esles-vos ce? » fet li hermites. t Ainsint
m’apele l’an, fet misires Gauvains, et la dame vi-ge ocirre an ta
forest, de quoi je sui moût courreciez. »
« Biau niés, fet li hermites, vez-ci vostre désirier, venez à li,
et li feites joie. » Li valiez se part del lion et le fiert d’une courgiée
et le moigne en la cave et fet l’uis fermer, qu’il n’an puist fors
oissir, et vient à monseigqpr Gauvain et monseignor Gauvains le
reçoit antre ces braz. « Sire, fet li enfes, bien $oiez-vos venuz! i
— « Diex vos croisse hopor! » fet misires Gauyains. Il le beise
et conjoit moût doucement, c Sire, fet li hermites, cist doit estre
vostre hons, ce lui devez-vos aidier et conseillier, car sa mère
reçut mort por vos. Cist aura moût grant mestier de vostre aide. »
Li enfes s’ajenoille devant lui et li tant ces mains jointes. € Sire,
esgardez grant pitié, fet li hermites, il vos offre son oumage. »
Et misires Gauvains met ces mains antor les seues. « Certes, fet
misires Gauvains, et vostre honor et vostre houmage ai-je moût, et
m’aide et mon conseil auroiz-vos toutes les foiz que vos an auroiz
mestier. Mès je veil savoir*vostre nom. » — « Sire, l’an m’apele
Meliot de Logres. » — « Sire, il dit voir, fet li hermites, car sa
mère fu fille à I riche conte du réaume de Logres. >
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Cl —
Misires Gauvains fu la nuit bien herbergiez et jut an une
mont bele meson et moût riche. Au matin, quant misires Gau¬
vains ot la messe oïe, li hermites li demande : « Quel part iroiz-
voz? » et il dist : « Vers la terre au roi Peschéor, se Diex le me
veust consentir. » — « Mesires Gauvains, fet li hermites, or vos
doint Diex mieuz feire vostre esploit que li austres chevaliers ne
fist, qui devant vos i fu, par quoi les terres sont chéqes an doulor,
et li bons rois Peschierres en lenguist. » — « Sire, fet misires
Gauvains, Diex m’an laist feire son pleisir! » Atant prant congié,
si s’an vet. Li hermites le coumande à Dieu. Et misires Gauvains
chevauche tant par ces jornées qu’il esloigne la forest de l’ermi¬
tage, et treuve la plus bele terre du monde et les plus beles praierics
que nus véist onques; et duroit bien II granz lieues galesches. Et
voit une haute forest par devant lui et ancontre un vallet qui venoit
cele part, et le voit moût mat et moût sinple. « Biaus aurais, fet
misires Gauvains, dont venez-vos? » — « Sire, fet-il, je vien de
cele forest là dedanz. » — « A qui estez-vos? » fet misires Gau¬
vains. « Je sui à un preudonme à qui la forest est. » — « Vos ne
sanblez pas estre bien liez. » fet misires Gauvains. « Sire, j’ai
droit, fet li valiez, car qui pert son bon seignor, il ne doit pas
estre liez. » — « Et qui est vostre sires? » — « Li meillors del
monde. » — t Est-il morz? » fet misires Gauvains. « Nanil voir,
fet li valiez, car ce seroil moût grant doulor au siècle; mès il ne
fu en joie, moût grant pièça. » — «Et conmant a-il non?» fet
misires Gauvains. « L’an l’apele, fet-il, Parlui, là où il est. » —
« Et où est-il donques? Le porroie-je savoir? » — « Sire, nanil
par moi, mès tant vos puis-je bien dire qu'il est en cele forest,
mais je ne doi pas le leu anseigner autrement, ne je ne doi pas
chose feire qui soit contre la volonté mon mestre. » Misires Gau¬
vains voit le vallet de très grant biauté et le voit adès enbronchier
vers terre et les lermes chéoir deseuz. Si li demande que il a.
c Sire, fet-il, je ne puis avoir joie trèsqu’à cele houre que je soie
entrez en un hermitage por m’ame sauver. Car j’ai fet le greignor
péchié que nus péust feire, car j’ai ocise ma mère qui réine estoit,
por ce soulement qu’ele dist que je ne seroie pas rois après la mort
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Go» le
62 —
mon père, ainz me feroit moine ou clerc, et mes austres frères qui
meinnez estoit auroit le réaume. Quant nos pères sot que j’oi ocise
ma mère, il se randi en ceste forest et fist un hermitage et gerpi
son réaume ; je nç voil pas tenir la terre por la grant desloiauté
que je avoie feite, si me sui porpanssez que je doi mieuz mestre
mon cors à essil que mes pères. » — c Et conment est vostre
non? » fet misires Gauvains. < Sire, je ai non Joseus et sui du
lignage Joseph d’Abarimacie; li rois Pelles est mes pères, qui en
ceste forest est, et li rois Peschierres mes oncles et li rois del
Chastel Morel, et la veve dame de Kamaalot m’ante, et li Bons Che¬
valiers Par-qui-li-fez 1 est de cest lignage autresint proucheins
comme je sui.
A.tant s’anpart li valiez et prant confié à monseignor Gau-
vain, et il leconmande à Dieu et moût an a grant pitié et entre an la
forest et s’an vet grant aléure et treuve le riu d’une fonteigne qui
couroit par grant ravine, et avoit près d’ilec une voie qui moût
estoit hantée. Il gerpi sa grant voie et s’en vet tout le ru de la fon-
teinne qui li dure une grant lieue plénière, tant qu’il choisi une
moût bele meson et une moût bele chapele qui moût estoit bien
close de haie de bois. Il garde par defors à l’entrée, desouz un
petit arbre et il i voit un des plus biaus home séoir qu’il éust
onques mès véu an son ange. Et estoit vestuz conme hermites,
blanche la teste et la barbe chanue, et tenoit sa main à sa meisele,
et feisoit tenir à I vallet un destrier moût bel et fort et grant et
un escu au souleil, et resgardoit un hauberc et unes chauces de
fer qu’il ot feites devant lui aporler, et, quant il voit monseignor
Gauvain venir, si se dresa ancontre lui et li dist : < Biau sire, fet-il,
chevauchiez belement et ne nos feites pas noise, car nos n’avons
mestier de pis avoir que nos avons. > Et misires Gauvains s’areste
et li preudons li dist : < Sire, por Dieu, ne le tenez â vileinie,
car je vos proiasse moût volentiers de herbergier se je n’éussc
1 On plutôt : par lui fez : qui s’est fait par luUmémc. Voir pag. 63.
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— 63 —
essoigne, mès ans chevaliers gist là dedanz malades que l’en tient
au meillor chevalier del monde. Si ne voudroie pas qu’il éust nul
chevalier en cest porpris, car il se leveroit, jà si deshaitiez conme
il est, ne ne le porroit nus garder ne retenir qu’il ne s’armast et
qu’il ne monstast sur son cheval et qu’il ne jouslast à vos ou à
autre, s’il estoit ci, si l’an porroit bien de pis estre. Et por ce, le
gardé-je çà dedanz si an recoi f , que je ne veil qu’il voie ne vos ne
autrui, car ce seroit grant doumage au siècle s’il mouroit si tost. »
— « Sire, fet misires Gauvains, conmant a-il non? » — « Sire,
fet-il, il c’est fez par lui méime et por ce l’apelé-je : Parfez, par
chierté et par anmor. » —• « Sire, fet misires Gauvains, poroit-il
estre en nule manière que je le voisse?» — « Sire, fet li hermites,
je vos ai bien dit que nanil, nuz hons estranges ne le verra jâ
çoianz, devant ccle houre qu’il iert sains et en joie. » — « Sire,
fet misires Gauvains, feriez-mi-vos en nule manière de ce que je
vos diroie? » — « Certes, sire, il n’est nule riens u monde que je
li déisse s’il ne m’apeloit avant. » Moût est dolanz misires Gau¬
vains de ce qu’il ne peut parler au chevalier. « Sire, fet-il à l’er¬
mite, de quel aage est li chevaliers et de quel lignage? » — « Du
lignage Joseph d’Abarimacie, le bon sodoiier. »
Autant ez-vos une damoisele qui vient à Fuis de la chapele et
apele l’ermite moût bas, et li hermites se liève et prant congié à
monseignor Gauvain et clos Fuis de la chapele, et li valiez enmoine
le destrier et anporte les armes ià dedanz et referme le potiz de la
meson. Et misires [Gauvains] remeint defors et ne sel de voir se
il est fiuz à la veve dame, car il sont maint bon d’un lignage. 11
se part touz esbahiz et rantre en la forest. Li esloires ne raconte
pas toutes les jornées qu’il fist. Àinz vos veil dire à bries paroles
que il erra tant par terres et réaumes que il trouva une terre moût
bele et moût riche et un chastel el mileu séant. 11 s’an vet cele part
et aproche del chastel et le voit avironé de granz murs et voit
Fantrée del chastel moût fors. 11 esgarde et voit un lion enchaenné
* En recoi, plus son vent à recoi , en secret.
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64 —
qui se gisoit cnmi Pantrée de la porte, et esloit fichiée la cbeanne
el mur. Et voit de chaucune partie de la porte II vileins de cuivre
. marssis, qui fichiez estoient el mur et descochoient, par anging,
quarriaus darbaleste, par grant force et par grant aïr. Misires Gau-
vains n’ose aprochier la porte, por ce qu’il voit 1 le lion à la porte et
itiex genz. Il esgarde desuz le mur amont et voit une manière de
gent qui sanbloient estre de seinte vie, et i vit provoires revestuz
daubes et chevaliers chanus et enciens qui vestuz ièrent ancienne¬
ment. Et en chaucun quernel du mur avoit une croiz et une cha¬
pele; desus le mur par là où l’en venoit d’une grant sale qui el
chastel estoit ravoil une chapele, et avoit desuz la chapele une
croiz haute et de chaucune part de cele croiz an ravoit une, qui un
poi plus basses estoit, et desuz chaucune croiz avoit une aigle
d’or. Li provoire et li chevalier furent desor les murs et s’aje-
noilloient par devers cele chapele et regardoient vers le ciel, et
menoient grant joie, et sanbloit bien qu’il véisscnt Dieu el ciel,
o sa mère. Misires Gauvains les regarde de loing, car il n’ose
aprouchier le chastel por ceus qui descochent si durement que
nus arme ne le poiroit desfandre; il ne voit voie à destre ne à
seneslre, se il ne relorne arrière; il ne set que feire, il regarde
devant lui et voit un provoire oissu fors de la porte. « Biau
sire, fet misires Gauvains, bien soiez-vos venuz !» — * Et vos
aiez bone aventure, fet li preudons. Que plest-vos? » — t Sire,
fet misires Gauvains, s’il vos pleisoit, je vos voudroie prier que
vos me déissicz quel chastel c’est ci. » — « C’est, fet-il, Pantrée
de la terre au riche roi Peschéor, et çà dedanz conmance Pan à
feire le service du saintisme Graal. » — t Dont me soufrez, fet
misires Gauvains, que je puisse outre passer, car vers la terre le
roi Peschéor ai-je la voie emprise. » — * Sire, fet li prestres, je
vos di por vérité que vos ne poez entrer el chastel, ne aprouchier
de plus près le seint Graal, se vos n’aportez l’espée de quoi
seint Jeanz fu décolez. » — « Quoi, fet misires Gauvains, dont
seroie-je malbailliz? » — «Vos m’an povez bien croire atant,
1 Le Mi. porte : voient.
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— 65
fet li prestres, et 9i vos di que li plus fel rois mescréanz qui
vive Ta. Mès se vos a portez l’espée, ces te antrée vos sera abandonée
et fera l’en grant joie de vos, en toz les leus où li rois Peschierres *
a povoir. » — « Dont me couvient-il retorner arrière, fet misires
Gau vains, de quoi je doi estre moût dolanz. » — « Non devez, fet
li prestres, car se vos aportez l’espée et nos la conquérez, dont
saura bien que vos estes dignes de véoir le seint Graal. Mès sou-
viègne vos de celui qui ne vost demander de quoi il servoit. »
Misires Gauvains s’an part atant, si dolanz et si panssis qu’il ne li
souvient demander an quel terre il trouvera l’espée, ne conment li
rois a non qui l’a. Mès il an saura nouveles quant Dieu pleira.
L’estoire nos dit et tesmoigne que il chevaucha tant que il
vint defors un tertre, et estoit li jorz moût biaus et moût clers.
Il esgarde devant soi devant une chapele et voit I grant borjois
séoir sour un grant destrier qui moût iert riches et biaus. Li bor¬
jois choisit monseignor Gauvain et vient ancontre lui et le salue
moût hautement, et monseignor Gauvains, lui. « Sire, fet monsei¬
gnor Gauvains, Diex vos doint joie ! » — « Sire, fet li preudons,
moût sui dolanz de ce que vos avez si meigre cheval et si des-
charné. Avenist bien à si preudonme conme vos sanblez estre qu’il
fust mieuz anchevauchiez. » — c Sire, fet misires Gauvains, je
ne le puis or amander, ce poise moi. Je aurai autre quant Dieu
pleira. » — * Biau sire, fet li bourgois, quel part devez-vos aler? »
— « Je vois querre l’espée de quoi li chiés seinz Jehans Bautistes
fa décolez. > — «Hat sire, fet li borgois, vos alez en trop grant
péril : uns rois qui ne croit pas en Dieu l’a, qui moût est fel
et moût cruel. Si a non Gurgalanz et meinz chevaliers sont par
ci passez, qui por l’espée i aloient, qui onques n’an revindrent.
Mès, se vos me vouliez créanter que, se Diex vos dônnoit l’espée
eonquerre, que vos par ci revendriez et la me montreriez au
revenir, je vos donroie cest destrier, qui moût est riches, por le
vostre. » — « Feriez? fet misires Gauvains, dont estes-vos moût
cortois, car vos ne me connoissiez. » — « Certes, sire, fet-il, vos
me sanblez estre si preudons que vos me tanrez bien ce que vos
m’avez en convant.» — « Et je le vos créant tôt ainsint, fet misires
a
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Gauvains, que, se Diex la me lest conquerra, je la vos montrerai'
au revenir. »
Autant descent li borjois et monte sor le [cheval] monseignor
Gauvain, et misires Gauvains sor celui, et prant congié au borjois
et s an vet, et entre an une moût grant forest outre la cité, et che¬
vauche tresqu’à souleil couchant, qu’il ne treuvc ne chastel ne
cité. Et treuve un pré anmi la forest, moût large, et coroit outre si
conme li ruissiaus d’une fonteinne parmi. Il esgarda au pié de la
prée moût près de la forest et voit une tante moût large dont les
cordes esloient de soie et li peisson d’ivoire, fichié an terre, et li
poumel d’or, et avoit d<»sour chaucun un aigle d’or. La tante estoit
blanche anviron et li festes par desus estoit d’un moût riche drap de
soie autretel conme vermeus samiz. Misires Gauvains s’an vet cele
part et descent devant Puis de la lente et abat à son cheval le freing.
et le lest pestre de l’erbe, et apuie son glaive defors la lente et son
escu, et prant garde dedanz et voit une couche moût riche d’un drap
de soie et d’or, et avoit desotlz un dras deliez autresi conme cheinsil
et pardesuz un couvertor d’ermine et de veir sanz goûte d'ôr. Et
avoit au chevez II oreilliers si riches que nus ne vit onques si biaus,
et rendoient une odor si grant qu’il sanbloit que la tente fust an-
baumée. Et avoit anviron la couche, riches dras de soie eslanduz
par terre. Et avoit d’une part et d’autre du chevez II sièges d’ivoire,
et avoit desus II cousins de pailles, moût riches, et avoit aus piez
de la couche, an sus du lit, deus chandelabres d’or où il avoit
II granz cierges. Si avoit une table mise anmi la tante, qui toute
estoit d’ivoire, bandée d’or à riches pierres précieuses. Et estoit
desus la table la nape estandue et li tailléour d’argent et li coutel
au manche d’ivoire et li riches veisselemenz d’or. Misires Gau¬
vains voit la riche couche, si s’asiet desus toz armez enmi, et se
merveille por quoi icele tente est si richement apareilliée et plus
de ce qu’il n’i voit anmè. Si conme il meimes se voloit désarmer,
Atant ez-vos un nain qui entre an la tante et salue mon¬
seignor Gauvain, puis s’ajenoille devant lui et le vouloit désarmer.
Lors souvint à monseignor Gauvain par qui la' dame fu ocise :
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« Biau douz amis, traez-vos en.sus de moi, car je ne me veil ores
pas désarmer. > — « Sire, fet li nains, si ferez séurement, car
▼os n’ayez garde jusqu’à demain, ne vos ne fustes onques plus
richement herbergiez que yos seroiz ennuit, ne plus honorée-
ment. » Dont se conmance misires Gauvains à désarmer, et li
nains li aïde. Et, quant il fu désarmez, il met ces armes près de ia
couche et c’espée et son escu et son glaiye couché dedanz la tanle,
et li nains prant I bacin d’argent et une touaille blanche, et fet à
monseignor Gauvain laver ses mains et son yiaire. Après desferme
un cofre moût bel et trait fors une robe d’un drap d’or fourré
d’ermine et le fet à monseignor Gauyain vestir. « Sire, fet li nains,
ne soiez pas an maleise de vostre destrier, car vos le raurez le
matin à vostre lever, je l'anmenrai por estre plus à eise moût près
de ci, et puis m’an revenrai à vos. > Et misires Gauvains li ostroie.
Atant ez-vos II valiez qui aportent le vin et les viandes sor la table
et font monseignor Gauvain asséoir au mengier, et ont granz teurcis
alumez sor un grant chandelabre d’or, et s’an partent tantost. Que
que misires Gauvains menjoit, atant ez-vos II damoiseles qui vien¬
nent an la tente et le saluent moût hautement. Et il respont au plus
bel qu’il sot. c Sire, font les damoiseles, or vos doint Diex demein
force et povoir d’abatre la mauveisse coustume de ceste tante ! » —
t I a-il donc mauveisse coutume, damoisele?» fet-il. t Oïl, sire,
trop vileigne dont il me poisse moût, mès vos me sanblez bien che¬
valier por l’amander, à l’aïde de Dieu. »
Autant s’est levez de la table et un des valiez fu apareilliez
qui les napes esta. El les II damoiseles le prennent par la main et
le moignent hors de la tante et s’asiéent enmi le pré. c Sire, fet
l’ainnée, conmant avez-vos non? » — t Damoisele, fet-il, je ai
non Gauvain. » — « Tant vos amons-nos mieuz, car savons nos
bien que la vileinne coustume de la tante iert ostée, par un couvant
que vos choissiroiz annuit laquele qui mieuz vos pleira de nous
deus. » — c Damoisele, grant merciz. » fet-il. Atant se dresce, car
traveillez estoit, si se traist vers la couche et les damoiseles le ser¬
vent et aident à son couchier. Et quant il fu couchiez, eles s’assiéent
devant lui et ont le cierge alumé, et s’apuient sor la couche et li
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presantent moût lor servise. Misires Gauvains ne lor respont autre
chose que : « granz merciz > ; car il panssa à dormir et à reposer.
« Par Dieu, fet Tune, à l’autre, se ce fust monseignor Gauvains, li
niés le roi Artu, il parlast à nos autrement, et trouveissions en lui
plus de déduit que en cestui. Mès cist est uns Gauvains contrefez;
malement est emploiée l’anor que l’an li a feite. Cui chaust, il en
paiera demain son escot. »
Atant ez-vos le nain oà il vient : « fiiaus anmis, font-eles,
gardez-nos bien cest chevalier qu’il ne s’an fuie, ainssint va il
d’ostel an ostel par truendisse, si se fet apeler mesire Gauvain,
mès il ne le sanble pas. Quar, se ce fust il, et nos voussisions
veillier 11 nuiz, si veillast-il ou ni ou I1II. » — « Damoisele, fet
li nains, il ne s’an peut fouir, s’il ne s’an vet à pié, car ces che-
vaus est an ma garde. » Et misires Gauvains ot bien que les damoi-
seles dient, mès il ne lor respont mot. Atant s’an partent et dient
que male nuit li ostroit Diex, cornue à mauveis chevalier et è failli
et è recréant, et conmandent au nain qu’il ne se meuve an nule fin.
Misires Gauvains dormi la nuit moût poi, et, tantost comme il vit
le jor, si se leva et trouva ces armes prestes et son cheval qui li fu
amenez touz anselez defors la tante. Il s’arma le plus tost qu’il
peut et li nains li aîde et li dist : » Sire, vos n’avez pas no* damoi-
seles servies à gré, eles se pleingnent trop de vos. » — « Ce poisse-
moi, fet misires Gauvains, se je l’ai déservi. » — « Ce est grant
doumache, fet li nains, quant si biaus chevaliers con vos estes
est si mauveis conme eles dient. > — « Eles diront lor pleisir,
fet-il, car c’est droit, le ne sai à qui merci rendre del bon ostel
que j’ai éu, fors qu’à Dieu, et, se je véisse le seignor de la tante
ou la dame, je les en merciasse moût. »
/liant ez-vos II chevaliers où il viennent par devant la
tante, sor lor chevaus, tuit armez, et voient monseignor Gauvain
qui estoit montez et avoit son escu à son col et son glaive an son
poing, conme cil qui s’an cuidoit aler sanz plus feire. Et li che¬
valier li viennent devant. « Sire, font-il, aquitez vostre herber-
gement. Nos nos en mesaiesames erssoir por vos et vos leissames la
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tante et quanque il i avoit à bandon, et vos vos en voulez aler en
tel menière. » — < Que vos plest que je face? » fet misires Gau-
vains. « Il vos couvient déservir notre viende et l'anor de la tente. »
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tant ez-vos les II damoiseles qui viennent, qui moût èrent
de grant biauté. « Sire chevaliers, font-eles, or verrai se vos estes
le niés le roi Ârtu. » — « Par foi, fet li nains, je ne cuit pas qu'il
doie oster la mauveise coutume par quoi nos perdons la venue des •
chevaliers. Et, s’il le povoit feire, je li pardonroie mon mautalent. »
Misires Gauvains s’ot ranponner autresi la nuit conme le jor *, si en
ot grant vergoigne. Il voit qu’il ne s’an peut partir sanz meillée. Li
1 des chevaliers se trait arrières et fu descenduz, et li austres es toit
sor son cheval touz armez, son escu à son col et son glaive enpoing-
nié. Et vient vers monseignor Gauvain de plein eslés et misires Gau-
vains vers lui, qui le Sert de si grant aïr qu’il li perce son escu et
li ajoute son escu aus braz et le braz ancoste, et li enferre son
glaive el cors et le hurte si durement qu’il l’abat à terre, lui et son
cheval tôt as anblée. * « Par mon chief, véez misires Gauvains li con-
trefez, li mieux fez hui qu’il ne fu erssoir ! » Il sache son glaive è lui
el trait l’espée et li cort sus, quant li chevaliers li crie merci et dit
qu’il se tient à conquis. Misires Gauvains se porpansse qu’il fera et
se regardent les damoiseles. « Sire chevalier, fet l’ainnée, vos
n’avez garde de l’autre chevalier trèsqu’à celle oure que cist iert
ocis, ne la mauveise coustume ne peut estre ostée tant conme cist
soit an vie. Car il est sires de l’autre, et por la vileinne coustume n’i
vint il chevalier moût a grant pièce.» — «Or oez, fet li chevaliers, la
grant desloiauté de lui; il n’est riens u monde qu’ele anmast autant
par sanblant con ele feissoit moi. Or m’a ma mort jugiée. » —
« Ancor, le vos di-ge bien, fet-ele, qu’ele n’an iert jà ostée s’il ne
vos ocist. » Atant misires Gauvains li liève le pan del hauberc et
li boute l’espée el cors. Atant ez-vos le chevalier moût iré et moût
dolanz et plein de grant ire por son conpaignon qu’il voit mort, et
i II faudrait : Attiras! le jor eonme la nuit.
» Il Csat sans docte ajouter ici comme plot loin : Atant $*eacriêlinaiiu.
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vient de grant air à monseignor Gauvain et monseignor Gauvains à
lai et s’antrefièrent si durement qu’il percent lesescuz et percent les
aubers, et rompent la char des costez au fer des glaives, et s’antre-
heurtent si durement li cors des chevaus et des chevaliers que li
arçon froissent et li estrier estandent et les cengles ronpent et li
darrié arçon brisent, et li glaive tronçonnent, et li chevalier
chiéent à la terre si très durement que li sanz lor vole parmi les
bouches et parmi les nés. Au chéoir que li chevaliers fist, misires
Gauvains li brise la canole du col au hurter. Atant c’escrie li nains :
« Damoisele, vostre Gauvains bestornez le fet bien. » — c Nostre
Gauvains iert il, font-eles, s’an lui ne remaint. » Misires Gauvains
se trait an sus del chevalier et vient vers le cheval et leissast le che¬
valier moût volentiers vivre se ne fust por les damoiseles. Car li
chevaliers li crie merci, et misires Gauvains en a moût grant pitié,
et les damoiseles li crient : « Se vos ne l’ociez, la vileinne cous-
tume n’iert pas chéue. » — « Sire, fet la mainnée damoisele, se vos
le voulez ocirre *, an la plante de son pié de vostre espée, car
autrement ne morra il jà. » — « Damoisele, fet li chevaliers,
vostre amor m’est tornée à honte, ne jà mès chevalier ne devroit
avoir fiance an amor à damoisele. Mès Diex en gart les austres
qu’eles ne soient tiex ! » Misires Gauvains se merveille de ce que
la damoisele li dist et se trait arrières, et a grant pitié del cheva¬
lier et vint d’autre part là où fu ces chevaus alez et prist la sele à
l’autre chevalier mort et la met sor son cheval et le retrait; et li
afolez chevaliers fu remontez et li nains li ot aidié, et fuit vers la
forest grant aléure. Et les damoiseles c’escrient : « Misires Gau¬
vains, vostre pitié nos occira huit an cest jor. Quar li chevaliers
sans pitié s’an vet por secor et si nos eschape, nos serons morte et
vos autresi. >
Autant saust misires Gauvains sor son cheval et prant un
glaive qui estoit apuiez à la tante et consuit le chevalier si qu’il
l’abat à terre. Après, li dit : c vos n’an povez aler an avant. » —
* U faut sans doute ajouter ici : férez-le.
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« Ce poise-moi, fet li chevaliers, car je fusse vengiez ainz la nuit
de vos et des damoiseles. > Et misires Gauvains treit Pespée et li
fiche an la plante del pié, pleinne paume, et li chevaliers c’estant
et meurt. Et misires Gauvains revient arrière et les damoiseles li
font grant joie et distrent que jà mès autrement ne fust la mauveise
coustume ostée. Car, se il s’an fust alez, tous fust à recommencier,
car il est de tel manière, car il fu du paranté Achilles, car tuit li
ancessor ne porent oncques mourir autrement. Et misires Gau¬
vains descent et les damoiseles prannent garde à la plaie de son
cotel, et il dit que il n’a garde, c Sire, font-eles, encore vos
offrons-nos nostre servise, car nos savons bien que vos estes bons
chevaliers. Recevez à enmie lequele que vos voudroiz. » —
« Grant merciz, damoiseles, fet misires Gauvains, vostre amor
ne refus-je pas et à Dieu vos conmant. » — c Conment, font les
damoiseles, vos an iroiz-vos ainsint? Certes, roieuz vos vendrait
htiimès séjorner an ceste tante et aeisier. » — « Il ne peut estre,
fet-il, car je n’ai loisir du demourer. » — « Leissiez l’an aler, fet
li meignée, car ce est li plus fox chevaliers del monde. » — « Par
mon chief, fet l’einnée, ce poise-moi quant il s’an va. Car moût
me pléust sa demourance. » Atant s’an part misires Gauvains et
est remontez sor son cheval, puis est entrez an la forest.
ne autre branche dit que Josephus nos raconte
et tesmoigne del seint Graal et nos conmance ci
el nom del père et del fil et del saint-esperit.
Misires Gauveins chevaucha tant que il vint an
une forest, et voit une terre ’moût bele et moût
riche, an un grant anclos de mur, et de quoi la
terre et le païs durait moût loing la clôture. Il vient
cele part et n’i voit que une entrée là dedanz et voit le plus biau pais
que nus véist onques et le miex garni, et les plus biaus vergiers. Li
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pals n’estoit pas larges plus de mi lieues galesches, et aroit anmi
une tor sus une roche haute. Et avoit une grue en haust qui
là guettoit et crioit quant nus* hons estranges antroit u païs.
Misires Gauvains chevauchoit parmi la terre, la grue c’escria
haust, si que li rois de Gales l’oï, qui sires estoit de la terre.
Atant ez-vos II chevaliers qui viennent après monseignor Gau-
vain et li dient : « Sires chevaliers, arétez-vos et venez parler
au roi de cest païs, car nus chevaliers estranges ne passe parmi sa
terre qui ne le voie. » — « Seignor, fet misires Gauvains, je ne
savoie pas la coustume, je irai volantiers. » Il Tan moinent an la
sale où li rois estoit, et descent misires Gauvains et lait son escu et
son glaive apouié à un perron et monte an la sale. Li rois fet grant
joie de lui et li demande où il ira. < Sire, fet misires Gauvains, en
un païs où je ne fui onques. » — < Je sai bien, fet li rois, où ce
est, puisque vos passez parmi ma terre. Vos alez an la contrée
le roi Gurgalain, por conquerra l’espée de quoi S. Jehanz fu
décolez. >
< Sire, fet misires Gauvains, vos dites voir. Diex me consente
que je l’aie !» — « Ce n’iert pas si hastivement, fet li rois. Car
vos n’iroiz mès de ma terre devant un an.» — t Ha, fet misires
Gauvains, por Dieu, merci !» — * Il n’i a autre merci, fet li rois. »
Il fet tantost monseignor Gauvain désarmer; après, li fet aporter
robe por vestir et l’annoure moût. Mès il n’est pas à eise, ainz li
dit : « Sire, porquoi me volez-vos tenir ci dedanz si longuement?»
— « Sire, por ce que je sa bien que vos auroiz l’espée et ne reven-
droiz pas par moi. » — « Sire, fet misires Gauvains, je vos créant
que, se Diex la me donne conquerra, je revenrai par vos. » —
c Et je vos leirrai partir de moi à vostre volanté. Car je ne désir
tant riens à véoir. » 11 jut la nuit loianz; l’andemain s’an parti et
oissi fors de la terre, moût liez et moût joieuz. Et s’an vet vers la
terre le roi Gurgalain. Et antre an nuieuse forest del font et trouva
en droit eure de midi une fonleigne qui close estoit de marbre et
estoit aonbrée de la forest par deseure autresi conme de feille, et
avoit riche pilers de marbre tout environ à litiaus d’or et à pierres
précieuses. Eus el mestre piler pandoit uns veisiaus d’or à une
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chaenne d’argent, et avoit anmi la fonteigne une ymage si propre¬
ment figurée conme se ele fust vive. Lorsque misires [Gauvains]
s’aparut à la fonteinne, l’ymage se mist en l’ève et c’est esconsée.
Misires Gauvains deseent et vost prendre le veissel d’or, quant
une voiz li escrie : c Vos n'estes pas li bons chevaliers cui l’an en
sert et cui l’an en garist. » Misires Gauvains se trait arrière et voit
un clerc venir à la fontainne, qui estoit de jeune aage et de blans
dras vestuz, et avoit une estole an son braz, et tenoit un veisselet
d’or carré; et vient au veisselet qui estoit au piler de marbre panduz
et esgarde dedanz et puis reince l’autre veisselet d'or qu’il tenoit,
et puis met an l’un ce qu’il tenoit an l’autre.
Atant ez-vos II damoiseles qui viennent, de moût très grant
biauté, et avoient blanches vesléures, et lour chiés avoient couvers
de blans dras, et aportoient l’une an un veisselet d’or pain, et
l'autre an un veisselet divoire vin, et l’autre an un d’argent
char; et viennent au veisselet d’or qui au piler pandoit et mestent
anz lor aport ; après, l’asiéent desus le piler, puis s’an revont
arrière. Mès au râler sanbla à monseignor Gauvain qu’il n'an n’i
éust que une. Misires Gauvains se merveilla moût de cest miracle,
il s’an vet après le cler qui l’autre veissel d’or anportoit, et li dist :
€ Biau sire, parlez è moi. » — « Que plest-vos? » fet li clers.
« Où portez-vous cel veissel d’or et ce qui dedanz est? » — « Àus
hermites, fet cil, qui sont an ceste forest et au bon chevalier qui
gist chiés son oncle, malade, le roi hermite. » — « Est-ce loing
de ci? » fet misires Gauvains. c Sire, oïl, fet li clers, à vostre eus.
Mès je i serai plus tost que vos ne seroiz. > — < Par Dieu, fet
misires Gauvains, je i voudroie ore estre; si le péusse véoir et
parler à lui. » — c le le croi bien, fet li clers, mès n’an est ores
mie leus. » Misires Gauvains prant congié, et s'an vet et chevauche
tant qu’il treuve un hermitage et voit l’ermite par defors. Il fu
vieuzet chanuz et de bone vie. t Sire, fet-il à monseignor Gauvain,
où iroiz-vos? > — t An la terre le roi Gorgalan ; sire, est-ce la
voie?» — « Oïl, fet li hermites. Mès mainz chevaliers ont passé
par ci qui onques n’an revindrent. » — « Est-ce loinz? » fet-il.
« Il et sa terre est près de ci, mès li chastiex est loinz, où l’espée
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est. » Misires Gauvains jut la nuit là dedanz. L’anderoain, quant
il ot oïe messe, s’an parti, et chevaucha tant qu’il vint an la terre
le roi Gorgalan, et ot les genz de la contrée démener moût grant
deul. Et ancontre un chevalier qui s’an venoit grant aléure à un
chastel.
< Sire, fet misires Gauvains, porquoi font les genz de cest
chastel tel deul, et de tout cest païs et de toute ceste contrée? Car
je les oi plourer et batre lor paumes de toutes parz. » — « Sire,
fet-il, ju vos dirai. Li rois Gorgaranz si n’avoit que un sol fil, si li
a tolu un jaianz qui mainz maus li a fet et moût de sa terre gastée.
Or a fet li rois crier partout, qui son fil li porroit raporter et le
jaiant ocirre, il li donroit la plus bele espée del monde que il a et
tout de son trésor conme il an voudroit prandre. Or ne treuve il
chevalier si hardi qui aler i ost; et blasme plus assez sa loi que la
loi aus crestians, et dit que s’aucuns crestians venoit en sa terre,
qu’il le recevrait. » Misires Gauvains est moût joieuz de ces nou-
veles e( se part del chastel et chevauche tant que il vient au chastel
au roi Gorgalan. Les noveles viennent au roi qu’il a un chevalier
crestien venu en son chastel. Li rois an moine grant joie, puis le
fet venir devant lui et li demande conment il a non et de quel
terre il est. « Sire, fait-il, j’ai non Gauvain et si sui de la terre le
roi Arlus. » — « Vos estes, fet-il, de la terre au Bon Chevalier.
Mès je n’an puis trouver an la moie terre qui ost mestre conseil
an un mien afeire. Mès, se vos estes de tel valor que vos i vosissiez
mestre conseil, je le vos gerredoneroie moût bien. Uns jaianz en
a porté mon fil que je moût amoie, et, se vos voliez mestre vostre
cors en aventure por mon fil, je vos donroie la plus riche espée
c’onques fust forgiée, de quoi li chiés S. Jehanz fut décolez ; ele est
sanglante chaucun jor en droit midi, por ce que li preudons ot à
icele heure le chief copé. » Li rois li fet aporter l’espée et li montre
le feure premièrement, qui touz estoit chargiez de pierres pré¬
cieuses, et les renges estoient de soie à boutons d’or, et l’anheu-
déure antretele, et li poumiaus estoit d’une seintime pierre sacrée
que Énax, uns haus emperères de Roume, i fist mestre. Puis, la
traist hors li rais del feure, et l’espée en ist toute sanglante, car il
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- estoit eure de midi. Et la fist tenir devent monseignor Gauvain tant
que l’eure fu passée; lors devint l’espée autresint clère conme une
esmeraude et autresint vert. Et misires la regarde et la couvoite
moût plus qu’il ne fist onques mès; et voit qu’ele est autressint
grant conme une autre espée, et, quant ele est el feurre mise, si ne
sanble pas li feures ne l’espée estre de la longuer de II espanz.
t Sire chevaliers, fet li rois, ceste espée vos donrai-je et ferai
autre chose dont vos auroiz joie. » — « Sire, fet misires Gauvains,
et je ferai vostre besoigne, se Diex plest et sa douce mère. » Âtant
li enseingne la voie par où li jaianz s’an ala et le leu où il ot son
repaire, et misires Gauvains s’an vet cele part et se conmande à
Dieu. Les genz du païs proient selonc lor créance por lui, que il
puist repairier an vie et an santé, car il vet an grant péril. 11 a
tant chevauchié que il vint à une grant monteigne haute, qui
v avironnoit une terre que li jaianz avoit toute gastée, et duroit bien
III lieues galesches li clos de la monteigne; et là dedanz estoit li
jaianz qui estoit si granz et si crueus et si orribles qu’il ne dotoit
nului el monde, ne n’avoit esté requis de chevalier grant tens
avoit ; car nus n’osoit cele part ébiter. Et l’antrée de la monteigne
estoit si estroite par où l’en aloit à son recet que nus chevaus n’i
péut passer, ainz convient à monseignor Gauvain leissier son
cheval et son escu et son glaive et passer outre la monteigne à
moût grant force; car la voie estoit autresint conme une tranchiée
entre pierres aguës. Il est venuz à la pleinne terre et resgarde
devant lui et voit un recet que li jaianz avoit sor une roche, et
choissit le jaiant et le vallet, où il séoient à la pleinne terre desouz
un arbre. Misires Gauvains fu armez et ot c’espée ceinte, et vet
cele part; et li jaianz le voit venir, si salli sus et prant une grant
hache qui dejoute lui estoit et vient vers monseignor Gauvain touz
antesez, et le cuide férir à II mains très parmi le chief. Et misires
Gauvains ganchit, qui le haste de l’espée et li done tel cop qu’il li
tranche fe braz atout la hache. Et li jaianz retorne arrières quant
il se sant afolez et prant le fil le roi par le col à l’autre main et
restreint si durement qu’il l’esteint et estrangle et ocit; puis revient
à monseignor Gauvain et l’acole et estraint moût durement très
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parmi les flanz et le liève 111 piez en haust de terre, et Tan cuide
porter à son recet qui estoit anson la roche. Si conme il s’an aloit,
il chiet atout monseignor Gauvain et fu desouz; mès il cuida
relever, mès il ne peut; car misires Gauvains ti anvoia l’espée très
parmi le cuer outre; après, li trancha la teste, et vient là où li
anfes le roi gisoit morz, dont il est moût dolanz ; et le charche à
son col et prant la teste du jaiant an sa main et revient là où il
leissa son cheval et son escu et son glaive, et est montez et revient
arrière et aporte le fil le roi devant lui et la teste del jaiant pandant.
Li rois et tuit cil du chastel viennent ancontre lui à moût
grant joie; mès, quant il voient le damoisel mort, si mue lour grant
joie en grant deul. Et misires Gauvains descent devant le chastel
et présante au roi son fil et la teste del jaiant. c Certes, fcl-il, se je
le vos péusse présanter vif, je en fusse moût plus joianz. » —
< Je vos en croi bien, fet li rois, et, de tant con vos en avez fet, vos
sai-je moût bon gré et auroiz vostre gerredon. * Et il regarde son
fil, et le regreste moût doucement, et tuit cil du chastel après.
Après, fet alumer un grant luminaire enmi la cité et fet feire un
grant feu et fet son fil mestre an un veissel d’arein, tout plein
d’ève, et le fet cuire et boulir à cel feu, et fet pandre la teste del
jaiant à la porte.
Quant la son fil fu bien cuite, il la feit détranchier au
plus menuement qu’il peut et fet mander touz les haus homes de
sa terre et en donne à chaucun tant con ele dure. Après, fet
aporter l’espée et la donne à monseignor Gauvain. 11 l’an mercie
moût. « Encor ferai-je plus por vos, » fit li rois. Il fet mander
touz les homes de sa terre an la sale et en son chastel. « Sire,
fet-il, je me vueil baulisier. » — t Diex en soit loez! » fet misires
Gauvains. Li rois fet mander un hermite de la forest et se fet hau¬
ssier et ot à non Archis, en droit baplesme; et à touz ceuz qui ne
vostrent an Dieu croire, conmanda à monseignor Gauvain qu’il lor
copast les testes.
Adnsint fu bautisiez cel rois, qui sires estoit d’Albanie, par
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le miracle Dieu et par la chevalerie monseignor Gau va in, qui del
chastel se part à moût grant joie, et ehevaucbe tant qu’il s’an est
venuz en la terre au roi de la Gaie et se pens9a qu’il s’iroit aquiter
sa fience. Il deseendi devant la sale, et li rois li fist moût grant joie
quant il le voit venir. » Et misires Gauvains li a dit : « Sire, je me
vieng aquiter; vez-ci l’espée.» Et li rois la prant an sa main et la
regarde moût volentiers et après en fet moût grant joie et la met an
son trésor et dit : t Or i ai-je fet mon désirrier. » — « Sire, fet
misires Gauvains, dont m’avez-vos traï? » — € Par mon ehief,
dit li rois, nou auroie, car je sui du lignage è celui qui seint Jehan
décola ; si la doi mieuz avoir que vos. > — « Sire, font li cheva¬
lier au roi, monseignor Gauvains est moût loiaus et moût courtois
chevaliers ; si li randez sa conqueste, car vos i auriez grant blasme
de lui malfeire. » — t Je li randrai, fet li rois, par tel convenant
que la première damoisele de qui il iert requis, quelque chose
qu’ele li requière, quelqu’ele soit, ne li soit pas véée. » Et misires
Gauvains li ostroie, et par cel ostroi souffri puis moût de ver-
goigne et d’angoisse et fu blamezde mainz chevaliers. Et li rois li
randi l’espée. Il jut la nuit là dedanz et au matin, au plus tost
qu’il pot, s’an parti et chevaucha tant qu’il vint defors la cité où li
bourjois li donna le cheval por le sien. Et li manbra de la cove-
nance, si s’areste grant pièce et s’apoie sor l’aresteul de son glaive,
tant que li borjois vint. Adonc fet moût grant joie li uns à l’autre,
et missires Gauvains li monstre l’espée, et [li borjois la prant et] fiert
cheval des espérons et s’an vet grant aléure vers la cité. Et misires
Gauvains vet après grant aléure, qui li crie qu'il fet grant vileinie.
« Ne venez pas après moi, fet li borjois, en la cité, car ce sont gent
de quemune. > Et il le suit après, car il ne le peut aconssuivre defors.
Et ancontre là dedanz une grant porcession de prouvoires et de clercs
qui portoient croiz et encensiers. Et misires Gauvains descent por la
porcession et voit le borjois qui est antrez dedanz l’iglise et la por¬
cession après, c Seignors, fet misires Gauvains, feites-moi randre la
toste que cil bourjois m a tolue, qui est antrez dedanz vostreyglise. »
— < Sire, font li prouvoire, nos savons bien que e’est l’espée de
quoi seinz Jehanz fu décolez, si la nos aporte li borjois çà dedanz
por mestre aveques noz reliques, et dit qu’ele li est donnée. » —
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— 78 —
« Ha, seignors, fait misires Gauvains, non est; ainz li a voie mons-
trée por aquiter ma fiance. Et il Fan a aportée vileinement. » Après,
lor conte ainsint conme il li est avenu, et li provoire li font
randre et il s’an part à moût grant joie, et remonste sour son
cheval et est oissuz fors de la cité. Il n’ot alé geires loing quant il
encontre un chevalier qui venoit, tout armé, quanque li chevaus
li povoit randre, son glaive aloignié. < Sire, fet-il à monseignor
Gauvain, je vos aloie aidier, Fan nos avoit dit qu'au vos avoit
meffel an la cité ; et je sui del chastel qui secort touz les estranges
chevaliers qui par ci passent, puisqu’il ont mestier d’aïde. » —
« Sire, fet misires Gauvains, bénéoiz soit li chastiaus ! Ge ne me
plein pas del trespas puisque Fan m’a fet droit. Et conment a non
li chastiaus? » fet misires Gauvains. < Sire, Fan Fapele le chastel
de la Pelote. Si m’an retorne en arrières, puisque vos estes délivres,
et herbergeroiz ennuit avec monseignor qui bons preudons est et
entiers. » Et il s’an vont ansamble vers le chastel qui moût estoit
biaus et bien séanz. Il antrent dedanz, et, quant il furent antrez
dedanz, li sires qui séoit desor un perron de marbre avoit II filles
moût beles et les faisoit devant lui jouer d’une peloste d’or, et les
esgardoit moût volentiers. Il voit descendre monseignor Gauvain, il
vet encontre, si li fet moût grant joie ; après, le fet mener à ces
II filles an la sale.
Quant il fu désarmez, l’en li aporta une moût riche robe
et, après le mangier, les II puceles s’asiéent dejoute lui et li font
moût grant joie. Atant ez-vos un nain qui ist hors d’une chanbre
et tient unes courgiées. Et vient aus damoiseles et les fiert parmi
les viaires et parmi les chiés : « Levez sus! fet-il, foies mal en-
seigniées! vos feites à celui feste que vos déussiez haïr, quar c’est
monseignor Gauvains, li niés le roi Artus, par qui vostre antein fu
ocise. » Atant se lièvent, toutes vergoigniées, et s’en vont en la
chanbre; et misires Gauvains remaint illec touz esbahiz. Mès lor
pères le conforte et lor dit : « Sire, ne vos chaille de chose qu’il
vos die! car li nains est nostre mestres, si chastie et enseigne mes
filles ; si est irez de ce que vos océistes son frère, que vos océistes
le jor que Marins ocist sa famé por vos, dont nous somes moût
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- 79 —
do la d z en cest chaste). » — « Ainsint sui-je, feit misires Gauvains,
mès je n’oi coupes en sa mort ne ele; ausint le set bien Diex
veraiement. »
La nuit jut misires Gauvains u chaste) et l’andemain s’an
parti, et chevaucha tant par cez jornées que il vint au chastel de
l’antrée de la terre au riche roi Peschéor, et vit que li lion n’es-
toient pas an l’antrée, ne li vilein de coivre ne tréoient plus. Et
voit à grant porcession les provoires et ceus del chastel venir an-
contre lui, et il descent et un vallet fu aparelliez qui prist ces
armes et son cheval, et il monstre l’espée à ceus qui contre lui
venoient. Il estoit eure de midi, il trait l’espée et il la voit toute
sanglante; et il l’anclinent et aourent et chantent : Te Deutn Lan -
damus. A itel joie fu misires Gauvains recéuz el chastel et il
remist l’espée el feurre, et la gardoit moût près et ne feisoit pas
savoir en touz les leus où il se herbergoit qu’ele fust tele. Li pro-
voire et li chevalier del chastel font moût grant joie et li prioient
moût, se Diex l’avoit mené el chastel le roi Peschéor et li Graaus
s’aparoit devant lui, qu”il ne fust mie si opblieus conme li autres
chevaliers. Et il respondi que il feroit ce que Diex 11 anseigneroit.
< Mjsires Gauvains, fet li mestres des provoires, qui moût
estoit anciens, vos auriez grant mestier de reposer, car vos me
sanblez estre moût traveilliez. » — « Sire, car j‘ai moût de choses
véues, dont je sui moût esbahiz, ne ne sai que ce puisse estre. i —
« Sire, fet li provoire, cist chastiaus est li chastiaus de l’Anqueste,
car vos ne demanderoiz chose dont l’an ne vos die la sénéfience,
par le témoignage de Joseph le bon clerc et le bon hermite, par
qui nos l’avons, et il le set par l’anoncement del seint esperit. » —
< Par foi, fet misires Gauvains, je sui moût esbahiz des trois
damoiseles qui furent à la cort le roi Artus, si aportèrent les II d’un
roi et les deus d’une réine, et si menèrent an un char G et L chics
de chevaliers dont li un estoient sééllé an or et li autre an argent
et li autre an pion. » — « Voire, fet li prestres, que par la réine
estoit li rois traiz et morz, et les chevaliers dont les chiés estoient
el char, ele dist vérité si conme Joseph nos lesmoigne, car il nos
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dit par remanbrance que par envie fu Àdanz traïz et touz li peuples
qui après fu et li peuples qui est à venir s’an doudra toujorz mès.
Por ce que Adanz fu li premiers hons, l’apele il roi, car il fu nostre
père terriens et sa moillier réine. Et li chiés des chevaliers sééllez
an or sénéfient la nouvele loi, et li chief séélé an argent, la viez, et
les chiés séélez an pion, la fausse loi des Sarrazins. De ces III ma¬
nières de genz est establiz li mondes. > — < Sire, (et misires Gau-
vains, je me merveil del chastel del noir hermite, là où Tan li toli
les chiés touz, et la damoisele me dist que'li Bons Chevaliers les en
giteroit touz fors quant il viendroit. Et autre gent qui laienz sont
le regrestent. » — « Vos savez bien, fet li près très, que, par la
pome que Ève fist mangier à Adam, alèrent autressint an anfer,
aussint li bon conme li mauveis; et, por son peuple giter d'anffer
devint Diex hons, et gita ces anmis hors d’anfer par sa bonté et
par sa puissance; et por ce nos fet Joseph révérance del chastel au
noir hermite qui sénéfie anfer, et que li Bons Chevaliers an gitera
ceus fors qui dedanz sont. Et vos di que li noirs hermitesest Lucifer
qui autresint est sires d’anfer conme il vost estre de paradis. Sire,
fet li prestres, ce vost traire por cele sénéfiance li bons hermites
por la novele loi en quoi li plusor ne sont pas bien connoissant,
si an veust faire révérance par exanple. > — « Par Dieu, fet misires
Gauvains, je me merveil moût de la damoisele qui toute estoit
chanue et dist qu’ele n’iert chevelue devant cele eure que li Bons
Chevaliers aura conquis le seint Graal. » — « Sire, fet li preudons,
chaucuns jors chanue doit ele bien estre, dès dont fu ele bien chanue
que li bons rois chéï en langour par le chevalier qu'il herberja,
qu’il ne fist la demande. La chenue damoisele sénéfie Joseu José-
phus qui fu chanuz devant le crucefiemant Nostre Seignour, ne ne
fu cheveluz trèsqu’à icele oure qu’il ot rachetez son peuple par sou
sanc et par sa mort. Li chevaliers qu’ele moine après lui sénéfie la
roe de fortune; car, tout autresint conme li chars vet sor les
roueles, demoinne ele le siècle aus II damoiseles qui la suivent.
Si le povez-vos bien véoir, car la plus bele ceurt à pié et l’autre
estoit sor I mauveis roncin et èrent pourement vestues, et la tierce
avoit plus riche ator. Li escuz, où la vermeille croiz estoit, qu’ele
leissa à la cort le roi Artus, sénéfie le seintime escu de la croiz
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— 81 —
que onques nus n’osa anchargier, se Diex non. > Misires Gauvains
ot ces sénéfianees, si li plest moût, et se pansse que à l’escu qui
an la sale le roi pandoit n’osoit nus mestre la main ne anchargier
le, si conme Tan li ot conté an mainz leus; ainz atandoient le Bon
« Chevalier de jor en jor, qui por l’escu devoit venir.
« Sire, fet misires Gauvains, de ce que vos me dites me feites
connoistre ce dont je estoie esbahiz; mès j’ai esté moût dolanz
d’une dame que I chevaliers ocist por moi, si n’i avoit coupes, ne
je ne ele. » — « Sire, fet li prestres, ce fu moût grant sénéfiance
de la mort, car Josephus nos tesmoigne que la vielle loi fu abatue
par I cop de glaive sanz ressusciter, et, por la vielle loi abatre,
si soufri Nostres Sires à férir el costé del glaive ; par cel cop fu
la vielle loi abatue et par son crucefiement. La dame sénéfie la
vielle loi. Volez-vos me plus demander? » fet li prestres. « Sire,
fet misires Gauvains, je ancontrai I chevalier an la forest qui che-
vauchoit ce devant derière, et portoit ces armes ce desus desouz.
Et dist qu’il estoit li Couarz Chevaliers, et portoit son haubercsor
son col, et tantost conme il me vit il remist ces armes à droit et
chevaucha com uns autres chevaliers. » — « La loi estoit ber-
lornée, fet li prestres, devant le crucefiement Nostre Seignor, et
tantost com il fu crucefiez, si refu mise à droit. » — * N’encor i a
tout el, fet misires Gauvains. Quar uns chevaliers vint jouster à
moi, mi partiz de blanc et de noir, et me requéroit la mort à la
dame de par son mari, et me dist que, se je le conquéroie, que lui
et si home seroient mi home. Je le conquis et il me fist homage. »
— « C’est droiz,fet li prestres, parla vielle loi qui fu abatue, furent
tuit cil sougiet, qui an demorèrent, et seront à toujorz mès. Volez-
vos plus anquerre? » fet li provoires. t Je me merveil moût dure¬
ment, fet misires Gauvains, d’un anfant qui chevauchoit I lion an
un hermitage, et n’osoit nus aprochier'del lion se li enfes non, et
n’avoit pas plus de V anz, et li lyons estoit moût cruieus. Li enfes
avoit esté fiuz à la dame qui por moi fu ocise. » — « Moût avez
bien dit, fet li prestres, qui le m’avez ramtéu *. Li enfes sénéfie le
1 Kamcméo.
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— 82 —
Sauvéor del monde qui nasqui en la vielle loi et fu circoncis, et li
lions qu'il chevauchoit sénéfioit le monde et li peuples qui dedanz
est, et bestes et oisiax, que nus ne pourroit gouverner se par sa vertu
non.» — «Diex,fet misires Gauvains, conme j’ai grantjoiean mon
cuer de ce que vos me dites. Sire, je trouvai une fonteinne an une
forest, la plus bele que nus véist onques, et avoit une ymage dedanz
qui lors s’esconsa qu’ele me vit, et aporta I clercs I veissel d’or et
prist, an un autre veissel d'or qui pandoit à la coulonbe, ce qu’il
i avoit, si le mist el sien ; après i vinrent III damoiseles et enplirent
le veissel de ce qu’il en aportèrent; tantost me sanbla qu*il n’an i
éust que une. » — « Sire, dit li prestres, je ne vos en dirai plus
que vos an avez oï, et de tant vos devez vos tenir à paié ; car l’en
ne doit pas descouvrir les secrez au Savéor, ainz les doivent cil
garder céléement à qui il sont conmandez. »
« Sire, fet misires Gauvains, je vos veil demander d’un roi;
quant je li oi son fil raporté mort, il le fist cuire, et après le fist
mengier à touz ceus de sa terre. » — « Sire, fet li prestres, il avoit
jà son cuer apoié à Jhésu-Crist; si vost son sacrefice feire de son
sanc et de sa char à Nostre Seignor, et por ce an fîst-il mangier à
touz ceus de sa terre et vost que lor pcnssée fust autretele conme
la seue. Et a si toute sa terre desracinée de toute mauveise créance
qu'il n’an n’i a point demorée. » — » Bénéoile soit l’eure, fet
misires Gauvains, que je ving çoianz ! » — « Ce soit mon! » fet li
prestres. Misires Gauvains jut la nuit là dedanz et fu moût bien
herbergiez. Le matinet, quant il ot oïc messe, s’an parti et ist fors
del chastel quant il ot pris congié. Et treuve la plus bele terre del
monde et les plus beles praieries que nus véist onques et les plus
beles rivières et forés, garnies de bestes sauvages et d’ermitages. Et
chevauche tant qu'il, vint I jor, si conme il devoit avesprir, chiez
I hermite, et estoit sa meson si basse que cheval n’i poist entrer *.
Et sa chapele n’estoit geires greigdre, et li preudons n’estoit issuz
de là dedanz passé avoit XL anz. Li hermites mist son chief à la
1 Le Us. répète deux fois : Si basse que cheval n J i poist anlrer.
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fenestre; quant il voit monseignor Gauvain, si dit : < Sire, fet-il,
bien puissiez-vos venir! » — t Sire, Diex vos doint joie! Me
herberjeroiz-vos’ annuit? » fet misires Gauvains. < Sire, nus ne
herberge çoianz se Damedieu non; quar bons terriens n’antra çà
dedanz o moi, XL ans a; mès vez ici devant, le chaste! où l'en
herberge les hons chevaliers. » — « Qui est li chastiax? » —
< Sire, li bons rois Peschéor, qui est avirqnnez de granz èves et
planteureuse de tous biens, se li sires fust an joie. Mès il n’i doi¬
vent herberger se bons chevaliers non. » — « Diex le doint, fet
misires Gauvains, que je le deviegne ! »
Quant il set qu’il est près del chastel, il descent et se confesse
à l’ermite et géhit touz ces péchiez et an est repantanz moût
veraiemant. t Sire, fet li hermites, or n’oubliez pas à demander,
se Diex le vos veust consantir, ce que li autres chevaliers oublia,
et ne soiiez pas oublieus por chose que vos véoiz à l’antrée del
chastel; mès chevauchiez séurement et aourez la seinte chapele
que vos verroiz aparoir el chastel, là où la flanbe del Seint Esperit
descent chaucun jor, por le seintime Graal et por le pointe de la
lence que l’an i sert. » — t Sire, fet misires Gauvains, Diex
m’anseintà feiresa volenté! » 11 prantcongié et s’an vet et chevauche
tant que la valée li apert*, garnie de touz biens, où li chastiax
séoit; et voit la seintime chapele aparoir. 11 descent et puis se met
à jenoillons et l’enclinne et àoure moût doucement. Après, remonte
et chevauche tant qu’il treuve un sarceuil 3 moût riche, et avoit un
cuvescle par desus, moût bel, et séoit assez près del chastel, et
sanbloit à estre un petit cimetire, que il estoit clos tout anviron,
ne n’i avoit plus de sarqueuz. Une voiz li crie au passer del cime-
tire : « Ne touchiez pas au sarqueil, car vos n’estes pas li Bons
Chevaliers par quoi l’an saura qui dedanz gist. » Misires Gauvains
passe outre, quant il ot la voiz oïe, et aproche l’antrée del chastel
et voit qu'il i a 111 ponz, moût granz et moût orribles à passer. Et
« Noire Ms. dit: garnie. — ■ El chevauche tant qu'il treuve un sarqueil, est
répété deux fois dans le Sfc,ajrec une variante d’orthographe.
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— 84 —
courent III granz ères pas desouz, et sanble que li premiers
ponz ait une archiée de lonc et n’oit pas un pié de lé; li ponz
li sanble estroiz et Fève parfonde et roide et granz. Il ne set
qu'il puisse feire, il li sanble que nus ne le doie passer, ne à piè
ne à cheval.
A.tant ez-vos I chevalier qui ist fors del chastel et vient très
qu’au chief del pont que Fan apeloit pont de Fanguile, et huche
moût duremant : « Sire chevaliers, passez tost, qu’il sera jà nuiz;
car cil del chastel nos atandent. » — « Ha, fet misires Gauvains,
biau sire, car m’anseigniez conmant je i passerai. » — « Certes,
sire chevaliers, je n’i sai autre passaje que cestui-ci an ceste antrée,
et, se vos avez talant de venir el chastel, si passez sans doutance. »
Misires Gauvains a vergoigne de ce que il a tant aresté et se por-
pansse an lui méimes de ce que li hermiles li dist qu’il ne ressoi-
gnast nule riens née à l’entrée del chastel, et, avec tout ce, il est
verais confès de ces péchiez, si an doit mainz douter la mort. II se
seigne et bénéist et conmande à Dieu conme cil qui cuide morir,
et fiert cheval des espérons et treuve le pont grant et large tantost
conine il se fust avencié; car par cest passage esprouvoit Fen plu-
sors de chevaliers qui là dedanz voloient antrer. Il se merveilla
moût du pont que il treuve si large, qui si li sanbloit estre estroiz.
Et, quant il fu passé outre, li. ponz qui tornéiz estoit se drece par
anging après lui, car Fève desouz estoit de trop grant raidor. Li
chevaliers se trait arrière outre le grant pont, et misires Gauvains
s’aproche por passer, et cil li sanbla autresint long conme li autre.
Et voit Fève qui n’estoit pas mainz raide ne moinz profonde, et li
fu avis que li ponz fu de glace faible et tenue et avoit grant haute-
ce desoz Fève, et le regarda à grant merveille, ne ne resloigna plus
le passage por Fantrée; il passe outre et se conmande à Dieu et vet
très parmi, et voit que li ponz estoit li plus biaus et li plus riches
et li plus fors que il onques éust véu, et les estoiens estoient
toutes pleines d’images. Quant il fu outre le pont, il se drece après
lui aussint conme li autres fist, et regarde devant lui et ne voit pas
le chevalier, et est venuz au tierz pont et ne fu pas effraez de chose
que il véist; et n’estoit pas mainz riches que li autres et avoit
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coulonbes de marbres tout anviron et sor chacun un poumel si
riche qu’il sanbloit estre d’or. Après, esgarde la porte contremont
et voit Nostre Seignor escrit si conme il fu mis an la croiz, et sa
mère d’une part et seint Jehanz d'autre, de quoi les ymages esloient
toutes d’or, à riches pierres précieuses qui flanbléoient conme feus.
Et voit à destre un ange moult bel, qui à son doit anseingnoit la
chapele où li seinz Graaus estoit, et avoit une pierre précieuse
enmi le piz et lestres desus son chief escriptes, qui disoieut que li
sires dcl chastel estoit autresint purs et nez de toutes vileignies
conme cele pierre estoit.
Après, vit à rentrée de la porte I lion mont grant et moût
orrible, et estoit touz droiz sour ces piez. Tantost conme il voit
monseignor Gauvain, il se couche à la terre ; et il passe antre sans
contredit et vient el chastel, et descent à pié et apuie son escu et
son glaive au mur de la sale, et monte uns degrez amont de marbre,
et entre an une sale moût bele et moût riche, et estoit, de leus en
leus, à ymages d’or peinte. Si treuve el milieu une couche moût
bele et moût riche et moût haute, et au pié de cele couche avoit
un eschequier moût bel et moût riche à un orlé d’or, tout plein de
pierres précieuses, et estoient li point d’or et d’azur, et n’estoient
pas desoure li eschec. Entretant conme misires Gauvains esgardoit
la biauté de l’eschequier et de la sale, estes-vos II chevaliers qui
issent fors d’une chanbre et viennent à lui. « Sire, font li cheva¬
lier, bien puissiez-vos venir! » — « Diex vos doint joie et bone
aventure! > fet misires* Gauvains. Il le font asséoir desus la
couche; après, le font désarmer. L’an li aporte, an II baeins d’or,
l’ève por son vis et por ces mains laver. Après, viennent II damoi-
seles qui li aporlent une riche robe d’un drap d’or et de soie;
puis, li font vestir; puis, li dientles damoiseles : « Prenez en gré
ce que l’an vos peut feire ça dedanz ; car ce est li ostiex aus bons
chevaliers et aus loiaus. » — « Damoisele, fet misires Gauvains,
si ferai-je. Grant merciz de vostre servise. » Il voit bien que la
nuit iert ocure, et il a là dedanz si grant clarté sans chandelles, que
c’est merveilles. Et sanble que li souleus i luise. Si se merveille
moût duremant dont cele clarté vient.
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— 86 —
Quant misires Gauvains fu vestuz de la riche robe, moût fu
biaus à esgarder, et bien sanbloit estre chevalier de grant valor.
< Sire, font li chevalier, vos pleiroit-il que vos venissiez véoir le
seignor de cest chastel? » — « Je le verroie moût volentiers, fet-il,
et si li veil présenter une riche espée. » 11 le menèrent dedanz la
chanbre où li rois Peschierres gisoit, et sanbloit qu’ele fust toute
jonchiée et enbaumée, et estoit toute jonchiée d’erbe vert et de
rosel. Et li rois Peschières gisoit an un lit cordéiz dont li quepou
estoient d’ivoire, et avoit une coûte de paille sor quoi il gisoit
et par desus I couvertoir de sable, dont li dras estoit moût
riches. Et avoit un chapel de sebelin an son chief, couvert d’un
vermeil samiz de soie, et une croiz d’or; et avoit desouz son chief
1 oreiller qui touz estoit anbaumez, et avoit au IIII cornez de
l’orillier 1111 pierres qui randoient moût grant clarté; et avoit
I piler de coivre sor quoi 1 aigle séoit qui tenoit une croiz d’or où il
avoit, de la veraie croiz ù Dieu fu mis, autretant conme la croiz
avoit de grant, que li preudons aouroit. Et avoit an 1111 granz
chandelabres d’or 1111 granz estavaus, toutes les foiz que mestier
estoit. Misires Gauvains vint devant le roi, si le salue. Et li rois li
fet moût grant joie, et dit que bien soit il venuz. « Sire, fet misires
Gauvains, je vos présant l’espée de quoi Jehanz fu décolez. » —
« Gran merciz, dit li rois; certes, je Savoie bien que vous Fapor-
tiez. Ne vos ne austres ne pouist entrer çoianz sans l'espée, et, se
vos ne fussiez de grant valor, vos ne Féussiez pas conquise. » 11
prant l’espée, si la met à sa bouche et^à son viaire, si la beisse
moût doucement et an fet moût grant joie. Et une damoisele vint
séoir à son chevez à qui il baille l’espée à garder ; II autres séoient
à ces piez qui Fesgardent moût ducemant. < Conmant est vostre
nons?» dit li rois. « Sire, je ai non Gauvain. » — « Ha, misires
Gauvains, fet-il, ceste clarté, qui ça dedanz est, nos vient de Dieu
por l’amor de vos. Quar, toutes les foiées que chevaliers se vient
herbergier çoianz en cest chastel, s’apert-ele ainsint feitement con
vous véez orandroit. Et je vos féisse plus grant joie que je vos faz,
se je me péusse aidier ; mès je sui chéuz an lengour dès cele oure
que li chevaliers se herberja çoianz, dont vos avez oï parler ; par
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une soûle parole que il déloia à dire, me vint çeste langour. Si vos
pri por Dieu qu ? il vos an souviegne, car vos devriez estre moût
joieus se vos m'aviez mis an santé. Et vez-ci la fille ma seur à qui l’en
tost sa terre et désérite si qu’elc ne la peut ravoir se par son frère
non,qu’ele va querre; si nos a l’en dit que c’est li mieudres chevaliers
del mont, mès nos n’an poons savoir veraies nouveles. > — « Sire,
fet la damoisele à son oncle le roi, merciez monseignor Gauvain de
l’annor qu’il fist à ma dame ma mère, quant il vint an son oslel ;
il remist nostre terre an pès et conquist la garde del chastel très
qu’à I an ; il rnist les V chevaliers ma dame ma mère avec nous.
Or est li anz passez, si ert la gerre si granl renouvelée, se Diex ne
nos secort et je ne truis mon frère que tant avons perdu. » —
« Damoisele, fet misires Gauvains, je vos aidai à mon pooir et
ferai encore se je an estoie. Et vostre frère verroie-je plus volontiers
que touz les chevaliers del monde. Mès je n’an puis savoir veraies
nouveles, fors tant que je fui an un hermitage où il avoit un roi
hermile, et me distque je ne fèisse pas noise, car li mieudres che¬
valiers del monde estoit là dedanz deshaitiez; et me dist qu’il a
non Par-lui fez. Je vi conraer son cheval à un vallet devant la cha-
peleet ces armes et son escu mestre au souleil. » — c Sire, fet la
damoisele, mes frères n’a pas non Par-lui-fez ; ainz a non Perllesvax
an droit bauptesme, ne ne set l’an plus biau chevalier, ce dient
cil qui l’ont véu. » — « Certes, fet li rois, je ne vi onques plus bel
de celui qui çà dedanz vint, ne mieuz sanblant d estre bons che¬
valiers, et je sai de voir qués i est il ; car autremanl ne péust il estre
antré çoianz. Mès je n’oi pas bon gerredon de son ostage, puisque
je ne puis aidier, moi ne autrui. Misires Gauvain, por Dieu, car vos
souveigne de moi annuit; car je ai moût grant fiance an vostre
valor. » — « Certes, sire, se Dieu plest, je ne ferai jà chose çà
dedanz de quoi je doie estre blâmez. »
Atant, en fu menez misires Gauvains en la sale et treuve
XII chevaliers auciens, touz chanuz, et ne sanbloient pas estre de
si grant aage con il estoient; car chaucuns avoit C anz ou plus et
si ne sanbloit pas que chacuns an éust XL. Il ont assis monseignor
Gauvain au mangier à une moût riche table d’ivoire et s’asiéent
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— 88 —
tuit environ lui. « Sire, fet li meslres des chevaliers, souveigne vos
de ce que li bons rois vos a prié et dit annuit, si l'auroiz. »—< Sire,
dit misires Gauvains, Dieu an souveigne! » Atant aporie Tan lardez
de cerf et venoison de cengler et autre mès à grant foison; et fu,
desus la table, la riche veisselemente d’argent et les granz coupes
d’or couvesclées et li riche chandelabre où les grosses chandeles
ardoient; mès la grant clarlez qui là dedànz aparoit esconssoit
la lour.
Atant ez-vos 11 damoiseles qui issent d'une chapele et tient
l’une en ces mains le sentime Graal, et l'autre, la lance de quoi la
lance * seigne dedanz. Et vet l'une déjouste l’autre an la sale où li
chevaliers et misires Gauvains manjoient; si lor an vint , si douce
odour et si seintime qu’il an oublient le mangier. Misires Gauvains
esgarde le Graal et li sanble qu’il avoit un calice dedanz dont il
n’iert geires à icest tens ; et voit la point de la lence dont li sans
vermeil chiet dedanz, et li sanble qu’il voit deus angeles qui por¬
tent 11 chandelabres d’or espris de chandeles. Et les damoiseles
passent pardevant monseignor Gauvain et vont an une autre cha¬
pele. Et misires Gauvains est panssis, si li vient une si grant joie
que ne li manbre se de Dieu non an sa panssée. Li chevalier sont
tuit mat et dolant an lor cuers et regardent monseignor Gauvain.
Atant ez-vos damoiseles qui issent fors de la chanbre et reviennent
devant monseignor Gauvain, et il li sanble qu’il voit III angles là
où il n’en avoit devant véu que II; et li sanble qu’il voit anmi le
Graal la forme d’un anfant. Li mestres des chevaliers semonl mon¬
seignor Gauvain. Misires Gauvains esgarde devant lui et voit chéoir
III goûtes de sanc desus la table; il fu touz esbahiz de l'esgarder
et ne dist mot.
Atant passent outre les damoiseles, et li chevalier sont tuit
esfraé et regardent li un l’autre. Et misires Gauvains ne pot oster
ces euz des III goûtes de sanc et, quant il les vost beissier, si li
1 II fant sans doute lire : la pointe.
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— 89 —
eschivent, dont il est mont dolanz, car il ne peut mestre sa main
ne chose qui de lui fust, à atouchier i. Atant ez-vos les deus damoi-
seles qui reviennent devent la table et senble à monseignor Gau-
vain qu’il an avoit III et esgarde contremont et li sanble estre li
Graaus touz an char, et voit par deseure, ce li est avis, un roi cou¬
ronné, clofichié an une croiz, et li estoit li glaives fichiez el costé.
Misires Gauvains le voit, si an a grant pitié, et ne li souvient
d’autre chose que de la doulor que cil rois soufre. Et li mestres
des chevaliers le resemont de dire et li dist que, s’il atant plus,
que jà mès n’i recouverra. Mesires Gauvains se test, qui pas n’an-
tant le chevalier, et regarde contremont; mès les damoiseles s’an
revont en la chapele et reportent le seintinme Graal et la lance, et
li chevalier font oster les napes et sont levez de mangier el antrent
an une autre sale el leissent monseignor Gauvain tout seul ; et il
regarde tout anviron et voit les huis touz clos et fermez, et esgarde
aus piez de la sale et voit anviron deus chandelabres ardans entor
l’eschequier et voit les eschés asMS, dont li un sont d’argent, et li
autre d’or. Misires Gauvains s’asiet au jeu et cil d’or jouèrent contre
lui et le matèrent II foiz; à la tierce foiée, quant il se cuida reven-
gier et il vit qu’il an ot le poior, il dépeça le jeu. Et une damoisele
ist fors d’une chanbre el fet prandre à un vallet l’eschequier et les
eches, si les an fet porter. Et misires Gauvains. qui traveilliez estoit
d’errer por venir là où il est ore venuz, s’andormi desus la couche
jusqu’au matin que il fa ajorné et oï I cor souner moult ancre-
ment.
Atant s’est armez et vost aler prandre congié au roi Pes-
chéor; mès il trova les huis si verroillez qu’il n’i peut antrer. Et
voit moult bel servise feire an une chapele, il est moût dolanz de
ce qu’il ne peut oïr la messe. Une damoisele vient an la sale, si li
dist : « Sire, or povez oïr le servise et la joie que l’an fet por
l’espée que vos présantastes au bon roi, et moût déussiez estre
liez an vostre cuer se vos fussiez dedanz la chapele. Mès vos an
avez peidue l’antrée par moût peu de parole, car li leus de la
chapele est si seintefiez par les seintes reliques qui dedanz sont,
que jà home ne prouvoire n’i enterra dès le sanmedi à midi très
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— 90 —
qu’à lundi après la messe. » Et il ot les plus douces voiz et les
plus biax servises qui onques fust fez en chapele. Misires Gauvains
ne respont mot, ainz est touz esbabiz. Et la damoisele li dist :
t Sire, Dlex soit garde de vostre cors, car il m’est avis qu’il ne
faust an vos que ce que vos ne voussistes dire la parole dont cist
chastiax fust an joie. » Atant san part la damoisele, et misires
Gauvains ot le cor soner autre foiz et ot une voiz huchier moût
fort: « Qui de çoianz n’est,si s’an voist! Car li pont sont abeissié et
la porte ouverte, et li lions est an sa cavée; et après, couvendra le
pont relever por le roi del Chastel Mortel qui gerroie cest chaslel,
et ce la chose de quoi il morra. »
A.lant ist misires Gauvains de la sole et trcuve son cheval
tout apresté au perron et ces armes. 11 ist fors et treuve les ponz
granz et larges, et s’an vet graut aléure de jouste une grant rivière
qui ceurt parmi la valée. Et vit, an une granz forez, une granz
pluies et uns orages, et uns tounoires liévê si granz an la forest que
il sanble que tuil li arbre doient arachier; la pluie est si granz et
la tempeste qu’il li couvient mestre son escu sor la teste de son
cheval, que la foison de l’ève ne le noit. Il chevauche tant en cele
mesaise desous la rivière qui cort an la forest, qu’il voit an la lande
outre la rivjère un chevalier et une damoisele qui chevauchent
moutcointemant à loreins; et porte li chevaliers un oissel sor son
poing, et la damoisele a un chapel de flofs. Dui brachet suivent le
chevalier. Li souleus luist moût biaus an la prée et li airs est
moût clers et moût purs. Misires Gauvains se merveille moût de ce
que il pleut an sa voie si durement,et, an la prée où li chevaliers et
la damoisele chevauchent, luist clercs li seuleus et est li tens clers
et seriz. Et les voit chevauchier anvoisiéement. Il ne lor peut
rieus demander, car il sont trop loing. Misires Gauvains se regarde
et voit d’autre part de la rivière I valet plus près de soi qui au
chevalier esioit. « Biaus anmis, fet misires Gauvains, conment
est-ce qui pleut sor moi de çà l’ève et de là ne pleut noiant. » —
« Sire, fet li valez, vos l’avez déservi; car iteleest la coutume dé la
forest. » — « Durra-moi ausques cist orasges? » fet misires Gau¬
vains. t Au premier pont où vos vendroiz, vos faudra, » fet li valiez.
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— 91 -
A tant s’an part U valez et li orajes s’an force adés, tant qu'il*
est venuz au pont, et chevauche outre et vient an la prée et li
orages li faust, dont remet son escu à son col à droit. Et voit devant
lui I chaste! où il ot grant planté de gent qui grant joie démé-
noient. Il chevauche tant qu’il vint el chastel et voit grant planté
de gent, de chevaliers, dames et damoiseles. Misires Gauvains
descent, mès il ne treuve el chastel qui le veille arcignier, ainz
antandent à grant joie feire. Misires Gauvains se présente d’une
part et d’autre, et tuit l’eschivent; et il voit que il fet loianz mau-
veis demourer à son eus, si se part del chastel et ancontre I cheva¬
lier à la porte, t Sire, fet-il, quel chastel est ceci? » — « Et nu
véez-vos? fei li chevaliers, c’est uns chastiax de joie. » — « Par
foi, fet misires Gauvains, cil del chastel ne sont pas bien courtois,
car encore ne m’ont il mie areignié. » — « Por ce ne perdent il
mie leur courtoisie, fet li chevaliers, car vos l'avez déservi. Si vos
cuident aussint pereceus de fet con vos estes de parole, et virent
que vos estes venuz parmi la forest périlleuse où tuit li desconfit
passent : il pert bien à voz armes et à voslre cheval. » Atanl s’an
part li chevaliers, et misires Gauvains a chevauchié grant pièce,
dolanz et moût esbahiz, tant qu’il vient à une terre sesche et poure
et soufroiteuse de touz biens, et treuve I poure chastel, si antre
dedanz et le voit moût agasti, mès que dedanz avoit une sale
qui sanbloit estre hantée de gent. Et misires Gauvains vient cele
part et descent, et uns chevaliers avale les degrez de la sale,
moût pourement vestuz. « Sire, fet li chevaliers à monseignor
Gauvain, bien soiez-vos venuz! » Après, le prant par la main
et l’enmoigne an la sale contremont, qui tote est gaste. Atant
issent II damoiseles d’une chanbre, moût pourement vestues, qui
estoient de moût très grant biaulé, et font grant joie de monseignor
Gauvain. Si conme l’an le vouloit désarmer, alant ez-vos I cheva¬
lier qui antre an la sale et estoit enferrez d'un tronçon parmi le
cors. Il voit monseignor Gauvain, si le connoist : « Or tost, fet-il,
por Dié, ne vos désarmez pas, je sui moût liez quant je vos ai
trouvé. Je vieng de cele forest où j’ai leissié Lencelot conbatant à
IIII chevaliers, mès que li uns est morz, et cuident que ce soiez
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— 92 —
vos, et sont del lignage aus chevaliers que vos océistes à la tente
bù vos abatites la mauveise coustume. Je vouloie aidier Lancelot
quant uus des chevaliers m’a féru ainsint con vos povez véoir. »
Misires Gauvains descent de la sale et monte sor son cheval, toz armez.
Sire, fel li chevaliers de la sale, je vos alasse aidier à mon
povoir, mès je ne puis oissir de mon chastel jusqu’à icele oure que
il soit regarniz de la gent qui i seulent antrer et que l’an m’ot
randue ma terre par la vertu del Bon Chevalier. » Missires Gau¬
vains se part del chastel, tant con cheval li peut randre, et antre
an la forest et suit la trace del sanc, si con li chevaliers estoit
venuz, et chevauche tant an la forest, tant que il ot la noise des
espées, et voit anmi la lande Lancelot et les III chevaliers, et voit
le quart mort à la terre. Mès li uns des III chevaliers c’estoit traiz
arrière, car mès ne povoit soufrir la mellée, car li chevaliers qui
les nouveles aporla à monseignor Gauvain l’avoit moût navré. Li
dui chevalier hastoient moût Lancelot, et il estoit moût lassez des
cox qu’il avoit donez et recéuz. Misires Gauvains vient à un des
chevaliers et le fiert très parmi le cors et fet trébuchier lui et le
cheval tout an I mont.
Quant Lanceloz aparçoit monseignor Gauvain, si li fet
moult grant joie. Andemantres que li uns tenoit l’autre, li quarz
chevaliers s’an fuit grant aléure très parmi la forest, et cil que li
chevaliers avoit navré est chéuz morz. Il prannent les clievaus et
dit misires Gauvains à Lancelot qu’il a le plus poure chevalier à
oste, qu’il onques véist, et les plus beles damoiseles que l’an sache,
mès moût sont pouremant vestues. « Si li manrons nostre gaeing. »
— « Je l’ostroi, fet Lanceloz. Mès du chevalier qui ainsint nos est
eschapez sui trop dolans. » — Ne vos chaust, fet misires Gau¬
vains; nos nos an poons bien feire. » Atant il s’an retornent arrière
vors l’ostel an poure chevalier, et descendent devant la sale; et li
poures chevaliers vient ancontre eus et les II damoiseles; et il lor
delivrentleslllchevausaus III chevaliers qui morz estoient. Li che¬
valiers an ot grant joie et il lor dist c’or est ij riches et que ces serours
seront mieuz vestues par tens qu’eles ne sont ores, et il méimes.
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— 93 —
filant sont venuz en la sale ; ii chevaliers fet à un sien vallet
establer les chevaux, et les II damoiseies aident à désarmer Lan¬
celot et monseignor Gauvain. « Seignors, fet li chevaliers, si m’aït
Diex, je ne vos ai que prester por vestir, car je n’ai plus de robe
que ma cote. » Lanceloz an a grant pitié et misires Gauvains, et les
deus damoiseies ostent lour afublemanz autresint fez conme sercoz
de toile qui couvroient lor poures chemises, et lor bliaus qui luit
estoient ronpu et sorporté et usé, et les présantent aus chevaliers
por vestir. Il ne les vostrent refuser, por ce qu eles ne cuidassent
qu’il les éussent an despit; il vestircnt les deus afublemanz moût
poures; les II damoiseies an moignent moût grant joie, por ce que
si bon chevalier ont daignié vestir les poures veslemanz. « Sei¬
gnors, fet li poures chevaliers, li chevaliers qui aporta les noveles
çà dedanz, qui anferrez estoit d’un tronçon, est morz et gist an
bière an une chapcle an cest chaslei, et s’est moût bien confés à
un hermite et vos manda saluz à enmedeus, et vos éust moût
volentiers véu ainz qu’il fust morz, et si requist moût que je vos
déisse que vos fuissiez demain à son anterrer, car meillor che¬
valier de vos n’i pourroit il avoir, si conme il me dist. » —- * Certes,
fet Lanceloz, il estoit bons chevaliers, c’est doumaches de sa mort,
et moût me poise que je ne sai conmant il a non et de quel païs il
est. » — « Sire, fet misires Gauvains, il dist que vos le sauriez ancore
bien. » Li dui bon chevalier jurent la nuit el chastel, li poures
chevaliers les herberga à son povoir. Quant ce vint à la matinée,
il alèrent à la chapele por oïr la messe et por estre à l’enterrement
del cors ; après, pristrent congié au poure chevalier et aus deus
damoiseies et se départent del chastel tuit armé. < Misires Gau¬
vains, fet Lanceloz, l’an ne set à la cort que vos estes devenuz,
ainz vos tiennent por mort si con il cuidcnt. » — < Par foi, fet
misires Gauvains, je m’an irai cele part, quar j’ai esté moût tra-
veilliez, si me séjornerai tant que aucunne volenté me vendra
d’aler querre avanture. » Il conte à Lancelot conmant li Graaus
s’a parut à lui an la cort du roi Peschéor : « Et si conme il fu
devant moi, je m’oublié de demander conmant il servoit et de
quoi. » — « Ha, sire, fet Lanceloz, avez-i-vos donc esté? » —
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— 94 —
« Oïl, fet-il, si an soi moût dolanz et liez, liez por la grant seintéé
que je vi, dolanz de ce que je [ne] demandé ce dont li rois Pes-
chiéres me pria moût doucemant. » — « Sire, fet Lanceloz, vos
féistes moût grant mal, ne il n’est nule riens dont j’oie si grant
desirrier conme j’ai d’aler an son ostel. » — « Par foi, fet misires
Gauvains, je i fui moût honteus, mès ice me desconforte que li
mieudres chevaliers i fu devant moi, qui autresint an fu blâmez
conme je sui. > Lanceloz se part de monseignor Gauvain, et prant
congié li uns à l’autre ; il issent d’une forest et entrent chaucuns
an une voie sanz dire riens.
VT sc lest ** de monseignor Gauvain et
'wfùSÊ&K* conmance à parler de Lancelot qui antre an la
S forest et chevauche à moût grant esploit et ancontre
•fl \? un chevalier enmi la forest, qui s’an venoit grant
iÀtygsr » aléure, et esloit armez de toutes armes; c Sire,
fet-il à Lancelot, dont venez-vos? » — « Sire, fet
Lanceloz, je vieng devers la cort le roi Artu. » — c Ha! sire,
me sauriez-vos dire nouvelles d’un chevalier qui porte un vert
escu autretel conme je port. Si est mes frères. » — « Conmant
a-il non? » fet Lancelot. « Sire, fet-il, il a non Gladoens, si
est bons chevaliers et hardiz et a un blanc cheval moût fort
et moût inel. » — « A-il plus chevaliers an vostre païs qui
port tex armes conme vostre escu et le sien, fors vos et lui? » —
« Certes, sire, n’a mie. » — « Et porquoi le demandez-vos? »
fet Lanceloz. « Porce que l’en li a un sien chaslel tolu, puis
qu’il n’i fu, et je sai bien qu’il le raura par sa bone chevalerie. »
— « Est-il si bons chevaliers? » fet Lanceloz. « Certes, sire, oïl ;
ce est li mieudres des illes des Mores. » — « Sire, par vostre
merci, abcissiez vostre coife. » Il abat tantost la coiffe et Lanceloz
le regarde anmi le vis : « Certes, sire chevaliers, fet-il, vos le
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resanblez moût bien. > — «Ha! sire, fet li chevaliers, an savez-
vos donques novelles?» — «Certes, sire, fet-il, oïl; veraies les
vos puis-je bien dire, car il chevaucha lez moi V lieues gales-
ches, ne je ne vi onques home plus sanbiant à autre con il vos
resanble. » — « Il me .doit bien resanbler, fet li chevaliers,
car nos somes ivel, mès il naquist devant et plus a sans et cheva¬
lerie de moi, ne par toutes les illes des Mores n’a damoisele qui
tant ait valor ne biauté conme cele de qui il est amez par amors,
et plus le desirre à véoir que nule riens qui vive, car ele ne le vit
plus a d’un an, ainz [est] alé querre son pris mes frères par toutes
les forés del mont. Sire, leissiez m’an aler, fet li chevaliers, querre
mon frère et si me dites où je le trouverai. » — « Certes, fet Lan-
celoz, je le vos dirai moût dolanz. » — « Porquoi?*fet li chevaliers;
vos a-il riens meffet? » — « Nanil, fet Lanceloz, ainz a tant fet
por moi que je vos an ain et presant mon servise. » — « Sire, fet
li chevaliers, je m’an vois; mès, por Dieu, dites moi où je trou¬
verai mon frère. » — « Sire, fet Lanceloz, je le vos dirai. Je me
parti hui matin de son cors et l’aidai à enterrer. » — « Ha ! sire, fet
li chevaliers, me dites-vos voir? » — « Certes, fet Lanceloz, voir
vos di-je. » — « Est dont ocis mes frères? » fet li chevaliers.
« Oïl, por moi aidier, » fet Lanceloz. « Ha ! sire, fet li chevaliers,
pour Dieu, ne me dites chose qui reignable ne soit. » — « Par
Dieu, sire, fet-il, je le vos di mpult dolanz. Car je n’anmai onques
chevalier an si poi de terme conme je fis lui; il m’aida à garantir
de la mort et je le vos gerredonnerai, selonc ce que il fist por
moi. » — « Sire, fet li chevaliers, se il est morz, c’est grantdoulor
à mon eus. Car j’ai perdu mon confort et ma vie et ma terre sanz
recouvrer. » — « Sire, fet Lanceloz, il m’aida à garantir ma vie et
je vos aiderai à garantir à tosjors mès, parssi que je sache vostre
meschieft » Li chevaliers antant que ces frères est morz et bien
croit Lancelot et conmance le greignor deul à feire que nus oïst
onques. Et Lanceloz li dit : « Sire chevaliers, leissiez cest deul
ester, car il n’i a nul recouvrier; mès je vos présant mon cors et
ma chevalerie en touz les leus où il vos pleira que je puisse
garantir vostre honor. » — « Sire, fet li chevaliers, je reçoif bien
vostre aïde et vostre amor, puisque vos la me daigniez offrir, et or
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m’an est-il greindres mestiers que onques mès. Sire, fet li cheva¬
liers, puisque mes frères est morz, je m’an retornerai arrières et
souferrai mon doumache, car il l’amandast bien s’il fust vis. > —
< Par mon chief, fet Lanceloz, je m’an irai avecques vos, si vos
gerredonnerai ce qu’il fist por moi; il livra son cors è la mort por
moi, an autretel abandon voudrai-je mestre le mien por la vostre
amor et por la seue. »
« Sire, fet li chevaliers, je vos an sai moût bon gré de ce que
vos me dites, se li fez i est autretiex. » — « Oïl, si m’aït Diex, fet
Lanceloz, se Diex m’an preste le povoir. » Atant s’an vont ansanble,
et se conforte moût li chevaliers an ce que Lanceloz li dist, mès de
la mort son frère est moût dolanz. Et chevauchent tant qu’il vien¬
nent an la terre des Mores; lors choississent I chastel desus une
roche et avoit une grant praierie desouz. « Sire, fet li chevaliers
au vert escu à Lancelot, cist chastiax fu mon frère et ore est miens.
Ce poise moi quant il m’est eschéus an tel menière. Et li chevaliers
qui le toli à mon frère est de si grant hardemant qu’il ne doute
chevalier qui soit an vie, et le verroiz jà oissir de cest chastel
tantost conme il vos aparcevra. Lanceloz et li chevaliers chevau¬
chent tant que il aprochent le chastel. Et esgarde li chevaliers an
la voie devant soi et voit un vallet venir sor I roncin, qui aportoit
devant soi un cengler mort. Li chevaliers au vert escu li demande
à qui il est; li valiez li respont : < Je sui au seignor de la roche
Gladoen, qui vient çï derrières, et vient mes sires toz armez, lui et
austres; car li frères Gladoens l’a desfié de par son frère, mès
misires si poise moût poi sa desfiance. »
Lanceloz antant que li annemis à celui cui il déust moût
anmor se il fust en vie, vient; li chevaliers au vert escu li moustra
tantost con il le vit. < Sire, fet-il à Lencelot, vez ci celui qui me
désérite, et ancore me feroit il pis s’il savoit que mes frères fust
morz. > Lanceloz, sans plus dire, tantost conme il ot choissi le
chevalier de la Roche, fiert le cheval des espérons et vient vers lui.
Li sires de la Roche, qui fiers estoit et hardiz, vit Lancelot venir,
si fiert des espérons le cheval sor qui il siet. Si viennent de si
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grant ravinne li uns ancontre l’autre qu’il brisent lor glaives desor
lor escuz et s’enirehurlent si dureinant que li chevaliers de la
Roche Gladoen chiet par desus la croupe del cheval. Lanceloz trait
lespée et vient sor lui, et cil crie merci et li demande por quoi il
le veust ocirre et il li dist : Por Gladoen à qui il a tolue sa terre
et son chastel. — « Et à vos qu’an tient? fet li chevaliers, ce déust
ces frères chalongier. » — « Autretant doit il tenir à moi conme à
son frère, » fet Lancelot, t Et à vos porquoi?» — c Por ce, fet
Lanceloz, car autretant con il fist por moi, ferai-je de vos. » Il U
tranche la teste et la donne tôt erranmant au chevalier au Vert
Escu. c Or me dites, fet Lanceloz, puisqu’il est morz, est-il vostre
recréanz atant? » — « Sire, fet li chevaliers, je m’an tien bien
atant; car, puisqu’il est morz, toute la force de son lignage est
abeissiée par sa mort. » — « El je vos créant loiaumant, fet Lan¬
celoz, si conme je sui chevaliers, que jà ne seroiz an péril ne an
meschéance de chose dont je vos puisse aidier, puisque j’an soie en
leu ne an aise, que vos n’aiez m’aide à toujors mès, quar vostre
frères mist sa vie por moi aidier. >
Lanceloz et li chevaliers jurent la nuit an la Roche Gladoen
et ot li chevaliers au Vert Escu sa terre à sa volantéet furent tuit
obéissant à lui. Et furent moût joiant li droiturier et li loial, et,
quant il sorent les novcles de la mort Gladoen, si an furent moût
dolant. Lanceloz se parti l’andemain del chaslel; li chevaliers de-
moura là dedanz, dolanz de son frère qu’il ot perdu et joieus de
sa terre qu’il r'ol. Lanceloz s’an revet très parmi la forestet che¬
vauche au lonc del jor et ancontre 1 chevalier qui se venoit moût
d^mantant. Et estoit anciinnez sor l’arçon de sa sele devant, por
la doulor que il avoit. 11 ancontre Lancelot, si li dist : « Sire, por
Dieu, retornez arrière, car vos trouveroiz là le plus cruel passaje
del mont, là où je fui navrez parmi le cors. Si vos lo que vos n’i
ailliez pas. » — « Quex pas est-ce donc? » fet Lanceloz. « Sire,
fet-il, c’est li trespas del chastel que l’an apele le chastel de Barbes;
et por ce a il non ainsint que il couvient chaucun chevalier, qui
par devant vient, leissier sa barbe ou chalonge. Si ai chalongié ma
barbe an tele manière que je an crien mourir. » — .« Par mon
7 *
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chief, fet Lanceloz, ce ne tien-je pas à couardie, puisque vos fustes
hardiz de vostre vie mestre an aventure por vostre barbe chalon-
gier. Or me volez vos anbatre en couardise quant vos me volez feire
retorner. Je voudroie mieuz estre féruz parmi le cors par honor,
parssint que je n*an éusse la mort, que de perdre un des peuz de
ma barbe par honte. » — « Sire, fet li chevaliers, Diex vos puist
garantir, car li chastiax est moult plus cruieus que vos ne cuidiez,
et Diex i amaint chevalier qui la vileine coustume du chaslel puist
abatre, car moût par est vileinne è estranges chevaliers trespas-
sans. »
Lanceloz se part dei chevalier et vint vers le chastel. Si
conme il ot passé I grant pont, il se regarde et voit II chevaliers
venir louz armez à l’antrée del chastel, et feisoient tenir lor chevaus
devant eus, et lor glaive et lor escuz sont devant aus, apoiez au
mur. Lanceloz esgarde à rentrée-del chastel et voit le portai tôt
plein fichié de barbes, et si i pendoient testes de chevaliers à
grant planté. Ainssint conme il devoit trespasser la porte, dui che¬
valier issent ancontre lui. « Sire, fet li uns, arestez-vos et paiez
vostre tréu. « — « Paient dont chevalier ci tréu?» fet Lanceloz.
« Oïl, fet li chevaliers, tuit cil qui barbes ont, et cil qui nés ont
sont quites. Sire, or nés paiez la vostre, car ele est moût grant,
si nos aura moût grant mestier. » — « A quoi? » fet Lanceloz.
t Jel vos dirai, fet li chevaliers; il a ermites an ceste forest qui an
font haires. » — « Par mon chief, fet Lanceloz, de la moie n’au¬
ront il jà haire, se je puis. » — « Si auront, fet li chevaliers,
autresint conme des autres, ou vos la porrez chier conparer. »
Lanceloz s’aïre moût durement, et vient au chevalier et le
Sert par tel aïr de son glaive anmi le piz qu’il an passe outre
demi aune et abat tout ansanble et lui et le cheval. Li austres
chevaliers vit son conpaignon è mort navré, et vient vers lui par
grant aïr et brise son glaive sor son escu, et Lanceloz le porte à
terre très par desus la croupe du cheval et le fet chéoir si dure-
mant qu’il se brise une des janbes. Les noveles sont venues à la
dame del chaslel qu’il a I chevalier venu au trespas, qui l’un de
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ces chevaliers a mort et l’autre afolé. La dame est cele part venue
et moigne II de ces damoiseles avec lui ; ele voit Lancelot qui le
chevalier veust ocire, qui affolez gist à terre, c Sire, fet la dame *
à Lancelot, traiez-vos arrières, ne l’ociez pas y descendez à parler à
moi séuremant. > — c Dame, fet l’une des puceles, je le connois
bien, ce est Lanceloz du Lac, li plus courtois chevalier qui soit an la
cort le roi Artus. > Il est descenduz et vient devant la dame.
« Dame, fet-il, que plest vos? » — « Je veil, fet-ele, que vos
veigniez an mon chastel herbergier et que vos m'amandez la honte
que feite m’avez. *
Dame, fet Lanceloz, honte ne vos fisjeonques, ne jà ne ferai;
mès li chevalier se melloient de trop grant vileinie, qui les barbes à
estranges chevaliers voloient avoir à force. » — « Sire, fet-ele, je
vos pardonrai mon maulalant par tel convant que vos herbergeroiz
annuit coianz. » — « Dame, fet Lanceloz, vostre male volenté ne
veil-je pas avoir; ainz ferai volentiers vostre pleisir. > Il se met
dedanz le chastel et fet traire son cheval après lui, et la dame fet
aporter le mor chevalier an la chapele, si le fet ensevelir ; l’autre
fet désarmer et vestir et le conmande à guérir ; puis fet Lancelot
désarmer et vestir moût richement de bone robe, et li dist qu’ele
set bien qui il est. c Dame, fet Lanceloz, ce m’est bel. » Atant
s’asiéent au mangier, et aportent le premier mès chevalier qui
estoient an fers et avoient les nés tranchiez; le secont aportent
chevalier an fers qui avoient les eus crevez, si les amenoient
valiez. Le tiers mès aportoient chevalier qui n’avoient chaucun
que une main et estoient en fers. Après, vindrent autre chevalier
qui n’avoient chaucun «’un pié et aportèrent le quart mès. Au
quint més, vindrent chevalier moult bel et moût granz et apor-
toit chaucuns une espée nue en sa main et présentèrent lor chiés
à la dame.
1 Le Ms. porte ici par erreur : le chevalier.
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Lanceloz esgarde le martire de ces chevaliers, si li desplest
moût li servises de tel gent. Il sont levez de mangier et la dame[vet]
an sa chanbre et s'asiet sour une couche. « Lanceloz, fet la dame,
vos avez véu la justise et la seignourie de mon chastel : tuit cil cheva¬
lier ont été conquis au trespas de ma porte. » — < Dame, fet Lan¬
celoz, il lor est leidemant meschéu. > — < Autressint vos fust-il
meschéu se vos ne fussiez si bons chevaliers, et je vos avoie moût
désiré à véoir moût grant pièce a jà. Et je vos ferai seignor de cest
chastel et de moi. * — « Dame, fet-il, la seignorie ai-je bien à
votre eus, ne vos ne veil-je pas ne ne doi refuser; ainz veil estre à
vostre service. » — « Dont remandrez-vos, fet-ele, an cest chastel
avec moi, car je vos ain plus que nul chevalier qui vive. » —
« Dame, fet Lanceloz, gran merciz! més je ne puis demourer an
nul chastel que une nuit deci là que j’aie esté là où je doi aler. »
— Où avez-vos la voie anprise? » fet-ele. c Dame, fet-il, au
chastel des Armes. » — c Je sai bien le chasteL, fet-ele. Li rois a
non Peschierres et gist an lengour par II chevaliers qui ont estéel
chastel, qui ne firent pas bonedemande. Avez-i-vos volentezd’aler?»
fet la dame. « Oïl, » fet Lanceloz. « Dont me créantez-vos que vos
revendroiz par ci por parler à moi, se li Graax s’apert à vos, et '
que vos demanderoiz de quoi il sert? » — « Voire, dame, fet
Lanceloz, se vos estiez outre la mer. 1 — « Sire, fet une deS
damoiseles à la dame, bien le porroiz feire, car li Graaus ne
s’apert pas as si anmoureus chevalier conme vos estes. Car vos
anmez la réine Genièvre, la famé vostre seignor le roi Artus, ne
jà tant conme cele amor vos gise el cuer, ne verroiz le Graal. »
Lanceloz ot la damoisele, si rougit de mautalant. < Ha!
Lanceloz, fet la dame, anmez-vos dont autre de moi? » — « Dame,
fet-il, la damoisele dira son pieisir. » Lanceloz jut la nuit el chastel
et fu moût iriez de la damoisele qui l’amor de lui et de la réine
apèle desloial. Et l’andemain, quant il ot la messe oïe, il prist
congié à la dame del chastel, et ele li regorda moût que il li
tiegne couvenance, et il dit que si fera il sanz faille. Atant est
oissuz del chastel et antre an une grant forest ancienne, et che-
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— 101 —
vaucha au lonc del jor, tant qu’il vint an la fauste de la forest et
vit une hauste croiz à l’entrée d’un cimetire qui estoit clos tout
anviron de haie d’espinnes. Et parmi le cimetire estoit la voie.
Lanceloz antra dedanz et fu la nuit parvenue; il voit le cimetire
plein de tonbes et de sarceuz; il esgarde arrière et voit une cha-
pele où il avoit chandeles ardanz. Il s’an vet cele part et passe
outre sans plus dire par dejoute I nain qui feisoit une fosse en
terre. < Lanceloz, fet li nains, vos avez droit se vos ne me saluez
pas, car vos estes li hons el monde que je plus haz, et Diex m’achat
venjance de vostre cors ! Si fera il, puisque vos vos estes ci dedanz
anbaluz. > Lanceloz ot le nain, mès ne li daigna de noient res-
pondre ; il est venuz à la chapeie et descent et atache le freing de
son cheval à un arbre, si apuieson escu et son glaive par defors;
après, entre dedanz la chapeie et treuve une damoisele qui anse-
velissoit 1 chevalier. Tantost conme Lanceloz fu là dedanz antrez,
les plaies escrevèrent au chevalier et conmancièrent à seignier. Et
la damoisele geta I grant cri et dist : « Ha ! sire chevaliers, or
voi-je bien que vos océistes celui que je ansevelis. »
Atant ez-vos II chevalier qui aportent II austres chevaliers
morz, si descendent, puis les mestent an la chapeie. Et li nains
lor escrie : « Or verra l’an conment vos vengeroiz voz amis de
vostre anemi qui sor vos s’est anbatuz. » Li chevaliers qui s’an foui
de la forest quant misires Gauvains i vint, où li troi demorcnt
mort, estoit venuz là dedanz et connut Lancelot, si dist : « Nostre
anemis mortiex estes vos, car par vos fnrent cist III chevalier
mort. » — t II le dcservirent bien, fet Lanceloz; ne an la chapeie
n’ai-je garde de vos; ne je ne me veil huimès partir de çoianz, car
je ne connoiz les estres de la forest. » Il fu an la chapeie tant que
li jors escleira et ist fors de la chapeie et moût li pesa de ce que
jéuné ot ces chevaus; il prant ces armes et est montez. Li nains
c’escrie moult haust : « Qu’est-ce? fet-il aus II chevaliers, leiroiz-
an-vos ainssint aler vostre annemi mortel? » Atant montent li dui
chevalier et vont au deus issues del cimetire, et cuident que Lan¬
celoz s’an veille fouir; mès il n’an a talant, ainz vient au chevalier
qui l’antrée gardoit par où il devoit issir et le fiert par si grant
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aïr qu'il li enpoint le glaive très parmi le cors. Li a us très cheva¬
liers qui l’autre antrée gardoit, qui fouiz s’an estoit de la forest
autre foiz, n’ot talant de revengier son conpaignon, ainz s’an fuit au
plus tost qu'il peut. Et Lanceloz prant le cheval au chevalier qu’il
avoit ocis, si le chace devant soi, et se pansse qu’il pourroit avoir
mestier à aucun chevalier. Il chevauche tant qu'il vient à un her-
milage en la forest, il descent et fet establer ces chevaus, et li her-
mites lor donna de tel bien conme il ot. Et Lanceloz oi la messe,
puis manja I poi et dormi. Atant ez-vos I chevalier qui vient à
Termite et voit Lancelot qui devoit monter. « Sire, fet-il, quel
part iroiz-vos? » — « Sire chevaliers, fet Lanceloz, je irai là où
Dieu pleira; mès vos, où avez-vos la voie amprise? » — « Sire,
je vois véoir I mien frère et II moies serous, si m’a l’an dit qu’il
li est si meschéu qu’an l’apele le poure chevalier, si an sui moût
dolanz. » — « Certes, fet Lanceloz, poures est-il, ce est grant dou-
mages. El vos mi feites I mesaje. » — % Sire, fet li chevaliers,
moût volantiers. » — « Vos li présenterez cest cheval de par moi,
et li diroiz que Lanceloz, qu’il herberja, li anvoie. » — < Sire, fet
li chevaliers, moût granz merciz et bénéois soiez-vos ; car qui a
preudome fet bonté, il ne la pert mie. » — c Saluez-moi les
II damoiseles, » fet Lanceloz. « Sire, moût volentiers. » Li che¬
valiers baille le cheval à son escuier et prant congié à Lancelot.
Atant se part Lanceloz de l’ermitage et chevauche tant qu’il
vient fors de la forest, et trouve une terre gaste et un païs grant et
large où il n'abitoit beste ne oisiau, car la terre estoit si poure et si
sesche que Tan n’i povoit trouver point de pasture. Lanceloz
csgarde devant lui loig et voit une cité aparoir, si chevauche cele
part grant aléure et voit que la cité est si grant que il li sanble
qu’ele pourpraigne I païs ; il voit les murs qui dechiéent environ
et les portes qui chiéent de viellesce. Il antre dedanz et treuve la
cité toute vuide de genz et voit les granz palès déchéuz et gastez, et
voit les granz cimetires pleins de sarqueuz et les granz iglises toutes
dégastées, et treuve les marchiez et les changes touz viuz. 11 che¬
vauche parmi les rues et treuve I grant palès qui li sanble estre
mieudres et plus enciens que toz les autres; il s’aresle devant et
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— 103 —
aillant que chevaliers et daines moignent dedanz grant deul et
dient à I chevalier : « Ha, Diex, con grant doulor et con grant
doumage ce est de vos qui morir alez an tel menière, ne ne peut
estre vostre mort respitiée. Nos devons moût haïr celui par qui
ele vos est jugiée. > Li chévalier et les dames se pasment desus
lui, au départir. Lanceloz a tout ce oï, si s’an merveille moût,
mès il n’an peut nul véoir.
A tant ez-vos li chevalier qu’il descent parmi la sale et
estoit vestuz d’une coste vermeille courte; et estoit ceinz d’une
riche ceinture d’or, et a voit un riche fermail à son col, où moût
avoit de riches pierres; et avoit un grant chapel, an son chief,
d’or; et tenoit une grant hache. Li chevaliers iert de grant biauté et
de jeune aage. Lanceloz le voit venir, si l’esgarde moût volentiers,
car il le voit apert. Et li chevaliers li a dit : < Sire, descendez. »
— « Certes, fet Lanceloz, volentiers. > II descent et atache son
cheval à un annel d’argent qui estoit el perron, et oste son escu de
son col et son glaive de sa main. < Sire, fet-il au chevalier, que
plest-vos? » — « Sire, il cou vient que vos me copez la teste de
ceste hache; car de cesle arme est ma mort jugiée, ou je vos
an trancherai la vostre. » — « Àvoi, sire, fet Lanceloz, qu’est-ce
que vos me dites? » — « Sire, fet li chevaliers, ce que vos oez à feire
le couvient ainssint, puisque vos estes venuz en ceste cité. » —
« Sire, fet Lanceloz, il seroit moût fox qui de.cest jeu-parti ne pan-
roit le meillor è son eus ; mès je an serai blâmez se je vos oci sanz
nul meffet. » — « Certes, fet li chevaliers, vos n’an povez partir
autremant. » — « Biau sire, fet Lanceloz, vos estes si genz et si apris;
conmant vet ce que vos venez si cointement à vostre mort? Vos'savez
bien que je vos occirai ainçois que vos moi, puisque ainsint est. »
— « Ce sai-je bien de voir, fet li chevaliers ; mès vos me créanteroiz,
ainçois que je muire, que vos revendroiz dedanz ceste cité antre ci
et un an, et que vos metroiz vostre chief an autretel abandon sanz
chalonge conme li miens iert mis. » — « Par mon chief, fet Lan¬
celoz, vos ne m’i sauriez chose mestre que je ne préisse ainçois
respit de mort que morir orandroit. Mès de ce me merveil-je
que vos estes si.bel atornez por recevoir la mort. >
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— 104 —
« O ire, fet li chevaliers, cil qui veust aler devant le Sauvéour
del monde se doit apareillier au plus bel qu’il peut. Je me sui par
confession espurgiez de toutes les vileinies et de toutes les mau-
veistiez que je onques fis ; si en sui veraiement repentanz, si veil
morir en tel point. » Après, li tant la hache et Lanceloz la prant
et la voit moût tranchant et moût aguisiée. < Sire, fet li cheva¬
liers, tandez vostre main vers cel mostier que vos véez ilec. » —
« Sire, fet Lanceloz, voientiers. » — « Ainssint me jurez-vos, sor
les seintes reliques de cest mostier, que vos,d’ui cest jor an 1 an, à
l’eure que vos m’aurez ocis, ou einçois, revenroiz ici méimes et
metrez vostre chief an autretel péril conme li miens iert jà mis,
sans desfans. » — « Je le vos jur et créant, fet Lanceloz, ainsint. »
Atant s’ajenouille li chevaliers et estant le col au plus qu’il peut;
et Lanceloz prant la hache à deus mains, puis li dist : « Sire che¬
valiers, por Dieu, aiez merci de vos méimes. » — « Leissiez-vos
la teste coper, fet li chevaliers, car autremant n’an puis-je avoir
merci. » — t En non Dieu, fet Lanceloz, ce vos veil-je refuser. »
Atant entoise la hache et li tranche le chief de si grant aïr qu’il li
fet voler VII piez en sus del cors. Cil chéï à terre quant ces chiés
fu copez, et Lanceloz geta la hache jus et se pensse qu’il feroit là
dedanz mauveis demorer à son eus. Il vient à son cheval et prant
ces armes et monte et regarde derier soi et ne voit pas le cors del
chevalier ne le chief, ne ne sot que tout fu devenu, fors que tant
que il ot un grant deul et un grant cri, loing en la cité, de cheva¬
liers et de dames, et dient qu’il iert vengiez, se Dieu plest, au terme
qui mis i est ou ainçois. Lanceloz ist fors de la cité et a entandu et
oï quanque les chevaliers dient et les dames.
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— 105 -
cl scintisme Graal reconmance ci une autre
branche, si conme l'autorité le tesmoigne et
Joseph qui la recouvrance en fet, el non del père
et del fil et del seint esperit. Cist hauz estoires
profitables nos tesmoigne que li fiuz à la Veve
Dame séjornoit ancore avec son onde, le roi
Pelles, en l’ermitage, et, par la détresce del mal qu’il ot éu puis
qu’il oissi de la meson le roi Peschcor, fu-il confès à son oncle et li
dist de quel lignage il estoit et qu’il avoit non Percevax. Mès li
bons hermites li bons rois li avoit mis non Parluifet, por ce qu’il
c’estoit fet par lui méimes. Li rois hermites estoit I jor alez en la
forest, et li bons chevaliers Parluifet se santi plus heitiez et plus
viguereus qu’il ne souloit estre. Il ot les oisiax chanleler an la
forest et li cuers li conmance à esprandre de chevalerie, et li sou¬
vient des aventures qu*il souloit trouver ès forés et des damoiseles
et des chevaliers que souloit ancontrer, ne ne fu onques mès plus
antalantis d’armes qu’il estoit lores, por ce qu’il avoit tant séjorné.
Il sant la vigor an son cuer et la force en ces manbres et la volanté
an sa panssée; il c’est armez tantost et met la sele sor son cheval
et monte tantost. Il proie Dieu qui li doint aventure de bon che¬
valier encontrer ; il se mist fors de l’ermitage son oncle, et antre
en la forest qui estoit grant et onbrage. H chevauche tant que il
vint en une lande qui moût estoit large, et voit I arbre foillu qui
estoit au chief de la lande ; il descent en l’onbre et se pansse à lui
méimes que dui chevalier pourroient bien et biau jouster en cele
pièce de terre, car li leus estoit moût granz. Einssint conme il pans-
soit en tel menière, il ot I cheval hannir en la forest par III foiz
moût haust ; si li plefct moût et dit : « Ha, Diex, par vostre douçour,
consantez que chevalier ait avec cel cheval, si que je puisse esprou-
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— 106 —
ver se il a force ne valor ne chevalerie en moi. Quar je ne sai orc
de quel povoir je sui, ne mes tant que je sens mon cuer sein et
mes manbres haitiez. Car à chevalier qui n’a hardemant ne valor
en soi ne se peut autre chevalier qui plus a vigor en soi reignable-
ment esprover sa vertu, car je ai meintes foiz oï dire que mieuz
valent li un des autres. Et por ce, proie-je au Sauvéor, se cist est
chevaliers qui ça vient, qu’il ait force et hardement et vertu de
desfandre son cors anvers le .mien; car j’ai grant talent de corre ii
sus. Or doint qu’il ne m’ocie ne je lui. >
Atant esgarde devant soi et voit le chevalier issir de la
forest, et antre an la lande; li chevaliers estoit armez et a voit à
son col I blanc escu à une croiz d’or; il portoit sa lance basse et
séoit sor 1 grant destrier et chevauchoit tôt le pas. Tantost conme
Perceval le voit, si s’afiche ès estrex et aloigne son glaive et fiert
le cheval des espérons, moût joieus, et s’an vet vers le chevalier
de grant randonée, puis li escrie : « Sire chevaliers, couvrez-vos
de vostre escu, por vos garantir autresint conme je fas del mien
por mon cors desfandre, car je vos desfi sans ocirre, et Damedieu
doint que je vos truisse si bon chevalier par quoi hardemanz
puisse estre an mon cuer; car je ne soi pieça quex je sui et si peut
l’an assez plus aprandre aus bons chevaliers que aus mauveis. »
Atant fiert le chevalier desor son escu de si grant aïr qu’il li fet
perdre l’un des estriers et li troue par desus la boucle l’escu, et
s’an passe outre grant aléure. Et ii chevaliers se merveille moût et
li demande et li dist : « Biau sire, que vos ai-je raefTet? » Perceval
se test et [n’]a grant joie de ce qu’il n’a le chevalier abatu, raès il
n’estoit mie si légiers à abatre, car c’estoit I des chevaliers del
monde où ii avoit plus de desfansse d’armes. Il vet vers Perceval
quanque cheval li peut rendre et Perceval vers lui. Si s’antre-
fièrent sor les escuz, de grant force, si qu’il les percent et estroent
aus fers des glaives. Et Perceval li met son glaive dedanz an la
char II doie, et li chevaliers ne meschoissi mie, ainz li passe son
glaive très parmi le braz, si que li fus des lances péçoièrent. Il
s’antrehurtent, aii passer outre, si très durement que les fers des
mailles des hauberz lor sont fichiées ès frons et ès vicaires et li sans
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— 107 —
lor sailli fors, parmi les bouches et parmi les nés, si que tuit li hau-
berc furent sanglant. Il sachièrent les espées par très grant air. Li
chevaliers au blanc escu areigne Perceval et li dist : « Je sauroie
volenliers qui vos estes et de quoi vos me haez, car vos m’avez
navré moult très duremant, si vos ai trouvé ruste chevalier et de
grant povoir. » Perceval ne li dist mot, ainz li recort sus, l’espéc
traite, et li chevaliers à lui, si s’antredonnent moût granz cox
desus les hiaumes, si que tuit li eil lor estancèlent, et la forest en
retantit del glais des espées. La bataille est moût dure et moût
orrible et il estoient bon chevalier enbedui. Mès le sanc qui de-
couroit de lour plaies les asouplioient auques; mès la très grant
ire que li uns avoit à l’autre et la très grant ardeur de volanté
les avoit si eschaufez que à poignes lor souvenoit il des plaies
qu’il avoient, ainz s’antreféroient granz cox sans espargnier.
Li rois hermites vient de labor de la forest, ne ne treuve
mie son neveu en l’ermitage, dont il est moût dolanz, et monte sor
une blanche mule que il avoit là dedanz; ele estoit astelée enmi le
front d’une croiz vermeille ; Josephus nos tesmoigne, li bons clers,
que à Joseph d’Abarimacie avoit esté icele mule, au tens qu’il fu
sodoiers Pilaste, si la tresmist au roi Pelles. Li rois hermites se
part de l’ermitage sor la mule et proie Damedieu qu’il li lest son
neveu trouver. 11 s’an vet parmi la forest et chevauche tant qu’il
aproche la lande où li dui chevalier estoient; il ot les cox
des espées et vient grant aléure cele part, et se met entr’eus deus
por desfandre les. c Ha, sire, fet-il au chevalier au blanc escu,
moût feites grant mal, qui à cest chevalier vos conbatez qui a jéu
malades grant tens en ceste forest; si l’avez navré moût dure¬
mant. * — c Sire, fet li chevaliers, aussint a-il fet moi, ne ne je
ne li éusse jà sor couru s’il ne m’éust avant requis, ne il ne me
veust dire qui il est ne de quoi la haine monte. » — « Biau sire,
fet li hermites, et vos, qui estes? » — « Sire, fet li chevaliers, je
le vos dirai. Je sui fluz le roi Ban de Benoiye. » — c Ha ! biau
niés, fet li roi hermites à Perceval, vez-ci vostre cousin ; car li rois
Ban de Benoiye fu cousins germains vostre père ; feites-li moût
grant joie. > 11 lor fet oster lor hiaumes et abeissier lor ventailles;
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puis, fet beisier l’un l’autre; après, les enmoinne an son her-
mitage. Il descendent ansanble, il apele I sien vallet qui le servoit
et les fet désarmer moût souef. Il avoit loianz une damoisele qui
cousine germeinne estoit le roi Pelles et avoit loianz gardé Perceval
an son desheitemant. Cele lor leve lor plaies moût doucemant et
nestoie del sanc. Et voient que Lanceloz est plus bléciez que Per¬
ceval. « Damoisele, fet li hermites, que vos en sanble?» — « S ire,
fet-ele, cest chevalier couvendra séjorner, que sa plaie est an moût
périlleus leu. * — « Aura-il garde de mort? » — « Sire, fet-ele,
nanil de ceste plaie, se il est bien gardez. » — « Dieu an soit
aourez, fet-il; et de mon neveu que vos an sanble? » — * Sire,
la plaie qu’il a iert tost garie. Il n’an aura jà mal. »
lia damoisele, qui moût estoit sage, prant garde aus plaies
des chevaliers et les garit au miex qu’il peut. Li rois hermites
méïmes i met conseil. Mès, se Perceval éust porté son escu qui là
dedanz estoit, au cerf blanc desinople, Lanceloz l’éust bien connéu,
si n’éust pas esté la tençon d’eus deus; car il avoit oï parler de
l’escu à la cort le roi Artus. L’autorité de cest conte nos recorde
que li dui chevalier sont en ermitage et que Perceval est près de
gariz ; mès Lanceloz est moût adolez de sa plaie et est ancore moût
loig de sa garison.
r se test li contes des II chevaliers I poi de lens
et parole del vallet que misires Gauvains anconlre
enmi la foi est, qu’il dist qu’il aloit querre le fil à
la Veuve Dame, qui son père li avoit ocis. Et li
valez dist qu’il l’iroit vengier, si s’an vient à la
cort le roi Artus, por ce qu’il avoit oï dire que
tuit li bon chevalier i repeiroient. Et vit l’escu pandre à la cou-
lonbe enmi la sale, que la damoisele del char i avoit porté.
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— 109 —
Li valiez le connut bien et s’ajenoille devant le roi, et le salue.
Et li rois ii rant son salu; puis, li demande qui il est. « Sire,
fet-il, je sui fiuz au chevalier au vermeil escu de la forestdes
Onbres, si l’ocist li chevaliers qui cel escu doit porter, qui
pant à cele colombe; si voudroie moût volentiers savoir no-
veles de lui. » — « Àussint voudroie-je, fet li rois, par si que
maus ne l’en venist; car il est li chevaliers el monde que je plus
désir. > — « Sire, fet li valiez, je le doi bien haïr puisqu’il ocist
mon père; cil qui cest escu doit porter estoit valiez quant il
l’ocist, et de tant sui-je plus dolanz et je le cuidoievenchier, valiez;
mès nou ferai; si vos pri, por Dieu, que vos me façoiz chevalier,
conme à celui qui coustumiers est de tel bien feire et d’autres. »
— « Conment est vostre non, biaus enmis? » fet li rois. < Sire,
fet-il, l’an m’apele Clamadoz des Onbres. » Misires Gauvains, qui
rcpeiriez estoit, iert an la sale et dist au roi : « Se cist valiez est
anemis au bon chevalier qui cest escu doit porter, son annemi
mortel ne devez-vos raie avencier, mès arrierres mestre ; car il est
li mieudres chevaliers et li plus chastes qui vive au monde, et dcl
plus seintime lignage. Si avez moult longuement séjornc an cest
chastel por atandre sa venue. Je nu die mie por le vallet dèsaven-
cier, mès por ce que je ne voudroie pas que vos féissiez chose par
quoi li Bons Chevaliers sc pleinssist de vos. » — « Misires Gau¬
vains, dit la réine Guenièvre, je sai bien que vos amez l’anor
monseignor, mès il seroit moût blâmez se il ceslui ne feisoit che¬
valier, car il n’an escondist onques nul à feire; ne jà li Bons
Chevaliers maugré ne l’en saura, et plus grant vergoigne devroit-il
avoir et^plus grant despit de la haine d’un vallet que d’un cheva¬
lier; car il ne fu onques nus bons chevaliers qu’il ne fust sages et
trespanssez et atrenpez. Por ce vos di-je qu’il antandra bien reson,
si lo bien monseignor qu’il le face chevalier, car il seroit moût
blâmez de l’escondire. » — « Dame, dist misires Gauvains, il me
plest moût quant il vos siet. » Li rois le fet chevalier moût riche¬
ment et, quant il ot les drâs vestuz, cil de la cort li dient et tesmoi-
gnent que il n’a voient véu, lonc tens avoit, an la cort, chevalier de
greignor biauté. 11 séjoma là dedanz grant pièce et fu moût honorez
del roi et de toz les barons. 11 estoit chaucuri jor en esgart del
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— 110 —
Bon Chevalier qui devoit venir por Tescu; mès li poinz ne li leus
n'estoit pas encore.
Quant il vit qu’il ne vendroit pas, il prist congié au roi et à
la réine et à toz ceus de la cort, si s’an parti et se panssa qu'il
iroit esprouver sa chevalerie en aucun leu, tant qu'il auroit oïe
noveles de son anemi mortel. 11 chevauche parmi les grans forés
et porte I escu vermeil autressint conrae fist ces pères, et fu touz
armez conme por son cors desfandre. Et chevaucha grant pièce de
tens, tant qu’il vint I jor au chief d’une forest et choisi sa voie par
antre deus monteignes, et vit que passer li couvenoit parmi la
valée qui moût estoit parfonde. Il esgarde devant li et vit loin de
soi I arbre et desouz avoit III damoiseles descendues et prioit
l’une à Dieu de cuer moût haust, qui lor amenast par tens cheva¬
lier qui les osast conduire parmi cest destroit.
Glamados oi la damoisele, si vint cele part. Quant eles l’ont
choisi, si an ont moût grant joie et se drescent ancontrc lui. « Sire,
font-eles, bien puissiez-vos venir! • — « Damoisele, fet Clamados,
bone aventure aiez-vos! Et que atandez-vos ci? » fet-il. « Nos
atandons, fet la mestresce des damoiseles, aucun chevalier qui
aquitast cest destroit, là où nus chevaliers n’ose passer. » —
« Quex destroiz est-ce donques, damoisele? » fet-il. Ce est li chans
del lion. Car il i a I lion si félon et si orrible que nus ne vit
onques plus cruel; si a I chevalier aveques cel lion, entre les deus
monteignes, qui moût est bons chevaliers et hardix et biax. Si n’i
ose nus passer sanz grant conpaignie de gent. Mès li chevaliers qui
repeire aveques le lion si n’i est mie souvant; quar, s'il i fustr, nos
n'éussons garde, car il a en lui moût courtoisie et valor. » Et li
chevaliers esgarde et voit an l’onbre de la forest IIII biaus cers
atelez à un char, c Ha ! fet-il, vos estes la damoisele del char, si
me diroiz bien noveles du chevalier que je vois querre. » — c Qui
est-il? fet la damoisele. «C’est cil qui doit porter l’escu bandé
d’argent et d’azur à la croiz vermelle. » — « Autressint le vois-je
quérant, fet la damoisele. Se Dieu plest, nos an orrons par tens
noveles. » — « Damoiseles, fet li chevaliers, ce voudroi-je. Et
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— 111 —
porce que vos le quérez autressinl couine vos faz, le conduirai*je
outre le destroit. » La damoisele fet aler son char avant, et les
damoiseles vont devant le chevalier ; puis sont antrez el chanp del
lion et trouvèrent moût bele terre là dedanz. Clamados regarde et
voit une sale dedanz un anclos et voit le lion qui gisoit à l’entrée de
la porte. Tantost conme il choisi Clamados et les damoiseles, il
vint cele part grant aléure, geule baée, les oreilles dreciées.
t Sire, fet la demoisele, se vos ne desfandez à pié vostre cheval,
il est morz à cest premerein encontre.
(jlamados est descenduz à pié, par son conseil, et tint le
glaive anpoignié, et li lions ganchit vers lui, touz aramis. Clamados
le reçoit au fer de son glaive et l’an fiert par si grant aïr qu’il Ij
an passe une toise outre le col ; il trait à lui son glaive sans brisier,
il le cuide reférir. Més li lions li faust, si se met sor les deus piez
derière et li met ceus devant sor les espaules, puis le trait vers lui
aulresint conme uns hons féist un autre. Més li destreindres fu
moût mal aessiez, car il li descire son hauberc de 11 parz et si
enporte de la char tant conme il an peut conssuivre.
Quant Clamados se santi bléciez, si li doubla ses harde-
menz; il estrcint le lion envers lui si très duremaut qu’il li fet
giter 1 grant breit; après, le gita à terre desouz lui, puis trait
l’espée, si li bouta el cuer très parmi la poitrinne. Li lions brait
si durement que toutes les monteignes en retentissent. Clamados
li tranche la teste, puis la vet pandre à la porte de la sale, puis
revient à son cheval et monte au mieuz qu’il peut. Et la damoi¬
sele li dist : « Sire, vos estes moût bléciez. » — • Damoisele,
fet-il, se Dieu plest, je n’aurai garde. » Àtanl ez-vos un vallel qui
ist fors de la sale et vient après lui grant aléure. « Avoi, sire che¬
valiers, fet-il, vos avez fet grant vileinie, qui avez ocis le lion au
plus courtois chevalier que l’an sache et au plus bel et au mieuz
vaillant de cest roiaume, et en son despit l’an avez pandue la teste
è sa porte ; vos an avez fet moût très grant outrage. » — « Biaus
douz anmis, fet Clamados, il peut bien estre que li sires est moût
cortois, mès li lions estoit vileins, qui vouloit ocirre moi et les
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trespassanz, et voslre sires le déust avoir anchaënné puisqu'il
l’amoit tant; car mieuz ain-je que je Foie ocis que il moi. » —
c Sire, fet li valiez, ce n'est mie chemins par ci, ainz est une
terre en desfans que l'an veust lolir à mon seignor, et, por la
venue de ces anemis, leissoit l’en le lion fors deschaënné. » —
< Et conment a non vostre sires, biax amis? » fet Clamados.
t Sire, l’an l’apele Mélyot de Logres, et est alez querre monseignor
Gauvain, de qui il tient sa terre, car il l’a moût chier. » — « Mon¬
seignor Gauvain, fet Clamados, laissai-je à la cort le roi Artus;
mes il s’an devoit partir quant je m’an tornai. » — « Par mon
chief, fet li valiez, je voudroie que vos les enconlresiez enbedeus,
par si que mes sires séust que vos li éussiez ocis son lion. » —
c Biax anmis, fet Clamados, se il est si courtois conme vos dites,
il ne m’an saura jà maugré, quant je l’ai ocis sor mon cors desfan-
dant, et Diex me desfande d’ancontrer home qui mal me face! »
A tant s’an part li chevaliers et les damoiseles, et passent le
deslrolt du champ del lion, et chevauchent tant qu’il aprochent
d'un chastel moût riche, et séoit en une prairie avironée degranz
èves et de granz forez; et esloit li chasliax toujors vieuz de genz.
Et vostrent torner cele part, mès il encontrèrent un Vallet qui leur
distque el chastel n’avoit àme; mès chevauchassent avent, il tro-
veroient grant planté de gent. Tant ont chevauchié avant qu’il sont
venuz au chief d’une forest, et voient grant foison de tentes ten¬
dues très parmi une lande, et estoient avironnées d’un grant drap
blanc, et sanbloit de loig estre I blanc mur, crcstelez, et duroil
bien une lieue galesche. Il vindrenl à l’entrée des tentes et oïrent
grant joie là dedanz et, quant il furent dedanz antrez, si virent
dames et damoiseles dont il i avoit à grant foison; et estoient de
moût très grant biauté. Clamados descendi, qui moût estoit bléciez
durement. La darnoisele del char fu recéue à moût grant joie;
II des damoiseles viennent à Clamados, si li font moût grant joie;
après, le moignent an une tante, si le firent désarmer ; après, li
lavèrent ces plaies moût doucemant et moût souef; puis li apor-
tèrent une moût riche robe, si li firent veslir et le menèrent devant
les dames des tentes, qui moult an firent grant joie.
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c Dame, fet la demoisele del char, cist chevaliers m'a sauvée
la vie, car il a ocis le lion par quoi moult de gent n’osoient venir à
vos. Si en feites moût grant joie. » — « Je ne puis mener grein-
gnor joie que je faz, ne les damoiseles de çoianz; quar nos aten-
dons la venue del Bon Chevalier qui geriz est, de jor en jor. Et or
est la riens el mont que je désir plus à véoir. » — « Dame, qui est
cil Bons Chevaliers? » fet Clamados. « Li fiuz à la veve dame des
vaus de Kamaaloth, * fet-ele. « Dites, dame, dites-vos qui vendra
ci entresait? » — « Ainsint le cuit-je, » fet-ele. c Dame, je an
auroie moût grant joie autresint, et Diex ostroit qu'il viegne par
tens. » — « Sire chevaliers, fet-ele, conment est vostre non? » —
t Dame, fet-i), l'an m’apele Clamados, et sui fiuz le seignor de la
forest des Onbres. » Ele li giète ces braz au col, si le beisse et
acole moult doucemant, et puis li dist : « Moût ne vos an merveillez-
vos mie se je vos en faz joie, car vos fustes fiuz de ma serouge, ne
je n’ai si prochien enmi, ne si charnel conme vos, et je veil que
vos soiez touz sires de ma terre et de moi ; quar c'est droiz et
resons. > Les damoiseles des tantes font moût grant joie de lui
quant el sèvent les noveles qu’il estoit si procliiens à la dame des
tentes. Et il séjorna là dedanz tant qu’il fu gariz et respassez, por
atandre la venue del chevalier dont il ot oï novelles. Et les damoi¬
seles se merveillent moût de ce qu’il ne vient, quar la damoisele
qui servi l'avoit estoit là dedanz et dist qu’il estoit gariz de son
braz; mès Lanceloz n’estoit encores mie gariz, ainz est ancore
dedanz l’ermitage.
Cist hauz estoires nos tesmoigne et recorde que Joseph qui
nos en fet remembrance fu li premiers prestres qui sacrefiast le
cors Notre Seignor, et por itant doit l’an croire les paroles qui de
lui viennent. Vos avez oï dire que Perceval fu del lignage Joseph
d’Abarimacie que Diex ama tant por ce qu’il despandi son cors de
la croiz, qu’il ne vost giter de la prison là où Pilâtes l’avoit mis.
Por la hautesce del lignaje dont li Bons Chevaliers fu estrez, doit
l’en volentiers oïr regreter et recorder les paroles qui de lui sont.
Li contes nos dit qu’il iert partiz de l’ermitage, touz seinz et touz
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heitiez ; si a leissié Lancelot, car sa plaie n’iert encore mie sanée;
més il U a créanté que il revendra à lui, an plus tost qu’il porra.
11 chevauche parmi une forest, touz armez, et vient al avesprir à
l’oissue de la forest et voit I chaste! devant lui moût bel et bien
séant, et vet cele part por herbergier ; car li souleus es toit cou¬
chiez. Il antre dedanz le chastel et descent. Li sires li vient
encontre, qui granz chevaliers estoit et rous, et avoit le regart
félon et le vis plaié en moût de leus ; ne n’avoit chevalier laienz
que lui tôt sol et sa mainnie.
Quant il vit PerceYal descendu, il corut la porte verroiilier
et Perceval vint ancontre lui tout dis, si le salue : « Et vos auroiz,
fet cil, tel gerredon conme vos avez déservi, ainz que vos partoiz
de toz de çoianz ; car vos estes mes annemis mortiex, si estes
moût hardiz qui ça dedanz vos estes anbatuz; car vos océistes
mon frère le seignor des Onbres, et je suis Chaox li rox qui gerroie
vostre mère, et cest chastel li ai-je tdu. Autresint vos todrai-je la
vie ainz que vos partoiz de çoianz. * — < Jà me sui-je, fet Per¬
ceval, en cest ostel anbatuz por herbergier aveques vos; si an
seroiz trop blâmez se vos me feites mal. Més herbergiez-moi
ennuit si conme chevaliers doit autre feire, et le main au partir si
face chaucuns le mienz qu’il porra. » — * Par mon chief, fet
Chaos li rous, mon anemi mortel ne herbergerai-je jà, se je ne le
herberge mort. > Il cort an la sale amont et s’arme au plus tost
qu’il peut et prant l’espée toute nue an sa main et revient an la
place là où Perceval estoit, à qui li cuers estoit moût angoisseus de
ce que il li avoit dit qu’il gerréoit sa mère et qu’il li avoit tolu cel
chastel ; il geta son glaive à terre et s’an vet vers lui à pié et li
done si grant cop amont el hiaume desus la coiffe del hauberc qu’il
li an fausse les mailles et tranche de la char II doie, si qu’il le fet
chanceler trois tors.
Quant Chaos li rous se santi navrez, il fu moût dolanz et
vient vers Perceval, si li rant moût grant cop amont parmi son
hiaume, si qu’il li an fet les estanceles voler et le col anbronchier
contreval et les euz estanceler. Et li cox avale desus l’escu, si li a
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fonda très qu’au la boucle. PerceYal santi le col ruiste et pesant et
santi que U chevaliers estoit durs et de grant povoir. 11 revient
vers lui et le cuide férir amont parmi le chief; mès Chaos li
ganchi et Percevax le conssanti et le conssuivi el destre braz, si li
tranche rès à rès del costé atout l’espée et li fet voler à terre. Et
Chaos li cort soure, si le cuide aerdre au senestre braz, mès sa
force estoit amenuisiée; ne por quant il se vangist moût volentiers
s’il en éust le povoir. Et Perceval le rehaste, qui ne l’einme mie del
cuer, et le reféri amont parmi le chief, et li done tel cop qu’il li
fist la eervelle espandre. Sa meinniée et si serjant estoient au
fenestres de la sale; quant il voient que lor sires est près de la
mort, il crient à Perceval : « Sire, vos avez ocis le plus hardi
chevalier del résume de Logres et celui qui plus estoit doutez de
ces anemis ; mès nos n’an poons autre chose feire; nos savons bien
que cist chastiax est vostre mère et doit estre vostre. Nos ne le
chalongons mie, ainz poez feire vostre volenté de quanqu’il a el
chastel; mès soufrez nos à aler à notre seignor qui là gist morz et
à oster le oors et meslre le an aucun reignable leu, por sa bone
chevalerie et por ce que nos le devons feire. » — t Je le vos ostroi
bien, » fet Perceval. Il en portent le cors à une chapele, puis le
désarment et ansevelissent. Après, moignent Perceval an la sale et
le désarment et li dient : « Sire, soiez tout asséur qui n’a que nos
deus çoianz et deus damoiseles, et les portes sont verroilliées et
vez-en-ci les clés que nos vos baillons. » — « Et je vosconment,
fet Perceval, que vos alliez à ma mère prochiennement, et li
dites qu’ele me verra par tens, se je puis exploiter ; et si le me
saluez et li dites que je sui sainz et heitiez. Et conment a non cist
chastiax? » — « Sire, il a non la Clef de Gales, car ce est l’entrée
de la terre. »
Perceval jut la nuit el chastel qu’il ot reconquis sa mère, et
l’endemain, quant il fu armez, s’an parti. Cil li créantèrent qu’il li
garderoient le chastel loiaument et qu’il le randroient sa mère à sa
volenté. Il chevaucha tant qu’il vint au tentes oà les damoiseles
estoient et sacha son fraig et escoutoit ; mès il n’i avoil pas si grant
joie conme quant la damoisele au chevalier qui amenoit le char et
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li chevaliers vindrent. H oi grant deul déméner et paumes batre.
Si se penssa quel gent se peuvent estre; il ne vost mie reculer qu’il
n’antrast anz ; il descendi el milieu des tentes et apoia son escu et
son glaive, et voit les damoiseles qui tortoient lor poinz et sachoient
lor crins ; si se merveille moût por quoi ce est. Une damoisele vient
avent, qui esloit partie del chastel où il avoit ocis le chevalier :
« Sire, à vostre honte et à vostre male aventure puissiez-vos estre
venuz ça dedanzî i Perceval se regarde, si se merveille moût de
ce que cele li dit, et ele s’escrie : « Dame, vez-ci celui qui a ocis
le meillor chevalier de vostre lignage. Et vos, Clamados, qui çà
dedanz estes, il a ocis vostre père et vostre oncle ; or si verra Ten
que vos en feroiz! > La damoisele del char vint cele part, et connut
Perceval, à l’escu qu’il portoit, de sinople et au cerf blanc, c Sire,
fet-ele, bien puissiez-vos estre venuz! Qui que demoint deul, je
ferai joie por vostre venue. >
Autant l’anmoigne la damoisele dedanz une tente, si le fet
asséoir desus une moût riche couche; après, le fet désarmer à ces
II damoiseles et li fet veslir une moult riche robe; puis, l'enmoigne
à la réine des tentes qui encores feisoit grant deul. > Dame, fet la
damoisele del char, refroidiez vostre doulor, vez-ci le Bon Cheva¬
lier porquoi les tentes furent ci randues, et porquoi vos avez menée
la grant joie très qu’au jor d’ui. » — « Ha! fet-ele, est-ce donc le
fil à la Veve Dame? » — « Certes, oïl, fet la damoisele. * — « Ha !
fet la dame, il m’a ocis le meillor chevalier de mon lignage, et
celui qui me tenssoit mes anemis. » — « Dame, fet la damoisele,
cist nos porra mieuz tensser et desfandre, car il est li mieudres
chevaliers del monde et li plus biaus. » La réine le prant par la
main et le fet asséoir dejouste lui. « Sire, fet-ele, conmant que
l’aventure soit avenue, li cuers me semont de feire joie de vostre
venue. » — « Dame, fet-il, gran merciz. Chaos me vost occire
dedans son chastel et je me desfendi à mon povoir. > La réine
l’esgarde enmi le vis, si alume et esprant de s’anmor si très dure-
mant que près se va qu’ele ne li court seure. < Sire, fet-ele, se
vos m’otroiez vostre amor, je vos pardonroie del tôt la mort Chaos
le rous. » — c Dame, fet-il, vostre amor veil-je bien déservir et la
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moie avez-vos. » — « Sire, fet-ele, conmant m’en porroie aparce-
Yoirî » — * Dame, fet-il, je le vos dirai. Il n’a chevalier el monde
s’il vos vouloit grever que je ne vos aidasse à mon povoir. » —
« Ceste amor, fet-ele, doit estre conmune de chevalier à dame.
Autretant feriez-vos por une autre. » — » Dame, fet-il, bien peut
estre, mès l’en met plus volentiers s’aide an I leu qu’an autre. »
La réine voussist que Perceval se fiast plus de li que il ne fet, et con
plus l’esgarde, et plus li plest et plus est esprise et desîrranz de
s’amor. Mès Perceval ne pansse onques à lui amer, ne à autre en
cele manière. Il l’esgardoit volentiers qu’ele estoit de très grant
biauté, ne il ne li disoit nule chose por quoi elc se péust aperce¬
voir que il l’anmast d’amor entérine. Toutes voies ne povoit ele
refraindre son cuer ne oster ces eux ne perdre le talent. Les /
damoiseles l’esgardoient à merveilles de ce qu’ele avoit si tost
oublié son deul.
Atant ès-vos Clamados, et li ot l’en conté que c’estoit li che¬
valiers qui ot ocis son père, valiez, et Chaos son oncle mort. Il
vient dedanz la tente et le voit séoir dejoute la réine qui l’esgardoit
moût doucemant : « Dame, fet-il, vos feites grant honte à vos I
méimes, qui vostre annemi mortel et le mien avez assis dejoute vos.
Nus ne doit jà mès avoir fience an vostre amor ne an vostre aide. » '
— * Clamados, fet la réine, li chevaliers s’est anbatuz sor moi, si
ne li doi nul mal feire; ainz le doi herbergier et garder son cors.
Si n’a chose feite par quoi l’en le puisse aréter de murtre ne de
traïson. » — « Dame, fet Clamados, il ocist mon père en la forest
souteinne, sans desfience, et li lença I javelot parmi le cors conme
traites; ne je ne serai jà mès è eise se si l’aurai vengié. Si l’apel et
vos pri que vos me teniez à droit, ne mie conme parant, mès
conme estrange. Car je veil bien que li lignages ne m’i ait jà
mestier. * Perceval esgarde le chevalier et le voit grant et de
moût bele taille et de moût grant biauté. « Biau sire, fet-il, de la
traïson vos voudroie-je oster, que je onques vers vostre père ne
vers autre ne n’oi onques taulent de traïson feire; et Diex me
desfande de tel vileinnie et m’ostroit force de moi oster de tel
blâme ! > Clamados s’avence d’offrir son gage. « Par mon chief,
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fet la réine, gages n’en iert mès hui recéuz ça dedanz. Mès demain
\ vendra jor et conseil et si fera l’en à chaucun droit. > Clamados
est conméuz de moût grant ire, et la réine des tentes honore Per-
ceval de quan que ele peut, et de ce est Clamados moût dolanz et
dit que nus ne doit avoir fiance en fanme. Mès il l’an blâme à tort,
car ce li fet feire la très grant amor qu’ele a en celui ; car ele set bien
que ce est li mieudres chevaliers et li plus biaus. Tant est ele plus
effraée, mès ele ne peut an lui trover nule privée acointence ne
de fet ne de parole. De ce est ele dolente outre mesure. La nuit, se
couchièrent par les tentes li chevalier et les damoiseles, très qu’à
l’endemain, et alèrent oïr messe à une chapele qui estoit anmi les
tentes.
Quant la messe fu chanstée, atant ez-vos I chevalier qui
vient touz armez et portoit I blanc escu à son col. 11 descent el
milieu des tentes et vient devant la réine, touz armez, et dit :
< Dame, je me plein d’un chevalier qui ça dedanz est, qui mon
lion m’a ocis et, se vos ne m’an feites droit, je vos harrai autretant
ou plus conme je faz lui, et vos grèverai en toutes les menières
que je porrai. Si vos pri et requier, por amor de mon seingnor
Gauvain qui hons je sui, que vos droit m’en feites. > — « Con-
mant a non li chevaliers? » fet la réine. « Dame, fet-il, l’an l’apele
Clamados des Onbres, et si m’est avis que je le voi là, car je le
connui vallet. » — * Et conmant avez-vos non? » fet la réine.
c Dame, l’an m’apele Méliot de Logres. » — < Clamados, fet la
réine, oez-vos que cist chevaliers dit? » — « Dame, fet-il, oïl;
mès ancore vos di-je que vos me faciez droit del chevalier qui mon
père a mort et mon oncle. » — « Dame, fet Méliot, je m’en veil
aler. Je ne sai vers qui li chevaliers se por offre, mès je l’apel de
félonie de mon lion qu’il m’a ocis. > Il prant le pan de son hau-
berc : c Dame, vez-ci mon gaje que je vos offre. »
c Clamados, fet la réine, dont n’oez-vos que cist chevaliers
dit? » — « Dame, fet-il, je l’entent bien, véritez est que je ocis
son lion; mès il me courut avent sus, et me fist les plaies dont
l’an m’a gari çoianz. Més vos savez bien que li chevaliers qui ci
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vint erssoir m'a plus mesfet qae je n’ai cetoi. Si vos voudroie prier
que je en préisse venjance avant. » — * Vos oez, fet-ele, que cist
chevaliers, qui ci est venuz toz armez, s’an veust râler orandroit.
Àquitez-vos atant à celui ; après, si panssera l’en de l’autre. » —
c Dame, grant merciz, fet Méliot, et misires Gauvains vos en saura
moût bon gré; car il m’ocist mon lion qui me desfandoit de toz;
mes anemis, néis l’antrée de vostre tente n’estoit mie si abandonée
por la garde de mon lion, et en mon despit en pendi la teste à ma
porte. » — c Del lion, fet la réine, n’est-il pas mêliez à vos se il
l’ocist sor lui desfandant; mès del despit que vos fist si conme vos
dites, quant vos ne li aviez riens mesfet, ne vos iert jà li droiz refusez
en ma cort, et, se vos la bataille voliez leissier, vos n’i auriez point
de blasme. » — « Dame, fet Clamados, onques ne l’an priez, puis
qu’il an est si antalentez. Je l’en aconplirai tôt son voloir et après
vos requier et pri que vos me (estes droit de ceste autre chevalier. >
— « Je an ferai tant, fet la réine, que je n’an serai jà blâmée. »
Clamados se fet armer et monte sor un cheval, et sanbloit
bien estre hardiz de ces armes et courajeus. Il vient très enmi la
tente là où la place estoit et bele et ygal, et trouva Méliot de Logres
tôt armé sor son cheval, qui moût estoit biax chevaliers et adroiz.
Et les dames et les damoiseles si furent environ la place. « Sire, '
fet la dame à Perceval, je veil que vos gardoiz le chanp de ces
II chevaliers. * — c Dame, fet-il, à vostre pleisir. » Méliot s’i
meut par grant aïr vers Clamados et Clamados vers lui, si s’antre-
fièrent sor les escuz si qu’il les ont perciez et faussez les haubers
au fers des glaives, et sont navrez enmedui si que li sans lor raie
des cors. Li chevaliers se traïrrent arrière por prandre lor eslès,
car lor glaives furent remès antiers, et reviennent li un vers l’autre
par grant aïr et se fièrent enmi les piz, des glaives, si roidement
qu’il n’i a nul qui ne soit anferrez dedanz la char; car li hauberc
nés porent garantir. Il se hurtent si durement que li chevalier et
li cheval chéirent à terre tout an I mont. La réine et les damoiseles
ont grant pitié des deus chevaliers, car eles voient qu’il sont si très
durement navré. Li dui chevalier se drescent an piez et tienent les
espées nues et s’antreceurent sus, moût aïréement, à tel povoir
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— ISO —
conme il orent. « Sire, fet la réine à Perceval, alez désevrer ces
II chevaliers, que li uns n’ocie l’autre, quar il sont moût navré. »
Perceval les vet désevrer et vient à Méliot de Logres : « Sire,
fet-il, traez-vos arrières, vos an avez assez fet. » Clamados santi
qu’il estoit navrez durement en II leus, et que la plaie qu’il avoit
el piz estoit moult grant; il s’an traist arrières. La réine i est
venue : « Biau niés, fet-ele, estes-vos navrez moût durement? *
— Dame, fet Clamados, oïl. » — « Certes, fet la réine, ce poise
moi ; mès je ne vi onques chevalier, s’il fu entalentis de conbatre,
qu’il ne li meschéist aucune foiz. L’en ne peut mie touz ces droiz
porssuivre. » Ele l’en fet porter en son escu en une tente ; puis fet
garder à ses plaies et vit l’an qu’il n’avoit garde de l’une, mès
l’autre estoit moult périlleuse durement.
« Dame, fet Clamados, encor vos pri-je et vos requier que le
chevalier qui mon père ocist ne leissiez oissir de çoianz, se il ne
vos baille bon ostage que il revendra quant je serai gariz. > —
t Si ferai-je, puisque il vos pleist. » La réine vient à l’autre che¬
valier qui navrez estoit, por ce qu’il se recleime de par monseignor
Gauvain,si li fist garder à ces plaies, et distrent qu’il n’est pas bleciez
si durement conme est Clamados. Èle les conmande à garder et à
servir moût déboneirement. « Sire, fet-ele à Perceval, il vos cou-
\ vient que vos demoriez jusqu’à icele oure que mes niés iert gariz;
\car vos savez bien de quoi il vos a aresté ; ne je ne voudroie mie
que vos vos an partissoiz sor vostre blâme. » — « Dame, je ne
m’an veil mie partir sanz vostre congié; ainçois serai apareilliez de
moi oster de blasme toutes les eures qu’il an iert tens et leus. Mès
le demorer çoianz ne porroie-je mie feire si longuement. Mès je
vos créanlerai que je revendrai ci dedanz, XV jors en dedanz le
terme qu’il iert gariz. » — < Sire, fet la damoisele del char, je
remandréi en ostages por vos. » — «Mès vos li priez, fet la réine,
qu’il remaigne çoianz avec nos. »
t Dame, fet Perceval, je ne porroie, car je leissai Lancelot
navré moût durement en l’ermitage mon oncle. » — « Sire, fet la
réine, je voudroie que li demorers vos pléust autant conme i
*
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ferait à moi. » — « Dame, fet-il, il ne devrait nullai despleire
d’estre avec vos; mès chaucuns doit sa parole sauver au mieuz qu'il
peut. Je ai créantéà Lencelot que je iroie à lui au plus tost que je
pourroie, et l’en ne doit mie mantir à si bon chevalier conme il
est. » — « Dont me créantez, fet la réine, que vous revendroiz ci
au plus prochiennement que vos porrez, ou au mains dedanz le
terme que vos saurez que Clamados iert gariz, por vos desfandre
de la traïson qu'il vos met sus. » — « Dame, fet-il, et se il meurt,
je an serai quites? » — t Sire, voire, se vos n’i volez venir por amor
de moi. Quar vostre venue anmeroie-je moût. • — « Dame, fet-il,
jà mès ne n’iert jor que mes servises ne vos soit abandonez, se je
sui en leu où vos en aiez mestier. » Il prant congié et s’an part,
armez. La damoisele del char le conmandeà Dieu, et Perceval s’an
part grant aléure et chevauche tant par ces jornées qu'il vient à
l’ermitage son oncle et entre dedanz et cuide Lancelot trouver. Mès
ces oncles li dist qu’il s’an estoit partiz et estoit moût bien gariz de
sa plaie. Por ce est moût dolanz de ce qu'il ne l’a treuvé laienz, et
d’autre part est moût joieus de ce que ces oncles li dist que il
c’estoit departiz de laienz touz sains et touz haitiez de sa plaie et de
toutes autres maladies si con il cuide.
ne autre branche reconmancedelGraal, el non del
père et del fil et del seint esperit. Et se test ci li
contes de Perceval, et dit que Lanceloz s’en vet et
chevauche tant par une forest qu’il treuve 1 chas-
tcl an mi sa voie au chief d’pne lande et voit à
l’entrée du chastel sor le pont séoir I viel chevalier
et II damoiseles. Il vet cele part. Li chevalier
et les damoiseles se drescent contre lui et Lanceloz descent.
« Sire, fet li vavassors, bien puissiez-vos venir! » Les damoiseles
li font grant joie et l’anmoingnent dedanz le chastel. c Sire, fet li
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vavassors, nos avions grant mestier de vostre venue. » 11 le fet
monter en la sale contremont et le fet désarmer de ces armes,
t Sire, fet li vavassors, or poez véoir grant pitié de ces II damoi-
seles qui sont mes filles. L’en lor veust tolir eest chaste! por ce
qu’eles n’ont aide ne secors se de moi non. Et ce n’est mie grant
esfort moi, car je sui vieuz et foibles et mes lignages est auques
alez ; si ne poi piéça trover chevalier qui m’osast desfandre d’un
chevalier qui cest ehastel me veust tolir. Et vos me sanblez estre
de si grant valor que vos m’en desfandroiz bien demain, car les
trièYes faudront ennuit. >
c Gonment, fet Lancelot, je ne sui ça dedanz vènuz se por
herbergier non, et vos me volez jà si tost enbatre en mellée. » —
c Sire, fet li vavassors, ci porra l’en bien esprouver s’il a en vos
tant de valor conme il apert par defors. Car au garantir les fiez de
ces II damoiseles qui mes filles sont, conquerrez-vos l’amor de
Dieu et le los del siècle. > Eles l’en chiéent au piez en plorant et li
crient merci, qu’eles ne soient déséritées. Et il les an redresce tan-
tost conme cil qui grant pitié an a. « Damoiseles, fet-il, je vos
aiderai à mon povoir. Mès que li termes ne soit Ions. » — « Sire,
font-eles, li jorz est à demain ; si nos n’avions chevalier demein
encontre celui qui cest ehastel chalonge, nos l’aurions perdu. Et
nostre pères est anciens chevaliers, si n’a mès en lui vigor ne force
par quoi il nos péust desfandre, et toz nostre lignages est déchéuz
et alez. Iceste haine avons nos par monseignor Gauvain que nos
herberjames. » Lanceloz jut la nuit là dedanz el ehastel, et fu
moût bien herbergiez et honorez. Et l’endemain s’arma quant il ot
la messe oïe, et s’apoia aus fenestres de la sale et voit la porte
fermée et verroillée et il oi I cor sonner de fors la porte III foiz
moût haust. c Sire, fet li vavassors, li chevaliers est venuz, si
cuide que n’oit çoianz nule desfansse. » — < Par mon chief, fet
Lanceloz, si a, se Dieu plest. > Li chevaliers resone autre foiz son
cor. « Oez, sire, fet li vavassors; midi aproche, si ne cuide que nus
doie oissir encontre lui. »
Lanceloz descent aval et trouve son cheval enselé, il est
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_ 12S _
montez tantost. Les damoiselçs li sont à l’estrier et li prient por
Dieu qu’il li sousyeigne de lor annor desfandre, ou, se ce non, eles
s’anfuiront conme chestives an autres terres. Atant resonne li che¬
valiers son cor I autre foiz. Lanceloz ne vost plus demorer, quant
il Toi ainsint corner ; ainz est oissuz fors del chaste!, touz armez,
la lence enpoigniée et l’escu au col. Il voit le chevalier au chief del
pont, tout[armé, desons I arbre. Lanceloz vient cele partgrantaléure.
Li chevaliers le voit venir, si li escrie : « Sire chevaliers, fet-il,
que demandez-vos? Venez-vos ci por moi mal feire? » — t Oïl, fet
Laneeloz, por ce que vos volez mal feire à cest chaste); si vos
desfi de par le vavassor et de par ces filles. » Il meut au chevalier
et le fiert sor son escu de son glaive, et li chevaliers, lui. Mès
Lanceloz li perce son escu de son glaive et le fiert de si grant aïr
qu’il li ajoute le braz. au costé et le hurte si très durement qu’il
cravenle à terre, lui et le cheval, et li cort sus, Pespée traite.
< Ha, fet li chevaliers à Lancelot, traez-vos un poi ansus, ne
m’ociez pas, et si me dites vostre non, par vostre merci. » —
* Qu’avez-vos à feire de mon non? » fet Lanceloz. « Sire, fet-il,
je le sauroie volentiers, car vos sanblez estre moût bons chevaliers
et si l’ai bien essaié au premier encontre. » — * Sire, fet-il, l’an
m’apeie Lanceloz del Lac. Et conmant est li vostre nons? • —
c Sire, fet-il, l’en m’apeie Marin del chastel de Gomerès, si sui
pères Méliot de Logres; si vos pri, par la riens que vos plus amez
el monde, que vos ne m’ociez mie. » — « Si ferai, ïet Lanceloz,
se vos ne gerpissiez la haïne del chastel. » — « Par foi, fet li che¬
valiers, et je la gerpirai, si vos créant que jà mès n’aura garde de
moi. » — c Je ne vos en crérai mie atant, fet Lanceloz, se vos ne
venez loianz. » — « Sire, fet li chevaliers, vos m’avez moût blécié,
si que à moût grant poigne porroie-je monter. • Lanceloz li aide
tant qu’il fu remontez sor son cheval et l’enmoigne el chastel là
dedanz avec lui, et li fet présanter c’espée au vavassor et à ces filles,
et son escu .randre et ces armes; après, li fet jurer sor seinz que jà
mès gerre ne lor fera. Lanceloz en prant la foi atant del chastel,
et Marins s’an torne arrière vers Gomoret. Li vavassors et ces
Il filles demorent à grant joie.
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— 124 —
Xji contes dit que Lanceloz s’an vet par les estranjes terres
et par les forés quere aventure, et chevaucha tant que il trouva
une terre pleinne, par defors une cité qui sanbloit estre de moût
grant seignourie. Si conme il chevauchoit par la pleinne terre, il
esgarde vers la forest, si voit la pleinne bele et grant et la terré
moût onie. Il chevauche toute la pleinne, si regarde vers la cité,
si en voit oissir grant planté de gent. Et avoit avec eus grant noise
de muses et de flaieus et de vièles et de mainz estrumanz; il
venoienl la voie que Lanceloz chevauchoit. Quant li premerein le
virent, si s’arestèrent et ranforcièrent lor joie, c Sire, font-il, bien
puissiez-vos venir !» — « Seignors, fet lanceloz, encontre qui
alez-vos as si grant joie? » — « Sire, font-il, ce vos diront bien
nostre mestre qui ça derrier viennent. »
Atant ez-vos les prévoz et les seignors de la cité et viennent
encontre Lancelot. « Sire, font-il, toute ceste joie est esméue por vos
et tuit cist estrument sont conméuz en joie et sonent por la joie de
vostre venue. » — c Por quel reson por moi ? » fet Lanceloz. « Vos
le sauroiz bien par tens, font-il. Ceste cité est conmanciée à ardoir
et à fondre à I des chiés, dès icele heure que nostre rois fu morz;
ne pot esteindre li feus ne n’esteindra jusqu'à icele eure que nos
aurons un roi qui sires iert de la cité et de l’anor qui i apant, et
à chief de l'an convendra faillir le feu et adonc iert li feus esteinz,
car autrement ne peut-il faillir ne esteindre. Si somes venuz
ancontre vos por doner vos la réauté, car l'en nos a dit que vos
estes bons chevaliers. » — t Seignors, dit Lanceloz, de tel réaume
n’ai-je mestier et Damediex m’an desfande! » — t Sire, font-il,
vos n’an povez estre desfanduz, puisque vos vos estes enbaluz en
la terre, et ce seroit moût grant dolor se si bone terre conme vos
povez véoir estoit fondue, par la défaute d'un sol home; et la sei¬
gnourie est mont granz, et ce sera moût grant honor à vostre eus ;
car vos seroiz, au chief de l’an, couronez el feu, si sauveroiz ceste
cité et cest grant peuple, dont vos auroiz grant los. »
Lancelot se merveille moût de ce que cil li dient. II l’avi-
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— 125 —
ronent de toutes parz, si l’enmoingnent en la cité. Les dames et
les damoiseles sont montées aus fenestres des granz mesons, si
démoingnent grant joie, et dit l’une à l’autre : * Vez-ci le novel
roi que i’an enmoigne; or esteindra li feus au chief de l’an. * —
< Dex, font les plusors, conme ce est grant doumage de si biau
chevalier qui finera en cel manière. » — « Teisiez, font les autres,
ainz iert grant joie quant si bone cité, conme ceste est, iert sauvée
par sa mort : car l’en fera praier par tôt le réaume por s’àme à
toujorz mès. » Atant l’anmoingnent el palès à moût grant joie et
dient qu’il le couronneront. Lanceloz trova le palès tout jonchié
et tout encortiné de riches dras de soie, et les seignors de la cité
qui sont apareilliez por feire à lui houmage. Mès il le refuse moût
durement et dit : lor rois ne lor sires ne sera il jà en tel manière.
Atant ez-vos un nain qui entre en la cité et moinne une des plus
beles dames qui soit en nul réaume, et demande de quoi cele joie
et cil murmuires est. Cil li content ainssint conme il veulent feire
del chevalier roi ; mès il ne le veust ostroier et li content toute
la manière del feu.
Li nains et la damoisele sont descendu, puis sont montez
el palès contremont. Li nains apèle les seignors de la cité et les plus
seignors. « Seignors, fet-il, puisque cist chevaliers ne veust estre
rois, je le serai volentiers, si justiserai la cité à vostre pleisir et
ferai quanque vos avez devisié. » — « Par foi, puisque li cheva¬
liers refuse ceste onor et vos la voulez avoir, volentiers la vos
ostroiera l’en ; et il s’an voist sa voie et son chemin, car nos le cla¬
mons tôt quite. » Atant mestent au nain la courone el chief et
Lanceloz en fet moût grant joie ; il prant congié et il le conman-
dent à Dieu; si se remonte sor son cheval, si s'an va parmi la cité,
touz armez. Les dames et les damoiseles dient qu’il ne veust mie
estre rois por tost morir. Quant il vint fors de la cité, si li fu moût
bel ; il entre en une grant forest et chevauche tant que li jors li
failli, et voit devant li un hermitaje novelement establi, car la
mesons et la chapele estoit édéfiée lot de novel. Il vient cele part
et descent por herbergier. Li hermites, qui jeunes estoit,sans barbe
et sanz grenon, issi de sa chapele : « Sire, fet-il a Lancelot, vos
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— 126 —
soiez li bien venuz! » — « Sire, et vos, aiez-bone aventure! fet
Lanceloz. Onques mès ne vi si jeune hermite conme vos estes. »
— « Sire, je ne me repant se de ce non que je n’i fui piéça
venuz. i
Àtant fet son cheval establer et l’enmoigne en son hermi-
taje, si le fet désarmer et aeissier à son povoir. < Sire, fet li her-
mites, sauriez-me-vos dire noveles d’un chevalier qui a jéu loue
tens malades chiés I hermite? » — « Sire, fet Lanceloz, n’a mie
encore lonc tens que je le vi, chiés le bon roi hermite qui m’a
gardé et gari moût doucement des plaies que li chevaliers me fist. »
— « Est donc gariz li chevaliers? » fet li hermites. c Sire, oïl,
fet Lanceloz, dont il est moût grant joie. Et por quoi le demandez-
vos? » — c Je le doi bien demander, fet li hermites, car mes
pères, li rois Pelles, et sa mère furent seur germainne mon père, »
— « Ha, sire, est donc li rois hermites vostre pères? » — « Certes,
sire, oïl. » — c Tant vos ain-je mieuz, fet Lanceloz ; car je ne
trovai onques nul home tant me féist d’amor conme il m’a fet. Et
conment, sire, est vostre nons? » — « Sire, fet-il, je [ai] à non
Joseus, et vos conment? » — « Sire, fet-il, l’en m’apele Lancelot
du Lac. » — < Sire, fet li hermites, nos somes moût prochiens
paranz entre moi et vos. » — « Par mon chief, fet Lanceloz, de ce
sui-je moût joieus an mon cuer. > Lanceloz esgarde et voit an la
meson à l’ermite escu et glaive et javeloz et hauberc. « Sire, fet
Lanceloz, que feites-vos de ces armes? » — « Sire, fet-il, ceste
forest est moût souteingne, si est moût loing de gent cist hermi-
tages, si n’a de gent çoianz que moi et mon vallet. Quant robéor
nos viennent, si nos en desfandons. » — « Que je ne cuidoie mie
que hermites asaillissent ne navrassent ne océissent. » — « Sire,
fet li hermites, Damediex me desfande d’ome afoler ne ocirre. »
— « Et conmant vos en desfandez-vos donc? » fet Lanceloz.
t Sire, je le vos dirai. Quant robéor nos viennent, si nos armonmes ;
se je en puis aucun tenir an mains, il ne me peut eschaper ; nostre
valez si est encres et hardiz, si l’ocist tantost ; ou il l’atorne tel
qu’il ne se peust més aidier. » — c Par mon chief, fet Lanceloz,
se vos ne fussiez hermites, vos fussiez touz courajeus. > — «Par
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— 127 —
mon chief, fet li valiez, vos dites voir, car je ne cuit si fort ne si
hardi en tout le réaume de Logres conme il est. » Li h ermites
berberja la nuit Lancelot à sou povoir.
Quant il furent endormi del premier some, atant vindrent
nil chevalier robéor de la forest qui sorent qu’il avoit laienz un
chevalier herbergié et orent couvoitié son cheval et ces armes. Li
hermites qui en sa chapele estoit les aparçoit premièrement et il
esveilla son vallet et fet aporter ces armes moût céléement; puis
fet armer son vallet » Sire, fet li valiez, esveilleraj-je le cheva¬
lier? > — « Nanil, fet li hermites, très qu’à ieele oure que nos
sachons por quoi. » Il fet ovrir l’uis de la chapele et prant I grant
lien de corde, et issent fors, lui et son valiez, et aperçurent les
robéors qui estoient en Testable là où li chevaus Lancelot estoit.
Li hermites c’escrie, li valiez s’avence et en porte un à terre
de son glaive. Li hermites le saisit et lie à un arbre, si estroit qu’il
ne se peut mouvoir. Li autre III se béent à desfandre et lour con-
paignon à seeourre. Lanceloz saust sus touz esfraez quant il ot la
noise, et s’arme au plus tost qu’il peut; mès il n’i sot si tost venir
que li hermites n’éust les autres III pris et liez avec le quart. Mès
il en i ot de tiex qui furent navrez moût durement, t Sire, fet li
hermites à Lancelot, ce poisse moi quant vos estes esveilliez. » —
« Àinz avez fet grant mal, fet Lanceloz, quant vos nu me déistes
ainçois. • — « Sire, fet li hermites, de tiex assauz avons nos assez
souvant. » Li IIII robéor crient merci à Lancelot, qu’il proit à
Termite qu’il ait pitié d’eus. Et Lanceloz dit que Diex ne li ait, qui
aura pitié de larrons. Tantost conme il fu ajorné, Lanceloz et li
valiez les enmoignent en la forest, touz liez les mains derrier le
dos, et les ont panduz en un gaste leu, loing de l’ermitage. Lan¬
celoz revient arrières et prant congié à Joseu, le jeune ermite, et li
dist que c’est grant doumache au siècle quant il n’est chevaliers.
< Sire, fet li valiez, m’est grant joie, car mainz homes le conpa-
rassent. » Lanceloz est montez et Josephus le conmande à Dieu, si
li prie moût qu’il li salut son père et son cousin de par lui, quant
il les verra, et misire Gauvain ainsint, que il encontra en la forest
quant il veneit tout plorent en l’ermitage.
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— 198 —
Ijanceloz se r’est mis en son chemin et chevauche par les
hautes forés et treuve recez et hermitages assez ; mès li contes ne
fet mie remenbrance de tous les ostex où il se herberja. Il a tant
chevauchié qu’il est venuz hors de la forest, et trouve une moût
bele praierie qui toute esloit chargie de flors, et couroit parmi une
rivière qui moût estoit bele et large, et avoit forez d’une part et
d’autre, et les praieries éstoient granz et larges entre la rivière et
les forez. Lanceloz regarde devant lui en la rivière et voit I home
nagier une grant nef et voit dedanz la nef II chevaliers blans et
chanuz et une damoisele, ce li est avis, qui tenoit en son devant
le chief d’un chevalier qui gisoit sor une couste de paille et estoit
couverz d’un couvertor de feines, et une autre damoisele li séoit
au piez. 11 avoit I chevalier enz enmi la nef, qui peschoit à I en-
meçon dont la verge sanble d’or, et prenoit moût granz poissons,
et un petit baliax suivoit la nef, en quoi il metoit les poissons qu’il
prenoit. Lanceloz s’aproche de la rive aus plus tost qu’il pot, si
salue les chevaliers et les damoiseles et il li randent son salu moût
doucement. « Seignors, fet Lanceloz, a-il nul chastel ci près, ne
nul recet? » — « Sire, oïl, font-il, outre cele monteigne, moût
bel et moût riche; si i ceurt ceste rivière tout environ. » —
« Seignors, à qui est li chastiax? » — « Sire, font-il, il est le roi
Peschéor; si i herbergent li bon chevalier, quant il est en cest païs;
mès il i ont de tiex herbergiez dont li sires del païs se déust moût
pleindre. » Li chevalier s’an vont nagent toute la rivière, et Lan¬
celoz chevauche tant que il vient au pié de la monteigne et treuve
I hermitage dejouste une fonteinne; il se pansse, puis qu’il doit
aler à si haust ostel et à si riche, où li sainz Graaus s’apert, il se
confessera au preudome. Il descent et se confesse au preudome et
rejéhit touz ces péchiez et li dist que de touz estoit repantanz fors
d’un, et li bermites li demande quex il estoit dont il ne se vouloit
repentir, t Sire, fet Lanceloz, ce me senbie li plus biaus péchiez
et li plus douz que je onques féisse. » — « Biau sire, fet li her-
mites, li péchiez est douz à feire, mès li gerredons est moût
enmers ; ne nus péchiez n'est biaus ne cortois. Mès li uns péchiez
est plus orribles que li autres. » — < Sire, fet Lanceloz, icest
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péchié vos jéhiral-je hors de ma bouche dont je ne puis estre repen-
tenz en cuer. Je ain ma dame, qui réine est, plus que nule riens
qui vive; et si l*a uns des mieudres rois qui vive à famé. La
volenté me sanble si bone et si haute que je ne la puis leissier, si est
si enracinée en mon cuer qu’ele ne s’an peut partir ; car la greindres
valor qui est en moi si me vient par sa volenté. » — « Ha, las!
péchierres mortiex, fet li hermites, qu’avez-vos dit? Nule valor ne
peut venir de tel luxure, qui ne soit vendue moût chier. Vos estes
traites à notre seignor terrien et omecides au Savéor. Vos avez des
VII péchiez creminex l’un enchargié dont li déduiz en est moût
faus, si le conparroiz moût chier se vos n’en estes repentanz has-
tivement. » — « Sire, fet Lanceloz, onques mès ne le voil jéhir. »
— « Tant vaust puis, fet li hermites, vos le déussiez tantost avoir
jéhi et dégerpi le. Car, tant com vos le maintiendroiz, seroiz*vos
ennemis au Sauvéor. » — « Ha, sire, fet Lanceloz, ele a en lui
tant biauté et valor et sanz et courtoisie et hautesce que nus qui
l’anmast ne la devroit oublier. »
« Quant plus a en lui biauté et valor, fet li hermites, tant
fet-ele plus à blâmer et vos autresint. Car chose où il a poi de
valor n’est-ce pas si grant domages conme de celui qui doit assez
valoir. Et ceste est réine bénéoite et sacrée, si fu voée en son con-
mencement à Dieu ; or s’est donée au déable por vostre amor et
vos por lui. Biau chiers enmis, fet li hermites, leissiez cestes folie
qui tant est cruel, que vos avez enprise; si soiez repentanz de ces
péchiez et je proierai au Sauvéor por vos chaucun jor, que, si
' veraieraent con il pardona sa mort à celui qui le féri de la lence el
costé, vos pardoint-il cest péchié que vos avez maintenu, se vos
estes repentanz et verais confés, si en prandrai la pénitance sor
moi. » — « Sire, fet Lanceloz, granz merciz, je n’an sui mie
entalentez de gerpir le, ne je ne vos veil mie dire chose à quoi
mes cuers ne s’acort. Je veil bien feire la pénitance si grant conme
ele est eslablie à cest péchié; car je veil servir ma dame la réine
tant conme lui pleira que je soie ces biens veillanz. Je l’ain tant
que je ne veil que jà volenté me veigne de gerpir s’amor ; et Diex
est si doux et si pleins de grant déboneireté, si conme preudons le
a
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— 130 —
tesmoignent, qu’il aura merci de nos ; car je ne fis onques traison
▼ers lui, ne ele vers moi. » — « Ha, biau doz amis, fet li her-
mites, nuie riens ne vos vaudroit de quanque je vos diroie, et
Damediex li doint tel volenté et vos autresi que vos puissiez feire
la volenté au Sauvéor. Mès itant vos vell-je bien dire, se vos gisiez
en l’ostel le roi Peschéor, que du Graal ne verroiz-vos mie por le
mortel péchié qui vos gist el cuer. » — « Damediex, fet Lanceioz,
me consseust à son pleisir et à sa volenté! » — « Ce face, fet li
hermites, car je le voudroie bien, ce sachiez vos veraiement. »
Lanceioz prant congié de Termite, puis est montez en son
cheval et se part de Termite, et vespres aproehe, et voit qu’il est
oure de herbergier, et choisi devant lui le chastel au riche roi
Peschéor ; il voit les ponz, granz et larges ; mès il ne li sanblent
itel conme il fist à mon monseignor Gauvain. II regarde la riche
antrée de la porte là où Damediex estoit escriz si conme il fu mis
en la croiz, et voit II lions qui gardoient l’entrée de la porte. Lan¬
ceioz se pansse que misires Gauvains avoit passé parmi les lions,
autressint feroit-il. Il s’an vet vers la porte et li lion qui anchaënné
estoient drescent lor orilles, si Tesgardent. Et Lanceioz s’an vet
parmi eus sanz ressoignier les; onques n’i ot celui qui mal li vossist
feire. Il descent devant le mestre palès et monta contremont, toz
armez. Dui autre chevalier viennent encontre lui et le reçoivent à
moût grant joie, puis le font asséoir en une couche enmi la sale,
si le font désarmer à II serjanz. Deus damoiseles li aportent une
moût riche robe, si li font vestir. Lanceioz esgarde la richesce de
la sale *, et n’i voit escripture qui ne soit de seint ou de seinte ; et
voit la sale portendue de dras de soie en plusors leus. Li chevalier
le moignent devant le roi Peschéor, en une chanbre où il gisoit
moût richement. Il treuve le roi qui gist en I lit si riche et si apa-
reillié que nus ne vit onques meillor,.et avoit une damoisele à son
chief et une au piez. Lanceioz le salue moût hautemant, et li rois
li respont moût bel, conme cil qui moût est preudons. Et avoit si
grant clarté en la chanbre que ce sanbloit que li souleus i roiast
i Le Ms. répète ici par erreur : Si le font désarmer.
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de toutes parz, et si estoit-il nuiz oeure, ne n’avoit chandeles loianz
que Lanceloz i péust choisir alumées. « Sire, fet li rois Peschierres,
me savez-vos dire noveles del fil ma seror?et fu fiuz Vilan le gros,
des vas de Kamaalot, si l'apele l’en Perceval. » — « Sire, fet
Lanceloz, je Ta Yéu n’a pas lonc tens chiés le roi hermite son
oncle. > — c Sire, fet li rois, l'an m’a dit qu'il est moût bons
chevaliers. » — « Sire, fet Lanceloz, il est li mieudres chevaliers
del monde. Je méimes santi bien sa bonté et sa valor, car il me
navra moût durement, ainçois que le connéusse, ne il moi. » —
< Et conmant est vostre nons? » fet li rois, c Sire, l’an m’apele
Lancelot del Lac, et sni fiuz le roi Ban de Benoye. » — « Ha, fet
li rois, vos estes prochiens de nostre lignage, vos devez estre bons
chevaliers par droit; si estes-vos, si conme j’ai o\ tesmoignier.
Lanceloz, fet li rois, vez ilec la chapele où li seintimes Graaus
se repose, qui s'aparut aus II chevaliers qui çoianz ont esté. Je ne
sai conment li premerains ot non, mès je ne vi onques si peisible
ne si coi, ne qui tant resanblast à estre bons. Par celui, chaî-je en
langor. Li autres fu misires Gauveins. » — « Sire, fet Lanceloz,
li premiers fu Percevax, vostre niés. » — t Ha, fet li rois Pes-
chierres, gardez que vos dites voir. » — « Sire, fet Lanceloz, je
le doi bien connoistre. » — « Ha, Diex! fet li rois, por quoi ne le
soi-je donc? Par lui sui-je chéuz en ceste langor et, se je le séusse
dont que ce fust il, je fusse ore con touz seins de mes menbres et de
mon cors, et je vos prie moût, quant vos le verroiz, que vos dites
que il me viegne véoir ainçois que je muire et que il voist secorre
et aidier sa mère à qui l’en ocit ces homes et tost sa terre, si qu’ele
ne la peut r’avoir se par lui non. Et sa seur l'est alée querre par
touz les réaumes. » — « Sire, fet Lanceloz, je li dirai volentiers,
se je le truis jà mès en nul leu, mès c’est grant aventure de lut
trover, car il se desconnoistra en maintes manières et cèlera son
non en moût de leus. »
Iii rois Peschierres est moût joieus des noveles qu’il a oies
de son neveu, si fet moût honorer Lancelot. Li chevalier s'asiéent
eu la sale à une table d’yvoire, au mangier, et li rois remest en sa
chanbre. Quant il orent lavé, la table fu aoroée de riche veissele-
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— 138 —
ment d’or et d’argent, et furent servi de riches mès de venoison,
de cerf et de cengler. Mès li contes tesmoigne que li Graaus ne
s’aparut mie à celui mangier. 11 ne demora mie por ce que Lan-
ceioz ne fust un des*III chevaliers del monde de plus grant renon
et de greignor force ; mès por le grant péchié de la réine qu’il
enmoit sanz repantir ; quar il ne panssoit tant à nule riens conme
à lui, ne n’an povoit son cuer oster. Quant il orent mangié, il se
levèrent des tables; deus damoiseles servirent Lancelot à son cou-
chier, et jut sor une couche moût riche ; ne ne s’an vouloient partir
très qu’à cele oure qu’il fust endormiz. Il se leva l’endemain,
tantost conme il vit le jor, et ala oïr messe, puis prist congié au
roi Peschéor et aus chevaliers et aus damoiseles ; et oissi fors del
chastel parmi les deus lions et prie Dieu qu’il li léist par tens véoir
la réine, car c’est ces greignors désirriers. 11 chevauche tant qu’il
esloigne le chastel et entre an la forest et est en moût grant désir-
rier de véoir Perceval ; mès les noveles l’an ièrent moût loing-
tiegnes. 11 esgarde devant lui en la forest et voit venir très parmi
la lende un chevalier et une damoisele qui veslue estoit de la plus
riche robe d’or et de soie qu’il onques mès éust véue.
lia damoisele venoit plorent dejouste le chevalier et li prioit
meintefoiz qu’il éust merci de li. Li chevaliers se test touz coiz et
ne dit mot. < Ha, sire, fet la damoisele à Lancelot, car priez cest
chevalier por moi. » — « Ert quel manière? » fet Lanceloz. « Sire,
fet-ele, je le vos dirai. Il m’a monstré sanblant d’amor, plus a d’un
an, et m’ot en couvenant qu’il me prandroit à famé, et je m’apa-
reillai des plus riches garnemenz que je oi, por venir à lui. Mès
mes pères est de greignor povoir et de greignor richesce que il
n’est, si ne voussist pas ostroier le mariage. Por ce, m'an vin-ge
avec lui en tel manière, car je l’ain plus que nul chevalier. Or ne
ne veust riens feire de ce qu’il m’ot en covant, car il ainme mieuz
une autre, ce cuit, que moi. Si m’est avis qu’il l’ait fet por mes amis
feire honte et por moi. » Lanceloz voit la damoisele de moût très
grant biaulé, et ploroit moût tendrement, si en ot moût très grant
pitié. « Âvoi, sire, ce ne feroiz-vos mie, fet Lanceloz au chevalier,
que vos à si bele danmoisele façoiz tel honte que vos li failloiz de
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133 —
couvenant. Car il n’a chevalier el réaume de Logres ne en celai de
Gales qui ne se déust moût cointoier se il avoit si beie damoisele à
famé, et je vos pri et requier que vos à la damoisele fcites ce que
vos li éustes en couvenant; si feroiz grant franchise, et je vos pri
et requier que vos le façoiz, et je vos an saurai moût bon gré. » —
« Sire, fet li chevaliers, je n’en ai nule volenté, ne je ne le feroie
por nullui, puis que bel ne me seroit. » — * Par mon chief, dit
Lanceloz, dont estes vos li plus vileins chevaliers que je onques
véisse, ne dame ne damoisele ne doit jè mès avoir fience en vos,
quant vos envers ceste volez feire' vileinie. » — « Sire, fet li che¬
valiers, j’ai plus vaillant enmie que ceste n’est, et de greignor pris,
ne de ceste ne ferai-je plus que je vos ai dit. » — « Et où la volez-
vos donc mener? » fet Lanceloz. « Je la veil mener en un mien
recet qui est en ceste forest, el la conmanderai à I mien nain qui
ma meson garde et la marierai à aucun chevalier ou à aucun
home.» — « Jà ne m’aït Diex, fet Lanceloz, se vos ne dites grant
vileinie, et, se vos ne faites sa volenté, mal vos en vendra de par
moi méiraes et, se vos fussiez armez si conme je sui, vos an
éussiez jà la première envaïe. » — « Ha, fet la damoisele à Lan¬
celot, por Dieu, ne seriez mie entalentis de lui mal feire, car je
n ain tant nule riens conme son cors, que que il me face. Mès, por
Dieu, priez lui qu’il me face l’anor qu’il me promist. » — * Volen-
tiers, fet Lanceloz. Sire chevaliers, feroiz-vos ce que vos éustes à
la damoisele en couvenant? » — « Sire, fet li chevaliers, je vos ai
bien dit que non. » — « Par mon chief, fet Lanceloz, si feroiz;
ou vostre mort est jugiée et ne mie tant por la damoisele seule¬
ment conme por la vileinie abalre de vos, qu’ele ne soit reprochiée
à austres chevaliers. Car ce que chevaliers promet à dame ou à
damoisele, li couvient-il tenir. Et vos estes chevaliers, ce dites
vos, et nus chevaliers ne doit feire vileinie à escient, et ceste
vileinie si est greindre que autre, ne por prière que la damoisele
me face, ne souferrai-je plus ceste vileinie, se vos ne li feites ce
que vos li éustes en couvenant, que je ne vos ocie, por ce que je
ne veil mie qu’il soit reprochié à autres chevaliers. » Il aloigne
son glaive et vost venir vers lui, quant li chevaliers vient encontre
et li dit : « Ne m’ociez mie, ainz me dites que vos volez que je
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— 134 —
face. » — « Je veil, fet-il, que vos preigniez à famé h damoi-
sele sanz nul refus. » — c Sire, fet-il, je l’eim mieuz à prandre
la qu’à morir. Sire, je eu ferai la vostre volenté. » -*■ « Je vos
en merci moût, fet .Lanceloz. Damoisele, est-il vostre grez ain-
sint? > — « Sire, oïr. Mès vos ne vos départiroiz de nos, s’il vos
plest, très qu’à icele oure qu'il aura fet ce que vos dit. > —
< Einsint le veil-je bien, fet Lanceloz, por vostre amor. * Il che¬
vauchèrent ènsanble très parmi la forest, tant que il vindrent à
une chapele à un hermitaje, et li< hermites les espouse et en fist
moût grant joie. Quant ce vint après la messe, Lanceloz s’an vost
partir, mès la damoisele li prie moût doucement qu’il voist avec
lui très qu’à la meson son père, por tesmoignier que li chevaliers
l’a espousée.
t Sire, fet-ele, li recez mon père n’est mie loinz. t —
« Dame, fet Lanceloz, volentiers irai, puisque vos m’an requérez. »
Il chevauchent tant très parmi la forest, tant qu'il viennent au
chastel au vavassor qui séoit desour le pont de cest chastel, moût
dolanz et moût sinples por sa fille. Lanceloz s’an est alez avant et
descent. Li vavassors se dresce encontre lui et Lanceloz li conte
que sa fille est espousée et que il a esté au noces. Li vavassors en
fet moût grant joie. Atant ez-vos le chevalier et la file au vavassor ;
atant sont descenduz et li vavassors si mercic moût Lancelot de
lanor qu’il a feite sa fille. Atant se part del chastel et chevauche
parmi la forest au lonc del jor, et encontre une damoisele et
I nain qui venoient grant aléure. « Sire, fet la damoisele à Lan¬
celot, de quel part venez-vos? » — « Damoisele, fet-il, je vieg
del chastel au vavassor, qui est en ceste forest. t — c Encon-
trastes-vos, fet-ele, I chevalier et une damoisele en vostre voie? •
— t OU, fet Lanceloz, il l’a espousée. » — t Dites-vos voir?> -
fet-ele. — c Voir vos di-je, fet Lanceloz ; mès il ne l’éust mie
espousée se je ne fusse. » — « Por ce aiez-vos honte et male aven¬
ture, quant vos m’avez tolu la riens el mont que je plus enmoie!
Et bien sachiez-vos de voir qu’ele n’ara joie de lui, et, se li che¬
valiers fust armez ausint connue vos estes, il n’éust mie feite vostre
volenté, mès la seue. Et ce n’est mie li premiers doumaches que
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vos m’ayez fet ; entre vos et monseignor Gauvain, océistes mon
oncle et mes II cousins germeins en la forest, que il me convint
ensevelir en la chapele où vos fustes, là où mes nains que vos véez
ci feisoit les sépoutures el cimetire. » — « Damoisele, fet Lanceloz,
véritez est que je i fui, mès je me parti del scymetire, sauve m’a-
ner.»— « Voire, fet li nains, car li chevalier qui i furent [estoient]
couart et failli. » — < Biaus an mis, fet Lanceloz, je enmai mieuz
que il fussent couarz envers moi que hardiz. » — « Lanceloz, fet
la damoisele, vos avez fet maint outrage, car vos océistes le cheva¬
lier de la gasle meson, là où li brachez mena monseignor Gauvain ;
mès, se il i fust connéuz, il ne s’an fust mie partiz atant, car il
n’ierl geires plus enmez de vos, et Diex vos lest trover tel cheva¬
lier qui puist abatre les outrages qui sont en votre cuer et el sien ;
car ce seroit.grant joie, quar vos avez maint bon chevalier ocis, et
je méime6 porchacerai votre ennui au plus tost que je porrai. »
Atant fiert li nains la mule de la courgiée et ele s’an part.
Lanceloz ne lui ost respondre nule vileinie, ains s’an parti atant
et chevauche tant par ces jornées qu’il est revenuz chez le bon roi
hermite qui fet moût grant joie de lui. Et li conte qu’il a esté chiés
le roi Peschéor son frère, qui gist an langour, et li conte ainsint
conme il fu honorez an l’ostel et les saluz que il li mande. Li rois
hermites an est moût joieus et li demande de son neveu et li dit
qu’il ne le vit puis qu’il se fu partiz d’ilec. Li rois hermites li
demande se il avoit véu le Graal, et il li dist que nanil. « Je sai
bien, fet li rois, por quoi ce fu. Se vos fussiez en autretel désirrier
de véoir le seint Graal conme vos estes de véoir la réine, vos
l’éussiez véu. » — « Sire, fet Lanceloz, la réine désiré-je à véoir
por apansé, sanz et cortoisie et valor, et ainsint le doivent feire
tuit chevalier. Car ele a toutes les honors en lui que dame puisse
avoir. » — « Diex vos en lest venir à bon chief, fet li rois hermites,
et feire chose de quoiDiex ne vos ait en despit au jor del jugement ! >
La nuit, jut Lanceloz en l’ermitaje et au matin s’an parti et pris!
congié, quant il ot la messe oïe, et s’an revient au plus droit qu’il
peut à Pennenoiseuse sor la mer de Gales, là où li rois et la réine
estoient à grant planté de chevaliers et de barons.
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XKSÊlÈ* ^ auz est0 * re nos témoigne, de quoi cist contes
vient, et dit que Perccval est el réaume de Logres
et s an veno * 1 ^ raDt a *® ure vcrs l fl terre * a réine
| des Tentes, por aquiter la damoisele del char qu’il
*V* \ a voit leissiée en ostage por Clamados qui sus li avoit
' * mis la Iraïson de quoi il se devoit desfandre. Mès
einçois qu’il entrast en la terre la réine des Tentes, encontra-il la
damoisele del char qui de cele part venoit. Ele li fist moult grant
joie et N dist que Clamados esloit morz de la plaie que Mélioz de
Logres li avoit feite, et que Mélioz de Logres estoit gariz. « Sire,
fet-ele, les tentes et les corlines sont destendues, et la réine se est
retraite el chastel et ces puceles, et par moi qui en sui revenue
poez-vos bien savoir que vos en estes bien quites. Si vos di que
vostre seur vos va querre, ne vostre mère n’ot onques si grant mes-
tier d’aide conme ele a ore, ne jà mès vostre seur n’aura joie à son
cuer jusqu’à icele eure qu’ele vos aura trové. Ele vos vet querre par
touz les réaumes et par toutes les estranges contrées, à grant mé-
saise, ne ele ne peut trover qui noveles l’an die. » Perceval se part
de la damoisele atant, sanz plus dire, et chevauche tant qu’il vint
el réaume de Gales, en I chastel qui siet desus la mer sor une
haute roche, et estoit apelez li chastiax des Tailles. Il voit I chevalier
issir del chastel, il li demande qui li recez est, el il li dit qu’il esloit
à la réine des puceles. Il entre dedanz le premerein baille del chas¬
tel ; il descendi au perron et met sus son esciret son glaiveet regarde
vers les degrez par où l’an monte en la plus haute sale; si les vit
toz arengiez de chevaliers et de damoiseles. Il est venuz cele part,
mès il n’i ot chevalier ne dame qui de nule riens l’areinnast. Si les
salua tout a vent. Il s’an vet très parmi eus vers l’uis de la grant
sale, si la treuve fermée, mès il crola l’ennel si durement qu’il fet
toute la sale retentir. I chevaliers li vint ouvrir et il entre là
dedanz. « Sire chevaliers, bien puissiez-vos venir! » — c Bone
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— 187 —
aventure aiez-vos! > fet Pereeval. Il abat sa ventalle et oste son
hiaume. Li chevaliers le moigne ès chanbre la réine, et ele se liève
encontre lui et li fet moût grant joie et le fet asséoir dejoute li,
tout armé.
Atant vient une damoisele et s'ajenoille devant la réineet dit :
«Dame, vez-ci le chevalier qui fu premièrement au Graal, je le vi en
la cort la réine des Tentes, là où l’en le vost apeler de tralson et de
murtre. » — « Or tost, fet la réine au chevalier, feites soner le cor
d’ivoire, desor le chastel. » Li chevalier et les damoiseles qui au
degrez séoient si saillirent sus, si démoinent moût grant joie, et
tuit li chevalier aulresint. Si distrent que or savoient-il bien que il
avoient feile lor pénitence. Atant entrent en la sale, et la dame ist
de la chanbre et tint Pèrceval par la main et lor vient à rencontre.
« Vez-ci, fel-ele, le chevalier par qui vos avez eu la poigne et le
travail et par qui vos en estes ostez. » — « Ha, font li chevalier
et dames, bien puisse-il estre venuzî » — « Par mon chief, fet la
réine, si est-il, car ce est li chevaliers del monde que je désirroie
plus à véoir. » Ele le fet désarmer et aporter li riche robe de drap
de soie por vestir. « Sire, fet la réine, 1111 chevaliers et III damoi¬
seles ont esté desouz les degrez à l’entrée de la sale, puis icele oure
que vos fûtes à I’ostel le roi Peschéor, là où vos oubliastes à
demander de quoi il servoit; ne onques puis, n’orent autre meson
ne autre recet, por boivre ne por mangier ne por gésir ; ne onques
puis, n’orent-il talant de mener joie, non féissent-il jà mès se vos
ne fussiez ci venuz. Si ne vos devez mie merveillier s’il démoignent
joie de vostre "venue; et d’autre part nos a vostre venue grant
mestier en cest chastel, car I chevalier me gerroie qui est frères le
roi Peschéor, si a non ti rois del Chastel Mortel. » — « Dame,
fet-il, il est mes oncles; si ne le Savoie mie grant tens a, ne del bon
roi Peschéor aussint. Si est mes oncles li bons rois hermites. Si
vos di por fin voir que li rois del Chastel Mortel est li plus fel et li
plus cruieus qui vive; si ne le doit nus amer por la félounie qui
en lui est ; car il a conmencié à gerroier le roi Peschéor mon oncle,
si li chalonge son chastel et si veust avoir la lance et le Graal. »
— « Sire, fet la réine, aussint chalonge-il le mien chastel, por ce
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que je sui en l’aide au roi Pesehéor, et vient cbaucune semaine an
une ille qui est en ceste mer et me fet mainte envaïe devant «est
chastel et a mainz de mes chevaliers dois et de mes damoiseles, et
Diex nos en achat vengence ! » Ele prant Perceval par la main et
le moigne aus fenestres de la sale qui plus prochiennes estoient
de la mer. < Sire, fet-ele, or povez-vos l’ile véoir là oà vostre
oncles vient en une galie, et en cele ille séjorne-il tant que il a
véu son cop et son esgart. Et véez ici desouz mes galies qui nos en
desfandent. >
Perceval, ce dit lestoire, fu moût honoré el chastel la réine
des Puceles, qui moût estoit de grant biauté. La réine l’amoit de moût
très grant amor, mès ele savoit bien qu’ele n’an aroit jà son désir-
rier, ne dame ne damoisele qui s’antente i méist ; car il estoit chaste
et en chastéé vouloit morir. Il fu tant el chastel qu’il oi dire que son
oncle estoit arrivez en Fille là où il souloit venir. Perceval se fet
armer tantost et entre en une galie desouz la sale, si se fet nagier
vers son oncle, [qui] se merveille moût quant il le voit venir ; car
onques mès chevaliers n’osa oissir soûl encontre lui de cel chastel,
ne venir là où il estoit, cors à cors. Mès, se il séust que ce fust
Perceval, il ne s’an merveillast pas. Atant prant terre la galie et
Perceval est fors issuz. La réine et li chevaliers et ces puceles sont
venues au fenestres del chastel par véoir la contenance del neveu
et de l’oncle. La réine li éust tramis de ces chevaliers avec lui, mès
Perceval ne vost. Li rois del Chastel Mortel fu granz et fors et
hardiz. Il voit venir son neveu tout armé, mès il ne le connut mie.
Mès Perceval le connut bien et tint l’espée saehiée et l’escu
enbracié, et requiert son oncle par très grant aïr et li done grant
cop amont sor son hiaume, qu’il le fet tout anbrunchier. Et li rois
ne l’esparne mie, ainz le fiert si très durement qu’il li a tôt son
hiaume enbarré. Et Perceval le rehaste, qui amont le cuide férir el
chief, mès li rois ganchi et li cos avale desor l’escu, si li a porfandu
très qu’à la bocle. Li rois del Chastel Mortel se trait arrière et a
grant vergoigne en soi méimes por ce que Perceval le conroie si,
car il le cerche à l’espée de toutes parz, et li done granz cox et, se li
haubers ne fust si fors et si tenanz, il l’éust navré en moût de leus.
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— 139 —
ïii rois mûmes li donne si granz cox que la réine et tuit cil
qui èrent ans fenestres se merveilloient que Perceval peut ces cox
soufrir. Li rois se prist garde de l’escu que Percerai portoit et l’es*
garde de loig. « Chevaliers, fet-il, qui vos dona cest escu et de par
qui le portez-vos itel? » — « Je le port de par mon père, » fet-il.
« Porta donc vostre père l’escu vermeil au cerf blanc? » — « Oïl,
fet Perceval, maint jor. » — « Fu donc vostre père li rois Vilains
des vaus de Kamaalot? » — « Mès pères fu il sans faille. Je ne
doi avoir nul blâme de lui, car il fu bons chevaliers et loiaus. »
— « Estes-vos fiuz Yglaï ma serour qui fu sa moiller? » —
< Oïl, » fet Perceval. cDont estes-vos mes niés, fet li rois du Chastel
Mortel ; car ele est ma seur. » — « Ce poise-moi, fet Perceval, car
je n’i ai preu ne honeur, car vos estes li plus desloiaus de tôt mon
lignage, et je savoie bien quant je ving ci que c’estiez vos, et, por
la grant desloiauté qui en vos est, gerroiez-vos le meillor roi qui
vive et le plus preudonme et la dame de cest chastel, qu’ele li
aïde à son povoir. Mès, se Dieu plest, ele n’aura jà garde à son
povoir de si mal home conme vos estes, ne li chastiax ji’iert jà
obéissanz à vos, ne les bones seintes reliques que li bons rois a en
sa garde. Car Diex ne vos ainme mie tant conme il fet lui, et je vos
desfi tant eonrae vos le gerroiez, et vos tieg à ennemi. » Li rois ot
bien que ces niés ne le tient mie chier et qu’il s’aatit de lui feire
mal et qu’il tient- l’espée enpoigniée et est anbronchiez en son
hiaume et engramis conme lions. Il doute moût sa force et son grant
hardemant ; il a bien esprouvé et essaié que ce est li mieudres
chevaliers del monde; il n’ose plus ces cox atandre, ainz s’an
lorne grant aléure vers sa galie et sailli anz tantost ; il esquipe de
rive inélement, et Perceval le suit très qu’à la rive, qui moût est
dolanz de ce que il s’an vet ; puis li escrie : < Mauvéis rois, ne
dites mès que je soie de vostre iignaje; onques mès chevaliers del
lignaje ma mère ne foui por autre chevalier, se vos non. Or ai-je
conquis ceste ile, jà mès n’auroiz si grant hardemant que vos i soiez
véuz à nul jor. » Li rois s’an vet qui n’a cuire de retorner, et Per¬
ceval s’an revient arrière an sa galie au chastel la réine, et tuit cil
del palès viennent encontre lui à grant joie. La réine li demande
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è
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conment il U est et se il est bléciez. < Dame, fet-el, nanil, Dieu
merci ! » Ele le fet désarmer et moût honorer è son pleisir et con-
mande que tuit soient obéissant à lui à feire son conmandemant
tant conme il li pleira à estre. Or sont plus asséur el chastel por
le roi qui partiz s’an est vileinnement, et cuident bien que jà mès
ne doie revenir por la doutance que il a de son neveu plus que
pour autrui, et por ce démoignent joie conmunement.
r se test li contes de Perceval et dit que li rois
Artus est à Pannenoiseuse en Gales, avec grant
planté de chevaliers. Lanceloz et misires Gauvains
sont repeiriez, de quoi toute la genl fet grant joie.
Li rois demande à monseignor Gauvain et à Lan¬
celot se il ont véu Lohot son fiuz en nule de ces
forés ne en nule de ces illes, et il responnent que nanil. c Je me
merveil moût, fet li rois, qu’il est devenuz, car je n’an oi plus
noveles que que Kex li seneschaus ocist Logrin le jaient, dont il
m’aporta le chief, de quoi je fis moût grant joie et l’en crui sa terre
moût volentiers; et si dui-je bien feire, car il me'venga de celui qui
me damajoit ma terre plus que nus ; si l’en ain moût. » Mès, se li
rois séust conment Kex avoit esploitié envers lui, il ne l’ennourast
mie tant sa chevalerie ne son hardement. Li rois séoit un jor au
mangier et la réine Guenièvre dejouste lui. Atant ez-vos une damoi-
sele et est descendue devant le palés, puis monte les degrez de la
sale et est venue devant le roi et devant la réine. < Sire, je vos
salue conme la plus esfraée damoisele et la plus desconseilliée
que vos véissiez onques. Si vos sui venue demander I don por la
haulece et por la valor de votre cuer. » — « Damoisele, fet li rois,
Diex vos puisse conseillier par son pleisir et par sa volenté, et je
méimes i veil bien me entremestre. » La damoisele esgarde l’escu
qui pant à la coulombe enmi la sale. « Sire, fet-ele, je vos requier
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que vos me doigniez l'aide del chevalier qui cel escu enportera de
çà dedanz. Car il m’est plus grant mestier que à nule desconseil-
liée. » — c Damoisele, fet li rois, il me sera moût bel se li cheva¬
liers voust ainssint feire con vos le dites. » — < Sire, fet-ele, puis¬
qu’il est si bons chevaliers conme Fen dit, il ne refusera jà vostre
proière, et, se je esloie ci à cele oure que il venra, nou feroit-il à
moi. Mès, se je péusse mon frère trouver que je ai quis grant
tens a, je fusse bien secourue grant pièce a. Mès je Fai quis en
meinles terres, si ne puis savoir où il est ; ce poise-moi, car il me
couvient chevauchier toute soûle par les estranges illes et mestre
mon cors en aventure de mort, dont cil chevalier doivent avoir
grant pitié. »
« Damoisele, fet li rois, je ne vos refuse chose que vos veilliez
par itel reson, et si i métrai poigne moût volentiers. » — « Sire,
fet-ele, gran merciz de Dieu. » L'an la fet asséoir au mangier et
moût honorer. Quant Fan ot les napes treites, la réine Fenmoigne
an sa chanbre avec les puceles ; et fet moût grant joie de li li bra¬
diez qui fu aportez avec l'escu; se gisoit sor une couche de paille,
il ne vouloit connoistre la réine ne ces damoiseles ne chevalier qui
fust en la cort ; lantost conme il oi la damoisele, il vint à lui et li
fet la greignor joie que Fen véist onques feire à brochet. La réine
et ces puceles s'en mcrveillèrent moût et la damoisele méimes à
qui li brochez feisoit joie, car, onques puis qu’il fu en la sale
aportez, ne lui virent conjoïr nullui. La réine li demande c'ele le
connoist : < Certes, dame, je non, onques mès ne le vi, que je
sache. » Li brochez ne se veusl partir de lui, ainz est adès en son
giron, ne ele ne peut aler cele part qu'il ne la suive. La damoisele
est en la cort le roi lonc tens en tel menière; si, conme cele qui
grant mestier avoit d’aïde, demouroit chaucun jor en la chapele
quant la réine esloit venue et ploroit moult tendrement devant
l'image au Sauvéor et li prioit moût doucement que sa mère con-
seillast, qu'ele avoit leissiée en grant péril de perdre son chastel.
La réine li demande I jor qui ces frères estoit. « Dame, fet-ele,
I des meillors chevaliers del monde, si conme je ai oï tesmoignier.
Mès il se parti de Fostel mon père et ma mère, valiez moût jeunes.
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Mes pères est puis morz et ma dame ma mère est remèse sanz aïde
et sanz conseil ; si li a l’en puis tolue sa terre et ces chastiax et ocis
ces homes. Cel chastel méime où ele se receste li éust l’en tolu
piéça se misires Gauveins ne fust, qui li tenssa vers ces anemis I an.
Or est li termes failliz et ma dame ma mère est en ballance de perdre
son chastel, car ele n’a plus de recez. Por ce, si m’a envoié quere
mon frère, car l’an li a dit qu’il est bons chevaliers, et, por ce que
je nel puis trouver, sui-je venue à cesle court requerre au roi ArtU9
l’aïde del chevalier qui l’escu enportera ; car j’ai oï dire que c’est
li mieudres chevaliers del monde, et, puisqu’il a tant de bonté en
lui, dont aura-il pitié de moi. » — « Damoisele, fet la réine, je
voudroie que vos réussiez trouvé, car je auroie grant joie se vostre
mère estoit secourue, et Diex doint venir celui qui l’escu en doit
porter prochiennement, et li doint courage qu’il voist vostre mère
secoure. Si fera-il, se Dieu plest, quar onques bons chevaliers ne
fu sanz pitié. »
lia réine a moût grant pitié de la damoisele, car ele estoit
de moût très grant biauté, et si paroit bien à sa contenance et à
son sanblant qu’ele n’a voit pas joie. Ele ot dit à la réine son non
et le non de son père et de sa mère; [la réine] li dist que mainte
foiz avoit oï parler de Vilain le gros et dire qu’il fu preudons et
bons chevaliers. Li rois gisoit une nuit delez la réine et fu esveil-
liez del premier soume, si ne se pot randormir. Il se leva et vesli
iine grant chape grise et oissi fors de la chanbre et vient aus
fenestres de la sale qui ouvroient par devers la mer peissible et
sanz tormant; si li plot moût li resgarders et li apoiers aus
fenestres. Quant il ot ilec esté grant pièce, si regarda conlraval la
marine et vit venir moût loing autresint conme la clarté d’une
chandele parmi la mer. Il se merveilla moût que ce povoit estre ;
il regarda tant que il choisi que ce senbloit estre une nef là où
cele clarté estoit, et se pansse qu’il ne se mouvra très qu’à cele
heure qu’il sauroit se ce estoit nef ou autre chose. Quant plus la
regarde et mieuz connoist que ce estoit une nef, et venoit, de grant
ravine, au plus tost quë ele povoit, vers le chastel. Li rois le choisi
de près, il ne vit nullui dedanz ne n’oi fors que un viel home, et
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encien et chanu, de moût très grant hiauté, qui tenoit le gouver-
□ail de la nef. La [nef] estoit couverte d’un moût riche drap el
mileu et la voille estoit abeissiée, quar la mer estoit sérié et
quoie. La nef estoit arrivée desouz le palès et fu toute quoie.
Quant la nef ot pris terre, li rois regarde à grant merveille, ne ne
set qu’il a dedanz, car il n’i ot arme parler. 11 se pansse qu’il ira
véoir que ce est dedanz la nef ; il est oissuz fors de la sale et vient
là oà la nef estoit arivée, ne n’i pot mie aprochier par le flot de la
mer. < Sire, fet cil qui le gouvernail tenoit, soufrez-nos I petit. »
Il li lance fors de la nef I petit batel et li rois entra dedanz, si est
venuz en la grant nef et treuve I chevalier qui gisoit toz armez sor
une table d’ivoire, et avoit mis son escu à son chief. Il avoit à son
chevez deus granz teurliz de chandeles en II chandeliers d’or et à
ces piez autresint, et avoit croisiées ses mains desous son piz. Il
s’aproche vers lui et si l’esgarde, si li fu avis que onques mès
n’avoit véu si bel chevalier.
« Sire, fet li mestres de la nef, por Dieu, traiez-vos arrières,
si leissiez le chevalier reposer, car il en a moût grant mestier. » —
« Sire, fet li rois, qui est li chevaliers? • — « Sire, ce vos diroit-il
bien se il vouloit, car par moi ne le sauroiz-vos mie. » — «Se
partera-il en pièce de ci ? » fet li rois. « Sire, fet li mestres, il aura
ainçois esté en cele sale, mès il a esté moût traveilliez, si se
repose. * Quant li rois oi dire que il vendroit en son palès, il en
fist grant joie. Il vient ès chanbres la réine et li conte ainssint
conme la nef est arivée. La réine se liève et deus de ces puceles
avec lui, et ot vestue une grant jupe de drap de soie forré d’ermine,
et est venue enmi la sale. Atant ez-vos le chevalier tout armé qui
vient et li mestres de la nef devant li et porte le teurtiz de chan¬
deles el chandelabre d’or devant lui, et li chevaliers tenoit l’espée
toute nue. « Sire, fet la réine, bien puissiez-vos estre venuz ! » —
« Dame, fet-il, joie et bonne aventure vos ostroit Diexî » — « Sire,
fet-ele, se Dieu plest, nos n’aurons garde de vos. » — « Dame,
fet-il, non devez-vos avoir. » Li rois li voit l’escu vermeil tenir au
eerf blanc, dont il avoit oï parler. Li brachez, qui en la sale estoit,
oi le chevalier, il vient vers lui le le cours et li saust entre les
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janbes, si li fet moût grant joie. Et li chevaliers le conjoit, puis
prant l’escu qui à la coulonbe pandoit, si i pandi l’autre ; après
s’en revient arrière vers l’uis de la sale. « Dame, fet li rois, priez
le chevalier qu’il ne s’an voist si tost. » — c Sire, fet li chevaliers,
je n’ai loissir de demourer, mès vos me verroiz encor en aucun
tens. > Li chevaliers dit ainsint; li rois et la réine sont moût
dolant de ce qu’il s’an part, mès il ne l’osent apresser outre sa
volenté. 11 est entrez dedanz la nef et li brachez avec lui. Li raestres
trait le batel dedanz; si s’an partent et esloingnent le chastel. Li
rois Artus est demorez à Pennenoiseuse et est moût dolanz del che¬
valier qui si tost s’an vet. Li chevalier se levèrent par le chastel
quant li jorz esclarcit, et sorent les noveles del chevalier qui
l’escu en avoit porté ; si furent moût dolent de ce qu’il ne l'avoient
véu. La damoisele qui ot demandé le don vint au roi : c Sire,
fet-ele, avez-vos parlé de ma besoigne au chevalier? — « Damoi¬
sele, fet li rois, nanü, ce poise-moi, car il s’an parti plus tost que
je ne voussise. » — « Sire, fet-ele, vos avez fet mal et péchié;
mès, se Diex plest, si bons rois conme vos estes ne faudra mie à si
esgarée pucele conme je sui, de couvenances. Car vos en seriez
moût blâmez. » Li rois fu moût dolanz de ce que il ne li menbra
de la damoisele. Ele se parti de la cort et prant congié au roi et à
la réine et dit qu’ele méimes ira querre le chevalier et, se ele le
peut trover, ele clamera le roi quite de ces couvenances. Misires
Gauvains et Lanceloz sont revenus à la cort et ont oïcs les noveles
del chevalier qui l’escu enporte, si en sont moût dolant de ce qu’il
ne l’ont véu, et misires Gauvains plus assez por ce qu’il ot jéu
chiez sa mère. Lanceloz vit l’escu qu’il ot leissié à la coulonbe, si
le connut bien et dit : c Or sai-je'bien que Perceval a ci esté; car
cest escu séust-il porter et itei le porta ces pères. » — « Ha, fet
misires Gauvains, con je sui meschéenz qui ne puis véoir le Bon
Chevalier! • — « Misires Gauvains, fet Lanceloz, je le vi de si
près que je cuidai qu’il m’éust mort; quar onques mès si ruste
inellée ne trouvai ne si cruiel, de force d’armes; et je méimes le
navrai et, quant il m’ot connéu, il me fist moût grant joie. Et fui
aveques lui chiez le roi hermite grant pièce, tant que je fui gariz. »
— < Lanceloz, fet misires Gauvains, je voudroie qu’il m’éust
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navré sans afoler, par si que je péusse estre aveque lui autretant
con vos i fustes. » — « Seignors, fet li rois, il le vos couvient aler
querre, ou je irai ; car je doi requerre sVide por une damoisele
qui la me demanda, mès ele me dist que, se ele le povoit trouver
avent, que je seroi quites de la requeste. » — < Sire, fet la réine,
vos feriez moût grant bien se vos i metiez conseil; car ele est
moût deseonseilliée. Elle m’a dit qu’ele fu fille Vilain le Gros des
Vaus de Kamaaloth et que sa mère a non Yglaïs, et la damoiselle,
Dandrenor. > — « Ha! dame, fet misires Gauvains, ele est seur au
chevalier qui Fescu enporte, car je jui chiez sa mère où je fu moût
bien herbergiez. < — « Par mon chief, fet la réine, il peut bien
estre, car, tantost conme ele fu çoianz venue, li brachez qui ne
voloit nullui connoistre li fiât grant joie, et, quant li chevaliers
vint querre l’escu, li brachez qui en la sale estoit demourez le
conjoï moût et s’an ala aveques lui. » — « Par foi, fet misires
Gauvains, je irai querre le chevalier, car je ai moût grant désir-
rier de lui véoir. » — t Et je, fet Lanceloz, je ne le vi onques si
volentiers conme je feroie or. » — t Et je vos pri, fet li rois, de
ma besoigne et que la damoisele ne se puisse pleindre de moi. »
t Sire, fet Lanceloz, nos li dirons, se nos le poons trouver,
que sa seur le vet querre et que ele a esté à vostre cort. » Li dui
chevalier se partent de la cort, por entrer en la queste del Bon
Chevalier, et esioignent le chastel et chevauchent tant parmi une
hauste forest qu’il trouvent une croiz enmi une lende, là où tuit li
chemin de la forest assanblent. « Lanceloz, fet misires Gauvains,
prenez lequel chemin que vos voudrez, si ira chaucun par soi, si
orrons plus tost novelcs del Bon Chevalier; et rasanblerons à ceste
croiz au chief d’un an, et dira li uns à l’autre conment il aura
esploitié; car, se Dieu plest,en aucun leu en orrons-nos noveles.»
Lanceloz prent la voie à destre et misires Gauvains à senestre.
Àtant se départent et conmandent li uns l’autre à Dieu.
to
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se test li contes de Lancelot et dit que misires
Gnu vains s an vet grant aléure chevauchant, et prie
Dieu n ui le conseust de trover le chevalier. Il che-
T vauche tant que li jors vint à déclin, et jut chiez
* un hermite en la forest, qui bien le herberja.
c Sire, fet li hermites à monseignor Gauvaio,
que alez-vos querre? » — « Sire, fet-il, je vois querre un che¬
valier que je verroie moût volentiers. » — « Sire, fet li her-
miles, ci près ne trouveroiz-vos nus chevaliers. » — » Por quoi?
fet misires Gauvains, dont n’a-il en ceste contrée chevaliers?» —
» Il en i séust assez avoir, fet li hermites; mès il n’an i a raès
nus, fors que en I tôt sol chastel et un tôt sol en la mer, qui
touz les austres en a chaciez et ocis. » — « Et qui est cil de la
mer? » fet misires Gauvains. « Sire, fet li hermites, je ne sai
qui il est, fors tant que la mer est près de ci, là où la nef court
souvant en quoi li chevaliers est, et repeire en une ille desouz le
chastel à la réine au chastel aus puceles, dont il chaça un sien
oncle qui le chastel gerroioit et li austres chevaliers qu’il en a
chaciez et ocis, estoient en l’aïde son oncle, et ore est li chastiax
asséur. Et li chevalier qui fouir s’en poreni de ceste forest et de
cest réaume n’i osent repeirier por le chevalier ; car il doutent son
hardemant .et son grant povoir, qu’il sèvent bien qu’il n’auroient
jà durée contre lui. » — < Sire, fet misires Gauvains, a-il si grant
pièce qu’il hante la mer? » — « Sire, fet li hermites, il n’a geires
plus d’un an. » — « Et conbien est près la mer? » fet misires Gau¬
vains. c Sire, fet li hermites, il n’i a mie plus de II lieues galesches.
Quant j’ai alé en mon labor, par maintes foiz si ai-je véu la nef
corre moût près de moi, et le chevalier tout armé dedanz; et me
sanbloit estre de moult grant biauté, et avoit si très fier regart
conme un lion. Mès, je vos puis bien dire, onques chevaliers ne fu
tant doutez en cest réaume conme cist est. La réine des puceles
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éust or perdu son chastel se il ne fust; ne, onques puis qu'il ot
chacié son oncle de Fille, n’antra el chastel la réine c’une foiz; ains
a adès nagié par mer et cerchié toutes les illes et pleissiez touz les
orgueilleus, tant que il en est doutez et reisoingniez par touz les
résumes. La réine des puceles est moût dolente de ce qu’il ne vient
en son chastel, car ele l’a trop chier de veraie enmor, que se il
viennent et ele le povoit retenir, que il n’an istroit jà raès, ainz le
feroit enserrer là dedanz avec lui bien. » — « Savez-vos, fet misires
Gauvains, quel escu li chevaliers porte? — < Sire, fet li hermites,
je nu vos sai deviser, car je ne soi onques riens d’armes; j’ai esté
en cest hermitaje LX anz et plus, ne onques mès ne vi cest réaume
si esfraé conme il est ore. » Misires Gauvains jut la nuit là dedanz
et l’andemain s’an parti quant il ot la messe oïe. 11 se trait au plus
prés de la mer qu’il peut, et chevauche tote la marine et s’areste
par maintes foiz, s’il verroit la nef au chevalier. Mès il n’an pot
mie choisir. 11 a tant chevauchié qu’il vint el chastel la réine aus
puceles. Quant ele sot que ce fu monseignor Gauvains, si en fist
moût grant joie, et li monstra Fille là où Perceval avoir repeirié
dont il avoit chacié son oncle, c Sire, fet-ele à monseignor Gau-
vain, je me plein moût de lui; car onques puis ne vost ça dedanz
entrer que une foiz que il se conbati à son oncle, ainz a repeirié
en ceste ille et nagié par ceste mer. » — c Dame, fet misires Gau¬
vains, et quel part peut-il ore eslre? » — « Sire, se m’aïl Diex,
fet-ele, je ne sai ; car je ne le vi grant pièce a jà, ne nus bons
terriens ne peut savoir son courage ne son talent, ne quel part il
doit vertir. » Misires Gauvains est moût dolanz de ce qu’il ne le
set où querre et si en ot si prochiennes nouveles. Il jut el chastel
et fu moût honorez, et l’endemain oi la messe el prist congié à la
réine et chevauche touz armez dejouste la marine, por ce que li
hermites li avoit dit et la réine méimes que il va plus par mer que
par terre. Il entre en une forest qui près estoit de la mer; il voit
venir I chevalier grant aléure autresint conme se Fcn le chaçast
por ocirre. c Sire chevaliers, fet misires Gauvains, où alez-vos si
tost? » — « Sire, je fui I chevalier qui touz les austres ocit. » —
« Et qui est li chevaliers? » fet misires Gauvains. < Je ne sai qui
il est,* fet li chevaliers, mès vos le trouveroiz bien se vos a lez
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avent. » — « Il me sanble, fet misires Gaimins, que je vos ai
véu une autre foiz. « — « Sire, fet-il, si avez-vos. Je suis li Couarz
Chevaliers que encontrastes en la forest, là où vos conquéistes le
chevalier à l’escu parti de blanc et de noir, et sui à la damoisele
del char. Si vos pri por Dieu que vos mal ne me feites, car li
chevaliers que j’ai trové là dedanz a si fier regart que je cuidai
estre morz quant je le vi. » — « Vos n’avez garde, fet misires
Gauvains, car je ain moût vostre damoisele. » — < Sire, fet li
chevaliers, je voudroie que tait li autre chevalier déissent autel,
endroit moi, car je n’ai péour se de moi non. »
ivîisires Gauvains se part del chevalier, si s’an vet tote la
forest qui s’aonbroit jusqu’à la marine, et esgarde au chief d’un
sablonnoi, et voit un chevalier armé sor un grant destrier, et
avoit un escu d’or à une croiz vert. < Ha, Diex, fet misires Gau¬
vains, ne sauroil cist chevaliers noveles de ce que je quier? »
11 vetcele part, grant aléure; si le salue hautement et il, lui.
« Sire, fet misires Gauvains, sauriez-me-vos dire nouveles d’un
chevalier qui porte I escu bandé d’argent et d’asur, à une craiz
vermeille? » — t Sire, fet li chevaliers, oïl, moût bien ; à l’asan-
blée des chevaliers le trouveroiz dedanz XL jors. » — « Sire, fet
misires Gauvains, où iert l’asanblée? * — « En la vermeille lande,
où il aura maint bon chevalier; ileques le trouveroiz sanz faille. »
Et misires Gauvains a moût grant joie, si se part del chevalier, et
li chevaliers de lui et s’an revet vers la mer grant aléure. Mès
misires Gauvains ne vit mie la nef en quoi il entra, car ele estoit
desouz la roche aencrée. Li chevaliers entra dedanz et c’espoint en
mer, quar il en estoit coustumiers. Et misires Gauvains s’an vet
vers la vermeille lande là où l’asanblée des chevaliers devoit estre,
et désirre moût le jor qu’ele soit. 11 chevauche tant que il vint, à
un avesprir, prés d’un chastel qui moût estoit bien séanz; il
encontra une damoisele qui aloit après 1 chevalier mort, que dui
chevalier enportoient en litière, et chevauchok grant aléure très
parmi la forest. Et misires Gauvains li vint à l’encontre et la salue,
et ele li respondi au plus bel qu’ele pot. « Damoisele, fet misires
Gauvains, qui gist en cele litière? » — « Sire, I chevalièrs que
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l’an a ocis par grant outrage. » — « Et où chevaucheroiz-vos hui
mès? » fet misires Gauvains. < Sire, je voudroie estre en la ver-
meille lande et là menrai-je cest chevalier qui moût estoit preu-
dons de son aage. » — « Et por quoi l’i menroiz-vos? > fet misires
Gauvains. « Por ce que cil qui mieuz le fera à l’&sanblée des che¬
valiers vengera la mort de cest chevalier. »
lia damoisele s’an vet atant. Et misires Gauvains s’en vet el
chastel que il a voit véu, et ne trouva dedanz que I sol chevalier»
vieil et encien, et I vallet qui le servoit. Et misires Gauvains des¬
cent el chastel. Li vavassors le herberga moût bien et volentiers,
et fist moult bien sa porte fermer et misire Gauvain désarmer.
Il l’ennora moût la nuit de quanque il peut. Et, quant vint l’en-
demain, misires Gauvains s’an cuida partir, li vavassors li dist :
« Sire, vos ne vos en poez mie partir ainssint, car la porte de cest
chastel ne fu mès piéça ouverte fors ier, car je la fis ouvrir
encontre vos, por ce que vos me soiez encontre un chevalier qui
me veust ocire, por ce que li rois del Chastel Mortel a recelé çà
dedanz, qui gerréoit la réine del chastel aus puceles. Si vos pri
que vos m’aïdiez à tensser vers le chevalier. » — c Quel escu
porte-il? » fet misires Gauvains. c 11 porte l’cscu d’or à la croiz
vert. 9 — c Et quex chevaliers est-il? » fet misires Gauvains.
€ Sire, fet li vavassors, bons chevaliers et hardiz et séurs. » —
c Par foi, fet misires Gauvains, se vos me saviez à dire nouveles
d’un autre chevalier que je vois querre, je vos gar&ntiroie envers
cestui au mieuz que je porroie; el, se il n’an voloit riens feire por
ma prière, je mettroie ma force en vos garantir. » — «Quel che¬
valier alez-vos donc querre? » fet li vavassors. • Sire, un chevalier
que l’an apele Perceval, et a aporté de la cort le roi Artus un escu
bandé d’argent et d’asur à une croiz vermeille à une bande d’or.
Il iert en l’asanblée en la vermeille lande; ices noveles m’an dist
li chevaliers que vos douiez tant. »
Ainsint conme misires Gauvains parloit au vavassor, atent
ez-vos le chevalier à l’escu d’or, et s’areste enmi une lande qui
estoit entre le chastel et la forest. Li vavassors le voit des fenestres
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de la sale et le montre à monseignor Gauvain. Il vet monter sor
son destrier, son escu à son col et son glaive empoignié, toz armez,
et ist fors de la porte quant l'en li ot desfermée, et vient vers le
chevalier qui arestez estoit sor son cheval. Il voit venir monseignor
Gauvain, si ne se meut, et misires Gauvains se merveille moût de
ce que li chevaliers ne vient vers lui, car il cuide bien que li
vavassors li éust dit voir; mès non avoit, car li chevaliers ne
venoit mie ileques por le chevalier mal feire, mès por les cheva¬
liers qui par illec trespassoient, qui aloient aventure quérant;
quar il les véoit volentiers, ne ne se vouloit mie feire connoistre
à eus. Misires Gauvains esgarde devant lui, derriers lui, et voit
que la porte fu fermée et li ponz levez tanlost conme il s’an parti;
si s’an merveilla moût et dit au chevalier : « Sire, plest-vos-il nule
chose se bien non? » — « Par mon chief, fet cil, nanil. Car je le
vos diroie bien. » Atant ez-vos une damoisele qui vint grant
aléure, et tenoit une courgie dont ele chaçoit sa mule ; et s’areste
là où li dui chevalier estoient. « Ha, Diex, fet-ele, trouverai-je
jà qui m’achat venjance del traïtor vavassor qui maint en cest
chastel?» — « Est-il dont traïtor? » fet misires Gauvains. t Oïl,
sires, li plus traîtres que vos véissiez onques. Il herberja mon
frère aventier et li fist entendre la nuit que uns chevaliers le ger-
réoit por ce que li trespas des chevaliers est par ci devant; il
losanja tant mon frère que il li ot en covenant qu’il corroit soure
à un chevalier qu il li montra, por l’amor de li ; cist chevaliers
trespassoit par ci, qui ne vouloit nul mal feire au vavassor ne à
mon frère. Li chevaliers estoit moult forz et moût hardiz et estoit
‘nez del chastel d’Acavalon. Mes frères oissi del chastel, espris del
fol hardemant por la losange del vavassor, et courut sus au cheva¬
lier sans plus dire. Li chevaliers ne pot moinz feire que de lui
revenchier. Il s’antrehurtent par tel aïr que li cheval chéirent
desouz eus, et les glaives lor passèrent parmi le cuer. Si furent
enbedui mort en ceste pièce de terre.
« Li vavassors prist les armes et les chevaus et les mist à
garant en son chastel, et les cors des chevaliers leissa a us bestes
sauvages qui les éussent dévourez se je ne m’i fusse enbatue avec
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II chevaliers qui les m’aidèrent è enterrer, à eele croiz, à l’entrée
de cele forest. » — < Par mon chief, fet misires Gauvains, ainsint
m’éust-il malbailli, se je voussise; car il me fiât entendant que
cist chevaliers le gerréoit et que je li fusse garant envers lui. Mès
Damediex m'aïda que je ne m’an entremis, car je péusse bien
avoir fet folie. » — « An non Dieu, fet cil, il m’est bien avis que li
vavassors voudroit que li chevalier s’antr’océissent. » — « Sire,
fet la damoisele, vos dites voir ; por la couvoistise des hernois et
des chevaus, trait-il les chevaliers en tel manière. » — « Damoi¬
sele, fet misires Gauvains, quel part iroiz-vos? » — « Sire, fet-ele,
après 1 chevalier que j’an fès porter en litière mort. » — < Je le
vi, fet-il, herssoir trespasser par ci, erssoir moult tart. » Li che¬
valiers prant congié à monseignor Gauvain et misires Gauvains
li dit qu’il se tient à vilain de ce qu’il ne li a demandé son non.
Et li chevaliers li dit : « fiiau sire, je vos pri por amor que vos ne
me demandez mon non trèsqu’à icele oure que je vos demanderai
le vostre. »
illisires Gauvains ne se veust plus del chevalier, et li che¬
valiers entre an la souteinne forest, et misires Gauvains s’an vet son
chemin. Il n’enconlre chevalier ne damoisele à qui il ne conte
qu’il vet querre, et li dienl tuit qu’il iert en la vermeille lande. Il
se herberja la nuit chiez I hermite. Li hermites demanda la nuit
à monseignor Gauvain dont il venoit : < Sire, de la terre la réine
aus puceles. » — t Avez-vos véu Perceval, le Bon Chevalier, qui
prist l’escu en la cort le roi Artus et un autre en i leissa. » —
c Certes, fet misires Gauvains, non, dont je sui moût dolanz. Mès
I chevaliers à l’escu d’or et à la croiz vert me dist qu’il seroit an
la vermeille lande. » — « Sire, fet li hermites, vos dites voir;
car ce fu il méimes à qui vos parlastes. La tierce nuit est ennuil
qu’il jut çà dedanz et véez-vos ici le brachet qu’il amena de la cort
le roi Artus, qu’il le m’a conraandé por tramestre le roi hermite
son oncle. » — c Ha ! las ! fet misires Gauvains, con je sui mes-
chéenz, se ce est voir! » — « Sire, fet li hermites, je ne doi mentir
ne à vos ne à autrui. Au brachet povez-vos bien savoir se ce est
véritez. » — « Sire, fet misires Gauvains, tel escu ne porte il mie
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acoustuméement. » — c Je sai bien, fet li hermites, quel escu il
doit porter et quel il porte et quel il portera encores. Mès il se
veust de cestui desconnoistre, et cest escu prist-il en l’ermitaje
Joseu le fil au roi hermite, là où Lanceloz fu herbergiez, où il
pandi 1111 larrons qui voloient la nuit l’ermitaje brisier. Et laienz
est demourez li escuz qu’il a porta, de la cort lé roi Artus, à Joseus
li fiuz de ma seror, et il sont de frère et seur entr’eus II, et sachoiz
le tout de voir, encor soit Josephus hermites, n’a-il chevalier en
la grant fireteigne de son cuer ne de son hardement. »
< Certes, fet misires Gauvains, il m’est moût meschéu que je
ne le vi ier devant le chastel où li chevalier trespassent, et parlai
à lui et li demandai son non, mès il me requist que je ne li
demandasse son non très qu’à icele heure que il me demanderait
le mien ; ajant se départi de moi et entra en la forest et je m’en
ving ces te part. Or sui si dolanz que je ne sai de moi prandre
conroi ; car li rois Artus le m’anvoie querre, et Lanceloz s’an vet
aussint d’autre part el réaume de Logres por lui querre. Mès ore
m’est-il trop meschéu en ceste queste, car je l’ai II foiz véu et
trouvé et parlé à lui, et or le r’ai perdu. » — « Sire, fet li her¬
mites, il est auques onbrages chevaliers, si ne vost onques gaster
sa parole, ne faire faus sanblant à nullui, ne dire chose que il ne
veille atendre, ne feire vileinie de son cors à escient ne charnel
péchié; ainz est virges et chastes et sans nul outrage. » — « Je
sai bien, fet misires Gauvains, que toutes les valors et toutes les
nestéez qui doivent estre en chevalier sont en lui, et de tant sui-je
plus dolanz quant je ne sui ces acointes, car d’acointance de bon
chevalier vaust l’en mieuz. »
Misires Gauvains jut la nuit chiez l’ermite, moût dolanz,
et le matin s’an parti, quant il ot la messe oïe. Josephus li bons
clers nos tesmoigne en cest haust estoire que cil hermites avoit
non Josuias et fu chevaliers de grant pris et de grant valour ;
mès il gerpi tout por l’amor de Dieu et vost mestre son cors à
essil por lui. Et toutes ces aventures, que vos oez en icest haust
conte, avendront, ce dit Josephus, por avencier la loi au Sauvéor.
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— 153 —
11 ne les peut mie amentevoir toutes, mès ieeles dont il li manbre
mieuz et dont il sot certeinement les aventures par la vertu del
seint esperit. Cist bauz contes dit que misires Gauvains a tant erré
qu’il est yenuz en la vermeille lande où l’asanblée des chevaliers
doit estre. Il esgarde et voit les tentes tendues et les chevaliers
venir de toutes parz. Li plusor s’armoient jà, dedans lor lentes et
devent. Misires Gauvains regarde de toutes parz et cuide véoir le
chevalier qu’il quiert; mès il li sanble qu’il n’an voit mie, car il
n’i voit nul tel escu conme il porte. Si en est toz esbahiz, car il a
véues toutes les tentes et esgardé toutes les armes. Mès li cheva¬
liers n’est mie aeisiez à connoistre ; car il a ces armes changiées,
et est assez près de monseignor Gauvain; mès vos povez bien
savoir qu’il ne le connoist mie. Et li tornoiemanz asamble de
toutes parz et les routes s’antreviennent et les meslées s’antrevien-
nent, qui furent granz et merveilleuses. Et misires> Gauvains
cerche les rans por trouver le chevalier, mès il ne se peut muer,
quant il encontre chevaliers an sa voie, qu’il ne face d’armes
quanque chevaliers peut feire; et encor en féist-il plus se ne fust
la baence del chevalier querre. La damoisele est au chief du tor-
noiement, por ce qu’ele veust savoir liquex en aura le poior ne le
pris. Li chevaliers que misires Gauvains quiert n’est mie au chief
des rans, mès en la greignor presse, et fet d’armes tant que cheva¬
liers n’an peut plus feire, et abat chevaliers entor lui, et il le fuient
aussint conme li viautre fuient li lion, c Par foi, fet misires Gau-
vains, puisque l’an m’a menti del chevalier, je ne l’irai huimès
quérant, ainz en oublierai l’anui au mieuz que je porrai jusqu’à
l’avesprir. » Il voit le chevalier, si n’an connoist mie, car il avoit
I blanc escu et connoissances autretiex. Et misires Gauvains vient
à lui tant conme chevaus li peut rendre, et li chevaliers vers mon¬
seignor Gauvain ; si s’antrefièrent si très durement qu’il les percent
desouz les boucles. Li glaives furent fort qu’il ne brisent mie; si
les traïstrent fors ; puis reviennent ensanble si aïréement que li
glaive dont il se fièrent enmi le piz archoient, si que il se désar¬
mèrent des anarmes de lor escuz, et perdirent les estriers, et les
raignes lor volent des poinz, et chancelèrent sor les darriens
arçons ; et li cheval chancelèrent si que près failli que il ne
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chéirent. Il se redrescent ès arçons, et és estrex et reprisrent lor
reignes ; puis revindrent ensanble, enflanblez d’ire et de mautalent
conme lion, et s'antrefièrent des glaives qui plus ne pèvent durer;
car il les froissent si durement très qu’ès poinz si que cil qui les
esgardent se merveillent moût que li fer ne lor sont passez parmi
les cors. Mès Diex ne voloit mie que li bon chevalier s’antr’océis-
sent, ainz voloit que li uns séust de l’autre conbien il valoit. Li
hauberc ne garantirent mie lor cors, mès la vertu de Dieu en qui
il créoient; car il avoient en eus toute la valor que chevalier
doivent avoir, et misires Gauvains ne se parti onques d ostel où il
géust que il n’oïst messe ainçois qu’il s’an partist, se il la pot avoir,
n’onques ne trouva dame ne damoisele desconseilliée dont il n’éust
pitié; li austres chevaliers ne fist onques vileinie, ne ne dist ne
ne vost pensser, et estoit eslreiz, si conme vos avez oï, del seintime
lignage Josephu et le bon roi Peschierre.
ïii bon chevalier furent enmi l’asanblée, et fu li uns moût
aïrez vers l’autre, et tindrent les espées nues et les escuz enbraciez ;
si s’antredonent moût granz cox très parmi les hiaumes. Li
plusor des chevaliers viennent à eus et lor dient que l’asanblée
demeure por lasanblée d’eus; il les deseuvrent à poignes, et lors
reconmance la mellée de toutes parz; et li vespres aproche qui les
départ. Et dure II jorz en tel manière l’asenblée. La damoisele, qui
le chevalier portoit en litière, en I sarqueil, mort, pria à l’asenblée
de touz les chevaliers que il déissent liquex l’avoit mieuz fel de
touz les chevaliers, car li chevaliers qu’ele en feisoit porter ne
pouvoit estre enterrez très qu’à icele heure qu’il fust venchiez. Et
il dient que li chevaliers au blanc escu et li autres à l’escu de
sinople à l’eigle d’or l’avoient mieuz fet que lui li autre ; mès, por
ce que li chevaliers au blanc escu assanbla ançois la mellée que li
austres, l’en donèrent-il le pris; mès il jujèrent que, de tant con
misires Gauvains i avoit esté, ne l’avoit-il mie pis fet de l’autre
chevalier. La damoisele quiert le chevalier au blanc escu entre les
chevaliers et par toutes les tantes, mès ele n’an peut mie trouver,
car il s’estoit jà partiz. Ele vient à monseignor Gauvain et dit :
< Sire, puisque je ne truis le chevalier au blanc escu, vos devez
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— 155 —
vengier le chevalier qui gist morz en la litière. » — « Damoisele,
fet misires Gauvains, iceste honte ne me feroiz-vos mie, puisque
Tan juge que li chevaliers Ta mieuz fet que moi.
< Damoisele, vos savez bien que je n’auroie point d*onor se je
entreprenoie vostre besoigne à feire ; car vos avez dit que nus ne
doit venchier se cil non qui mieuz a valu en cesle assanblce, et se
est cil au blanc escu, et, si m’aït Diex, je l’ai bien santi. »
lia damoisele entant bien que misires Gauvains dit reson.
< Ha, sire, fel-ele, il s’an est jà partiz et est entrez en la forest, et
il est li plus divers du monde et li mieudres chevaliers qui vive; à
grant poigne l’auroi-je jà mès trouvé. » — « Li mieudres! fet
misires Gauvains, conmant le savez-vos? » — « Je le sai bien,
fet-ele, por ce que chiés le roi Peschéor s’aparut à lui li Graaus, por
la bonté de sa chevalerie et por la bonté de son cuer et por la
châstéédeson cors. Mès il oublia à demander que l’en en servoit,
de quoi il avint grant doumache en terre. Ce vient de la cort le roi
Artu où il prist un escu que nus ne doit porter se lui non; très
qu’à ores ai-je bien séu son aler et son venir, mès je n’an saurai
mès noient puisqu’il desconnoist son escu et ces armes. Et ore sui
entrée en grant poigne et en grant travail de lui querre ; car je ne
l'aurai trouvé de grant pièce, ne je ne ving à ceste assanblée se por
lui non. > — « Damoisele, fet misires Gauvains, vos m'avez dit
tiex noveles de quoi je ne sui mie liez, car autresint le vois-je
querre; mès je ne le sai mès conmant connoislre, car il ne me
veust dire son non et trop souvent mue son escu, et je sai bien
que, se je jà mès venoie en aucun leu où il fusl desconnuéus, si
asanblast à moi et je à lui ; si le connoistre-je bien à ces cox que
il set donner; car onques mès si cruel chevalier n'acointai aus
armes. Mès encor vodroie bien plus soufrir de cox que je n'ai
souferz, par si que je fusse ore là où il est. » — « Sire, fet la
damoisele, conmant est vostre nons? » — < Damoisele, fet-il, l’an
m’apele Gauvain. » Atant conmande la damoisele à Dieu, si s’an
vet d’une part et la damoisele d’autre, et dit à soi méime que Per-
ceval est li plus merveilleus chevaliers del monde, qui tante foiz
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se desconnoist. Car, quant l’en le voit, si ne le peut l’en connoistre.
Il ehevauche parmi la foresl et prie le Sauvéor qui le conduie en
tel leu où il le puisse trouver apertement tant que il oit s’amor et
s’acointence que il désirre moût.
X ■ v
tant se test li contes de monseignor Gauvain et
"dit que Lanceloz quiert Perceval autresi conme
misires Gauvains fet; et chevauche tant que il
vint à l'ermitage où il pendi les larrons. José-
phus fit moût granl joie de lui. 11 li demande se
il savoit noveles del fil à la Veve Dame, c Je
ne le vi, puis que il vint de la cort le roi Artus, que une soûle
foiz. Mès je ne sai quel part il est alez. » — « Sire, fet Lanceloz,
je le verroie moût volentiers. Li rois Artus le mande par moi. >
— « Sire, fet li hermites, je ne sai quant je le verrai mès; car,
quant il se part de ci, il n’est mie aesiez à trouver. » Lanceloz
entra en la chapele avecques Termite et voit l’escu que Perceval
aporta de la cort le roi Artus par dejouste l’autel. < Sire, fet
Lanceloz, je voi ileques son escu, nel me celez mie. » — « Non
fas-je, fet li hermites. Ces escuz est ce, fet li hermites, veraiement.
Mès il en porte un autre de çoianz, d’or à une croiz vert. » —
< Et de monseignor Gauvain savez-vos nules noveles?» — «Je
ne vi monseignor Gauvain des de devant ce que je entrai en cest
hermitage; mès vos estes en grant haine chéuz por les IIII larrons
robéors, qui chevaliers estoient, que vos pendîtes. Car li lignages
vos cerche par ceste forest et par les autres, et sont autresint larrons
conme les autres furent, et ont lor recez ès forés, là où il mestent
lor larrecins et lor roberies. Si vos pri moût que vos soiez garniz
vers eus. » — « Si serai-je, fet Lanceloz, se Dieu plest. » Il jut la
nuit en Termitaje, et l’andemain s’an parti quant il ot la messe oïe,
et prie Dieu qu’il li leist trover Perceval ou monseignor Gauvain.
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- 157 —
Il s’an vet parmi les estrages forés, tant que il vint defors I fort
chastel qui moût esloit bien séanz. Il esgarde devant lui et voit un
chevalier qui en estoit oissuz et chevauchoit grant aléure sour un
fort destrier et portoit I oisel sor son poing vers la forest.
Quant il vit Lancelot venir, si s’aresta : « Sire, fet-il, bien
veigniez-vos ! « — « Bone avanture aiez-vos ! fet Lanceloz. Quex
chastiax est-ce ci ? » — < Sire, ce est li castiax au Cescle d’or. Et
je vois encontre chevaliers et encontre dames qui viennent au
chastel ; car l’an doit hui le cescle d’or aourer. » — « Quez est li
cescles d’or? » fet Lanceloz. < Sire, c’est la courone jl’espines, fet
li chevaliers, que li Sauvierres del monde ot en son chief quant il
fa mis en la croiz. Si l’a mise la réine de cest chastel en or et en
pierres précieuses, si la vient l’an véoir, une foiz en l’an, li cheva¬
liers et les dames de cest réaume. Mès l’en dit que li chevaliers la
conquerra qui fu au Graal premièrement, et por ce n'i lest l’en
entrer nul chevalier estrange. Mès, sil vos pleisoit, je vos menroie
au mien recet qui est en ceste forest. » — « Moût grant merciz, fet
Lanceloz, mès il n’est mie encore tens de herbergier. * 11 prant
congié au chevalier, si s’an part et resgarde le chastel et dit que
mont se doit li chevaliers proisier, qui, par la valor de sa cheva¬
lerie, conquerra les haustes reliques conme li cescles d’or qui est
enserrez en si fort leu. Il s’en vet très parmi la forest et esgarde
devant lui et voit la damoisele venir qui le chevalier fet porter en
litière mort. « Damoisele, fet Lanceloz, bien veigniez-vos! » —
< Sire, bone aventure vos doint Diex 1 Sire, fet la damoisele. Je
doi moût haïr le chevalier qui cest chevalier ocist, quant il le me
couvient mener en tel menière par les terres et par les forez. Si
me doit moult ennuier del chevàlier qui vengier le doit, que je ne
puis trover. * — < Damoisele, fet Lanceloz, qui ocist cest cheva¬
lier? » — « Sire, fet-ele, li sires del Dragon ardant. » — « Et
qui le doit vengier? > fet Lanceloz. « Sire, fet-ele, li chevaliers qui
fu en la vermeille lande à. l’asanblée, qui à monseignor Gauvaio
jouta ; il ot le pris del tornoiement. » — c Le fist-il mieuz que
misires Gau vains? > fet Lanceloz. < Sire, ainsint le jugièrent^il,
car il fu plus longuement en l’asanblée. » — « Dont est-il bons
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chevaliers, fet Lanceloz, puisqu’il le fist raieuz de monseiguor
Gauvain. » — « Par mou chief, fet la damoisele, vos dites voir;
c’est li mieudres chevaliers del monde. » - « Et quel escu
porte-il? » fet Lanceloz. « Sire, fet la damoisele, il ot à l’asanblée
unes armes blanches et devant avoit unes armes d’autre sanblance
et un vert escu et un escu d’or & la croiz vert. » — « Damoisele,
fet-il, le conut misires Gauvains? » — c Sire, nanil; de ce est-il
moût dolanz. » — « Dont est-ce, fet-il, Perceval, li fiuz à la Veve
Dame? » — « Par mon chief, vos dites voir. » — « He, Diez ! fet
Lanceloz, tant je sui enginniez quant misires Gauvains nu connut.
Damoisele, fet-il, et savez-vos quel part il sont tornez? » —
« Sire, fet-ele, je n’an sai voie ne noveles, ne de l’un ne de
l’autre. » Il se part de la damoiselle et chevauche tant que le sou-
leus fu esconssez. Il trouva la roche moût onbrage et la forest
moût haute et sanbloit bien estre périlleuse. Il chevauchoit, panssis
et traveilliez et pleins d annui. Il regarde mainte foiz à destre et à
senestre, savoir mon se il péust véoir aucun leu où il se péust her-
bergier. I nains le choisi, mès Lanceloz nel vit mie. Li nains s’an
vet très parmi un santier qui est en la forest et s’an vet à un petit
recet de chevaliers robéors qui esloit fors de la voie ; et avoit une
damoisele qui le recel gardoit. Li robéor avoient I autre recet, où
la damoisele estoit, où li chevalier trespassant sont décéuz et engin-
gniez; Li nains vient à la damoisele tout droit et dit : « Or verra
l’an que vos feroiz; vez-ci un chevalier venir qui pandi vostre oncle
et vos troiz cousins germains. » — « Je an venrai fnout bien à
chief, fet-ele, de ce qu’à moi en afierl. Mès gardes que tu soies
garniz del sorplus. » — c Par mon chief, fet li nains, si ferai-je,
car, se Dieu plest, il ne nos eschapera jà mès se morz non. » La
damoisele estoit de moût très grant biauté, et estoit vestue moût
acesméement; mès le cuer avoit souduiant, et ce n’estoie pas mer¬
veille, car ele estoit estreite de lignage à robéors et norrie de tolte
et de larrecin, et ele méimes avoit aidié maint chevalier à murtrir.
Ele est venue sor la voie, si conme Lanceloz devoit passer, désa-
fublée; ele encontre Lancelot et le salue et li fet moût grant joie
par sanblant : c Sire, fet-ele, cest santier qui vet en ceste forest
alez, si trouveroiz I recet que mi encessor establirent por herber-
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gier les chevaliers qui trespasseroient par ceste forest. 11 iert jà nuit
ocure et, se vos le trespassez, vos ne trouveroiz mès recel très
qu’à XX lieues galesches. » — « Damoisele, fet Lanceloz, moût
grant merciz quant il vos plest ce à dire, car je me herberjerai
moût volentiers, car il en est bien tens, et aveques vous plus volen-
tiers que avec un autre. »
Einsint s’an vont parlant ensanble jusqu’au recel. 11 n’avoit
là dedanz que le nain tout soulement, et li V robéor esloient en
lor recel parfont en la forest. Li nains prist le cheval Lancelot et
l’establa, puis vint amont en la sale et s’abandona moût à lui
servir, * Sire, fet la damoisele, leissiez-vos désarmer et soiez tout
aséur. » — « Damoisele, fet-il, mes armes ne me grièvent mie
moût à porter, je en puis bien la poigne soufrir. » — « Sire,
fet-ele, se Dieu plest, çà dedanz ne gerroiz-vos mie armez. Nou
fist onques chevaliers que l’an i herberjast. » Quant plus le semont
la damoisele de désarmer, plus li desplest, car li leus li sanblc
estre moût ocurs et moût hideus, et por ce ne se veust mie désarmer
ne desgarnir. « Sire, fetrele, il m’est avis que vos estes soupe»
çonneus d’aucune chose, mès il ne vos couvient jà çà dedanz de
riens douter; car li leus est moût séurs. Je ne sai se vos avez
ennemis. » — • Damoisele, fet Lanceloz, je ne vi onques chevalier
qui fust enmez de tout gent, ne chaucuns ne veust mie dire con-
ment. »
Lanceloz, se dit li contes, ne se vost désarmer, ainz fist
mestre la table et s’asist touz armez au mengier dejouste la damoi¬
sele ; il a fet son escu et son hiaume et son glaive en la sale aporter.
Il s’apuie sor une riche couche qui estoit là dedanz, et l’espée
dejoute lui, touz armez. II estoit traveillez, si s’andort, car li liz
estoit souez. Et li nains monte sor son cheval là où la sele estoit
encore, si s’an vet à l’autre recel là où li autre robéor esloient
tout V, qui mortel anemi estoient Lancelot. La damoisele estoit
demourée avec lui tôle soûle, qui le haoit de très grant haïnne;
ele se pansse en soi méimes qu’ele l’ociroit volentiers se ele en
povoit à ehief venir, ele en seroit plus proisiée par tout le monde,
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car ele savait bien que il estoit bons chevaliers, ne onqnes si bon
n’avoit ocis. Ele li enbla l’espée qui dejonste lui estoit, puis la trak
du feure, puis regarde de quel part il seroit plus légiers à ocirre ;
ele voit qu’il a le chief tant armé qu’il ne li pert se li viaires non.
Ele se porpansse que uns cox ne dui ne li gréveroient geires
ileques ; mès, se ele povoit lever le pan da hauberc que il ne
c’esveillast, ainsint le cuideroit-ele bien ocirre, car ele li boute-
roit l’espée très parmi le cuer. Endemantres qu’ele cerchoit einsint
Lancélot, qui dormoit et ne s’an donoit garde, si li estoit avis que
I petiz mastins venoit là dedanz et amenoit avec lui granz mastins
qui li couroient sus de toutes parz, et autresint le mordoit li petiz
entre les autres. Li mastin le tenoient^i cort qu’il ne s’an povoit
partir ; il voit que une levrière tenoit l’espée et avoit mains conme
famé, si le voloit ocirre. Il li estoit avis qu’il li toloit l’espée, si en
ocioit la levrière et le plus grant mastin et le plus mestre et le petit
mastin. 11 c’esfrée del songe, si c’estandi et esveilla, si sent le
feurre de l’espée dejoute lui, que la damoisele i ot leissié tout viut,
qu’il ne s’an aparcéust, si se randormi tantost. Li nains qui son
cheval li ot enblé vint aus chevaliers robéors, si lor escrie :
< Sire, fet-il, or tost venez vos vengier de vostre ennemi mortel
qui a tel honte essilla le mieuz de vostre lignaje* Véez-ci son
cheval que je vos amoine à enseignes. > 11 descent del cheval, si
lor livre. Li robéor sont moût joieus des noveles qu’il lor a dites.
Li nains les enmoigne touz armez au recet.
Lanceloz estoit esveillez, touz esfraez de ce qu’il avoit
songié. 11 les voit dedanz entrer touz armez, et la damoisele lor
escrie : c Or i parra, fet-ele, que vos en feroiz! > Lanceloz est
sailli sus, si cuida prendre c’espée, mès il trova le feurre tout
viut. La damoisele qui l’espée tenoit li cort sus tout premièrement
et li V chevalier et li nains li courent sus de toutes parz. Il per¬
çoit que c’estoit l’espée que la damoisele tenoit et qu’ele li coustoit
plus que tuit li autre; il prant son glaive qui estoit à son chevez
et vient vers le mestre des chevaliers de plein eslès, et le fiert de
si grant air qu’il li enpaint très parmi le cors, si qu’il li en passe
outre une toise et la porte à terre mort. Sa lance peçoie au retraire;
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il cort à la damoisele qui Fespée tenoit, si li arrache fors des
poinz et Faert au braz très parmi les flans et Festreint moût très
durement envers lui, et ele li vost relolir à force, de quoi Lanceloz
se merveilla moût. Il Fanpeint ensns de lui et li IIII chevalier li
reviennent. Il en cuide I férir de Fespée et la damoisele se lence
entre deus et cuide Lancelot aerdre; si conme li cox dut descendre
sour I des chevaliers, si conssuivi la damoisele très parmi le chief
et Focit, de quoi il fut moût dolanz, conment qu’ele éust esploitié
vers lui.
Quant li IIII chevaliers virent la damoisele morte, si en
furent moût dolant. Et li qains lor escrie : < Seignors, or verra
Fen conmant vos vengeroiz vostre grant doumage. Si m’aït Diex,
moût porroiz avoir grant honte se vos ne povez conquerre I soûl
chevalier. » Il li recourent sus de toutes parz, et il s’an vet maugré
eus tous là où il cuide son cheval trover ; mès il ne Fa mie trové.
Adont set-il bien que li nains Fan avoit mené; dont li redoubla
ces hardemanz et son mautalent li engreigna. Et li chevalier ne
relurent mie légier à apaiier ; quant il virent lour seignor mort
et la damoisele qui lor coussinne estoit, il li donnent de lor ospées
granz cox et il se desfant au mieuz qu’il peut. H conssuivi le nain
qui les semonnoit de li mal feire et le fandi très qu’ès espaulcs, et
navra II des chevaliers moût malement, et il méimes fu bléciez
en II leus; mès il ne se peut partir de la meson, ne ces chevaus
n’estoit mie là dedanz, ne il n’avoit que une soûle entrée en la sale.
Li chevalier se mistrent de fors Fuis et gardent Foissue, et Lanceloz
fu dedanz avecques ceus qui morz estoient. II s’asist desus la
sale por reposer, car il estoit traveillez des cox qu’il avoit donnez
et recéuz. Quant il se fu reposez une pièce, il se drece en estant
et voit ceus qui assis l’avoient en Fantrée de la sale ; il monte
amont au fenestres et lor lance ceus qui morz estoient lalenz,
parmi les fenestres. Atant aparut li jors, biaux et clers, et li oissel
conmancent à chanter parmi la forest, dont la sale estoit aonbrée.
Il clôt Fuis de la sale et verroille et enclôt les chevaliers par
defors; et ceus dient entr’eus et afichent que il ne s’an partiront,
si l’auront pris ou afamé ; Lanceloz prisast petit lour aatie se il
il
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— 162 —
éust son cheval à sa volenté, mès il ne savoit si bien son rai à pié
conme à cheval; autresint ne sot onques nus chevaliers. 11 se
pensse qu’il porra bien soufrir le siège tant conme Dieu pleira,
car la sale est bien garnie de viende à très grant pièce. Il est là
dedanz touz seus et li JIII chevalier.par defors qui le guettent qu’il
ne s’an voist, mès il n’an a talent ne volenté que il s’an voist à pié;
mès, se il éust son cheval, li granz hardemanz qu’il a en lui
l’en éust fet aler honorablement, que gré que cil dehors ne quel
grevence en éussent.
Ji se test li contes de Lancelot et parole (le monseignor
Gauvain qui vet querre Perceval et est moultdolanz
de ce qu’il l’a trové II foiz quant il ne le connut. Il
revint arrières à la croiz où il dist à Lancelot qu’il
latendist, se il venoit avent de lui. Il ala et vint
par la forest plus de VIII jorz por lui atendre, mès
il n’en pot oïr noveles. Il ne vost retorner à la cort le roi Artu, car,
s’il i alasl en tel point, il en fust blâmez. Il s’an revet arrière en la
queste et dit que il ne finnera si aura trové Lancelot et Perceval. 11
vint à l’ermitaje Joseu, il descendi de son cheval et trova le jeune
hermite Joseu qui bien le reçut et qui moût grant joie fist de lui. Il
herberja la nuit là dedanz; monseignor Gauvain li demanda noveles
de Perceval et li hermiles li dist qu’il ne l’avoit véu dès devant
l’asanblée de la vermeille lande, c Et savez-le me vos enseignier?»
fet misires Gauvains. « Je non, fet li hermiles, je ne vos sai à dire
quel part il est. » Ainsint conme il parloient en tel menière, atant
ez-vos I chevalier qui vient et avoit unes armes d’azur, et descent
& l’ermitaje por herbergier. Li hermiles le reçoit moût liéement.
Misires Gauvains li demande se il vit I chevalier à unes armes
blanches chevauchier parmi la forest. c Par foi, fet li chevaliers,
je l’ai hui véu, et parlai à lui, et me demanda se je li savoie à
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163 —
dire noveles d’un chevalier qui porte I escu de sinople à une aigle
d’or, et je li dis que non. Après, li enquis por quoi il le demandoit
et il me respondi qu’il avoit jousté à lui en la vermeille lande, ne
onques mès à chevalier n’a voit trouvé si ruste niellée, si estoit
moût dolanz de ce qu’il ne c’estoit acointiez de lui por sa bone*
chevalerie. » — « Par foi, fet misires Gauvains, encor en poise-il
plus au chevalier, car il n’est riens el monde qu’il véist plus
volentiers que lui. > Li chevaliers choisi l’escu monseignor Gau-
vain, et dit : c Ha, sire, il m’est avis que c’estes vos. • — « Certes,
fet misires Gauvains, vos dites voir, je sui cil à qui il jousta et je
sui moût liez quant si bons chevaliers féri sor mon escu et moût
dolanz de ce que je ne le connui; mès dites-moi où je le porrai
trouver. »
< Sire, fet Josephus li hermites, il n’esloignera mie ceste
forest, car cfest li leus où il hante plus volentiers, et li escuz qu’il
aporta de la cort le roi Artus est en ceste chapele. » Si le monstre
à monseignor Gauvain qui en fet moût grant joie. « Ha, sire, fet
li chevaliers aus bloes armes, avez-vos non monseignor Gau¬
vain? » — t Biau sire, fet-il, Gauvain m’apele l’an. » — « Sire,
fet li chevaliers, je ne vos finai de querre grant tens a. Mélioz de
Logres, qui vostre hons est, li fiuz à la dame qui fu ocise por vos,
vos mande que Valiganz de la Roche a ocis son père por vos,
Marin; si li chalonge la terre qui li est eschéue; si vos prie que
vos le veingniez secore, si conme li sires doit feire son orne lige. »
— c Par foi, fet misires Gauvains, je ne le li doi pas faillir, si li
dites que je le secorrai au plus tost que je porrai ; mès dites-li que
j’a une besoigne enprisse que je ne puis -pas leissier, sauve
m’anor,,très qu'à icele houre qu’ele soit achevée. » La nuit jurent
dedanz l’ermitaje très qu’à l'endemain que la messe fu chantée.
Xji chevaliers s’en parti et misires Gauvains demoura; si
con il estoit apareilliez de monter, il regarde devant lui, à l’oissue
de la forest, devers l’ermilaje, et voit venir I chevalier sor un grant
cheval tôt le pas, et tout armé, et portoit I escu aulretei conme il
vit avoir à Perceval à la première foiz. « Sire, fet-i), connoissiez-
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vos cest chevalier qui là vient? * — « Sire, voirement le con-
uois-je bien, c’est Perceval que vos quérez, que vos désirrez tant à
véoir. » — « Diex en soit aourez, fet misires Gauvains, quant il
vient ci! » Il vient encontre lui à pié, et Perceval descendi tantost
con il le vit. « Sire, fet misires Gauvains, bien puissiez-vos venir! »
— « Bone joie aiez-vos ! * fet Perceval. « Sire, fet li hermites,
feites en grant joie, c’est misires Gauvains, le neveu le roi Artu. *
— « Tant l’ain-je mieuz, fet-il. Ennor et joie li doivent feire tuit
cil qui le counoissent. » II li giète ces braz au col, si li fet moût
grant joie. « Sire, fet-il, sauriez-me-vos à dire noveles d’un che¬
valier qui fu en la vermeille lande à l’asanblée des chevaliers? »
— « Quel escu porte-ft? » fet misires Gauvains. «• L’escu vermeil
à l’eigle d’or, fet Perceval, par un couvant que je n’acointai
onques si ruste en bataille conme lui et Lancelot. » — « Biau
sire, vos diroiz vostre pleisir, fet misires Gauvains, en la ver¬
meille lande fui-je à l’asanblée, et portai teles armés conme vos
devisez, si joustai à un chevalier à unes armes blanches en qui
toute la chevalerie, qui peut estre herbergiée en cors d’orne, est en
lui. » — « Sire, fet Perceval à monseignor Gauvain, vos ne savez
nullui blâmer. » Si s’antretiennent par les mains, si s’an vont en
l’ermitaje. < Sire, fet misires Gauvains, quant vos fustes en la cort
le roi Artus*, por l’escu qui là dedanz est, si i esloit vostre seur
qui demandoit et avoit requis l’aide del chevalier qui l’escu en-
porleroit, conme la plus desconseilliée damoisele del mont. Li rois
li ostroia et vos enportastes l’escu. Ele demanda au roi vostre aide
conme cele qui ne cuidoit mie que vos fussiez ces frères et dit que,
se li rois li failloit de couvenances, il feroit grant péchié, et que il
en seroit moût blâmez. Li rois vost feire son povoir de vos querre
por atendre ce qu’il avoit dit; il nos envoia en la queste eptre moi
et Lancelot. II méimes i fust venuz se nos n’i vossisions venir. Sire,
je vos ai trové trois foiz sanz vos connoistre, qui grant désirrier
avoie de vos véoir, et ce est la quarte que je vos connois, de quoi
je me faz moût joieus ; mès je me lo moût à vos del bel oslel que
vostre mère me fist à Kamaalot ; mès j’oi moût grant pitié de lui,
qu ele est moût preude famé et vesve dame et encienne et chéue en
grant gerre, sanz aide et sanz confort, par mauvéise gent qui à
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lui marchissent et li toloient ces chastiax. Ele me pria, moût
doucement en plorant, que, se je, vos trouvoie, qui ces fiuz estes,
que je vos déisse si conme il lor est couvenant, et que vostre pères
est morz et qu’ele n’atant ne secors ne aide se de vos non; et, se.
vos ne la secorez prochiennement, ele perdra 1 sien chaste! qu’ele
tient et la couviendra estre chaitive ; car de XV chastiaus qu’ele
souloit avoir au tens vostre père, n’a-ele que celui soulement de
Kamaalot, ne de tous ces chevaliers que V qui le chaslel gardent.
Si vos pri, de par lui et por vostre honor, que vos melroiz conseil
et force et povoir, et de nule chevalerie que vos puissiez feire ne
povez-vos monter en greignor pris. Et ele en a si grant mestier
conme vos m’oez dire; ne je ne veil qu’ele perde noient par
défaute de mesage, car je i auroie péchié, et ele doumache, et vos
méimes qui puissanz estes de l’amander et qui feire le devez par
droit. » — « Vos vos en estes bien aquitez, fet Perceval, et je le
secorré par fens, se Damediex le me consant. » — « Vos feroiz
vostre honor, fet misires Gauvains. Vos en auroiz los à Dieu et
pris au siècle. » — « Ce sai-je bien, fet Perceval, et l’aide et le
conseil doit-ele en moi avoir par droit, et, se je ainssint ne le faz,
je en doi avoir reproche et estre blâmez conme recréanz aus
siècle. »
c En non Dieu, fet li hermites, vos en parlez selonc l’escrip-
ture, car cil qui son père et sa mère n’annoure, il ne crient ne
ainme Nostre Seignor. » — « Tout ce sai-je bien, fet Perceval, et
ce que l’an le me ramantoit me plest moût, et je sai bien quex
mes penssers en est, encore ne le die-je mie à chaucun. Mès qui
me diroit noveles de Lancelot, le bon chevalier, je les orroie
moult volenliers et si l’en 6auroie moût bon gré. > — < Sire, fet
Josephus, il n’a gaires qu’il jut çà dedanz et qu’il me demanda
noveles de monseignor Gauvain, et je l’an dis ce que je an savoie.
Autrefoiz avoit-il jéu çoianz devant ce que li robéor nos assail¬
lissent çoianz, que il pendi en la forest, et il est si haïz de lor
lignage que, se il le peuent encontrer, parssi que il en aient la
force, qu’il li feront conparer moût chier, et il hantent plus en
ceste forest que en autre. Je li dis einsint et il le prist à poi par
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sanblant; ausint fera-il par fet, par si que il n’aient moult grant
force. » — « Par mon chief, fet Perceval, je ne me partirai de
ceste forest si saurai noveles de lui se misires Gauvains le veusl
créanter. » Et il dist qu’il ne désirre autre chose, puisqu'il Ta
trouvé, car il ne porroit estre à eise très qu’à icele houre qu’il
sauroit noveles de Lancelot; car il est en grant doulence, puisqu'il
a ennemis en la forest.
Perceval et misires Gauvains séjornèrent cel jor en la forest,
en l'ermitage, et l’endemain Perceval prist son escu qu'il aporta
de la cort le roi Artu, et leissa celui qu'il avoit aporté, et misires
Gauvains avec lui qui moût se feisoil joianz de sa conpaignie. II
chevauchent parmi la forest enmedui, tuit armé, et encontrent en
droit eure de midi I chevalier qui s'an venoit grant aléure aussint
comme se il fust touz esfraez. Perceval li demande dont il vient,
qui si sanble estre douteus. » Sire, je vieg de la forest au robéor
qui mainnent en ceste forest que vos devez trespasser. Il m'ont
chacié une grant lieue galesche por moi ocirre, mès il ne me
vostrent plus suivre pour un chevalier qu’il ont assis en I de lour
recez, qui lor a fait moût grant doumache, car il lor a IHI de lor
chevaliers pendus et un ocis et la plus bele damoisele qui fust en
un réaume. Mès ele ot moût bien la mort déservie, car ele herber-
goities chevaliers par hiau sanblant et moult les honoroit, et après
porchaçoit lor mort et lor destruicion entre lui et un nain qu’ele
avoit, que li chevaliers a ocis. » — «Et savez-vos qui li cheva¬
liers est? » fet Perceval. « Sire, fet li chevaliers, je non. Car je
n’oi loisir del demander, si m’ot li fouirs plus grant mestier que li
aresters. Mès je vos di que, por la viende qui li est faillie el recel
où il l’avoient assis, est-il fors oissuz conme lions enragiez, ne il
ne se fust mie tant souferz à enclorre se ce ne fust por II plaies
qu’il avoit el cors-; mès il ne se voloit oissir de la meson très qu’à
icele oure qu’il en fust gariz et por ce qu’il n’a voit cheval. Et
tantost conme il se santi gariz, si s’abandona aus quatre chevaliers
qui tant le redoutoient qu’il ne l’osoient aprochier, ne il ne s’an
daigne aler à pié; se il li venoient ore près, il ne faudroit mie que
il n’éust des IIII chevaus au moinz I ; mès il le gardent de loing. »
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— « Sire, fet Perceval, gran merciz de ces noveles. » Il se vostrent
partir de lui. t Ha, seignors, soufrez-nos, fet li chevaliers, tant
que je voie la destruction de cele male gent, qui tant mal ont
fet par ceste forest. Sire, fet-il à monseignor Gauvain, je sui
cousins au poure chevalier de la gaste forest qui les II poures
damoiseles à as serors, là où vos jéustes entre vos et Lancelot, et
quant li chevaliers [qui] vos en aporta noveles morut la nuit. » —
« Par foi, fet misires Gauvains, ces noveles connoiz-je bien, car
vos dites voir et vostre conpaignie ai-je moût chière por amor del
poure chevaliér, car je ne vi onques plus cortois chevalier ne plus
cortoises damoiseles ne mieuz enseigniéeé, et Damediex lor ostroit
autretant de bien conme je vodroie qu’eles éussent! * Misires
Gauvains fet aler le chevalier devant, qui bien savoit le recet a us
robéors, mès il i alast à enviz se li chevalier ne le suivissent après.
Lanceloz estoit oissuz del recet s’espée en sa main, touz armez,
engrès conme lion. Li IIII chevalier estoient sor lor chevaus, toz
armez, qui volentiers ne l’aprochoient mie; car il doutoient moût
les granz cox qu'il donoit et son hardement. Li uns s'avence avent
que li autre et li sanbiôit [honteus] que il ne povoient conquerre
1 sol chevalier; il vet férir Lancelot grant cop de l’espéê amont parmi
le chief, et Lanceloz ne le meschoisi mie ; car, einçois qu'il se péust
esloignier, li rendi I tel cop qu’il li trancha la cuisse à toute la
janbe, si qu'il li fet viudier les arçons. Il sailli sus le destrier et
li sanbla estre plus asséur que devent. Li troi chevalier robéor, qui
demoré estoient sain, li courent sus de toutes parz et le conmencent
à coitier de lor espées par très grant aïr. Atant ez-vos le chevalier
venu à la voie qui s’an venoit au recet et dist à monseignor Gau¬
vain et à Perceval : « Or poez oïr le glais des espées et la mellée. »
Atant fièrent cheval des espérons li dui bon chevalier et viennent
là où li III chevalier robéor orent assailli Laucelot. Chaucun d'eus
fiert le sien si aïréement qu’il lor enpoignent les glaives très parmi
les cors si qu'il les portent morz à terre. Et li tiers chevaliers s'an
vost fouir, mès li chevaliers qui venuz iert el conduit monseignor
Gauvain ceilli cuer et hardement por la fience des bons chevaliers,
si fiert celui qui s'an fuioit, si durement qu'il li mist son glaive
parmi le cuer et l’abat mort à terre. Et cil à qui Lanceloz ot copé
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la cuisse fu si démarchiez aus piez des chevaliers qu’il n’ot point
de vie en soi.
Quant Lanceloz connut Perceval et monseignor Gauvain,
si en fist moût grant joie, et il de lui. < Lanceloz, fet misires
Gauvains, cist chevaliers, qui ci nos a amené por garantir vostre
vie, est cousins au pouvre chevalier del Caste Chaste!, le frère aus
II poures damoiseles qui si bien nos herbergia. Nos li envoierons
ces chevaus, li uns en soit au chevalier qui mesages en iert, et li
dui au seignor del Gaste Chaste], et cist recez que nos avons
conquis soit aus II damoiseles, si lor garantirons touz les jors de
lor vies; car ce sera bien, ce m’est avis. > — « Certes, fet Per¬
ceval, vos dites grant cortoisie. b — t Sire, fet Lanceloz, misires
Gauvains a dit et je l’ostroi moût volentiers toute sa volenté. b —
« Seignor, fet li chevaliers, il avoient en ceste forest I recel où li
chevalier metoient lor roberies et por quoi il murtrissoient les
trespassanz ; se li avoirs i demore, il sera perduz, car il en i a
tant qu’il porra bien valoir à meintes genz qui soufreteus en sont, b
I l sont alez au recet et trouvèrent moût grant trésor, en une cave
desoz terre, et riche veisselemente et riche aornemanz de dras et
d’annéures à chevaus que il avoient getées l’une sor l’autre en une
fosse qui moût estoit granz. « Certes, fet-il, moût est bien fet de
ceste male gent qui est destruite, b — « Sire, fet Lanceloz, aulre-
sint m’éussent-il mort et bailli se il péussent ; *nès je ne sui
dolanz fors de la damoisele que je ocis, qui estoit une des plus
beles dames del mont ; mès je ne l’ocis mie à escient, ainz cuidai
férir 1 chevalier, et ele sailli entr’eus conme la plus hardie que je
onques véisse. b — « Sire, fet li chevaliers, misires Gauvains et
Lanceloz ostroient, par le conseil de Perceval, le trésor aus II damoi¬
seles serors au poure chevalier del Gaste Chastel et mandent Josephu
l’ermite, si li conmandent à garder le trésor très qu’à tant que il i
viendront, b Et il dist que si fera-il volentiers. Et est moût liez
de ce que li robéor de la forest sont essülié, qui maint assaut li
feisoient. 11 garda le trésor et le recet moût savement en la forest;
mès la doutence et li renons des bons chevaliers qui la forest
avoient aquitée ala moût loing. Li chevaliers qui les III destriers
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enmenoit fa moût liéement recéuz au Chastel Gaste; quant il dist
que misires Gauvains li avoit chargiez, li poures chevaliers et les
Il damoiseles en firent moût grant joie. Perceval prist congié à
raonseignor Gauvain et à Lancelot et dit que jà mès n'aura repos
très qu’à icele heure qu'il aura sa seur trovée et sa mère véue. Il
ne li osent contredire, car il sèvent bien qu'il a reson, et il lor prie
moût doucement qu’il li saluent le roi et la réine et touz les bons
chevaliers de la cort; car, se Dieu plest, il les ira véoir, à cort
terme. Mès il veust avent aquiter la promesse que U rois Ârtus
fist à sa serour; car il ne veust mie qu'il soit blâmez par lui, ne
par sa coupe en nul leu; et il méimes i auroit le greignor blasme
se il ne la secoroit, car li fés en monte plus près à lui que il ne
fet au roi Artus.
Atant s’an part li Bons Chevaliers, si les coumandent à
Dieu et eus lui autresint. Misires Gauvains et Lanceloz s’en revont
vers la cort le roi Artus, et Perceval s'an vet parmi les forés
estranges, et chevauche tant qu'il vint en une loigtienne forest où
il n'avoit onques mès esté, ce li estoit avis. Et trespassa parmi un
pais qui li sanbloit estre gasté, car il estoit touz viuz de genz. Il
n’i voit que bestes sauvajes qui couraient parmi les chanpaignes ;
il entra de cel gaste païs en une forest et trava I hermitaje el regort
d’une monteigne. Il descendi par defors et entendi que li hermites
feisoit le servise des morz et qu'il avoit sa messe conmenciée de
requiem , entre lui et son clerc. Il esgarde et vit I paille estendu
à terre devent l’autel autresint conme sor un cors. Il ne vost pas
armez entrer dedanz la chapele, ainz escouta la messe par defors
moût saintement, et ot grant dévotion conme cil qui moût amoit
Dieu et doutoit..Quant la messe fu chantée, et li hermites fu
désarmez des armes Nostre Seignor, il vint à Perceval, si le salua
et il lui. « Sire, fet Perceval, por qui avez-vos fet tel servise; il
me senble que li cors gisoit çà dedanz por qui li servises fu
establiz. » — t Vos dites vérité, fet li hermites, je l’ai fet por
Lohot, le fil le roi Artus, qui gist enterrez soz cel paille. » —
« Qui l’a dont otis? » fet Perceval. « Ce vos dirai-je bien, » fet li
hermites.
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« Liestes terre gaslée è son ceste forest por où vos venistes
est li conmancemenz del réaume de Logres. Il i soufeit avoir
1 jaiant qui si estoit granz et orribles et cruieus que nus n’osoit
abiter en demi leu environ, et destruisoit la terre et gastoit, si
conme vos la véez. Lohoz estoit partiz de la terre et de la cort le
roi Artus son père, par aventure querre; il s’anbati en ceste
forest par la volenlé de Dieu; il se conbati à Logrin qui moult
estoit cruieus, et Logrins à lui. Lohoz le conquist, si conme Dieu
plest; mès il avoit une merveilleuse coustume : quant il avoit un
home ocis, si s’an dormoit sor lui. Uns chevaliers de la cort le
roi Artus, que Tan apèle Kex le seneschal, estoit venuz par
aventure en ceste forest de Logres ; il oï le jaiant braire quant
Lohoz li donna le cop mortel; il vint cele part au plus tost qu’il
pot et trouva le fil le roi dormant desus Logrin; il trait l'espée,
si Ir copa le chief, et prist le cors et le chief, si le mist en un
sarqueu de pierre. Après dépeça son escu è l’espée, qu’il ne fust
reconpéuz, puis vint au jaiant qui gisoit morz, si li copa la teste
qui moût estoit grant et hideuse, et la pandi à l’arçon de sa sele
devant, puis s’an ala à la cort le roi Artus et li présanta. Li rois
en fist moût grant joie et tuit cil de la cort, et li crut sa terre
moût durement por ce qu’il cuida que il déist voir. Je alai, fet li
hermites, l’enderaain en la pièce de terre où li jaianz gisoit morz,
que une damoisele le me vint dire çà dedanz à moût grant joie. Je
trouvai le cors del jaiant si grant que je ne l’osai aprochier. La
damoisele me mena au sarceil où li fiuz le roi estoit couchiez. Ele
me demanda le chief en gerredon et je li ostroiai volentiers. Ele le
mist tantost en un coffre chargié de pierres précieuses, qui toz
estoit dedanz enbaumez. Après m’aida le cors à ^porter en ceste
chapele et à ensevelir et à enterrer.
« Après s’an parti la damoisele, ne n’onques puis n’an oï
parler, ne je ne le vos ramantoif mie por ce que je veille que li
rois Artus le sache, por chose que je en die, ne qu’il en face mal
au chevalier; quar je i auroie moût grant péchié ; mès il fist mortel
traïson et desloiai. » — « Sire, fet Perceval, ce est moût grant
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(fournage del fil le roi, qui morz est en tele menière ; car je oï
tesmoignier que il mouteploiast en la grant chevalerie, et, se li
rois le sdVoit, Kex, li seneschax, qui n’est mie.bien enmez de
toutes les genz, auroit la cort perdue è toujorz mès, et la vie, se
l’an le povoit tenir ; quar ce seroit bien droiz. 1 Perceval jut la nuit
en l’ermitage et l’andemain s’an parti quant il ot la messe oïe; il
chevauche parmi la forest conme cil qui moût volentiers auroit
noveles de sa mère, ne onques mès n’an fu si entalentez conme il
est ores. Il oï, en droit oure de midi, une damoisele desouz 1 arbre
et démenoit le greignor deul qu’il onques oïst feire è damoisele.
Ele tenoit sa mule par les raines, et estoit descendue à pié et mise
è jenoillons encontre oriant. Ele tendoit ces mains vers le ciel et
prioit moût doucement le Sauvéor del monde et sa douce mère
qu’il li envoiast par tens secors; car ele est la plus desconseillée
damoisele del monde, et nule aumosne ne fu onques mienz
enploiée en damoisele conseiller tant conme en lui ; car aler li
cou vient el plus périlleus leu qui soit el monde, et, se ele i menoit
nullui, sa besoigne ne seroit pas feite.
Perceval s’aresle quant il oi ainsint la damoisele démanter;
il fu en l’onbre de la forest si que ele ne le vit mie, et la damoisele
c’escrie tôt en ploranf : « Ha, rois Àrtus, vos feiles grant péchié,
qui oubliastes ma besoigne à dire au chevalier qui l’escu enporta
de vostre cort, par qui ma dame ma mère fust secorue, qui doit
perdre son chastel hastivement se Diex n’i met conseil, et je sui si
meschéanz que je ai alé par toutes les terres de la Grant Breteigne,
si ne puis oïr noveles de mon frère, et si dit l’an qu’il est li
miudres chevaliers del monde. Et que nos vaust sa chevalerie
quant nos n’an son mes secourues n’aidiées? Tant doit-il avoir
greignoir vergoigne en lui, si le désirre sa mère, qui est la plus
gentil dame et la plus loial qui vive, espoir, s’il le séust, il i venist,
ou il est morz ou il est en si loingtiegnes terres qu’il n’an peut
oïr noveles. Ha, douce dame, fet-ele, mère au Sauvéor, aidiez-nos
quant nos ne poons estre aidiées par autrui ; car, se ma dame ma
mère pert son chastel, il nos couvendra estre esgarées en estranges
terres; car si frère li sont loigtieng; cil qui plus avoit grant poor
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et grant valor gist en langor, li bons rois Peschierres, que li rois
del Chastel Mortel gerroie; autresint il est mes oncles, frère ma
mère, et vost tolir mon oncle, qui ces freres est, son chasftel par sa
félonie. De si mal home n’atant ma dame ma mère aide ne secors.
Et li bons rois Pelles a gerpi son réaume por l’amor au Sauvéor
et est entrez en 1 hermitage; cil estoit frères ma mère aussint, il
ne doit pas gerroier nullui, car ce est li plus preudons hermites
# que l’an sache mie el siècle. Et de par mon père sont tuit mort aus
armes; il estoient XI; mes pères fu li dousièmes. Se il fussent
demoré en vie, il éussent bien povoir de nos secorre; mès li che¬
valiers qui premier fu au Graal nos a maubaillies/car par lui chéi
nostre oncles eù langour, où noz greingdres secors estoit. »
À cest mot, chevaucha Perceval avent et la damoisele Foï ;
ele c’est redreciée et regarde arrières et voit le chevalier venir,
l’escu au col, bendé d'argent et d’azur, à la croiz vermeille. Ele
joint en deus ces mains vers le ciel et dit : « Ha douce dame,
fet-ele, qui portastes le Sauvéor del mont, vos ne m’avez pas
oubliée, cil ne cele ne peut estre desconseilliée qui de cuer vos
récleime. Je voi ci le chevalier venir, par qui nos serons secourues
et aidiées et Damedieu l’en doint volenté par son pleisir, et prest
force et povoir de nos garantir.! » Ele li vetà l’encontre et l’acole
par l’estrier et li vost beisier le pié, mès il li eschive et li escrie :
< Mar i feites, damoisele. » Et ele font tantost en larmes de plorer,
si li prie moût doucement : < Sire, fet*ele, por itele pitié que Diex
ot de sa très douce mère à icest jor qu’il reçut mort, quant il la
regarda au pié de la croiz, aiez pitié et merci de ma dame ma
mère et de moi. Car, se vostre aide nos faust, nos ne savons à qui
recouvrer; car l’an m’a dit que vos estes li mieudres chevaliers
del monde. Et por vostre aide avoir, alai-je à la cort le roi Àrtus.
Si nos secourez por pitié et poi; Dieu et néant por autre chose, car
vos le devéfc feire, s’il vos plest ; mès, se vos fussiez mes frères,
qui chevaliers est autresint conme vos, que je ne puis trouver, je i
clamasse greignor droit. Sire, fet-ele, souveigne-vos del brachet
qui vos a à la cort, très qu’à icele oure que vos venisles querre
lescu, [atendu]; adont s’an ala-il avec vos, mès il ne vost onques
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feire joie ne eonnoistre nullui se moi non. Par ce sai-je bien que,
se vos saviez nostre grant besoigne, que vos nos secorriez. Mès ii
rois Artus'qui vos en dut proier l’oublia. » — < Damoisele, fet-il, «
il en a tant fet qu’il ne vos a pas failli de couvenances, car il le me
manda par II des meiliors chevaliers de sa cort, et je en ferai tant,
se je puis esploitier, que Diex et lui m’an sauront gré. *
La damoisele ot moût grant joie del chevalier qui li ostroie
s’aide; ele ne 9et mie qu’il soit ces frères, car adonques doublas!
sa joie. Perceval set bien qu’ele est sa seur, mès il ne se veust
encore descouvrir ne demonstrer la pitié par defors. 11 aide la
damoisele à remonter et chevauchièrent ensanble. < Sire, fet la
damoisele, il me couvient ennuit aler par moi el cimetire péril-
leus. » — « Por quoi, fet Perceval, i iroiz-vos ? > — « Sire, fet-ele,
je l’ai voé, et si m’a dit uns sainz hermites que li chevaliers qui
nos gerroie ne porroit estre conquis par nul chevalier se je n’aport
del drap de quoi li austiex de la chapele del cimetire périlleus est
couvers. Li dras est moût seintimes; car Damediex en fut couverz
el seint monument, au tiers jor, quant il resuscita de mort à vie.
Ne nus ne peut entrer el seint cimetire, qui autre i maint avec lui;
si m’i couvendra par moi aler, et Diex m’i puist sauver ma vie
ennuit; car li leus est moût périlleus. Si doi moût haïr celui qui
en ceste poigne et en ceste dolor m’a enbatue. Sire, fet-ele, vos
vos en iroiz vers le chastel de Kamaalot; là est la Veve Dame, ma
mère, qui atant la revenue et le secors del Bon chevalier ; si vos
souveigne de nos secorre et aidier, quant vos an verroiz le secors
besoing. >
< Damoisele, fet Perceval, se Diex le me veust consantir, je
vos aiderai à mon povoir. » — « Sire, fet-ele, vez-ci ma voie qui
n’est geires hantée, car je vos di que nus chevaliers ne s’i ose
enbatre sanz grant péril et sanz grant péor. Et Damediex soit
garde de vostre cors, car li miens iert ennuit en grant péril et en
grant aventure. » Perceval se part de la damoisele sa seror, si en
a moult grant pitié de ce qu’ele va en si périlleus leu toute soûle ;
il ne li veust mie desfandre et il savoit bien qu’il n’i povoit aler
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avec lui ne avec autrui, car tiex estoit la couslume del cimetire
que dui ne peuent l’antrée passer, ainz les couvient par defors
• [demorer]. Perceval ne voloit mie que sa seur enfreigsist son veu 9
car onques nus de son lignage ne fist desloiauté ne vileignie à
escient, ne ne faillirent de chose qu’il éussent en couvenant, fors
le roi del Chastel Mortel, où il ot autretant de mal conme il ot ès
autres de bien.
lia damoisele s’an vet, toute soûle et toute esgarée, vers le
cimetire et toute la forest onbreuse et moût ocure. Ele a tant che-
vauchié que souleus fu esconssez et la nuit aproche. Ele esgarde
devant lui et voit une croiz hauste et longue et grant. Et estoiz en
cele croiz la figure Nostre Seignor escripte, en quoi ele se réconforte
moût. Ele aprocha la croiz, si la beise et aoure, et proie le Sauvéor
del monde, qui en la seinte croiz fu traveillez, qui la giet del cime-
tire à onor. La croiz estoit à l’entrée del cimetire qui moût iert
grant, car dès icele ore que la terre fu primes peuplée de gent et
que li chevalier conmancièrent à querre aventures par les forés, ne
morut chevaliers en la forest, qui moût estoit grant et large, que
li cors n’an fust aportez ; ne onques chevaliers n’i pot estre enterrez
se il n’ot recéu baptesme et il ne fust repenlanz de ces péchiez à
la mort.
La damoisele entra là dedanz* toute soûle et trova grant
foison de tonbes et de sarqueuz. Nus ne se doit merveiller se ele
ot hideur et péour; car tiex leus devoit estre moût péourens à
une sole damoisele, là où tant chevaliers gisoient, qui avoient esté
ocis à armes. Josephus li bons clers nos tesmoigne que dedanz le
cimetire ne se povoit mestre nus mauveis esperiz ; car sainz Endrés
l’apostre l’avoit bénéi de sa main. Mès onques nus hermites ne pot
dedanz demorer por les mauveises choses qui s’aparissoient chau-
cune nuit environ, qui se metoient ès formes des chevaliers qui
morz èrent en la forest, dont les cors ne se gisoient mie el cime-
lire bénéoit.
La dàmoisele esgarde, tout environ le cimetire où ele estoit
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entrée, les sarqueuz; ele les voit avironnez de chevaliers toz noirs,
et avoient glaives dedanz et venoient les uns vers les autres, et •
feisoient tel esfroi et tel noise qu'il sanbloit que toute la forest en *
reisonast. Li plusor tenoient espées toutes rouges conme de feu et
s'antrecouroient sus et s’antretranchoient poinz et piez et nez et
viaires. Et estoit li feréiz moût grant; mès il ne povoient aprochier
le cimejire. La damoisele les voit, si en a tel péor que près qu’ele
ne chiet à terre pasmée. Sa mule sor quoi ele séoit fronche des
nanties et moigne grant freinte. La damoisele se saigne et se con~
mande au Sauvéor et à sa douce mère. Ele esgarde devant lui au
chief del cimetire et voit la chapele petite et encienne. Ele Sert sa
mule de la corgiée et vient cele part et descent. Ele entra là dedanz,
si trova grant clarté. Là dedanz avoit une ymage de Noslre Dame,
à qui ele prie moût docement qu'il li gart son sans et sa vie et
qu’ele se puisse partir sauvement de cel leu périlleus. Ele voit
desus l'autel le seintime drap por quoi ele i estoit venue, qui moût
estoit enciens; une odor en venoit, si souève et si glorieuse que
nule douceur del monde ne s'i peut apareillier. La damoisele vient
vers l'autel et cuide le drap prandre ; mès il s’an vet en l'air aussint
conme se vens le ceillist, et fu si hauz que l'en n’i pot avenir par
desus un cruceii ancien qui là dedanz estoit. « Ha, Diex, fet la
damoisele, c’est por mon péchié et por ma desloiauté que cist
seintimes dras m’esloigne ainsint.
< Biau sire Diex, je ne fis onques nullui mal, ne onques nus
hons ne pécha en moi mortelment, ne onques encontre vostre
volenté n'ouvrai à mon povoir; ainz vos serf et ein et dout, et vos
et la vostre douce mère, et lot l'annui que je reçoif tien-je en
patience por vostre amor ; quar je sai bien que tiex est vostre
pleisir, ne contre chose qui vos plest ne veil-je mie estre.
c Quant vos pleira, vos osteroiz moi et ma mère de la doulor
et de l'annui en quoi nos somes. Car vos savez bien que l’en li a
tolu ces chastiax à tort, et sa terre, *por ce qu'ele est veve dame et
sans aide. Sire qui tout le monde avez eu vostre justise et qui de
tout feites voptre conmandement, leissiez-moi par tens oïr noveles
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de mon frère, se il est en vie; car nos en avons mont grant mes-
tier. Et si prestez force au chevalier et povoir contre touz nos
anemis, qui por vostre enmor et por pitié veust ma mère secore et
aidier, qui moût est desconseilliée. Sire, il vos en devrait bien
souvenir por la pitié et por la douçour qui en vos est, et por la
pitié que l’an la déserite à tort, ne ele n’a secors ne aide ne conseil,
se de vos non. Vos estes sa fience et ses secors, et por ce si vos en
doit souvenir que li bons chevaliers Joseph d’Àbarimatie, qui le
vostre cors despendi de la croiz, fu ces oncles. Il aima mieuz vostre
cors à despendre que tout l’or ne tout l’avoir que Pilaste li péust
donner. Sire, il ot moût grant droit, car il vos mist entre ces bras
jus de la croiz et mist vostre cors el seint sépucre, où vos fustes
couvera du souverain drap por quoi je sui çoienz venue. Sire,
conssantez que je en oie par vostre pleisir, par l’amor del cheva¬
lier par qui il fu mis en ceste chapele; puisque je sui de son
lignage, il me doit bien paroir à cest grant besoing, se il vos vient
à pleissir. * Tantost est li dras avalez desus l’autel et en trouva
tantost osté tant conme il plot à Nostre Seignor qu’ele en éust.
Josephus nos conte par vérité que onques nus n’antra en la cha¬
pele qui au drap péust atoucher, fors que la damoisele tant seu¬
lement. Ele i mist son viaire et sa bouche que onques li dra$ ne
se mut.
Après, en prist ce que Diex vost et le mist moût honorable¬
ment près de soi ; mès encore estoit li esfors des mauveis esperit
environ le cimetire, et donnoient si granz cox li uns aus auslres
que toute la forest en retentissoit et sanbloit qu’ele fust toute
esprise de feu, de la flanbe qui issoit d’eus. La damoisele en éust
grant péor se ele ne se confortast en Dieu et en sa douce chière
mère, et el seintime drap qui là fledanz estoit. Une voiz s’aparut
endroit la mienuit deseure la chapele et dit les âmes dont les
cors gisent en cest cimetire. « Con grant doumache vos avez recéu
novelement et toutes les autres dont les cors gisent en autres cime-
tires benéoiz par les forez de cest réaume! car li bons rois Pes-
chierres est morz, qui feisoit feire nostre servise chaucun jor en la
seintime chapele, là où li seintimes Graaus s’aparai^chaucun jor,
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et là où la mère Dieu estoit dès le samedi jusqu’au lundi que li
servises estoiz finez. Et or a saisi le chastel li rois del Chastel
Mortel, par tel couvant que onques puis ne s’i aparut li seins
Graaus, et toutes les autres reliques sont esconssées ; si ne set l’en
que li provoire qui en la chapele servoient sont devenuz, ne li
JÜI chevalier encien, ne les damoiseles qui laienz estoient. Et vos,
damoisele qui loienz estes, onques fience n’aiez en estranche che¬
valier d’aide à cest besoing. Car vos ne povez estre secorue se par
vostre frère non. »
A tant se test la voiz, et uns pleins et uns dolousemenz oissi
des cors qui en cimetire gisoient, si grant qui n’est home el monde
qui n’an déust avoir pitié; et li mauveis esperit qui dehors estoient
se déparlent tuit, germentant et feisant tel remonte au départir,
qu’il sanbloit que toute la terre tranblast. La damoisele oï les
noveles de son oncle qui morz estoit, si chéï à terre pasmée, et,
quant ele se redreça, si se prist à démenter et dist : « Ha, Diex !
à prismes avons-nos perdu le greignor confort et le meillor ami
que nos avions, et ce me redoit desconforter que je ne porroi estre
secourue à ceste besoig prochien par le Bon Chevalier dont je
cuidoie avoir secors et aide et qui bien en estoit entalentez. Or ne
li saurai-je que demander, car il le m’ostroia moût volentiers, et
Damediex l’an sache autretel gré conme se il le feisoit ! » La damoi¬
sele fu en grant doutence et en grant esmai ; car ele ne savoit mie
qui li chevaliers estoit, et si fu en doutence de la mort son oncle et
dolente moût durement. Ele fu en la chapele tant qu’il fu jorz, et
lors se conmanda à Dieu et s’an parti et monta sor sa mule et ist
fors del scimetire grant aléure, toute soûle.
Li contes dit que la damoisele s’an vet vers le chastel sa
mère, aus plus droit qu’ele peut; mès ele est moût esmaiée de ce
que la voiz li a dit qu’ele ne peut estre secorue se par son frère
non. Ele a tant chevauchié par ces jornées qu’ele est venue el val
de Kamaalot,si qu’ele voit le chastel sa mère, qui avironnez estoit
de granz rivières; et voit Perceval qui estoit descenduz desoz
l’onbre d’un arbre, au chief de la forest, por regarder le chastel sa
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Di< zed by v^ooQle
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mère, dont il oissi valiez quant il ocit le chevalier au vermeil escu.
Quant il ot bien esgardé le chastel et le pals environ, si li plot
moût, et remonta tantost. A tant ez-vos la damoisele qui vient :
« Sire, dit-ele, j’ai esté en grant poigne et en grant péril puis que
je ne .vos vi mès, et si ai oies noveles puis, moût pesmes et moût
doulereuses à ma mère et à mon eus. Car li rois Peschierres mes
oncles est morz, si a seisi son chastel uns miens oncles, li rois del
Chastel Mortel. Mès ma dame ma mère le déust mieuz avoir, ou je
ou mes frères, i — « Est-ce voirs, fet Perceval, que il est morz? »
— t Certes, sire, oïl, je le sai tout de voir. » — « Se m'aït Diex,
fetr-il, ce poise-moi moût durement. Je ne cuidoie mie qu’il déust
si tost morir, car je le fusse alé véoir n’a mie lonc tens. »
c Sire, fet-ele, je sui moût desconfortée por vos, car l’an m’a
dit autresint que force ne aide de nul chevalier ne me porra secorre
ne aidier dès cest jor en avent, se l'aide mon frère non. Et dont
avons-nos tôt perdu s’il est ainsint; car ma dame ma mère n’a respit
d’estre en son chastel que jusqu'à la quinzeine d’ui, et je ne sai
mès mon frère oà querre, et li jorz est si prochiens conme vos oez.
Or nos couvendra feire au miez que nos porrons et gerpir par tens
cest chastel, ne je ne sai nul recor que nos aions plus, fors el rois
Pelles en l’ermitaje. Là voudroie-je que ma dame ma mère fust,
car il ne nos faudroit mie. » Perceval se test et a grant pitié en son
cuer de ce que la damoisele li dist. Ele le suit en plorant et li
montre ces vaus de Kamaalot et les chastiaus, qui èrent fermez ès
regors des monteignes, et les granz praeries et la forest qui environ
les enceingnoit. c Sire, fet-ele, tout ce a tolu li sire des Mores ma
dame ma mère, ne nule chose ne couvoit-il tant conme cest chastel
avoir, et si aura-il par tens. »
Quant il orent tant chevauchié qu’il aprochièrent le chastel,
la dame estoit aus fenestres de la sale et connut sa fille. « Ha Diex,
fet la dame, je voi là ma fille venir et un chevalier avec li. Biau
sire Diez, donnez par vostre pleisir que ce soit mes fiuz ; quar, se
ce n’est-il, j'ai perdu mon chastel et mi oir en sont désérité. » Per¬
ceval aproche del chastel entre lui et sa seror et reconnut la cha-
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pele qui séoit sor 1111 coulonbes de marbre entre la forest et le
chastel, là où ces pères li dist que moût se devoit enmer bons che¬
valiers ne nule chose terrienne ne le povoit contre valoir ; car l’en
ne sauroit jà qui gisoit el sarqueil très qu'à iceie oure que li
mieudres chevaliers del mont i vendroit; mès adonques le sauroit
l'en. Perceval vost trespasser la chapele, mès la damoisele li dist :
< Sire, nus chevaliers ne trespasse par ci, que ne voise véoir le
sarqueil dedanz la chapele. » 11 descent et met la damoisele à terre
et met jus son glaive et son escu et vient vers le tonbel, qui moût
estoit biaus et riches. Il mist sa main par deseure. Tantost conme
il aprocha le sarqueil, il euvre d'une part, si qu’il vit celui qui
dedanz estoit el sarqueil. La damoisele li chiet au piez de joie. La
dame avoit tel coustume que toutes les foiz que chevaliers s’arestoit
au sarceii, qu'ele se feisoit adestrer à V chevaliers enciens qu’ele
avoit aveque li el chastel, qui ne li veullent fallir ; il l’adestrèrent
jusqu’à la chapele. Tantost conme ele vit le sarqueil ouvert et la
joie que sa fille fejsoit, ele sot bien que ce iert ces fiuz, ele le corut
acoler et beissier et conmança à mener la greignor joie c’onques
dame fèist.
« Or sai-je bien, fet-ele, que Damediex ne m’a mie oubliée,
car, puisque je r’ai mon fiuz, li annuiz et li domaches que l’en m’a
fet ne me griève mès noient. Sire, fet-ele à son fiuz, or est bien
séu et esprové que vos estes li mieudres chevaliers del monde. Car
autretant n’ouvrist jà mès li sarqueuz, ne ne séust l’en qui cist
fust que vos véez or en apert. Ele feit prandre à son chapelain unes
lettres d’or qui èrent sééllées el sarqueil ; il esgarde et lut et après
dit que ces lettres tesmoignent que cil' qui gist el sarqueil fu uns
de ceus qui aidièrent Nostre Seignor à desclofichier de la croiz.
L’en regarde dejoute lui, et trova les tenailles toutes sanglantes des¬
quels li cio furent osté, ne l’en ne les pot oster, ne le cors ne le sar¬
queil, ce nos raconte Josephus; car, tantost conme Perceval esloigna
la chapele, li sarqueuz reclot et joint ensanble ausint conme devant.
La Yeve Dame enmena son fil à moût grant joie en son chastel et
li recovra toutes les vileinnies que l’an li ot feites et einsint conme
misires Gauvains li garenti un an son chastel porsa bone chevalerie.
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« Siaux fiuz, fet-ele, or est li termes aprochiez que je éusse
mon chastel perdu se vos ne fussiez venuz. Mès or sai-je bien qu’il
iert garanliz par vos. Cil qui covoite cest chastel est uns des plus
outrajeus chevaliers qui vive. Si m’a tolue ma terre et les vaus de
Kamaalot, sans reignable achoison. Mès, se Dieu plest, vos rccou-
verroiz bien vostre doumache, car je ne cleim mès noient en la terre
puisque vos estes venuz. Mès venchiez vostre honte por acroistre
vostre honor, car nus ne se doit leissier amenuisier de son droit
envers mauveis home, et li doumache que l’an m’a fet, por ce que
je n’avoie point d’aide, ne soient refroidié en vos ; car honte que l’an
fêté preu n’à viguereus ne doit pas refroidier en lui; mès toujors
roidoier et enasprir; si doit l’en toujors avoir en remenbrance ces
annemis sanz feire sanblant ; mès, quanque il metroit en chière et
en sanblant feire et en menace, doit-il mestrc en fet quant il en
vient en leu. Car l’en ne peut mie trop gréver son anemi, se l’en nu
veust leissier por Dieu. Mès véritez est que fcscripture dit que
l’en ne doit mie feire mal à ces anemis, mès prier à Dieu qui les
ament. Je voudroie bien que noz anemis fussent que il envers nos
s’amendassent et que il nos féissent autretant de bien del nostre
méimes sanz eus gréver conme il nos ont fet de mal, par si que
m’ire et la vostre lor fust pardonée. La moie ire lor pardoingje
bien, au mien endroit; car il ne m’est mestiers que je veille à
nullui mal, et Salemons dit que li peschierres qui d’autrui péchéor
maudit, il maudit soi méime aussint.
« Biax fiuz, cist chastiax est vostres, et cesle terre environ
que l’an m’a tolue doit estre par droit vostre ; car ele meut de par
vostre père et de par môi. Si mandez au seignor des Mores, qui
tolue la m’a, que il la vos rande. Je n’i cleim mès noient, car je la
vos quite; car je n’ai que feire de terre, fors que tant où li cors
puisse estre enterrez à la mort, ne je ne vivrai mie longuement
puisque li rois PeSchierres, mes frères, est morz, de quoi je sui
moût dolante à mon cuer, et fusse encor plus se ne fust par la joie
de vostre venue. Et si vos di bien, fiuz, que vos avez grant coupes
an sa mort; car vos estes li chevaliers par quoi il chéï primes en
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lengor ; car, or à primes le sai-je bien, se vos i fussiez après r’alez
si éussiez feite la demande que vos ne féisles mie au premier, il
fust revenuz en santé. Mès Damediex si le vost ainssint, si devons
bien ostroier sa volenté et son pleisir. »
P erceval a sa mère escoulée, mès moût petit a res pondu ;
mès moût li plest quanque ele a dit. Li viaires li est enflanblez de
hardement et li courages espris. Sa mère le regarde moût volen-
ticrs ; ele Pot fet désarmer et li ot fet vestir une moût riche robe.
11 fu biax chevaliers si qu’au tout le monde ne trovast Ven plus
parant ne plus formé. Li sires des Mores, qui cuidoit bien estre
certeins d’avoir le chastel sa mère, sot la venue de Perceval ; il ne
s’an esmaia point par sanblant, ne n’an vost leissier à chevauchier
par les terres ne par les forés, et chaucun jor s’aastissoit que li
chastiax seroit siens, à l’eure et au terme que mise i avoit. Li uns
des V chevaliers à la Veve Dame fu un jor alez en la forest sou-
teinne, aus biches et aus scers, et en avoit pris à sa volenté. 11
reveooit arrières el chaslel et li vénéor avec lui, quant li sires des
Mores rencontra qu’il li dit qu’il avoit fet grant hardement, qui en
la forest avoit archoié ; et li chevaliers li respondi que la forest ne
devoit pas estre seue, mès à la dame de Quamaaloth et à son fil
qui repeirié estoit.
ïii sires des Mores se correça; il tenoit 1 espée, si li lança
très parmi le cors et l’ocist. Li chevaliers en fu portez mort el
chastel de Kamaalot devant la Veve Dame et devant son fil. « fiiau
fiuz, fet la Veve Dame, de si fez presanz m’a fet li sires des Mores,
plus que je ne voussisse ; il ne peut onques estre saoulez de ma
terre doumagier ne del sanc des cors à mes chevaliers traire. Or
povez-vos bien savoir qu’il m’a fet maint ennui, puis que vostre
pères fu morz et puis que vos ne fustes el chastel, puisqu’il m’an
fet ore tant quant vos i estes. Vos avez non Perceval por ce que,
avent que vos fussiez nez, conmença l’en à vostre père à tolir les
vaus de Kamaalot; car il estoit enciens chevaliers, si estoient tuit
si frère mort; et por ce vos mistril cest non en bauptesme, por ce
que il vos menbrast de son doumache et del vostre et que vos
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raidissiez à recouvrer se vos en aviez le povoir. » La dame fet son
chevalier ensevelir, dont ele est moût dotante, et l’endemain chanter
la messe et enterrer le. Perceval fist armer II des chevaliers enciens
avec lui, puis oissi fors del chas tel et entra en la grant forest
ocure. Il chevaucha tant que il vint devent un chastel; il encontra
V chevaliers qui en issoient fors, toz armez; il lor demanda à cui
il estoient ; il responnent qu’il sont au seignor des Mores et que il
vont querre le fil à la Veve Dame, qui est en la forest. « Se nos
le péons randre, nos en aurons bon gerredon. i — « Par foi, fet
Perceval, vez-me-ci, ne le quérez plus loig. »
Perceval Sert cheval des espérons et vient au premier, si
qu’il li passe son glaive très parmi le cors et le porte à terre mort.
Li autre dui chevalier fièrent chaucun le sien si qu’il les ont navrez
ès cors moût durement. Li autre dui s’an voloient fouir, mès Per¬
ceval les détint et il se rendent prison, por péor de mort. Il les
enmoigne touz quatre el chastel de Kamaalot, si les présante à
sa dame sa mère. « Dame, fet-il, véez-ci le retor de vostre cheva¬
lier que l’en vos a mort; et li quinz est demourez autresint mau-
bailliz, an la pièce de terre, conme li vostres fu. » — < Biau fiuz,
fet-ele, je enmasse mieuz la pès en autre manière, se estre péust. >
— < Dame, fet-il, ainsint est ore. L’an doit feire grant gerre contre
gerréor et pès encontre peissible. » Li chevalier sont mis en
prison. Les noveles sont venues au seignor des Mores que li fiuz à
la Veve Dame a un de ces chevaliers ocis et II1I menez en prison.
11 en a moût grant ire en son cuer, et jure et afiche que jà mès
n’iert en repos très qu’à icele oure qu’il l’aura ou pris ou mort,
et, s’il avoit chevalier en sa terre qu’il li péust rendre, il li donroit
un des mellors chastiax de sa contrée. Li plusor se sont aati de
Perceval prandre ; VII en vindrent devant lui, tuit armez, en la
forest de Kamaalot, et chacièrent et berssèrent a us bestes sauvages
en la forest par defors, si que cil del chastel les virent.
Perceval estoit en la chapele sa mère où il escoutoit la
messe, et, quant la messe fu chantée, sa seur li dist: « Biaus frère,
véez-vos ici le seintime drap que je aportai de la chapele del cime-
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tire périlleus; beissiez-le et louchiez à vostre viaire, car uns seins
hennîtes me dist que jà nostre terre ne seroit conquise tris qu’à
ieele eure que vos en auriez. » Perceval le beise, puis l'atoucbe à
ces euz et à son viaire. Après, se vet armer et li quatre chevalier
ensanble o lui; puis, ist fors de la chanbre et monte sor son
cheval; puis, ist fors de la porte eonme lions deschaënnez. Il sist
sor un grant cheval tout couvert; il aproche les VIII chevaliers
qui tuit estoient armé et tuit enchevauchié ; il lor demande quel
gent il sont et que il quièrent, et il dient qu’il sont ennemi à la
Veve Dame et à son fil. < Donques vos desfi i » fet Perceval. 11 vient
à eus par grant aïr et li quatre chevalier aveque lui, et abat
chaucun le sien si durement qu’il n’i a celui qui ne soit navrez el
cors, ou pécoié ou braz ou cuisse. Li autre tindrent la mellée au
plus qu’il la porent endurer. Perceval les fist prendre et mener el
chastel et les autres V que il avoient abatuz. Li sires des Mores
estoit venuz archoier, si oï la noise des chevaliers, il s’en vint cele
part grant aléure, touz armez, t Sire, fet li uns des enciens che¬
valiers à Perceval, vez-ci le seignor des Mores qu’il vient, qui
vostre mère a tolue sa terre et ocis ces homes. De cetui seroit bone
à prandre la vengence. Esgardez eonme il vient aramiz. » Perceval
l’esgarde eonme celui que il n’aime mie, et s’an vient vers lui tant
oonme cheval li peut rendre, et le Sert très parmi le piz si dure¬
ment que il porte à terre lui le cheval tout en 1 mont. Il descent à
terre, puis trait l’espée. « Conment, fet li sires des Mores, volez-
me-vos donques ocirre ne maumestre plus que je sui? » — « Par
mon chief, fet Perceval, naie encores si tost, mès je vos ocirrai
assez par tens. » — c Se vos sanble, fet li sires des Mores, mès ce
n’iert mie encores. » Il sailli sus en piez et cort sus à Perceval,
l’espée traite, eonme cil qui volentiers le doumajast se il péust.
Mès Perceval se desfant eonme bons chevaliers, et li donna tel cop
en son venir qu’il li trancha le braz atout l’espée. Li chevalier qui
après lui venoient s’an fouirent arrière, tuit desconfit, quant il
virent lor seignor afolé. Et Perceval le fet lever sor 'un cheval et
le fet porter el chastel, si le présente à sa mère. « Dame, fet-il,
vez-ci le seignor des Mores. Vos li avez bien atendu conment vos
li déustes prochiennement randre vostre chastel la aparmain. »
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— 184 —
c Usine, fet li sires des Mores, vostre fiuz m’a afolé et mes
chevaliers pris et moi aatresint. Je vos randrai vos chastiax
quanque j’an tieng devers moi ; si me clamez tôt quite. » — « Et
qui li sodra, fet Perceval, la honte que vos li avez feite, et ces che¬
valiers que vos li avez moH, dont vos n'éustes onques pitié? Jà
Diex ne m’aït se ele a de vos merci ne pitié, quant je jà mès me
travaillerai por besoigne qu’ele oit por venir en s’aide. Autretel
pitié conme vos avez éu de lui et de ma sereur, aurai-je de vos.
Damediex conmaiida, en la viele loi et en la novele, que l'an féist
justisedes omécides et des traïtors; ausint ferai-je de vos, jà ces
conmandemenz n'an iert trespassez. » Il fet aprester une grant
cuve enmi la cort et amener les XI chevaliers ; il lor fet les chiés
coper en la cuve et tant seignier conme il porent rendre de sanc;
et puis fist les cors traire et les chiés, si que n’i ot que le sanc
tout pur en la cuve. Après, fet désarmer le seignor des Mores et
amener devant la cuve où il avoit grant foison de sanc. Il li fet les
piez lier et les mains, moût estroitement ; après, li à dit : • Vos ne
péustes onques estre saoulez del sanc aus chevaliers ma dame ma
mère, je vos saoulerai del sanc à vos chevaliers. * Il le fet pendre
par les piez en la cuve, si que ia teste fu el sanc très qu'aus
espaules; puis, l'i fist tant tenir qu'il fu noiez et esteinz. Après,
en fet porter son cors et les cors aus autres chevaliers et lor
chiés, et les fist giter en un charnier encien, qui estoit dejoute
une viele chapele en la forest, et la cuve atout le sanc fist gilier
en la rivière si que l’ève en fu toute sanglante. Les noveles
vindrent par les chastiax que li fiuz à la Veve Dame avoit ocis
le seignor des Mores et les meillors de ces chevaliers. Il en
furent en plus grant doutance; li plusor distrent que autretel
feroit-il d'eus se il n’èrent à son conmandement. L’an li aporte
les clers de touz les chastiax que l’an avoit toluz à sa mère,
et la raséurent luit li chevalier, qui devant l'avoient gerpie, d'estre
à sa volenté, por péor de mort. Toute la terre fu asséurée et
la dame, en joie et sanz ennui, fors que por le roi Peschéor son
frère qui morz estoit, dont ele estoit moult dolante et moult cor-
reciée.
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185 —
Un jor se séoit la Veve Dame au mangier et avoit grant
foison de chevaliers en la sale. Perccval se séoit delez sa seur.
Atant ez-vos la damoisele del char qui venoit, et les autres II damoi-
seles, si venoit devant la Veve Dame et devant son fil, si les salue
moût hautement. « Damoisele, fet Perceval, bone aventure aiez-
vos ! » — « Sire, fet-ele, vos avez ci moût bien esploitié de vostre
afeire; or l’alez esploitier aillors, car il est moût grant mestiers.
Li rois hermites, qui est frères vostre mère, vos mende que, se
vos ne venez hastivement en la terre qui fu le roi Peschierres vostre
oncle, que la novele loi que Diex i a eslablie i amenuisera moût.
Car li rois del Chastel Mortel, qui la terre a saisie et le chaste),
a fet crier par tôt le païs que tuit cil qui vostrent maintenir la
vielle loi et gerpir la novele auront garantie de lui et son conseil
et s’aide; et cil qui feire ne le voudront seront destruiz et essillié. »
— < Ha, biau fiuz, fet la Veve Dame, avez oreoï grant desloiaulé
del mal home qui mes frères est, de quoi je sui moût dolante quant
il m’apartient. » — « Dame, fet Perceval, vostre frères ne mes
oncles n’est-il mie, puisqu’il renie Dieu; ainz est nostre anemis
mortex, et plus le devons-nos haïr que autres eslranges. »
« Biau fiuz, fet la Veve Dame, je vos prie et requier que la
loi au Sauvéor ne soit mise en oubli ne an nonchaloir, là oà vos
la puissiez essaucier ; quar mil meillor seignor ne povez-vos servir,
ne nus ne sel plus biau gerredonner de lui. Biau fiuz, nus ne
peut estre bons chevaliers se il ne le sert et aime. Gardez que vos
soiez adès en son servise, ne nu déloiez por nule penssée; mès soiez
en son conmandement, autresint au vespres conme au matin; si
ne forligneroiz mie vostre lignage. Et Damediex vos en doint
penssée et bone volenté ainsint conme vos l’avez conmancié. » La
Veve Dame, qui moût amoit sont fil, est levée des tables, et tuit li
autre chevalier, et li sanble qu’ele est dame de sa terre autressint
bien conme ele fu onques mieuz. Mès ele rant grâces moutsouvant
au Sauvéor del monde de bon cuer et li prie qu’il, par son pleisir,
prest à son fil espace de vie, par amendement d’âme et de cors.
Perceval fu aveques sa mère grant pièce et avec sa seror, et fu
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— 186 —
moût doutez et onorez de toz les chevaliers de la terre, par le
grant saoz et par le grant esfort et par la grant valor de sa che¬
valerie.
ist hauz estoires dit que misires Gauvains et Lan-
celoz furent repeiriez è la cort le roi Artus, de la
queste qu'il orent achevée. Li rois en fist moût grant
joie et la reine. Li rois Artus séoit un jor au mengier
dejouste la réine et ot l’en servi du premier mès.
Atant vindrent dui chevalier, tuit armé, et apor-
tôit chaucuns un chevalier mort devent lui, et estoient li chevalier
encor armé tant conme li cors duroient. t Sire, font li chevalier,
ceste grant honte et cist doumaches est vostre. En ceste manière
perdroiz-vos par lens touz vos chevaliers, se Diex ne vos ainme
tant qu’il i meste conseil par tens, par seue amor. » — « Seignors,
fet li rois, conment sont cist chevalier ainsint mal atornez? » —
« Sire, font-il, il est bien droiz que vos le sachoiz. Li chevaliers
del Dragon ardant est entrez el chief de vostre terre, si destruit
chevaliers et chastiax et quanqu’il aconssuit. Si n’i ose nus con-
tendre envers lui, car il est greindres un pié que chevalier que vos
éussiez onques, et d’orrible chière, et si est s’espée greindre
III tenz que nule autre espée de chevalier, et en son glaive a bien
la charge d’un home. De son escu se peuent bien covrir dui cheva¬
lier, et a, par defors, la teste d’un dragon qui giète feu et flanbe
toutes les eures que il veust, si aigre et si cuissant que nus ne
peut longuement durer encontre.
.N.
I us ele autre aventure, tant soit fors, ne li peut contrester
et, ainsint conme vos véez, a-il bruillez et maubailliz tous les
austres chevaliers qui à lui se mellent. »— « De quel terre est venuz
itex bons! » fet li rois. « Sire, fet li chevaliers, il est venuz del
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— 187 —
chaste! au Jaiant, et vos gerroie por l’amor de Logrin le jaiant, dont
misires Rex vos aporta la teste en vostre cort; ne jà mès, ce dit,
n*ara joie très qu’à icele oure qu’il l’aura vengié de vostre cors ou
del chevalier que vos plus ameroiz. > — « Damediez, fet li rois,
nos desfandra de si mal home. » Il est levez des tables et fu touz
esfraez, et fet porter les II chevaliers morz en terre, et li autre
s’an retornent quant il orent dit lor mesage. Li roi apele monsei-
gnor Gauvain et Lancelot et lor demande qu’il fera de cest chevalier
qui est entrez en sa terre : c Par mon chief je n’an sai que dire se
vos ne m en conseilliez. » — « Sire, fet Lanceloz, nos irons, entre
moi et monseignor Gauvain, encontre, se il vos plest. » — « Par
mon chief, fet li rois, je ne vos i leiroie aler por I réaume ; car tex
hons n’est mie chevaliers, ainz est déables et ennemis, qui d’aucun
des costez d’anfer est oissuz. Je ne vos di mie que ce ne fust grant
honor et grant pris de lui ocirre ne conquerre; mès moût se
metroit en grant péril qui encontre lui iroit et moût auroit grant
fein d’estre ainsint conme je vi les II chevaliers bailliz. » Li rois
fu en si grant esfroi qu’il ne set qu’il puisse feire ne dire, et aussint
est toute la court, ne si n’i a geires chevalier qui, ne un ne a.utre,
soit entalentez d’aler à lui coubatre; si en est toute la cort en grant
esmai.
reconmcnce une des mestres branches del Graal,
el non (Ici père et del fil et del scint esperit. Per-
ceval ot tant esté aveques sa mère contne li plut.
Il s’en est partiz par son gré et par le gré de sa
seror, et lor dit que il revendra en la terre au plus
hastivement que il porra. Il entre en la grant forest
soutine et chevauche tant par ces jornées que il vint, un jor, en
droit l’eure de midi, en une moût très bele lande, et voit une forest.
11 esgarde enmi la lande et voit une croiz vermeille. Il regarde au
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chief de la lande et voit I moût bel chevalier séoir en l’onbre de la
forest, et estoit vestuz de blans dras et tenoit un veisseil d’or en sa
main. A l'autre chief regarde de la lande et voit une damoisele séoir
autresint, jeune et jante et de moût très grantbiauté; et estoie vestue
d’un blanc samiz, goûté d’or. Josephus nos raconte, par la devine
escriptüre, que de la forest oissi une beste blanche conme noif négiée,
etestoit greindre d’un goupil et mendre d’un lièvre. La beste vint en
la lande, toute esfraée, car ele avoit en son ventre XV chéaus qui
glapissoient autressint dedanz li, conme chien en bois, et ele s’an
fuioit aval la lande por la péor des chiens dont ele ot le glai
dedanz lui. Perceval s’areste sor l’areslel de son glaive por regarder
la merveille de ceste beste de qui il a moût grant pitié, car ele est
tant douce par senblant et de si très grant biauté, et sanble de ces
euz que ce soient II esmeraudes. Ele ceurt le chevalier, toute
esfraée, et, quant ele i a esté une pièce et li chien l’araticent, si
s’an eort vers la damoisele et là ne peut-ele pas moult longuement
arester, car li chael qui en li sont ne cessent dé glatir, de quoi ele
a moût grant péor.
Ele ne s’ose mestre en la forest ; ele voit Perceval, si s’an
vient vers lui por gérison ; ele vet gésir sor le col de son cheval et
il li tant ces mains por recevoir la, por ce que ele ne se blecist; et
toutes eures glatissoient li chien ; et li chevaliers li escrie : t Sire
chevaliers, fet-il à Perceval, leissiez la beste aler, ne la tenez mie,
car il n’afiert n’à vos n’à autrui; mès leissiez li feire sa destinée. »
La beste vit qu’ele n’avoit nul garant, ele s’an vet vers la croiz, et
tantost ne porent plus estre li chacl en lui, ainz oissirent fors, tuil
vif aussint conme chien ; mès il n’estoient pas de sa douceur ne de
sa biauté ; ele s’umelioit moût entr’eus et se coucha à terre et fist
autretel sanblant conme se ele lor criast merci, et fu au plus près
de la croiz qu’ele pot. Li chien Forent avironnée et li coururent
sus de toutes parz, si la dépccièrent toute au danz; mès n’orent
onques povoir que il manjassent de la chair ne que il c’esloignas-
sent de la croiz.
Quant li chien orent la teste mengiée, si s’an fouirent el
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bois antresint conme luit enragié. Li chevaliers et la damoisele
Tiennent là où la beste gisoit par pièces, à la croiz, si en prant
chaucuns sa partie et mestent en lor veissiax d’or, et prenoient le sanc
qui gisoit deseure la terre autresint conme la char et beisent le leu
et aourent la croiz; puis,se remestent en la forest. Perceval descent
et se met à jenoillons devant la croix, si la beise et aoure et le leu
où la beste fu ocise, autresint conme il avoit véu feire le chevalier
et la damoisele ; et li vint une oudor si souef, de la croiz et du leu,
que nule douceur ne s’i péust apareillier. Il regarde et voit venir
de la forest II provoires tout à pié ; et li huche li premiers : « Sire
chevaliers, Iraez-vos en sus de la croiz, quar vos n’i devez aprou-
chier. » Perceval se trait arrières et li prestres s’ajenouille devant
la croiz, si l’aoure et encline et beise plus de vint foiz et moigne la
greignor joie del monde. Et li auslres prestres vient après, si aporie
unes granz verges, si en oste celui à force et bat la croiz de la verge
de toute parz et ploure moût très durement.
Perceval l’esgardeà moût grant merveille et lui dit : « Sire,
fet-il, dont ne sanblez-vos prestres. Por quoi feites-vos si çranl
vileignie? » — « Sire, fet li prestres, à vos n’an monte riens de
quanque nos feissons; ne par nos ne le sauroiz-vos mie. » Se il ne
fust prestres, Perceval se fust moût courrouciez à lui ; mès il ne li
vost noient mesfeire. Il s’an parti alanl et monte sour son cheval,
puis rantra en la forest, touz armez; mès n’ol geires en tel menière
chevauchié quant il encontra le Couarl Chevalier, qui li escria de
si loig conme il le vit*: « Sire, por Dieu, aurai-je garde de vos? »
— « Quex bons estes-vos donc? » fet Perceval. « Sire, fet-il, j’ai
non li Couarz Chevaliers et sui à la damoisele del char. Si vos pri,
por Dieu et por vostre valor, que vos ne me touchiez, » Perceval le
regarde, si le voit grant et bel et bien forni et adroit et tout armé
sor son cheval ; si li dit : < Puisque vos estes si couarz, por quoi
estes-vos si armez?» — t Sire, fet-il, por la vileinie d’aucun
chevalier que je dout, car tiex me porroit encontrer qui tost
m’ocirroit. »
c .listes*vos si couarz conme vos dites? » fet Perceval. « Oïl,
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fet-il, plus assez. > — < Par mon chief, fet-il, je vos ferai hardi.
Or en venez o moi ; quar c’est grant doumache que couardise est
herbergiée en si biau chevalier. Je veil que vostre nons soit chan¬
giez hastivement, car tiex nons est lez à chevalier. » — « Ha, sire,
por Dieu, merci t Or sai-je bien que vos me volez ocirre. Je ne veil
changier mon conrage ne mon non. »—« Par mon chief, fet Perce val,
dont morrez-vos par tens. » 11 l’en fet aler devant lui, quel gré
qu’il en oit, et li chevaliers i vet moût à enviz. 11 n’ont geires che-
vauchié quant il oï en la forest, fors de la voie, II damoiseles qui
se démentoient moût durement et prioient à Damedieu qu’il jor
envoiast par tens secours. '
Perceval vint cele part, entre lui et le chevalier que il chace
devant lui & force, et voit I grant chevalier tout armé qui les
II damoiseles enmoigne, toutes escheveulées ; il leg fiert d’eures en
autres, d’unes granz verges, si que li sans lor coule contreval les
faces. « Ha, sire chevaliers, fet Perceval, que demandez-vos à ces
H damoiseles que vos menez si vileinnement? » — < Sire, fet-il,
ele me déséritent d’un mien recet, qui est en ceste forest, que misires
Gauvains lor dona. »— « Sire, font-eles à Perceval, cist chevaliers
est robierres, si n’an a plus remès en ceste forest, et les austres
chevaliers qui robéours estoient ocist monseignor Gauvains et Lan-
celoz et uns austres chevaliers qui avec eus vint; et, por la grant
soufreste et por la grant poureté que misires Gauvains et Lanceloz
vit en nos jadis et en la meson nostre frère là où il giurent el
chastel, nos vostrent-il douner cest recet et le trésor que il con-
quistrent sor les chevaliers robéors, et por ce nos enmoigne cist
por ocirre et por destruire, et autretel feroit-il de vos se il en avoit
pooir et de touz les chevaliers se il en avoit povoir. » — t Sire
chevaliers, fet Perceval, leissiez les damoiseles, car je sai bien
qu’eles dient voir, car je fui là où li recez lor fu donnez. » —
» Dont aidastes-vos mon lignage à ocirre, fet li chevaliers; de
quoi je vos desfi. * — « Ha, fet li Couarz Chevaliers à Perceval, ne
vos chaust que il vos die; ne vos correciez mie; alez vostre
chemin. » — « Certes, fet Perceval, je non ferai, ainz aiderai,
fet-il, à chalongier l’anor aus damoiseles. »
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— 191 —
«Ha, sire, fet li Couarz Chevaliers, par moi ne sera-ele
ji chalongiée. » Perceval se trait arrière. « Sire, fet-il, vez-là mon
avoué que je met en leu de moi. » Li chevaliers robierres meut à
lui et le fiert si durement sor son escu si qu’il li brise son glaive,
mès il ne peut le Couart Chevalier remuer ; ainz fu toujors remuez
toz droiz ès arçons de la sele; il esgarde l’autre chevalier qui
c’espée ot traite. Li Couarz Chevaliers esgarde d’une part et d’autre,
qui s’an fouist volentiers s’il osast. Mès Perceval li escrie : < Che¬
valiers, pénez-vos de sauver m’ennor et vostre vie et Ténor à ces
deus damoiseles. » Et li chevaliers li donne grant cop de l’espée,
si que près vet que il ne l’estone tout. Et li Couarz Chevaliers ne
se meut. Perceval l’esgarde à merveilles, si se pensse qu’il a mis
trop couart chevalier en son leu ; or à primes set bien que il li
disoit vérité. Li chevaliers robières l’anchauce de toutes parz et li
done tant de cox que li chevaliers vit son sanc. « Par mon chief,
fet-il, vos m’avez blécié, mès vos le conparroiz ; car je ne cuidoie
mie que vos me vossissiez ocirre. » 11 aloigne son glaive, qui fors
estoit et fiers, et fiert le cheval des espérons moût très durement,
et consuit le chevalier de s’espée très enmi le piz, de si très
grant aïr qu’il le porte à terre jus del cheval. 11 descent sor lui, si
li deslace la venlaille et abat la coiffe; puis li tranche la teste, si la
présante à Perceval : t Sire, fet-il, ice vos doing-je de ma pre¬
mière joute. » — « Par mon chief, fet Perceval, icest présant
ain-je moût chier; or gardez que vos ne vos enbatez mès en couar¬
dise où vos avez esté. Car c’est trop grant honte à chevalier. » —
€ Sire, fet-il, non ferai-je ; mès je ne cuidoie mie que l’an devenist
si tost hardiz, car je le fusse devenuz grant pièça ; si i éusse éu
preu et honeur; car maint chevalier m’ont tenu en despit, qui
m’éussent onoré. » Perceval respont qu’il est bien droiz et resons
que l’en honore plus les preudesomes que les autres, t Je vos cou¬
inant ces 11 damoiseles à garder, et les menez en lor recet sauve-
ment, et soiez à lor pleisir et à lor volenté, et si dites partout que
vos avez à non li Hardiz Chevaliers; car cist nons est plus cortois
que li austres. » — t Sire, fet-il, vos dites voir, et le non ai-je
bien de par vos. » Les damoiseles si mercient moût Perceval et
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— 192 —
prennent congié à lui, si s’an vont et sèvent moût bon gré au
chevalier, qui avec eles s’an vet, del chevalier qu’il a ocis; si l’an
apèlent Hardi Chevalier.
Percevaus se part del lieu où li chevaliers gist morz, et
chevauche tant qu’il aproche Kardeil, où li rois Artus estoit, et
treuve le païs environ en grant esfroi et en grant esmaience. Il se
merveille moût de quoi ce est et demande à la gent menue de quoi
il sont en grant esfroi : t Dont ne vit encore li rois? » — « Sire,
font li plusor, oïl, il est là dedanz en cel chaslel, mès il n’i fu onques
mès si destroiz ne si effraez conme il est orendroit. Car uns che¬
valiers le gerroie, vers qui nus chevaliers du mont ne peut durer. >
Perceval chevauche tant qu’il vint devant la meslre sale et est descen-
duz au perron. Lanceloz et misires Gauvains vinrent encontre lui, si
en firent moût grant joie, et li rois et la réine et tuit cil de la cort ;
si le firent désarmer et vestir de moût riche robe. Moût le regar¬
dèrent volentiers cil qui onques ne l’orent véu, por le pris et por
la valor de sa chevalerie. La cort fu auques resbaudie por lui, qui
moût avoit esté troublée. Si con li rois séoit un jor au mengier,
atent vindrent 1111 chevaliers qui vindrent en la sale, tuit armé, et
portoit chaucuns devant lui un chevalier mort; et aioienl les piez
et les braz tranchiez, mès les cors estoient encore tuit armé, de
quoi li hauberc èrent autresint noir conme foudre. Il gîtèrent les
chevaliers enmi la sale, c Sire, font-il au roi, autres foiz vos est
montrée ccste honte que l’en vos fet, qui m’est mie amendée. Li
chevaliers au Dragon vos destruit vostre terre et ocit vos homes et
nos approche au plus qu’il peut, et dit que jà ne trovera si hardi
chevalier en vostre cort qui l’ost atendre ne envaïr. » Li rois a moût
grant vergoigne de ces noveles et misires Gauvains ausint. Si sont
moût dolanz en lor cuers de ce que li rois ne les i a leisiez aler.
Li IIII chevaliers s’an relornent arrières et leissièrent les chevalière
morz en la sale, mès li rois les fet enterrer avec les autres.
Xji murmuires liève moût granz entre les chevaliers en la
sale, et dient bien li plusor que onques mès n’oïrent parler de
nullui qui si cruiement océist chevaliers, ne tant, conme cist feis-
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soit; ne l’en ne doit pas blâmer monseignor Gauvain ne Lancelot
se il n’i aloient, car il n’a chevalier el monde qui tel home pouist
conquere, se Damediex ne li feisoit, puisque giète feu et flanbe de
son escu quant il veust. Et* ainssint conme li murmuires estoit
entre les chevaliers toi antor la sale, atant ez-vos la damoisele qui
le chevalier feisoit porter en litière mort, et vient devant le roi.
« Sire, fet-ele, je vos pri et requier que vos me faciez droit en
vostre cort. Véez-ci monseignor Gauvain qui fu à lasanblée en la
vermeille lande, où il ot assez chevaliers, et li fiuz à la Veve Dame
i fu, que je voi séoir dejouste vos. 11 et misires Gauvains furent cil
qui le greignor pris en orent de l’asanblée. Cil chevaliers avoit
unes blanches armes; cil de l’asanblée distrent qu’il l’avoit mieuz
fet de monseignor Gauvain, por ce que il [fu] premièrement à
l’asanblée. Il me fu ostroié, ainz que l’asanblée conmançast, que li
mieuz feisanz vencheroit chevalier. Sire, l’ai tant quis que je
l’ai trové en vostre cort. Si vos pri et requier que vos li dites que
il en face tant que il n’an soit blâmez, car misires Gauvains set
bien que je ai voir dit. Mès li chevaliers s’en parti si tost de
l’asenblée que je ne soi que il devint, et misires Gauvains en fu
moût dolanz, de ce que il s’an fu partiz ; car il le quéroit, si n’an
connut mie. >
c Damoisele, fet misires Gauvains, véritez est que ce fu il
qui mieuz le fist i l’asenblée de la vermeille lande, et du sorplus
li couvendra-il bien envers vos, se Dieu plest. » — « Misires
Gauvains, fet Perceval, il me sanble que vos fustes li mieuz feisanz
sor touz les austres. » — c Par foi, fet misires Gauvains, vos
dites vostre cortoisie; mès, conment que je ne li autre le féissent,
vos en eustes le pris par le jugement des chevaliers. De tant os-je
bien à la damoisele porter tesmoing. > — * Sire, fet-ele, gran
merciz! Il ne doit mie refuser ce dont je le requier. Car li cheva¬
liers que j'ai longuement porssuivi et porté en litière mort, fu fiuz
son oncle Elinant de Cavalon. »
« Damoisele, fet Perceval, gardez que vos diez vérité. Je sai
bien que Elinant de Cavalon fu mes oncles de par mon père, mès
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de son fil ne connui-je mie. » — « Sire, fet-ele, il fis! bien i çon-
noistre, par sa granl yalor et par son hardement fu il morz, et
avoit à non Alein deCavalon. La damoisele au cescle d’or l’amoit
de si très grant amor conme ele povoit; plus biaus chevaliers [fu]
que l'an éust onques véu de son aagé, et fust li uns des mieudres
chevaliers que l’an séust se il éust duré longuement ; et, por le
grant amor qu’ele avoit en lui, fist-ele le cors enbaumer quant li
chevaliers au Dragon l’ot ocis, qui tant est cruieus, qui essille
toutes les terres et toutes les illes. La damoisele au cescle d’or a il
desfiée, si a ji de ses chevaliers ocis moût grant partie, et ele est
enserrée dedanz son chastel qu’el n’an ose oissir ; si dient bien tuit
li chevalier qui là sont, et dame del chastel aussint, que cil qui
cest vengera aura le cescle d’or dont ele ne se vost onques mès
partir, et ce iert la greingdre que chevaliers puisse avoir.
« Sire, fet-ele, si vos devez bien péner de venchier le fil
vostre oncle et de conquerre le cescle d'or; car, se vos ociez le che¬
valier, vos aurez garantie la terre au roi Artus, que il menace à
essillier, et toutes les autres terres qui marchissent à la seue, car
il ne hait nul roi tant conme il fet le roi Artu por la teste del
jaiant dont il fist tel joie en sa cort. » — « Damoisele, fet Perceval,
où est li chevaliers au Dragon? » — t Sire, fet-ele, il est ès illes
des Olifanz qui souloit estre la plus bele terre et la plus riche del
mdnt. Or l’a toute essilliée, ce distrent, si que nus n’i ose abiter ;
et l’ille sor quoi il abitent est sor le chastel à la damoisele au cescle
d’or, si qu’ele li voit chaucun jor aporter les chevaliers touz entiers
de la forest que il ocit et desmenbre, dont ele a moût grant dolor
au cuer. »
Perceval ot ce que la damoisele li dit, si s’an merveille
moût et pensse en soi méimes, puisque l’aventure est mise sor lui,
qu’il en aura grant blâme se il ne la fet. Il prant congié au roi et
à la réine, si s’an vet et se part de la cort. Misires Gauvains s’an
part et Lanceloz avec, et dient que il le conduiront très qu’à la
pièce de terre se il i peuent aler. Perceval a moût chière lor con-
pagnie. Li rois et la réine ont grant pitié de Perceval et dient tuit
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que onques mès dos chevaliers n’ala en si grant péril, si en sera
moût grant doomache au siècle se il i meurt. Il envoient par tous
les ermites et par toz les preudesomes de la fôrest de Kardeil et
font prier por Perceval, que Diex le desfande de cel ennemi à qui
il s*an vet conbatre. Lanceloz et misires Gauvains s’an vont aveques
lui par les estranges forés et par les illes et trouvèrent les forés
toutes vuides et essilliées et gastées de leus en leus. La damoisele
les suit atout le chevalier mort. Et ont tant erré qu’il viennent en
la pleine devant la forest; il esgardèrent devant eus et virent
I chastel qui séoit en la pleinne, dehors la forest ; et virent qu'il
séoit en une moût bele praierie et estoit avironnez de granz èves
couranz et cenglez de granz murs, et avoit par dedanz granz sales
fenestrées. Il aprochent le chastel et voient qu’il tornoie tout
environ plus tpst que vent ne cort ; et avoit par desus, les archières
à arbalestes de coivre qui traient de si très grant vertu, que n’est
arméore el monde qui vers le cop éust garant. Ensanble o eus
avoit homes cuiriez qui tornoient et sonnoient si très durement
que sanbloit que toute la terre crolast. Et avoit par desouz à
l’entrée lions et ors enchaennez, qui braoient de si très grant
vertu et de si grant aïr que toute la terre et la valée en tantissoit.
Li chevalier s’arestent et esgardent cele merveille, c Seignors, fet
la damoisele, or povez véoir le chastel de Grant Esfort. Misires
Gauvains et Lanceloz, traiez-vos arrières; n’aprochiez mie les
archières de plus près, car vostre mort seroit jugiée. Et vos, sire,
fet-ele à Perceval, se vos volez entrer en cest chastel, bailliez-moi
vostre glaive et vostre escu, si le porterai avent por garentie; et
vos, venez après moi, si feites contenance tele cornue bons cheva¬
liers doit feire, si passeroiz parmi le chastel. Mès vostre conpaignon
se peuent bien traire ferrière, car il n’est ore mie l’oure de passer
à lor eus; il n’idoit passer se cil non qui le chevalier vet con-
querre et le cescle d’or et le Graal, et la fausse loi aus cors de
quoivre osier. »
Perceval est moût dolenz de ce qu’il ot dire i la damoisele
que misires Gauvains ne Lanceloz n'i passeront mie avec lui, et si
sont li meillor chevalier del monde. Il prant congié à eus, moût
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dolanz ; mès il se départent moult à enviz ; mès il li prient mont
doucement, se Damediex l’an lest eschaper vif de là où il vet, que
il se meste encore en aucun tens en leu et en aise où il le paissent
véoir sans dcsconnoistre. Cil s’arestent por véoir le Bon Chevalier,
qui baille son escu et son glaive à la damoisele. Ele a mis son escu
en la litière au mort devant, puis montre à ceus del chastel tout
en apert l’escu qui fu au Bon Soudoier; après, lor enseigne qu’il
est au chevalier qui derrières lui est arestez. Perceval fu sanz
escu ès arçons de la sele et tint traite Fespée et s’afiche ès estrex
de si grant aïr que il les fisl touz croistre, et au cheval ploier les
eschines. Après, regarde Lancelot et monseignor Gauvain. « Sei-
gnors, fet-il, au Sauvéor del monde vos conmant. > Et il resporî-
dent que cil soit garde de son cors et de s’âme et de sa vie, qui se
leissa peiner de son cors en la seinte veraie croiz. Atant ficrt des
espérons et s’an vet vers le chastel tant conme li chevaus li peut
randre, vers le chastel lornoient. 11 Sert de Fespée à la porte si très
durement que il Fan ferra bien 111 doie en 1 piler de marbre. Li
lion et li ors enchaenné qui gardoient la porte s’anfouirent en lor
travaus et li chastiax s’areste tout à un fès ; li archier cessèrent de
traire; il avoit 111 ponz devant le chastel, qui se levèrent tantost
conme il fu outre.
Lanceloz et misires Gauvains s’an partirent d’ileques quant
il orent esgardée la merveille, et vostrent aler vers le chastel quant
il le virent arester. Mès uns chevaliers lor escria, des querniax :
« Seignors, se vos venez avent, li archier trairont et li chastiax
tornoiera et li ponz rabeissera, par quoi vos en seroiz décéuz. >
11 se traient arrières et oient là dedanz mener la plus grant joie
que nus oïst onques, et entandent que li plusor disoient là dedanz
que cil est venuz par qui il seront sauvez en II manières, sauvez
des vies et sauvez des âmes, se Diex li leisse conquerre le chevalier
qui porte Fesperit del déable. Lanceloz et misires Gauvains s’an
retornèrent, panssif et tuit dolant, por ce qu’il ne povoient passer
le chastel qu’il ne voient autre passaje que cestui. Si chevauchent
tant qu’il aprochent la gaste [cité] où Lanceloz ocist le chevalier.
« Ha, fet-il à monseignor Gauvain, or est li termes aprochiez
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qu’il me convient morir en ceste gaste cité, se Damediex n’i met
conseil. » 11 conta à monseignor Gau vain toute la vérité qui
avenue li estoit là dedanz. Si conme il voloit prandre congié à lui,
atant ez-vos le poure chevalier del Gaste chastel.
« Sire, fet-il à Lancelot, je vos ai pris respit, en la cité là
dedanz, del chevalier que vos océistes, très qu’à XL jorz après ce
que li Graax iert conquis, ne puis n’oissi-je fors del chastel là où
vos vos herberjasteS, ne n’an fusse jà mès oissuz [très qu’à icele
oure que vos fussiez] venuz aquiter vostre ûence; ne n’an istrai
jà mès très qu’à icele oure que vos revendrons au jor que je vos di.
Sf merci vos et monseignor Gauvain des chevaus que vos m’en-
voiastes, qui nos orent moult grarit mestier, et del trésor et del
recet que vos avez doné à mes serors qui moût estoient soufroi-
leuses. Mès je ne puis oissir de la poureté où je sui mis très qu’à
icele oure que vos soiez revenuz, au jor que je vos ai pris respit, à
grant force envers voz ennemis, por les biens que vos m’avez fet.
Si vos pri que vos ne l’oubliez mie, por vostre loiauté sauver. »
— « Par mon chief, fet Lanceloz, non ferai-je, et grant merciz
del jor que vos avez porloignié por amor de moi. » Il se dépar¬
tent del chevalier et s’an revont arrières vers Kardueil où li rois
Artus estoit.
_ i se lest li contes de Lancelot et de monseignor Gau-
vain et dit que Perceval est ès chastel tornoient, de
quoi Joseus nos raconta la vérité et que Virgilles le
fonda par l’air de son sans en tel menière, quant li
philosophe alèrent querre le paradis terrestre, et fu
prophétisié que li chastiax ne fineroit de tomoier
très qu’à icele oure que li chevaliers i vendroit qui auroit le chief
d’or et regart de lion et cuer d’acier et nonbril de virges pucele et
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tesches sanz vileignie et valor d'ome et foi et créance de Dieu, et dl
chevaliers porterait Tescu au Bon Sodoier qui le Sauvéor del monde
despendi de la croiz; et si fu praphétisié que tuit cil del chastel et
d’autres chastiax dont cilestoient garde tenraient la viez loi très qu'à
icele houre que li Bons Chevaliers serait venuz, par quoi les âmes
seraient sauvées et lor mort respitiées. Car il coururent, tantost
conme il fu venuz, au bautesmeet crurent la loi fermement. De ce
fu la joie granz el chastel, por la mort qui respitiée estoit et la dou-
tance del chevalier anemi que il doutoient que il ne mourussent, et
le péchié de la fausse loi qu’il n’i fussent ataint.
Perceval est moût liez de ce que il vit le peuple del chastel
atorner à la seinte foi del Sauvéor, et la damoisele li dist : « Sire,
vos avez moût bien esploitié vostre voie ; or n’i a fors de feire le
sorplus. Car jà mès cil de çà dedanz n’istront de çoianz tant cenme
li chevaliers au Dragon vive. Vos n’avez que targier; car, con plus
targeroiz, plus essilleroit de terre et ocirroit de gent. > Perceval
prant congié & ceus del chastel qui moût grant joie li font; mès il
sont en grant doutance de lui por le chevalier & qui il s’en vet
conbatre, et dient que, se il le conquiert, c’onques mès à chevalier
n’avint si bele aventure. Il ont oï la messe ainçois qu’il s’an partist
et i firent riches offrandes por lui en l’anor del Sauvéor et de sa
douce mère. La damoisele s’an vet avant, qui savoit le leu où li
maus chevaliers repeiroit. Il chevauchent tant qu’il vindrent en
Tille des Oliphanz. Li chevaliers estoit descendra desouz un olivier
et avoit tantost ocis IIII chevaliers qui estoient del chastel la réine
au cescle d’or. Ele estoit aus fenestres de son chastel et vit ces che¬
valiers morz dont ele feisoit moût grant deul. « Ha, Diex, fet-ele,
verrai-je jà mès nul home qui me puisse vengier de cést maufeitour
qui ocit mes homes et destruit ma terre en tel manière? » Ele se
regarde et voit venir Perceval et la damoisele. « Sire chevaliers,
se vos n’avez force et aïe et valor en vos plus qu’an IIII chevaliers,
n’aprochiez mie de cest déable, et, se vos santez que vos puissiez
rendre estor par si que vos le puissiez conquerra et veinera, je
vos donrai le cescle d’or qui çà dedanz est et tendrai la loi qui
novelement est establie. Car je voi bien à vostre escu que vos estes
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cres tiens; et, se vos le povez conquerra, dont à primes devrai-je
bien savoir que la vostre loi vaust mieuz que la nostre ne fet, et
que Diex nasqui de la virge. »
# JPerceval est moût joieus de ce qu’il li ot dire ; il se seigne
et bénéit et coumande à Dieu et à sa douce mère, et anaprist d’ire
et de hardemant autresint conme lions. 11 voit le chevalier au
Dragon monté, il l’esgarde à merveilles, por ce qu’il estoit si granz
c’onques mès n’avoit véu home de si grant corssage. Il vit l’escu à
son col qui moût estoit noirs et granz et hideus ; il voit la teste
del dragon enmi, qui giète feu et flanbe à moût grant planté, si
ieide et si hideuse et si orrible que toute la chanpaigne en puoit.
La damoisele se trait vers le chastel et vers le chevalier en litière,
vers la chanpaigne.
« Sire, fet-ele à Perceval, en ceste pleinne terre fu li fiuz
vostre oncle Dcis et je le vos lès ici, car je l’ai assez mené. Or le
vengiez au mieuz que vos porrez ; je le vos rant et bail ; car je en
ai tant fet que je n'an doi estre blâmée. » Ele s’an part atant. Li
chevaliers au Dragon s’an part et voit Perceval venir fout sol ; si
en ot grant despit; il ne daigna prandre son glaive, ainz s’an vet
vers lui l’espée traite, qui moût estoit grant et vermeille conme
charbons. Perceval le voit venir et vet vers lui, le glaive aloignié,
quanque li chevaus peut rendre, et le cuida férir parmi le piz. Mès
li chevaliers giète son escu encontre, et la flanbe qui ist del dragon
li bruist la hante jusqu’ès poinz. Et li chevaliers le fiert amont el
hiaume; mès Perceval se oeuvre de son escu en qui il ot moût
grant fience que l’espée au chevalier anemi ne le peut enpirier.
Josephus nos tesmoigne que Joseph d’Abarimacie ot fet sééler en
la boucle de l’escu del sanc Nostre Seignor et de son vestement.
Quant cil vit qu’il n’avoit doumachié Perceval de l’escu, si
s’an merveille moût; quar onques mès n’avoit féru chevalier qu’il
ne li donast le cop mortel. 11 torne le chief du Dragon vers l’escu
Perceval, et le cuida ardoir et enflanber, mès la flanbe, qui du
chief del dragon issi, resorti arrières aussint conme par vent, ne n’i
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peut aprochier. Li chevaliers s’an aire moût et passe outre et vient
à la litière del chevalier mort et torne son escu cele part et le chief
del dragon ; il bruit et art tout en poudre le cors del chevalier et
des chevaus. t De cestui enterrer, fet-il à Perceval, estes vos
quites. » — t Certes, fet Perceval, vos dites voir, si m’en poise
moût; mès je l’amenderai, se Dieu plest. »
La damoisele qui le chevalier avoit amené estoit aus feues-
très del palès, lez la réine; ele s’escrie : « Perceval, biau sire, fet
la damoisele, or est la honte greigdre et li doumaches greignors,
se vos ne l’amendez. » Perceval est moût dolanz de son cousin qui
« touz est arz en cendre, et voit le chevalier qui porte le déable avec
lui, si ne set conment il s’an puist vengier. 11 li vient, l’espée traite,
et li done grant cop sor son esçu, si qu’il li faust très c’u mileu
là où la teste del dragon estoit, et la flanbe saust si ardant en
l’espée, si enronga et enflanba autresint conme l’espée au chevalier
estoit. Et la damoisele li escrie : « Or est vostre espée & la seue
de force sanblable; or verra l’en que vos feroiz. L’en m’a dit par
vérité que li chevaliers ne peut estre conquis que par un sol et par
un cop ; mès je ne sai dire conment ce est, ce poise-moi. > Perceval
esgarde, si voit c’espée qui estoit enflanbée de feu, si s’an merveille
moût. Il fiert le chevalier si très durement que il le fet enbrun-
chier la teste sor l’arçon de la sele devant. Li chevaliers se redresce,
moût iriez, de ce qu’il ne le peut maumestre ; il le fiert de l’espée
si grant cop qu'il li faussa le hauberc et sor la destre espaule, si
qu’il li tranche la char et ardi très qu’à l’os; à retraire son cop le
conssuivi Perceval, si le féri de si très grant vigor qu’il li trancha
le poing atout l’espée. Li chevaliers gita un grant bret, et la réine
si en fu moût joiant. Li chevaliers ne fist mie senblant que il fust
encor conquis, ainz revient vers Perceval moût grant aléure et
relance sa flanbe desor son escu ; mès ce ne li vaust noient, car il
ncl peut enpirier. Perceval voit la teste del dragon, qui moût estoit
grant et large et orrible, et avise de l’espée, si la boute el palez là
dedanz au plus droit qu’il onques peut; et la teste del dragon
giète un si grant cri que toute la forest et la chanpoigne en retentit
jusqu’à 11 lieues galesches.
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La teste del dragon se tome vers son seignor, par grant
aïr, et l’art et bruit tout en poudre, et après si s’an part vers le
ciel ausint conme foudre. La réine vient à Perceval et tuit cil che¬
valier; si voient qu’il est moût bléciez en la destre espaule. Et la
damoisele li dist que il n’iert jà gariz se il n’i met de la poudre
del chevalier qui morz est. Et il le moinnjent amont el chaste! à
Août grant joie; puis le font désarmer et laver sa plaie por garir
et por mestre sor la plaie de la poudre del chevalier qui morz
estoit, por avoir garison. Ele fet mender tous les chevaliers de sa
terre : « Seigoors, fet-ele, vez-ci le chevalier qui ma terre m’a
sauvée et garenti vos vies. Vos savez bien qu’il fu prophétisié que
li chevaliers au chief d’or vendrait et que par celui seriez-vos
sauvez. Et vez-le-ci qu’il est venuz. La prophécie ne peut estre
[desconéue]. Je veil que vos facoiz son conmandement. » Et il
dient que si feront-il moût volentiers. Ele le moigne là où li cescles
d’or estoit; ele méime li met en son chief; après aporte c’espée, si
li baille, dont il avoit ocis le jaiant déable et le déable qu’il portoit
et le chevalier qui le portoit en son escu.
« Sire, fet-ele, tuit cil qui ne voudront aler au bauptesme et
croire la vostre nouvele loi soient ocis par vostre espée, et je vos
en faz le don. » Ele méimes se fist tout avent lever et baptissier et
tuit li autre après. Josephus nos recorde qu’ele ot à non en droit
basptesme Elysa, et mena bone vie et moût seinte, et mourut virge;
encores gist ses cors el réaume d’illande où il est moût honorez.
Perceval fu dedanz le chastel tant qu’il fu gariz. Les noveles
s’espendirent par les terres que li chevaliers au Gescle d’or avoit
ocis le chevalier au Dragon ; la joie en fu grant partout. 11 fu séu
i la cort le roi Artus ; mès il se mcrveillèrent moût de ce que l’en
disoit que li chevaliers au Gescle d’or l’avoit ocis, car il ne peuent
savoir qui li chevaliers au Cercle d’or estoit.
Quant Perceval fu gariz, si se parti del chastel la réine au
cercle d’or dont toute la terre fu en son conmandement. La réine li
dist qu’ele li garderait le cescle d’or très qu’à sa volenté, et il le
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laissa en itele manière ileqaes. Car il ne l’an vost pas porter
aveqnes lui; car il ne savoit quel part il torneroit. Li estoires nos
raconte que il Tint un jor que il chevaucha tant que il vint jusques
au chastel de cuivre. II avoit dedanz le chastel moût de gent qui
le cor de cuivre apuraient et qui ne créoient en autre Dieu. Li cors
de cuivre estoit enmi le chastel sor 1111 coulonbes de cuivre et
bruioit si durement & toutes les heures del jor qu’il estoit oïz
d’une lieue tout environ, et avoit mauveiz esperiz dedanz qui lor
donnoient respons de quanque il onques vouloient demander.
A. l’entrée de la porte del chastel avoit 11 homes fez par
l’art de nigromence, si tenoient deus gros maus de fer, si s’acou-
poient de férir li uns après l’autre, et féroient si très durement
qu’il n’est riens mortel el monde, qui péust passer parmi lor cox,
qui touz ne fust confonduz. Et li chastiax estoit d’autre part si
clos et si fermez environ que rien nule n’i povoit entrer.
Perceval esgarde la forteresce del chastel et l’entrée qui si
estoit périlleuse, si s’en merveille moût. 11 passe un pont qui
estoit dedanz l’antrée et aproche ceus qui la porte gardoient. Une
voiz conmança à huchier desus la porte, que il alast avent séure-
ment, que il ne ressoignast mie les homes de coivre qui la porte
gardoient, ne ne s’esfréast de lor cox; quar il n’avoient povoir de
mal feire si bon chevalier conme il estoit. Il se conforte moût en
ce que la voiz li dit ; il s’aproche des vileins de coivre, et il se tar-
gent tantost de férir, et se tiennent les max de fer touz coiz ; et il
entre el chastel, là dedanz où il avoit grànt planté de gent qui tuit
estoient mescréant et de foible créance. Il voit le cor d’ivoire,
enmi le chastel, moût grant et moût orrible, qui estoit avironnez
de toutes parz de genz qui l’aouroient environ tuit ensanble.
Li cors bruioit si très durement qu’à grant poigne povoit
l’an oïr riens dedanz le chastel se lui non. Perceval fu là dedanz,
mès onques n’i ot celui qui l’areignast; car il estoient si enlentif à
aourer le corel, que qui les voussist ocirre endementres qu’il
l’aoufoient, si le soufrissent-il et cuidassent estre sauf, ne de tele
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créance n’avoit point en tout le monde. Il n’estoient mie coustu-
miers U dedanz que il éussent armes, car rentrée de la forteresce
estoit si grant que nus n’i povoit entrer outre lor volenté ne outre
lor conmandement, se par le pleisir de Damedieu ne fust. Et li
N déables qui décéuz les avoit, en qui il créoient, lor donoit si
grant abondance là dedanz de toute la riens que il désirroient que
il n’estoit riens el monde qui lor faussist. Quant vit qu’il ne l’are-
sonnoient mie, il se met d’une part vers une grant sale, si les
apela environ lui. Li plusor i vindrent et li auquant n’i vindrent
mie. La voiz li huche que il les face touz passer parmi l’antrée de
la porte là où il mail de fer sont, car là porra-il bien esprouver
liquel voudront Dieu croire et liquel non. Li Bons Chevaliers trait
l’espée, si les avironne touz et les fet aler devant lui communé¬
ment, quel gré que il en oient. Et cil qui n’i vostrenl aler débo-
neirement et volèntiers, il péust estre séurs de recevoir la mort. Il
les fet passer parmi l’antrée, là où li vilein de coivre féroient des
maus de fer granz cox. De mil et V cenz que il estoient, n’an furent
gariz que XIII, que il ne fussent tuit ocis et escervelez des maus
de fer. Mès li XIII orent aliée lor créance fermement à Nostre
Seignor, icil n’orent garde.
ïii mauveis esperiz qui estoit és cor de coivre si s’an oissi
fors ausint conme se ce fust foudre del ciel, et li cors de coivre
fondi tout en un mont, si que onques riens n’i demoura. Puis,
mandèrent li XIII qui furent demouré un hermite en la forest, si
se firent lever et bauptizier ; après, pristrent les cors des mes-
créanz et les firent geter en une ève que l’an apèle flun d’enfer.
Cele ève corten la mer, ce dient li plusor qui l’ont véue, et, là où
ele c’espent en la mer, ele en est plus laide et plus orrible ; car à
poignes i peut nef passer qu’ele ne soit périe.
Josephus nos raconte que li hermites qui les XIII bauptiza
ot non Denises et li chastiax ot non li chastiax de l’Essai. Il furent
loianz tant que la novele loi fu asséurée par touz les rcaumes et
dréue, et menèrent moût bonne vie et moût sainte. Ne onques nus
ne pouist entrer aveques eus là dedanz qu’il ne fust ocis et detran-
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chiez se il ne crut fermement en Dieu. Quant li XIII qui el chastel
furent bauptiziez s’an oissirent del chastel fors, si s’espendireat
de toutes parz par les estranges forez, si firent hermitajes et édi-
fiemanz, et mistrent lor cors à essil, por la fausse loi qu’il avoient
maintenue et por conquerre l’amor au Sauvéor del monde.
Perceval, si conme vos poez oïr, estoit sodoiers Notre Sei-
gnor, et bien li monstroit Diex qu’il anmoit sa chevalerie; car li
Bons Chevaliers en avoit éu mainte poigne et maint traval, et
moût li pleissoit. Il fu venuz, un jor, chiez le roi hermite, qui
moût le désirroit à véoir ; il fist moût grant joie de lui quant il le
vit et moût en fu liez en son courage. Perceval li conte toutes les
greignors aventures qui avenues li sont par plusors foiz en mainz
leus, puis que il se départi de lui ; et li rois hermites se merveille
moût des plusors. c Oncles, fet Perceval, je me merveil moût
d’une aventure qui m’avint à l’issue d’une forest, car je vi une
petite beste blanche que je trouvai en la lande de la forest, et avoit
XII chaiaus en son ventre, qui abaioient et glalissoient durement
dedanz lui; en la fin, s’an oissirent et l’ocistrent-il dcjouste la croiz
qui estoit à l’oissue de la forest; mès onques ne goustèrent de la
char. I chevaliers et une damoisele, dont li uns estoit au chief de
la lande et li autres à l’autre, s’an vindreot là et pristrent la char
et le sanc, si le mistrent en II veissiax d’or. Et li chien, qui de lui
naquirent, s’anfouirent en la forest. » — < Biau niés, fet li her¬
mites, je sai bien que Diex vos ainme quant tex choses s’apèrent à
vos, par sa valor et par la vostre et por vostre chastéé qui en vostre
cors est. La beste, qui douce et sinple et débonaire et douce estoit,
sénéfie Nostre Seignor Jhesu-Crist, et li XII chien qui dedens lui
glastissoient sénéfient les genz de la vielle loi, que Diex cria et fist
en sa senblance, et, quant il les ot fez et criez, il vost esprouver
conbien il l’amoient; il les mist XL anz el désert où onques dras
ne lor porri, et il lor envéoit (a mainne del ciel qui lor servoit
quanqu’il vouloient boivre ne mangier, et estoieut sanz mal et sanz
ennui et sanz desheitement, et avoient tel joie et tel déduit conme
il vouloient; et tindrent un jor lor conssille et distrent li mestres*
d’eus que, se Diex se correçoit à eus et il lor toloit cele mainne, il
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n’auroient que mangier, et tous tens n’i povoit-ele mie durer ; car
Diex lor envéoit à moût grant foison. Ildistrent qu’il en reponroient
une grant partie; car toutes voies, se Damediex se correcoit à eus,
il la repenroient et s’an porroient garir une grant pièce. Il
l’ostroièrent entr’eus et après firent ainssint conme il orent dit et
devisié entr’eus.
« Diex, qpi tout voit et tout set, sot bien lor pansser. Il lor
relreit la mainne del ciel qui lor venoit à ban don, et il remestrent
ès cavées desouz terre, si i Guidèrent trouver cele mainne que il
avoient mise, mès ele fu muée, par la volenté de Dieu, en laisardes
et en conleuvres et en ver et en verminne, et, quant il virent qu’il
orent mesfet, si s’espandirent par les estranges terres. Biau doux
niés, fet li hermites,cil XII chien, qui la beste abaioient, se sont li
juif que Diex avoit norriz et qui naquirent en la loi qu’il establi,
ne onques ne le voslrent croire.ne amer, ainz le crucefièrent et
dépecièrent son cors aus plus vileinement qu’il porent ; mès il ne
porent ameurir la char. Li chevaliers et la damoisele qui mistrent
les pièces de la char ès veissiax d’or sénéfie la deintié del père qui
ne vost que la char fust amènuisiée. Li chien s’anfouirent pgr la
forest et devintrent sauvache quant il orent la beste dépeciée ; se
sont li juif qui sauvages ièrent et seront toujorz sougiez à ceus de
la nouvele loi d’ore en avant. »
« Diaus oncles, fet Perceval, il est bien droiz et raisons que
il aient honte et ennui et mal gerredon, puisqu’il ocistrent celui et
crucefièrent, qui les avoit criez et fez et daigna nestre conme hons
en lor loi. Mès dui provoire#vindrent après, si beissa li uns la
croiz et aoura moût de cuer et fist moût grant joie de lui, et li
austres l’an départoit à force et la batoit d’unes granz verges et
ploroit moût durement et feisoit le greignor deul del monde. À
celui me fussê-je correciez moût durement et volentiers, se il ne
me sanblast estre prouvoires. » — « Biaus niés, fet li hermites,
autresint bien créoit Dieu celui qui la batoit conme cil qui
l’aouroit, por ce que la seinte char au Sauvéor del monde i fu
mise, qui la mort ne vost eschiver. Il rioit et menoit grant joie por
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ce qu’il racheta ces anmis des poignes d’ampfer, qui à toujors aaè$
i fussent, et por ce menoit-il la greignor joie, que il connoissoü
qu’il fu Diex et ons, en sa créance permanablement, et qui ce n’aura
en remanbrance il ne croira jà bien. Biau niés, li autres prestres
batoit la croiz et ploroit la très grant engoisse et la très grant
mesaise et la doulor que Damediex i soufri; car l'angoisse fu si
granz que la pierre en fandi, ne il n’est bouche d’ome qui nos séust
descouvrir la doulor que il santi en la croiz. Et por ce la batoit-il
et lesdangoit, que il i fu crucefiez, autresint conme je herroie un
glaive et une espée qui vos auroit mort. Il ne le feisoit por autre
chose, ne mès toutes les oures qu’il li souvenoit de la doulor que
Diex i soffri, si vient & la croiz en tel manière conme vos véistes.
Il sont hermites enmedui et mainnent en la forest ; si a non Jonas
cil qui la croiz beisoit et aouroit, et cil qui la batoit et lesdanjoit a
non Aliexes. »
Perceval ot volentiers ce que ces oncles li dit et recorde; il
li conte conment il se conbati^au chevalier anemi, qui le chief del
dragon portoit en son escu qui gitoit feu et flanbe, et conment li
dragon ardi son seignor en la fin. c Biau niés, fet li hermites, je
sui moût liez de ces nouveles que vos me dites, car l’an m’avoit
fet entendant que li chevaliers au Cercle d’or l’avoit ocis. » —
« Sire, fet Perceval, il peut bien estre, mès je ne v> onques si grant
chevalier ne si orrible. » — « Biau niés, nus ne le povoit con-
querre se li Bons Chevaliers non ; car touz les plus preudomes cou-
vient-il conbatre au déable, ne jà cil n’iert preudons qui ne s’i
conbatra. Et, tout aussint conme li déable, qui en l’escu estoit
escriz, ocist et ardit son seignor, tormante li uns déables l’autre
et maumet en l’autre siècle ; et ptus ne vos pot feire de mal li
chevaliers au déable que ardoir le cors au fil vostre oncle que il
avoit mort, ainsint conme je ai oï conter. Il ot povoir el cors, mès
en l’âme ardoir n’ot il povoir, se Dieu plest. » — « Biaus oncles,
fet Perceval, je i alai par I chakel tornoient, où il avoit archières
de coivre qui traoient, et ours et lions encbaennez, i l’entrée de la
porte. Tantost conme je aprochai et je i féri de m’espée, si s’aresta
li chastiax. » — < Biaus niés, fet li rois hermites, plus n’avoit li
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— 207 —
déabtes de defors que cest chaste! ; c’estoit l’antrée de sa torteresce,
ne jà mès cil de laianz ne fussent converti se vos n’i fussiez. » —
« Sire, fet-il, jesui moût dolanz de monseignor Gau vain et de Lan¬
celot, car je anmasse moût lor conpaignie et si nfeussent-il éu
mestier. » — < Biaus niés, se il fussent aussint chastes conme vos
estes, il i péussent bien entrer por lor bonne chevalerie. Car il
sont li dui meillor chevalier del monde, se il ne fussent luxurieus.
c îliaus niés, vos avez el tens de vostre chevalerie moût
avenciée la loi aus Sauvéor ; car vos avez destruite la plus fausse
créance qui fust el monde, quar c’èrent cil qui créoient el cor de
coivre et u déable qui dedanz estoit. Se cele gent fust demourée et
il fust défailli en vos, jà mès ne fussent destruit jusqu’au la fin
del siècle. Si ne vos en merveilliez-vos mie se vos avez travail por
Dieu servir; mès éndurez-le voulentiers; car onques nus preudons
n’ot honor sans poigne. Mès ores vos couvient achever une autre
afeire : Tuit cil de la terre le roi Peschéor, vostre oncle, ont gerpie
la nouvele loi et sont repeirié à cele que Diex desfandi ; mès li
plusor le font plus por la force et por la péour del roi, qui la terre
a seisie, qui mes frères est et vostre oncles, que il ne font por autre
chose. Si vos i couvendra mestre conseil ; car ceste chose ne peut
estre achevée, se par vos non, par nul home terrien; car li chas-
tiax et la terre si doit estre vostre et c’est moût grant doumache
quant cil, qui est estreiz de si haute ligniée et de si seintime, est
traîtres Dieu et desloiaus aus siècle.
« Eiau niés, fet li preudons, li chastiax est moût enferriez,
car il a jà IX ponz nouvelement/ez et à chaucun si a 111 chevaliers,
granz et fors et hardiz, où il a moût de desfanz, et vostre oncles
est là dedanz qui le chastel garde. Mès onques puis, nus des che¬
valiers le roi Peschéor ne des prouvoires ne s’i aparut ; ne ne set
l’an qu’il sont devenuz. La chapele où li seintimes Graaus saparut
est toute vuidiée des seintes reliques; li hermites qui sont par la
forest désirent vostre venue, car il n’i voient mès chevalier tres-
passer qui en Dieu croie. Et, se vos aviez achevé cest afeire, c’est
une chose dont Diex vos saurait boa gré. »
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— 208 —
« titans oncles, fet Perce val, je i irai, puisque vos le me loez ;
car il n*est mie raissons que cil ait le chastel qui antrez i est ; mieuz
le doit ma mère avoir, qui fu ainznée après le roi Peschéor, de
qui mort je sui moult dolanz. » — < Biau niés, vos avez droit,
car il chéi en langor par vos, et, se vos i fussiez puis alez, ce
dient li plusor, il fust puis gariz; mès je ne le sai mie certeinne-
ment. Mès je cuit que Damediex vost ainsint sa langor et sa mort ;
car, se sa volenté i fust, vos éussiez feite la demande; mès il ne le
vost ainsint, si Tan devons gracier et aourer de quanque il fet; car
il a porvéu à chaucun quanque à venir li est. Je ai çoians une mule
blanche qui moût est encienne; biau niés, vos l’amenroiz avec vos,
elle vos suivra moût volentiers, et si porterez un fanon, car la force
de Dieu et la vertu si vaust mieuz de la vostre. XXVII chevalier
gardent les IX ponz, tuit eslit et esprouvé de grant hardement, et
ore ne doit nus croire que uns chevaliers n’en puist tant conquerre,
se le miracle Nostre Seignor et sa vertuz n’i ouvroit. Si vos pri et
requier que vos aiez toujors en remanbrance Dieu et sa très douce
mère; et, quant vos seroiz grevez de vostre chevalerie, montez
desor la mule et prenez le fanon, si perdront vostre anemi ausques
de lor force; car nule chose ne confont si tost chose anémié conme
fet la vertu et la poissance de Dieu. Il est bien chose séue que vos
estes li mieudres chevaliers del monde; mès n’aiez mie fience en
vostre force ne en vostre chevalerie encontre tant de chevaliers,
car vos n’i porriez durer. »
Perceval ot son oncle et son chastiement, si retient moût
bien quanque il li dit, et moût li plest, car il a moût grant fiance en
ces paroles. «Biau niés, fet li bermites, il a II lions à l’antrée de la
porte, si est li uns rouges et li autres blans. £1 blanc aiez fiance,
car il est de par Dieu, et si l’esgardez toutes les foiz que vostre
force lassera, et il vos esgardera aussint, si auroiz sa penssée tan-
tost, par la volenté et par le pleissir de Nostre Seignor. Si feites ce
que vos verrez en lui, car il ne penssera se bien non, por vos
aidier, ne autrement ne povez-vos venir à chief de conquerre les
IX ponz que li XXVII chevalier [gardent]. Et Damediex le vos
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209 —
lest en tel point conquerre que vos puissiez vostre cors sauver et
la loi Nostre Seignor avencier, que vostre oncles a desavenciée à
son pooir. »
Perceval se part de l’ermitage, si enporte le fanon, par le
conseil de son oncle, et la blanche mule le suit après. 11 s Y an vei
vers la terre qui fu le roi Peschéor et treuve un hermite qui estoit
forz oissuz de son hermitage, si s’an aloit grant aléure en la forest.
11 s’areste tantost conme il vit la croiz en l’escu Perceval. « Sire,
fet-il, je sai bien que vos estes crestiens, dont je ne vi mès nul,
grant pièce a. Car li rois del chaste! Mortel nos enchace de ceste
forest, car il a Dieu renoié et sa douce mère, si n’i osons demourer
5or sa desfansse. » — « Par ma foi, fet Perceval, si feroiz, car
Diex vos conduira avant et je après. A-il plus d’ermites en ceste
forest? » fet Perceval. c Sire, oïl, il en i a Xll qui m’atendent à
une croiz, çà devant, et volons aler el réaume de Logres et mestre
nos cors à essil por Dieu, et gerpir nos édéfiz et nos chapeles de
ceste forest, por la doutance de cest félon roi qui la terre a saisie ;
car il ne veust que nus qui en Dieu croie i remaigne. »
Perceval est venuz aveques Termite à la croiz là ou li preu-
dome s’asanbloient ; il treuve Joseu, le jeune home qui fiuz estoit
le roi Pelles, dont il fet moût grant joie, el il fet retorner les
ermites arrières aveques lui et dit qu’il les desfendra et garantira,
à l’aide de Dieu, el réaume, et lor prie moût doucement que il
facent 1 por lui proière envers nostre seignor qui li consente à con¬
querre 2 ce que sien doit estre. Il est venuz fors de la forest et les
bernâtes 3 aveques lui ; il aproche del chastel * où li desfanz estoit
granz à rentrée. Li auquant des chevaliers savoient# bien que
Perceval tes 6 conqueroit, car il estoit prophétie pieça que cil qui
tel escu portoit 7 auroit povoir sor celui qui Dieu renoieroit 8 .
i Ici commence le second fragment et dernier feuillet dn Ils. de Berne dont nons allons
donner les principales variantes. — * Que il li consante à recovrer. — * Li hermite. —
e Le chastel an roi Peschéor. — » Li aj quant sa voient. — • Le. — 7 Porteroit. — • Con-
querroil le Graal sor celui qui Bien vendoiL
14
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— iio —
ïii chevalier virent venir Perceval et la route des hennîtes
ensanble o loi *, qui moût estoit bele à regarder; si s*an merveil-
lièrent moût. Il avoit, à II archiées en sus del pont, une chapele *
autresint feite conme cele qui estoit A Kamaalot où il avoit un sar-
queil, et ne savoit Tan qu’il avoit dedanz 2 . Perceval s’areste et sa
conpaignie, il apuie son escu et son glaive à la chapele, puis areigne
son cheval et sa mule. Il esgarde le sarqueil 3 , qui moût estoit
biax, et li sarqueuz s’euvre * tantost et desjoint, et la pierre hauce
si que l’an pot là dedanz véoir un chevalier qui i gisoit *,dont une
odour issoit si douce et si savoreuse 6 que il fu avis aus preu-
dommes qui l’esgardoient que il fussent tuit enbaumé 7 . Il trou¬
vèrent unes lettres qui tesmoignent que cil chevaliers ot non
Josephus *. Tantost conme li hermite virent le sarqueil couvert,
il distrent à Perceval : « Sire 9 , ores à primes savons-nos bien
que vos estes li Bons Chevaliers, li chastes et li seintimes. Li che¬
valier qui le pont gardoient 10 sorent 11 que li sarqueuz estoit
ouverz ancontre le chevalier; adonc furent-il en greignor esmai et
sorent bien que* ce fu cil qui premièrement fu au Graal. Les nou-
veles en vindrent au roi qui le chaste! estoit **; il dist à ces cheva¬
liers qu’il ne c’esfréassent mie por I sol chevalier; quar il n’auroit
jà force ne povoir encontre eus i3 , ne onques n'avint que uns sos 14
chevaliers en péust 15 tant conquerra
Perceval fu armez desor son cheval ; li hermite le seignent
et bénéissent et le conmandent à Dieu. Et 16 tint son glaive enpoi-
gnié et vient vers les III chevaliers qui gardoient le premier pont.
Il s’esleissièrent à lui 17 tout à I fès et brisent lor glaives sor son
escu. Il en fiert un, de si grant aïr que il le fet chéoir en la
rivière qui desouz le pont cort **, et lui et le cheval. De*celui fu il
8 Avec lai. — * Et ti oe savoit on qoe dedans avoit.— 8 Sarqnen. — * Envre.— 8 Si que
la pierre haoça tant qoe Pan pot véoir an chevalier qni dedans gisoit. — 8 Sues. —
8 Enbassemé. — 8 Joseph. — 8 Le sarqnea oavert : « Sire, fonUÜ i Perceval. — 80 Gar¬
doient del chastel .— 11 Sorent les noveles. — » Tenoit. — 88 Els. — 88 Sois. — 88 Polst.
— 88 II. — 88 II s'eslaissent sor lai. — 88 Qui coroit desoas le pont.
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pès, quar la rivière estoit grant et parfonde et roide. Li autre
tindrent à lui moût longuement tençon, aus espées tranchanz 1 ;
mès il les conquist et detrancha et gita les cors en Fève 2 . Cil 3 del
secont pont vindrent avant, qui moût estoient bons chevaliers, et
li rendirent granz mellées * et moût félon estor. Joseph us, qui fiuz
fu son oncle, i estoit; il disl 3 aus austres hermiteà que il li iroit
moût volentiersaidier,se il n’i cuidoit avoir péchié,£t il disltent que
de ce 6 n'avoit il garde, ainz estoit 7 granz aumosnes des anemis
Nostre Seignor destruire. Il oste sa chape grise et demoura en sa
coste 8 et prcnt un de ceus qui à Perceval contendoienl 8 et le
charge desus son col, puis le giète en la rivière, tout armé, et Per¬
ceval ocist les austres 11 et les giète en la rivière tout autresint
conme li autre i0 .
Quant il ot les II ponz conquis, il fu moût las et moût
traveilliez, si s’apensse 11 del lion dont ces oncles li ot dite la
manière ; puis regarde vers l’entrée de la porte et voit le blanc
lion qui estoit touz droiz sor ces II piez derrière, por ce qu’il le
voloit véoir. Perceval le regarde entre les II euz moût apertement
et set que 12 li lions pensse, par la volenté de Dieu et par son
pleisir 13 , que li chevalier del tiers pont sont si hardiz et de si grant
force qu’il ne seront jà conquis par un chevalier se Damediex n’i
ouvroit par sa seinte bonté; mès voist prandre la mule et aportoit
le fanon 14 avec lui se il les veust conquerre. Perceval set la penssée
del blan lion, si en rant Dieu grâces 15 , si se trait arrières, et Joseus
li jeunes hons ausint 16 . Si tost conme il regardèrent derierseus,
il virent * 7 derriers eus le premier pont levé.
Perceval vint là où la blanche mule estoit; estoit estelée 18
1 Et li antre dni tindrent moult longement eontens encontre loi as eepéec. — * Rivière.
— » Et cil, - * Grant meslée. — 5 Et Joseus, qni fils de son oncle estoit, disl. — • De cel
péehié. — 1 Esterait. — * Si reinest en sa gonelle. — • Se conbatoient. — *• En l’esTe tôt
antresi. — « Lors s’apensa.— ** Entre les deus oels et set bien que, etc. — M Et par
son pleisir , manque à Berne. — h Sont si fort et si hardi et de si grant cner qn’il ne
lissent jà conquis se Diex n’i ovrast, mès or voist querre sa molle et si a port le fanon.—
u Si en rant Dieu grâces, manque. — ** Et Joseus antresi. — « Tantost conme il
orent allongé les pons, Us regardèrent denier els, si Tirent. — » Qui est estelée.
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enmi le front d’une croiz vermeille ; il monte desus et prant le
fanon et tient l’espée traite. Tantost conme li lions blans le vit
venir, il se deschaenne et cort errament au pont qui estoit levez,
très parmi les chevaliers 1 ; si l’abeissa au plus tost qu’il onques
pot 2 . Li rois del Chaslel Mortel estoit aus querniaus de la greignor
forteresce del ehastel 3 , puis escrie aus chevaliers qui le pont gar-
doient : « Seignbrs, fet-il vos estes li plus eslit chevalier de ma
terre et les plus hardiz ; mès ce n’est mie hardemanz de lever les
ponz por un soûl chevalier que vos n’osez atendre cors à cors ;
dont il me sanble que c’est grant couardise, non hardement 5 . Mès
li lions est plus hardiz que vos n’estes tuit, qui le pont a aheissié
par son hardemant. Quar or sai-je bien que, se je l’éusse mis au
premier pont garder, il l’éust mieuz gardé que cil qui par couar¬
dise et par mauveistié se sont leissiez ocirrè »
Â.tant ez-vos Perceval venu desus la blanche mule, l’espée
traite, toute nue el poing, et vient vers ceuz del tierz pont 7 et en
fiert l’un * si durement qu’il l’agravente en Lève 9 . Joseus li her-
mites vint avant et vost les austres 11 saisir ; mès il crient merciz
à Perceval 10 et dient que il seront à sa volenté del tout, si croiront
Dieu et sa douce mère et relanquiront lor mauveis seignor. Et cil
del quart pont dient tout autresint. Il les lest vivre en tel manière
par le conseil de Joseu 11 ; et il gerpissent les armes el ostroient les
ponz tout à sa volenté 12 . Perceval se porpensse en lui méimes que
la vertu de Dieu a moût grant povoir ; mès chevaliers qui force et
povoir a en lui doit bien esprouver son povoir por lui 13 . Car de ce
que il fera et souferra pour lui, li saura Diex gré Quar, se
trestouz li mondes estoit encontre Damedieu et i méist chaucuns
» Parmi les choral tors al pont qui levés estoit. — * Et rabaisse errammeot. — * As
kernéaus 4el chaslel. — * Seignor s, fet-il, manque.—* Dont il me tanble, etc., celle
fin de phrase manque. — 9 Més li lions est plus hardis que vos tuit, qui le pont a rebaissé.
Se je rèusse mis al premerain pont, il éusl mielx gardé rentrée que cil que se sunt laissé
odre.— 7 A tant est Tenus Percevax l’espée empoignée, sor la blanche mule, à cels del tiare
pont. — • Le premier. — • Craventé en l'aigue. — Merci et lui et P. — « Percerai. —
99 Les armes outre les pont. — « Esprouver son cors por Dieu et la ralor de son cuer. —
u Car de ce que il fera por Dieu, li saura Des gré.
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— 813 —
endroit soi tout son povoir et toute sa force, si les conquéroit-il en
une boure de jor *. Mès il veust que l’an se travaust pour lui, autre-
sint conme il soffri travail por le peuple 2 .
Percerai revient arrières et descent de la blanche mule et
baille à Joseu le fanon ; puis remonte sor son destrier 3 et revient à
ceus del quint pont, et cil se desfandent par grant vigor, qui hardi
chevalier estoient, et rendent grant meslée à Percerai. Joseus li
hermites i vient et les requiert par très grant vigor; mès, se
Damediex nu garantit, il l’auront * ocis et afolé. Mès il tenoit le
fanon, si les enbrace quant il les povoit tenir 3 et les esjLreignoit 6
si durement qu’il ne se povoient aidier. Percerai les ocit 7 et
acravente et les fet trebuchier en l’ève qui desouz le pont couroit
roide. Quant cil del siste pont virent que cil estoient conquis *,
dont alèrent crier 9 merci à Percerai, si se rendirent à lui, et li
baillèrent lor espées, et cil del sestième pont aussint. Quant li
vermeuz 19 lions vit que li sestièmes ponz estoit conquis, et que li
chevalier des deus ponz c’estoient randu à Percerai, il sailli sus 11
par si très grant aïr 12 et aloingna sa cheanne, autresint conme se
il fust enragiez *3. H vint à l’un des chevaliers, si le dévora etocist,
et li blans lions s’en aïra, si cort sus à l’autre lion, si le despièce
tout aus ongles i4 .
JL antost après, se dresce sor les II piez derière, puis esgarde
Percerai et il lui. Percerai set bien que li lions pensse que li che¬
valier del darrien pont sont plus mal *5 à conquerre que li autre,
se il ne sont conquis par la volenté de Dieu et par lui qui lions
est 16 . Ne onques nés requière au fanon por santé que il oit, car
il sont traïtor ; mès voist monter desor la mule blanche, carele est
> Car, sa tait cil del monda estoient encontre Dieu et encontre sa volenté, si les con¬
querrait il en uneeure.— * Por son poule.— * Ces cinq derniers mois manquent. —
4 Se Jbésns ne le garandésist, il réussent. - * Y pooit avenir. — « Ces tt'ois derniers
mots manquent. — 7 Ocloit, etc. — • Que cil del quint pont drent ocis et conquis. —
» Si crièrent merci. — te Rouges. — » Sailli. — ** Vigor. — « Ces six derniers mots
manquent. — 14 As ongles et as dens. — 75 Plus méaisié. — *• Berne ajoute ici : Il ne
aérant jà désirait. — * 7 Ne onques ne reçoive i sa merci por sèurté que il lacent, qaar, etc.
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de par J)ieu *, et Joseus aportoit* le fanon, et tuit li hermite
ceignent ayant, qui preudome sont et de bonne vie, por le traïtor
roi esmaier ; si aprochera sa fin et la conqueste del chaste! 3 . Per-
ceval a grant fience en la pensée 4 del lion; il descendi de son des¬
trier et remonta desus la mule blanche, et Joseus tint le fanon.
La conpaignie 4es XII hermites i estoit, qui mont iert bele et
seintime Il aprochièrent le chastel. Li chevalier qui estoient au
darrien pont virent Perceval venir vers eus et Joséum l'ermite qui
le fanon tenoit, à qui il avoient* véu lor austres conpaignoos si
destreindre et maumestre 6.
lia vertu Nostre Seignor et la dignité del fanon et la bonté
de la mule blanche et la seinté des bons hermites qui feisoient
lour oroisons envers Nostre Seignor, pleissa si les chevaliers qu’il 7
n’orent povoir d'eus méimes ; mès la traïson ne lor pot oissir des
cuers, et si estoient mont dolanz de lor paranz & quil avoient véu
ocirre devant eus. Il se penssèrent que, s’il povoient eschaper por
merci d’ilec, qu’il ne finneroient jà mès si auroient Perceval ocis.
Il viennent encontre lui, si li crient merci moût très doucement
par sanblant, et li dient que il feront sa volenté 9 , mès qu’il les en
lest partir sainz et en vie. Perceval regarde le lion por savoir que
il fera; il voit que li lions pensse que il sont traïtor 10 et desloial et
que, se il estoient destruit et mort, li rois qui el chastel estoit
auroit perdue sa force, et, s’il lor court sus, il lor aidera à ocirre.
Perceval dit aus chevaliers qu’il n’aura jà merci d’eus, il lor cort
sus, l’espée traite, et moût li desplest qu’il ne se desfandent, si que
à poi 11 s’an faust qu’il ne les lest à ocirre, por ce qu’il ne treuve
en eus point de desfans. Mès li lions n’an a mie desdoing *2, ainz
lor cort sus et devoure et oeil; puis en giète les manbres et les
cors 13 en lève. Perceval l’a# lest bien couvenir et moût li plest de 14
* Ele est bette de par Dieu. — * Aport. — » Berne ajoute ici : De toi ce li faisoit signe
li lions, quar parler ne pooit. — « Ce mot est emprunté an Ms. de Berne. Notre Ms. dit :
fience.— * Et lors i vindrent li seintime hermite. — « Berne ajoute ; Sis’esmaiérent
d a remsn t, quar, etc. — 7 Plaéssa la force des chevaliers, car il» etc. — * Amis. — • Sa
volonté d’outre en outre.— 70 JKt il aparçoit al semblant del lion que il sont félon et tra-
hilor, etc. — « Petit. — « Mès li lions ne pense pas ço. — 15 Les pièces et les membres.—
u Moult U plaist ce, etc.
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— 315 —
ce que il li voit feire, ne onques mès ne vit beste que il péust tant
amer ne tant prissier.
Li rois del Chastel Mortel estoit au querniax del mur, et
voit que si chevalier sont mort et que li lions aide à ocirre les
darriens; il se mist el plus haust leu des murs, puÿ hauça le pen
de son hauberc et tint c’espée toute nue, qui bien estoit tran¬
chant 1 ; il s’an féri très parmi le cors et chéi tout contreval les
murs en Fève qui roide et parfonde estoit *, si que Perceval le vit
et tuit li preudome hermite qui se merveillièrent del roi qui
c'esloit ocis en tel menière ; mès il distrent selon l’escripture 3 que
la fin des mauvais homes devoit estre mauveise. Àutresint fu la fin
de cest roi dont je vos di. Josephus nos raconte que l’en ne,se
merveilloit pas 4 se il, entre trois frères ou en III qui germains
sont, [a] 5 I mauveis, et si est merveille, ce dit, quant un sol
mauveis n’anpire le sorplus des bons; car mauveistiési est dure 6
et âpre et souduisant, et déboneireté et sinplesce et humilité sont
en bonté. Quayns et Abel furent frère jermain, si traï 7 Cayns son
frère Abel ; l’une char ocist 8 l’autre et engingne 9 . Mès ce est
granz dolors, ce dit Josephus, quant ces chars, qui une doivent
estre, se déçoivent par mauveislié et por souduire li uns l’autre
Josephus nos recorde par cest mauveis roi qui si fu traitres et
soudaianz et si fu del lingnage le Bon Sodoier u. Icil Joseus fu,
ee nos tesmoigne l’escripture ces oncles, et cil mauveis rois fu
frères le roi Peschéor germains et frères le bon roi Pelles qui
gerpie avoit sa terre por Dieu servir, et frères la Veve Dame qui
mère estoit Perceval, la plus loial qui onques fust en la Grant
Breteigne. Tout cil lignages fu el service Nostre Seignor, de le con-
mance de lor vie très qu’an la fin, fors cil mauveis rois qui fina
ainsint mauveisement conme vos oez.
7 Tranchant et esmoloe. — 1 Qui parfonde estoit mopt. — » Selon le jugement de
l'escritore. — « Ne nan doit mès merveiller. — * J’ai ajooté ce verbe a d’après Berne. —
« Agnë.— 7 Ocist. — • Traï. — • Ces deux derniers mois rffanquent. — 10 Et destniit
l’ana l’antre. — 77 Berne ajoute : Joseph Abarimatie. — « Ces quatre derniers mots
manquent.
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— 216 —
Vos avez oï que li rois, qui saisi avoit le chastel qui fu le
roi Peschéor, c’est ocis en tel manière, et furent li chevalier des¬
confit. Perceval entra el chastel et li preudome hermite ensenble
avec lui. Il lor sanbla, quant il furent là dedanz entrez en la
mestre sale, que il oïssent chanter, en une chapele 1 qui là dedanz
estoit : Gloria in excelsis Deo et loer Nostre Seignor très douce¬
ment 3 . Il trouvèrent les sales moût beles, et moût granz ornemenz
par dedanz Il trouvèrent la chapele ouverte où les seintes
reliques souloient estre. Li seint hermite furent là dedanz et firent
lor oroisons et prièrent le sauvéor del mont que il lor représantast
le seintime Graal hastivement et les seintes reliques qui laianz
souloient estre [por quoi il estoient] 3 réconforté.
Li preudome furent là dedanz avec Perceval, dont il enma
moût la conpaignie. Josephus nos tesmoigne que li ohevalier
encien furent de la mainniée le roi Peschéor, et li prouvoire et les
damoiseles s’an partirent tantost conme li rois qui ocis se fu ot saissi
le chastel, car il ne vostrent estre à sa cort, et Damediex les garanti
de lui, et les fist aler en tel leu où il furent en sauvelé. Li sau-
vièrres del monde sot bien que 6 li fions Chevaliers ot le chastel
conquis, qui siens dut estre, par sa vigor; il i ranvoia 7 tous cens
qui le roi Peschéor avoient servi 8. Perceval fist moût grant joie
d’eus quant il les vit, el eus de lui $. Il sanbloient bien gent qui
venissent d’aucun leu où Damediex ou ses conmendemenz éust esté,
et si avoit-il 1 0.
Li hauz estoires nos tesmoigne que, quant la conquesle du
chastel fu feite, que li sauvierres del moode en fu joieus et moût
li plot. Li Graaus se re^résanta là dedanz en la chapele, et la
« En la chapele. — * Berne ajoute : Et Te Deum laudamus. — * Si trèadoucement
que moult loi fu buen à e scooter. — 4 Et moolt riches et moolt aornées gentement par
dedans. — » Les mots placée entre crochets sont empruntés au Ms. de Berne. —
« Et quant li salvôres del mont volt que, etc. — 7 II i retramist. — » Servi devant. —
* Quant il s’entrevirent. — 40 Ces quatre derniers mots manquent.
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— 217 —
lance de quoi la poingte saigne, et l'espée de quoi seint Jehanz fu
décolez, que misires Gauvains conquist, et les autres seintes
reliques dont il i ot assez et à moût grant planté *. Quar Dame-
diex amoit moût le leu. Li hermite r’alèrent en lor hermitages par
les forez et servirent Nostre Seignor 2 ainssint conme il souloient.
Josephus demoura avec Perceval el chas tel, tant conme il li plot,
mès li Bons Chevaliers recercha la terre là où la novele loi estoit
dégerpie et déleissiée à meintenir; il toli les vies 3 à ceus qui
ne la vouloient maintenir et croire *. Li pais fu «maintenuz par
lui et gardez, et la loi Nostre Seignor essauciée, par sa force
et par sa valor. Li provoire et li chevalier qui repeirié èrent
el chaste! amèrent moût Perceval ; car ainz ne virent sa bonté
amenuisier, mès adès croissoit et mouteplioit sa valor et sa créance
en Dieu. Et il li monstrent la sépouture son oncle le roi Peschéor,
en la chapele devant l’autel. Li sarqueuz estoit riches et sépouture
chière et charchiée de pierres précieuses s . Et tesmoignent li pro¬
voire et li chevalier que, tantost conme li cors fu mis el sarqueus
et il s’an furent partiz, connurent 6 il la sépouture si riche conme
Tan la peut ore véoir, ne ne porent savoir qui mise Pi avoit, fors
le conmendement Nostre Seignor. Et li distrent que chaucune nuit
i avoit grant clarté autresint conme de chandeles, ne ne savoient
dont eles venoient fors que de Dieu 7 . Perceval ot conquis le
chastel par le conmant de Dieu. Li Graaus fu représantez en la
sainte chapele et les autres reliques, si conme vos oez. La mau-
veise créance fu ostée del réaume et tuit furent raséuré en la
novele loi par la valor del bon chevalier.
1 Dont il 1 ot à grenl planté. — * Lu salvéor. — * La vie. — * À coos qui ne votaient
croire la norele loi. — * Et la sepoltore estoit anornée de pierres précieuses. — « Partit,
ai trouvèrent en lor repairier la sepultnre, etc. — 7 Fors que par la volonté de Dieu.
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— 318 —
r se lest atant li contes * de Perceval, et revient
au roi Artus la matire veraie, ainsint conme
l’cstoire le tesmoigne, qni en nul leu n’est cor-
ronpue se li latins ne se ment. Li rois Artus iert à
Kardeuil par I jor de Pentecouste qui moût iert
biax 3 et clers, et avoit moût de chevaliers en la sale.
Li rois séoit au mengier et tuit li chevalier environ. Li rois esgarde
aus fenestres de la sale destre et senestre 3 et vit que dui rai de
souleil luisoient là dedanz et emploient 4 toute la sale de clarté. Il
s’an merveilla moût et envoia par defors la sale véoir que ce povoit
estre. L’en revint arrières, si li dist l’en que 3 dui rai de souleil
s’aparoient el ciel, li uns en Oriant, et li autres en Occident. Il
s’en merveilla moût et pria à Nostre Seignor que il li leissa véoir 9
por quoi dui souleil s’aparoienl en tel manière. Une voiz s'aparut
à une des fenestres, qui li dist : < Rois, ne vos en merveilliez mie,
se li dui souleil s’apèrenl el ciel, car Damediex en a bien le povoir,
et sachiez bien que ce est de la joie de la conqueste que li Bons
Chevaliers a feite, qui l’escu en porta de çè dedanz 7 . Il a conquise
la terre qui fu au bon roi Peschéor, sor le mauveis roi 9 qui la
bone créance en avoit ostée, por quoi li Graaus estoit esconssez.
Or si veust Diex que vos i ailloiz et que vos eslissiez les meillors
chevaliers de vostre cort, quar meillor pèlerinage ne povez-vos
feire ; et, quant vos en revendrait, vostre créance sera doublée, et
li peuples de la Grant Breteigne mieuz apris au servise le Sauvéor
maintenir 9 . »
1 Maïs ici m taist H contes. — * Par nne Pentecoste; li jqrs fn beans. — * A destre et i
senestre. — « Espanoient. — * Cil revin drent arrière et dislrent que, etc.. — * Savoir. —
7 De çaiens. — * Roi del chaste! mortel. — • Mieols prisiés et miels enseigniés al service
de 1 savèor maintenir.
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— 919 —
lia voiz s’an part atant et plest moût le roi ce qu’ele a dit. II
sist au mengier dejouste la réine. Ataot ez-vos une damoisele qui
vient, de si grant biauté con nule plus *, et vestue moût richemept;
si aporie I coffre le plus riche que nus véist 2 onqnes, car il estoit
louz de fin or et chargiez de pierres précieuses 3 qui resplendis-
soient conme feu. Li coffres n’est 4 mie granz ; la damoisele le
tient entre ces mains. Quant ele fu descendue, si vint devant le
roi; ele le salue au plus bel qu’ele peut et la réine autresint.
Li rois li rendi son salu. « Sire, fet-ele, je sui venue à vostre
cort pôr ce qu’ele est la souvereinne de toutes les autres ;
si vos aport ici cest riche veissel 3 que vos véez ici, en pré-
sant, où il a 6 le chief d'un chevalier ; si ne peut mie ouvrir *
le coffre, se cil non qui le chevalier ocist. Si vos pri et requier,
si conme vos estes li mieudres rois qui vive 8 , que vos i metez
vostre main avant, et si feroiz après esprouver vos chevaliers, et,
se li douraaches 9 monte à vos ne à chevalier qui çà dedanz soit,
je vos prie que li chevaliers qui le coffre porra ouvrir là où li
chiés del chevalier gist i0 , ait trièves 11 très qu’à XL jors, après ce
que vos seroiz revenuz del Graal. » — « Damoisele, fet lf rois,
conment saura l’en qui li chevaliers fu qui l’ocist 12 ? » — < Sire,
fet-ele, bien ; les lestres i sont séélées 13 de celui qui l’ocist. » Li
rois ostroie à la damoisele sa volenté ainsint conme ele li a dit 14 ;
il a recéu le coffre, puis la fet asséoir au mengier et moût riche¬
ment honorer.
Quant li rois ot mangié, la damoisele vint devant lui. < Sire, '
fet-ele, feites ap rester vos chevaliers, de ce que vos m’avez ostroié,
et vos roéimes tout avant. » — < Damoisele, fet U rois, moût
volentiers. » Il mist sa main au coffre, si le cuide ouvrir; mès il
» Ces trois derniers mots manquent . — » Que vos véistes.— * Il eitoit d’or fin et
atihés de riche* pitres précieuses. — * N’estoit. — * Un moult riche veissel. — « Et ci
a dedeos. — 7 Mais nus ne poroit ouvrir.*— • Li mieldres rois del mont. — • Li do mage*
oe li haines. — 10 B. ajoute: que cil qui l’a ocist. — ** Respit. — w Ces deux derniers
mots manquent. — ** De son non et de celui qui i’ocist. — 14 ksi eom ele li a demandé.
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— 220 — '
ne fust mie droiz qu’il ouvrist por lui i . Conme il i mist la main,
li coffres tressua tout autresint conme se il fust touz moilliez d’ève
et arousez de toutes parz 2 . Li rois s’an merveilla moût, si i fist 3
monseignor Gauvain mestre la main, et Lancelot et à touz ceus de
la côrt ; mès n’i ot celui qui le péust ouvrir. Misires Kex, li senes-
chaus, ot servi au mengier, il oi dire que li rois et tuit li autre
s’estoient esprovez au coffre 4 , si ne le povoient ovrir ; il i est
venuz, tous dessemons. « Or çà, Kcu, fet li rois, je vos avoie
oublié, i — « Par mon chief, fet Kex, vos ne me déussiez pas %
oublier. Car autresint bons chevaliers sui-je et d’autresint grant
valor conme cil que vos apelastes avant 3 , et vos ne déussiez pas
avoir déloié 6 à moi mender ; vos avez touz les autres mendez 7 et
moi noiant 8 , et autresint sui-je puissanz ou doi estre 9 del coffre
ouvrir conme il sont : car envers autretant de chevaliers [me sui-je
desfenduz] conme il [se] sont et autretant en ai-je ocis, sor mon
cors desfendant conme il ont. » — « Kex, fet li rois, seriez-vos si
joianz 11 se vos poviez le coffre ouvrir et se vos aviez ocis le che¬
valier dont li chiés gist ès coffre 12 ? Par mon chief, je qui rois sui,
ne voudroie mie avoir le coffre ouvert; car il ne fu onques nus si
poure?chevaliers qui n’éust 13 aucun parant ou aucun ami; car cil
n’est mie amez de tôt le monde qui d’un home est haïz. » —
< Par mon chief, fet Kex, je voudroie que toz les chief des cheva¬
liers que j’ai ocis, fors que d’un sol, fussent enmi ceste sale, si i
fussent les lestres sééllées que il fussent oèis par moi. Adonc
croiriez-vos ce que vos ne volez croire, por les envieus qui
cuident mieuz valoir de moi, et si ne vos ont mie si bien servi
conme moi »
« Kex, Jet li rois, venez avant, tout ce n’a mestier.» Misires
Kex, li saneschaus, vient au dois, devant le roi, sor quoi li coffres
estoit, et le prant moût hardiement et met l’une de ses mains
» Ces quaire derniers mots manquent. — * Toox arosés d’aigue. — * Aprèi i mist sa
main messire G. — * Essaié et esprové au coffre. — * Avant manque. — « Oblié. —
’ Semons. — • Fors moi. — * Et antresi poissans doi-je estre. — 10 Les mots placés
entre crochets sont empruntés au Ms.’de Berne. — « Ore moult joiaus. — 11 Gist de¬
dans. — » Car ii chevaliers ne fu onques si portes qu’il n’éust. — »« Si bien servi que j’ai.
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— 221 —
desouz et l’autre desus. Li coffres ouyri tantost cornue il le sacha,
et vit dedans le chief tôt en apert. Une odour moût très souef
oulant et moût douce en oissi*, si qu’il n’ot chevalier en la sale
qui ne la santist. < Sire, fet Kex au roi, or povez-vos bien savoir
que aucune proaice et aucun hardement ai-je fet en vostre servise,
ne nus de Vos chevaliers que vos prisiez tant 2 ne porent hui le
coffre ouvrir, ne par eus ne séussiez-vos hui qu’il éust dedanz.
Mès or le savez-vos par moi et de tant me devez 3 vos bon gré
savoir. »
« Sire, fet la damoisele qui le coffre ot aporté, feites les
lestres lire 4 , si saurez qui li chevaliers fu et de quel lignage et
par quele achoison il fu morz 3. » Li rois sist dejouste la réine,
et fist apeler un sien chapelein, puis le fist asséoir et teire touz les
chevaliers 6 de la sale, et conmanda au chapélein 7 que les lestres
d’or devisast tout en apert, ensint conme il les trovoit escriptes. Li
chapeleins les resgarde; quant il les ot pourvéues, si conmença à
soupirer. < Sire, fet-il au roi et à la réine, entendez-moi, et tuit
li autre vostre chevalier.
< Ges lestres dient que li chevaliers dont li chiés gist eh cest
veisseil ot non Lohouz et fu fiuz le roi Ârtus et la réine Guenièvre ;
il ot oeis, à un jor qui passez est, Logrin le jaiant,par son harde¬
ment. Misires Kex, H seneschaus, trespassoit par ilec, si trouva
dormant Lohout sor Logrin, car tiex estoit sa coustume que il s’aa-
dormoit sor l’orne quant il l’avoit ocis. Misires Kex trancha à Lohout
la teste, si leissa le chief et le eors en la pièce de terre. Il prist la
fesle del jaiant, si l’an porta à la cort le roi Artus ; il fist entendre
au roi et à la réine et à tous les barons de la cort qu’il l’avoit ocis;
mès non fist, ainz ocist Lohout, par les escript et par le tesmoignage
de ces lestres. Quant la réine oi ces lestres et ces nouveles de son
1 Une odors moult trép sués et mooll douce en oissi.» • Ces quatre derniers mots
manquent. — • SI m’en devés. — * Qui sont dedens. — * Il fn ocis. — • Pais ist asséoir
tons les chevaliers. » 7 Ici s’arrête la dernière page du mannsoril de Berne.
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fil, qui ainsint estoit mort, ele chéi pasmée desor le coffre. Après,
prist le chief entre ces deus mains et le connut bien à une plaie
qu’il ot el viaire d’anfance. Li rois méimes en fet si grant deul
que nus ne le peut conforter ; car il cuidoit devant ces novelesquê .
ses fiuz fust encor en vie et quç il fust li mieudres chevaliers del
monde, et, quant les noveles vindrent en sa cort que li chevaliers
au Cercle d’or avoit ocis le chevalier au Dragon, si cuida-il que ce
fust Lohouz, ces fiuz, por ce que l’an ne nonmoit mie Perceval ne
Gauvain ne Lancelot. Et tuit cil de la cort sont moût dolant por la
mort de Lohout, et misires Kex s’en est partiz, et, se la damoisele
n’éust pris jor trèsqu’à la quarenteinne après la revenue le roi, la
venchance de Keu fust prise ainz qu’il s’an tornast. Car nus ne
vit onques feire plus grant deul en cort de roi, que cil de la Table
Réonde démoignent por le damoisel. Li rois Artus et la réine
estoient si adolez que nus ne les osoient semondre de joie feire.
La damoisele qui le coffre àporta se fut bien vengiée de la honte
que misires Kex li seneschauz li fist un jor qui passa, car ceste
chose ne fust pas si tost séue se par lui ne fust.
Quant li deus fu resfroidiez del fil le roi, Lanceloz et li plu-
sors autres li distrent : < Sire, vos savez bien que Diex veust que
vos ailliez el chastel qui fu le roi Peschéor, en pèlerinage au sein-
time Graal ; car l’en ne doit mie chose déloier à feire que l’en ait
en couvant à Dieu. » — < Seignor, fet li rois, je irai moût volen-
tiers et bien en sui entalentez. » Li rois s’apareille de l’errer et dit
que misires Gauvains et Lanceloz iront avec lui, sans plus de che¬
valiers, et mena un vallet por son cors servir; et la réine méime î
eust-il menée se ne fust por le deul qu’ele démenoit por son fil,
dont nus ne la poôit reconforter. Mès, ainçois que li rois s’an
partis!, fist-il le chief porter en Fille de Valon, en une chapele
qui estoit de Nostre Dame, où il avoit un seint hermite preudome
qui moût estoit bien de Nostre Seignor. Li rois se parti de Kardeil
et prist coogié à la réine et à touz ces chevaliers. Lanceloz et
misires Gauvains s’an vont ensemble o lui, et un vallet qui les
armes porte. Kex li seneschaus fu partiz de la cort por la doutence
del roi et de ses chevaliers ; il n’osa demourer en la Grant Bre-
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— 293 —
teigne, si s*an ala en la petite. Brians des illes estoit de grant
povoir à ces tens, et chevaliers de grant force et de grant harde-
mant; car toute la Grant Breteigne avoit mainz contens éuz entre
lui et le roi Ârtus. Sa terre estoit moût forz de chastiax et de forez
et moût planteine; il avoit moufrde bons chevaliers en sa terre.
Quant il sot que Kex li seneschaus se fu partiz en tel manière de
la cort et qu'il estoit passez la mer, il le menda et le tint de sa
mainiée, et dist qu’il le garantiroit envers le roi et envers loz
homes. Quant il sot que li rois s’en fu partiz, il conmença la terre
à gerroier et ses homes à ocirre et à chalongier ses chastiaus.
i contes dit que li rois Artus s'an vet et Lanceloz
et misires Gauvains aveques lui, et orent tant
chevauchié un jor qu’il anuita en une forest, et
ne porent nul recet trover. Misires Gauvains se
merveilla moût conment c’estoit qu’il a voient che¬
vauchié au loncdel jor et n’avoient trové recet ne
hermitaje. La nuit fu parvenue et li airs fu ocurs et la forest
onbrage. 11 ne sorent quel part revertir por la nuit trespasser.
< Seignors, fet li rois, où porrons-nos descendre anuit? »—« Sire,
nos ne savons, quar cesle forest est moût anieuse. » 11 font monter
lor valet desor un grant arbre et dient qu’il resgart tant loing
* connue il porra, savoir se il porroit choissir recet ne meson où il
péussent herbergier. Cil esgarde toutes parz, puis lor dit qu’il voit
I feu moût loig, autresint cornue en une gaste meson ; mès il n’i
voit se feu non et ta meson. c Pran bien garde, fet Lanceloz, quel
part ce est que tu nos i saches bien mener. » Cil dit qu’il les menra
bien.
Autant est descenduz, si remonte sor son roncin ; il s’en vont
grant aléure et chevauchent tant qu’il choisirent le feu et le recet.
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— 224 —
Si passèrent outre parmi I pont de eloie ; il trovèrent la cort en-
hermie et la meson par dedanz grant et large et hideuse ; mès grant
feu avoit dedanz où l’en se povoit bien ehaufer de loing. 11 descen¬
dirent de lor chefax et li valiez les trait d’une part enmi la sale et
li chevalier s’asistrent dcjoute la feu, tuit armé. Li valiez voit
une chanbre en la meson ; il i est entrez por savoir s’il i trouve-
roit point de viende por les chevaus ; mès il s’an r’oissi fors au
plus tost qu’il pot et réclama moût doucement la mère au Savéor.
11 li demandent que il a et il dit qu’il a trovée la plus déloial
chanbre qu’il onques trovast. Car il i avoit senti, que testes, que
poinz d’ornes morz, plus de IIC, et lor dit qu’il n’ot onques mès si
grant péor. 11 s’asist touz esfraez. Lanceloz entra en la chanbre
por savoir se il disoit voir ; il santi les homes qui gisoient morz,
si les portata de chief en chief, et senti qu’il en i avoit 1 grant tas.
Il revint séoir au feu, tout riant. Li rois li demanda se li valiez
avoit dit vérité. Lanceloz li respont : oïl, n’onques mès n’avoit
tant trovez d’omes morz ensanble. < Je cuit, fet misires Gauvains,
quant il sont morz, que n’avons garde d’eus ; ce nos garisse Diex
des vis ! »
Que que il parloient einsint, atant ez-vos une damoisele qui
entre dedanz le manoir à pié et toute soûle; si se vient pleingnant
moût doulereusement : < Ha, Diex ! fet-ele, conme ci a longue
pénitence à mon eus ! et quant faudra-ele ? » Ele voit les chevaliers
enmi la meson séoir : « Biau sire Diex, fet-ele, est cil çà dedanz
par qui je doi oissir de cesle grant dolor? » Li chevalier l’escoutent
à grant merveille, il se regardent et la voient entrer dedanz l’uis,
et avoit robe qui toute estoit descirée des espinnes et des ronces de
la forest. Li pié li estoient tuit sanglant, car ele estoit deschauce.
Ele avoit le viaire de très grant biauté. Ele aporie la moitié d’un
home mort et le giète en la chanbre avec les autres. Ele connut
Lancelot tantost conme ele le voit : « Ha, Diex, fet-ele, je sui quite
de ma pénitence. Sire, fet-ele, bien puissiez-vos venir *et vostre
conpaignie! » Lancelot la regarde à merveilles : « Damoisele,
fet-il, estes-vos chose de par Dieu? » — « Certes, sire, fet-ele,
oïl ; n’en doutez de nule chose. Je sui la damoisele del chastel des
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— 226 —
Barbes, qui si soloie durement maumestre les chevaliers, si conme
vos véistes. Vos aquitastes les trespas des chevaliers, si jéustes
dedanz le trespas del chastel. Mès vos m’éustes enconvant que, se
li sainz Graax s’aparoit à vos, que vos revendriez à moi ; car autre¬
ment ne vos en voil-je leissier partir. Vos ne revenistes mie, por
ce que vos. ne véistes mie le Graal. Por la vileinnie que je feisoie
aus chevaliers, me fu chargiée ceste pénéance en ceste forest et en
cest manoir, très qu’à icele hore que vos i viendriez; car la
cruiauté estoit moût granz que je lor feissoie. Car Van ne ra’an-
menast jà chevalier à qui je ne féisse les nés tranchier, les euz
crever ; et de tiex i avoit, si conme vos véistes, qui les plez avoient
tranchiez et les poinz. Or l’ai puis chièrement conparé ; car il me
couvient porter dedanz ceste chanbre toz les chevaliers qu’an ocit
en ceste forest, et dedanz cest manoir les me couvenoit gieter, par
coustume, seule sanz conpaignie; et cil chevaliers que je aportai
ores a tant jéu dedanz la forest que les bestes sauvages en ont
mengié la moitié del cors. Or sui quite de ceste vileinie pénitence,
Dieu merci et la vostre, fors tant que me couvendra aler arrières,
quant il iert ajorné, aussint conme je ving ci. *
« Damoisele, fet Lanceloz, il m’est moût bel de ce que nos
venftnes herbergier ennuit çà dedanz, por amor de vos ; car je ne
vi onques mès damoisele qui si cruel pénitence féist. » — « Sir#*,
fet-ele, encor ne savez-vos que ce est ; mès vos le sauroiz bien
encore anuit, et vos et vostre conpaignon ; et Damediex vos escre-
misse de mort et de doumage ! Il vient, chaucunne nuit, une route
de chevaliers qui sont noir et lait et hideus, si ne sel l’en dont il
sordent ; et se conbatent les uns aus anstres moût très durement, et
dure la mellée moût grant pièce ; mès uns chevaliers qui vint çà
dedanz par aventure, la première nuit que je i ving, autresint
conme vos, me fist I cerne de s’espée, et m’aséoie dedanz tanlost
conme je les véoie venir, si n’avoie garde d’eus, car j’avoie en
remenbrance le Sauvéor del mont et sa très douce mère. Et vos
ferez autressint, se vos m’en créez, car ce sont chevaliers anemis. »
Lanceloz trait s’espée et fet I grant cerne environ la meson et il
furent dedanz.
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—.226 —
A tant ez-vos les chevaliers qui viennent parmi la forest, de
si très grant ravine que il sanble qu’il l’arachassent toute; après,
entrent dedanz le manoir et tiennent granz tisons ardanz dont li
uns giète à l’autre. Il entrent dedanz la meson en conbatant et sont
aati d’aler vers les chevaliers; mès il ne pèvent; il lor ruent de
loing les tisons, mès il tiennent les escuz et les espées nues. Lan-
celoz fet senblant de saillir vers eus et moût li sanble estre grant
couardise de ce qu’il ne se meut, « Sire, fet la damoisele, gardez
que vos n’issiez fors del cercle, car vos seriez en grant aventure
de mort, Car vos véez bien quel male gent ce sont. » Lanceloz ne
se veust tenir que il ne voist vers eus l’espéé traite, et il li courent
sus de toutes parz, mès il se desfant viguereusement et tranche les
tisons ardanz si que li charbon en volent, et lor porte l’espée enmi
les viaires. Li rois Artus et misires Gauvains saillent sus por Lan*
celot aidier, et fièrent desus ces males genz, si les détranchent, et il
braient conme anemi si que tote la forest en retantit. Et, quant il
chiéent à terre, il ne pèvent plus durer, airiz deviennent fiens et
cendre, et lor cors et tour chevaus si deviennent déables, tuit noir
en guisse de corneilles qui lor issent des cors. Il se merveillent
moût durement que ce peut estre et dient que tiex hostiex est moût
anieus.
Quant il les orent touz maumis, il se rasistrent et se repo¬
sent, et n’orent geires sis quant une autre tourbe de plus noires
genz lor vint, et aportoient glaives ardanz et flanbanz ; et plusor
d’eus aportoient chevaliers morz que il a voient ocis en la forest;
il les deschargenl enmi la meson, puis dient à la damoisele qu’ele
les port avec les autres, et ele rëspont qu’ele est fors de lor con-
mandemanz et de lor servise, ne jà mès ne doit feire riens por
eus; car ele a feite sa pénitence. Il aloignèrent lor glaives vers le
roi et vers les II chevaliers conme cil qui venuz estoient por ven-
gier lor conpaignons ; mès il saillirent ensenble tuit, silesrequis-
trent par moult grant vigor. Mès cele meute estoit greingdre que
l’autre et de plus hideus chevaliers ; il conmencièrent le roi moût
à destreigdre et ses chevaliers ; il ne les porent mie si malmestre
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— 887 —
conroe il firent les autres. Si conme il estoient el greigdre contanz,
si oïrent le glai d'une cloche souner ; atant se départent li cheva¬
lier anemi et s’en vont grant aléure. « Seignors, fet la demoisele,
se cist sons ne fust oïz, à poigne péussiez-vos durer ; car il venoit
encor si grant route de ceste gent que nus ne les povoit soufrir et
cest son ai-je oï chaucune nuit, qui ma vie m'a garentie. »
Josephus nos dit que à cest tens n'avoil éu cloche en la
grant fireteigne ne en la petite ; ainz apeloil Tan la gent à un cor, et
en plusors leus avoit tinbres d'acier et en autres leus batiaus de
fust. Li rois Artus se merveilla moût de cest son qui si estoit biax
et douz, et li sanbloit bien que il venist de par Dieu, et moût fust
bone la closche à véoir s'estre péust. Il furent la nuit trèsqu'à Fan-
demain en la meson, si conme je vos di. La damoisele pristcongié
deus, si s’an parti. Si con il issoient del recel, si encontrèrent
III hermiles qui lor dislrenl qu'il aloient querre les cors qui
estoient en cel manoir, si les enterreroient en une gasle chapele
qui estoit près d'ilec; car tel chevalier i avoient jéu, par quoi li
hantemenz des mauveisses genz estoit demourez, par quoi il
n'auroient niés povoir de nullui mal feire; si jnettroient laienz
I preudome hermite qui édefieroil le leu en seinteé et por Dieu
servir. Li rois en ifu moût liez et lor dist qu'il avoit esté trop
périlleus. Il se partirent des hermiles, si s'an entrèrent en la
forest; ne onques puis ne fu jor tant conme li rois Artus erra,
ce dit ceste estoire, que il n'oïst le son d'une soûle cloche, chau¬
cune houre, dont il estoit moût joieus. Il dist à monseignor Gau-
vain et à Lancelot que il célassent son non partout et que il ne le
clamassent mie seignor, mes conpaignon. Il en ostroièrent sa
volenlé et prièrent à Nostre Seignor que il les conduisist et menast
en tel chastel et en tel ostel où il fussent bien herbergié honora¬
blement. Il chevauchièrent tant que li vespres aproucha, si trou¬
vèrent un moût bel recel en la forest, si entrèrent anz et
descendirent. La damoisele del recel lor vint encontre, si lor
fist moût grant joie; puis les fist désarmer; après, lor aporie
moût riches robes à vestir; ele regarde Lancelot, si le recon-
noist.
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t Sire, fet-ele, vos éustes jà, un jor qui passez est, moût
grant pitié de moi et si me sauvastes honor, de quoi je sui à grant
meschief. Mès je ain mieuz soufrir mesaise en honor que planté
ne abondance avoir en honte ne en reproche; car honte dure et
doulor est tost trespassée. » Atant ez-vos le chevalier del recet où il
vient de la forest d’archoiier, et fet aporter, à moût grant foison,
venoison de cerf et de cengler. Il descendi por conjoiir les cheva¬
liers et conmança à rire quant il vit Lancelot. < Par mon chief,
fet-il, je vos connois bien. Car vos me desvoiastes de la riens el
monde que je plus amoie et me féistes espouser cesle damoisele
qui onques puis n’ot joie de moi, ne jà mès n’aura. » — t Biau
sire, fet Lanceloz, vos en feroiz vostre pleisir, car ele est vostre ;
véritez est que je la vos fis espouser, quar vos li voliez feire
vileinnie et honte, si que ses lignages éust honte de lui. » —
« Par mon chief, fet li chevaliers, la damoisele que je amoie avant
ne vos en ainme mie mieuz, ainz porchaceroit volentiers vostre
ennui et vostre domache et vostre honte se ele povoit, et ele a
grant povoir en ceste forest. » — « Sire, fet Lanceloz, j’ai puis
parlé à li et ele à moi, si me dist sa volenté et son vouloir. » Atant
conmanda li chevaliers à prandre Lève, et la dame prant les
bacins et présente Fève aus chevaliers. * Avoi, damoisele, fet li
rois, ostez! Il n’avendra jà, fet li rois, se Dieu plest, que nos
preignons itel servise de vos. » — e Par mon chief, fet li sires de
Fostel, si vos couvient à feire, car autre que ele ne vos servira
ennuit de cest mestier, ou vos ne menjeroiz anuil ça dedanz. »
Lanceloz entant que li chevaliers n’est mèe gramment
courtois et il voit la table garnie de bones viendes, si se porpensse
que il ne fet mie bon perdre tele eise; quar il avoient eslé à maleise
la nuit devant. Il fet prandre le roi Fève de la dame; ele les servi
louz de cest mestier. Li chevaliers les conmande à séoir; li rois
vost feire séoir [la dame] dejouste lui à la table, mès li chevaliers
dist qu’ele n’i serroit mie. Ele se vet séoir avec les escuiers, ausint
conme ele seust feire. Li chevalier en sont inout dolant, mès il
n’osent contredire la volenté au seignor. Quant il orent mangié, li
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chevalier» dist i Lancelot : < Or pover-vos véoir qu’ele a gaemgnié
en moi de ce que vos la me féistes prandre à force; ne jà mès, se
m’ait Diex, tant tourne ele vive, n’iert jà mès autrement onorée
par moi, car je le créantai à cele que j’ain plus assez. » — « Sire,
fet Lanceloz, il m’est avis que vos feites mal et péchié, et si cuit
que vos en aurez graat blasme de ceus qui le sèvent; et vostre
vileinnie soit à vos, car je n’an trai noiant à moi. »
Lanceloz dist au roi et à monseignor Gauvain que, s’il ne
se fust berbergiez en son ostel et il le tenist hors del recet, il i
méist ainçois del sanc del cors qu’il nu conquéist si que la dame
fustàgreignor honor maintenue, ou par force ou par prière, autre-
sint conme il fist quant il Tespousa. 11 furent la nuit moult bien
berbergiez et jurent el recet trèsqu’à lendemain que il s’an par¬
tirent, et chevauchièrent à grant esploit par lor jornées tant qu’il '
vindrent en une terre moût diversse qui n’estoit geires hantée de
gent, et trouvèrent I petit chastel en I destor. Il vindrent cele
part, et virent que la clôture del chastel estoit fondue trèsqu’an
ablnme, ne n’estoit nus qui aprochier i péust de cele part; mès il i
avoit une moût bele entrée et une porte grant et large par où l’en
i entroit. A regardèrent une chapele qui moût estoit bele et riche,
et par desouz une grant sale encienne; il virent un provoire
enmi le chastel aparoir, chanu et encien, qui estok oissuz de la
chapele. 11 sont venuz cele part, puis descendirent, si demandèrent
au provoire qui cist ehastiax estoit, et il lor dist qu’il iert li grant
Tintainel. < Et conment est ceste terre fondue environ cest
chastel?» — « Sire, fet li prestres, je le vos dirai. Sire, fet-il, li
rois Uter Pehdragon, qui pères fu le roi Artu, tint une grant cort
et manda touz ces barons. Li rois de cest chastel qui adonc i estoit
avoit non Galoès; il ala à la cort, si mena sa famé avec lui, qui
avoit à non Yguerne, si estoit la plus bele dame qui fust en nul
réaume. Li rois Uter l’acointa por sa grant biauté et l’esgarda plus
et honora que toutes celes de la cort. Li rois Galoès s’en parti, il
fist la réine revenir arrières en cest chastel, por la doutence del
roi Uter Pendragon. Il s’an corrouça moût à li et li conmanda qu’il
remandast la réine sa famé. Li rois Galoès dit qu’il nou feroit. Li
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rois Uter Pendragon le desfia tantost, puis mist le siéje environ
cest chastel là où la réine estoit. Li rois Galoès estoit alez por
secors querre. Li rois Uter Pendragon avoit Merlin avec lui, dont
vos avez oï parler, qui si fu enginneus. Il se fist muer en la san-
blance le roi Galoès, si entra çà dedanz par Fart de Merlin et jnt
cele nuit avec la réine, si engendra le roi Artu, an une grant sale
qui estoit environ l’enclos là où cil abinmes est. Et por itel péchié,
est la terre fondue en tel manière. » Il les envoie vers la chapele
qui estoit moût bele, si i avoit I sarqueu moût riche, c Seignors,
en cest sarqueu fu mis li cors de Merlin; mès onques be le pot
l’en mestre par dedanz la chapele, ainz le covint demorer par
defors. Et sachiez tôt de voir que li cors ne gist mie dedanz le sâr-
queu; car, tantost conme il i fu mis, en fu il partiz et fu raviz de
par Dieu ou de par l’anemi, nos ne savons lequel. >
c Sire, fet li rois Artus, et li rois Galoès que devint? » —
c Sire, fet-il, li rois l’ocist lendemain qu’il ot.jéu à sa famé la
nuit, si espousa tantost la réine Ygerne, et d’itant conme je vos di,
fu li rois Artus concéuz en péchié, qui est ores li mieudres rois
del monde. > Li roi Artus a oïe sa nessence qu’il ne savoit mie, si
en fu I poi hontex et enbrons por monseignor Gauvain et por Lan¬
celot. Il méimes s’an merveilla moût et li pesa moût de ce que li
provoires en ot tant dit. Il jurent la nuitel recet, si s’an partirent
l’andemain quant il orent la messe oïe. Lanceloz et misires Gau-
vains, qui les forez cuidèrent connoislre, trovèrent la terre si
muée et si diverssse qu’il ne savoient où il èrent enbatu; et tiex
venoit en la terre qui fu le roi Pesehéor, dedanz XL jors, se il
venoit revenir autre foiz, il ne troveroitmie le chastel dedanz un an.
Josephus nos tesmoigne que les senblances des illes se
mouvoient par les diverses aventures qui, par le pleisir de
Dieu, i avenoient, et si ne pléust mie tant as chevaliers la queste
des aventures se il ne les trovassent si diversses. Car, quant il
avoient entré en une forest ou en une ille où il avoient trouvé
aucune aventure, se il i venoient autre foiz, si trouvoient il recez
et chastiax et aventures d’autre manière, que la poigne et li
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travaus ne lor ennuiast, et por ce que Diex vouloit que la terre
fust confermëe de la novele loi. Et il furent li chevalier el mont
devant ceus, qui plus orenl poigne et travail por querre aven¬
tures et que por ce tenir que il avoient en couvant, ne de nule
cort à nul roi qui fust el monde n’oissirent tant de bon chevalier,
conme il oissirent de la cort le roi Artus, et, se Damediex tant nés
nmast, il ne péussent pas tant endurer poinne et travail, conme il
feisoient de jor en jor; car sanz faille il estoient bon chevalier,
mès ce n’estoit mie soulement por férir, ainz estoient loial et verai
et créoient el Sauvéor del monde et en sa douce mère, si dotoient
honte et amoient honor. Li rois Artus s’en vet et misires Gauvains
et Lanceloz ensanble o lui ; il trespassent maint estrange païs, si
entrèrent en une grant forest. 11 manbra à Lancelot des chevaliers
qu’il avoit ocis en la gaste cité où il devoit aler, et savoit bien que
li jors aprochoit de son venir. 11 le conta aussint au roi Artu,
puis li dit que, se n’i aloit, il mentiroit sa convenance. Il chevau¬
chent tant que il vindrent en une croiz, là où voie forchoient.
c Sire, fet Lanceloz, il me convient aler, por aquiter ma fience,
en grant aventure et en grant péril de mort; ne je ne sai-se je
i vecrai jà mès ; car je i ocis I chevalier, dont je fui moût dotant ; si
me couvint jurer, ainçois que je l’océisse, que je iroie mestre mon
chief en autretel abandon conme il avoit le sien mis. Ore est li jors
approchiez que je en doi aler, si ne veil mie fausser de convant,
quar je en seroie blâmez; et, se Diex m’en leisse eschaper, je vos
suivrai hastivement. » Li rois Tacole et beisse au départir, et misires
Gauvains ausint, et prient au Sauvéor qu’il li gart son cors et sa
vie et le puissent revéoir prochiennement. Lanceloz éust moût
volentiers mandé salut à la réine se il osast, car ele li gist plus el
cuer que nule autre chose ; mès il ne vost que li rois ne misires
Gauvains à amor fausse n’i penssassent, qu’il ne l’en portassent
covrinne. L’amor li est si enraciuée el cuer, an quel péril qu’il
voit, qu’il ne se peut partir; ainz prie Dieu chaucun jor, si dou- •
cernent conme il peut, qu’il puisse sauver la réine et qu’il puisse
délivrer son cors de cest péril. 11 a tant chevauchié que il vint à
bore de midi en la Gaste Cité et trouva la cité viude, conme la pre¬
mière foiz que il i fu.
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En cele cité où Lanceloz fu enbatuz, avoit mainte meson
gaste et maint riche palès déchéu ; il n’ot geires esté dedans la cité
quant il oi 1 grant cri et un doulousement de dames et de damoi-
seles, mès il ne sot quel part ce fu ; et dient : c Ha, Diex ! conme
nos a traies li chevaliers qui le chevalier ocist, quant il ne refient!
Jà est hui li jors venuz qu’il doit aquiter sa fiance; jà mès ne
devra Tan croire chevalier, quant il ne revient. Li autre devant
cestui nos ont failli; aussint nos fera cist, por péor de mort; car
il trancha la teste au plus biau chevalier et au meillor qui fust en
cest réaume, si li devoit l’en la seue tranchier ausint; mès il s'en
est bien gardez, se il peut. » Ainsint disoient les damoiseles. Lan-
celoz se merveilla où eles estoient, car il n’en pot nule choisir; et
vient devant le palès là où il avoit ocis le chevalier ; il descendi,
puis areinna son cheval à un anel, qui estoit fichiez el perron de
marbre. Il n’i out geires esté quant uns chevaliers descent, granz
et biaus et fors et délivres, et estoit escourciez en 1 bliast de soie
moût haust, et tenoit la hache en sa main, de quoi Lanceloz avoit
tranchiée la teste à l’autre chevalier; il la venoit aguisant d’une
cueuz, por mieux .tranchier. Lanceloz li demande : c Que feroiz
de cele hache? » — « Par mon chief, fet li chevaliers, ce sauroiz-vos
autresint con mes frères le sot, qui vos en tranchastes le chief, se
je puis esploitier. » — c Conment, fet Lancelot, occirois-me-vos
donc? > — « Ce sauroiz-vos, fet cil, ainçois que vos partoiz de ci.
Dont ne créantastes-vos loiaument que vos metriez vostre chief en
autretel abandon conme li chevaliers mist le sien sanz desfans,
que vos océistes? ne autrement ne vos en povez-vos partir. Or si
venez avant sans arest et si vos ajenoilliez, et estendez le col aussint
conme mes freres fist; si vos trancherai la teste; et, se vos ce ne
volez feire de vostre gré, vos troveroiz bièn qui le vos fera feire à
force, se vos estiez XX chevaliers autretel con vos estes uns. Mès
je sai bien que vos n’estes ci venuz por el mès que por aquiter
vostre fience et que vos n’i melroiz nul contenz. » Lanceloz cuide
mourir et veust a tendre san faille ce qu’il ot en convenant ; si se
couche à terre en croiz et crie à Dieu merci. Il li menbre de la
réine et crie à Dieu merci et dit : « Ha, dame, fel-il, jà mès ne
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▼os Terrai ; car, 9e je vos éasse une foiz véue ainçois que je fusse
mon, ce me fost moût grant confort, et si s’en partist m’âme plus
à eise. Mès ce que je ne vos verrai jâ mès, si oom moi est avis, si me
desconforte plus que la mort, dont morir me couvient; çar mourir
couvient-il quant l’an a tant vescu. Mès je vos créant bien que
m’amor ne vos faudra jà et jà ne sera que m’âme ne vos aint autre-
tant en l’autre siècle conme li cors a fet en cestui, se ele en a
povoir. » Adonc li chéirent les larmes des euz, ne onques, puis
qu’il fu chevaliers, ce dit li contes, ne larmoia por riens qui U
avenist ne por pesence, que cele foiz et une autre. 11 prant trois
pens cPerbe, si s’aconmenia, et puis si s’est seigniez et bénéiz;
puis, se dresce, si se met à jenoillons et estant le col. Li chevaliers
entoise la hache; Lanceloz ot venir le cop, si beisse le chief et la
hache passe outre. 11 li dist : « Sire chevaliers, ainsint ne fist mie
mes frères que vos océistes, ainz tint le chief et le col tout quoi, et
ausint vos couvient-il feire. » Deus damoiseles s’apèrent aus
fenestres del palès, de moût très grant biauté, et connurent bien
Lancelot. Si conme li chevaliers ot entesé l’autre cop, l’une des
damoiseles li escrie : « Si vos volez avoir m’amor à toujorô mès,
gitez jus la hache et si clamez quile le chevalier, ou, ce non, vos
avez i moi failli. » Li chevaliers giète tantost la hache jus et chiet
à Lancelot au piez et li crie merci conme au plus loial chevalier
del monde, t Mès vos, aiez merci de moi que vos ne m’ocioiz, fet
Lanceloz, car à vos en doi-je la merci requerfe. » — « Sire, fet li
chevaliers, certeinnement non ferai-je; ainz vos aiderai à mon
povoir à garantir envers touz homes, encor aiez-vos ocis mon
frère. ». Les damoiseles descendent del palès et sont venues &
Lancelot.
< Sire i , font-eles à Lancelot, nos vous devons moult amer et
plus que toz les chevaliers del monde. Quar nos somes les II damoi¬
seles serours que vous véistes si poures el Gaste Chaste! où vous
jéustes chiés nostre frère; vos et misires Gauvains et 1 autre che-
i Ici le manuscrit semble écrit d'une antre main, et l'on remarquera quelques diffé¬
rences d'orthographe.
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▼•lier» nous donastes l’avoir et le recel ans chevalier» robéors que
vous océistes; quar caste cité qui gaste est et li Gastes CW tMnr
mon frère ne se fassent jà mès peuplée de jant, ne ne béassions
jà més terre, se ne fast 1 Ioiax chevaliers vennz si eonme vous
estes. Il se sont bien anbato là dedanz XX chevaliers an itel
manière eonme vos i venisies, n’i a celai qa’il ne noos ait ods ou
frère oa cousin et tranchié la teste, si eonme vos féistes au che¬
valier, et créantoit chascun qu’il revendrait au jor qui mis i estoit ;
luit feilloient ces convenances; quar nus (feus n’i ossoit venir au
jour [et, se vos i aviez failli] autresint eonme li autre, nos éussions
ceste cité perdue, sanz recouvrir les chastiax qui i apendent. »
Ainsint li chevaliers et les damoiseles anmoinent Lancelot
el palès, puis le font désarmer ; il ont [oie] la plus grant joie del
mont en plussors leus de la forest qui près de la cité estoit. « Sire,
font les damoiseles, or povez oïr les joie de vostre venue. Ce sont
li borjois et li manant de ceste cité qui sèvent jà les noveles. »
' Lanceloz s’apuie aux fenestres de la sale et voit peupler la cité de la
plus bele jant del mont et aanplir les granz [rues] et le grant palès,
et venir clers et provères à grant processicon, qu’il loent Deu et
aourent de ce qu’il ont pover de revenir en lor esglisse, et don¬
nent bénéicon au chevalier par qui il ont pover de repeirier. Lan¬
celoz fu moult anorez dedanz la cité. Les II damoiseles se peinent
moult de lui servir, et moult fannorèrent tuit cil qui sont laianz et
tuit cil qui i viennent, et clers et prestres.
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^ tant se test li contes de Lancelot, si parole del roi
et de monseignor Gauvain, qu’il sont de lui an
grant csfroi; quar moult volentiers il an oïssent
noveles. Il ancontrèrent I chevalier qui venoit
touz armez, et misires Gauvains li demande dont
il venoit, et il dist qu’il venoit de la terre la réine
au Cercle d’or à qui grant donmaje est avenue; quar li fiuz à la
Veve Dame avoit conquis le Cercle d’or, par le chevalier au Dragon
qu’il avoit ocis, si li devoit garder et randre à sa volanté. Or li a
Nabiganz de la Roche tolu, qui moult est outrageas et puissanz; si
l’a conmandé à une damoisele qui le portera i une asanblée qui
doit estre de chevaliers, el pré de la tante aus II damoiseles, là
où misires Gauvains osta la vileine costume. La damoisele qui le
cercle d’or aportera le donra au chevalier qui miclz le fera à
l’asanblée. Nabiganz s’est ahatiz qu’il le vorroit avoir; autre foiz
Favoit-il jà éu par armes. Et je vois pour chevaliers qu’il ne sévent
mie ces noveles, qu’il vandront à l’asanblée quant il le sauront* >
Li chevaliers s’an part atant. Li rois et misires Gauvains ont tant
chevauchié que il vindrent à la tente, là où misires Gauvains abati
la vileine costume par les II chevaliers qu'il ocist. Il trova la tente
ausint garnie dehors et dedanz corne ele estoit quant il i fu, et
misires Gauvains fist asoier li rois desure une costepointe de paile
moult riche ; après, le fist désarmer à 1 valet, et il méismies se
désarma, puis lavèrent lor meins et lor vis, por le fer dont chascun
estoit camoissiez; et misires Gauvains trova les cofres desfermez,
qu’il estoient aux chief de la cosche, et il fist vestir li rois blans
dras déliez que il trova, et robe de dras de soie et d’or, et il méismes
se vesti en tel manière; quar li cofres n’estoit mie desgarniz;
quar la tente estoit garnie de riches aournemanz. Quant il furent
en itel manière acesmé, l’an péust qucrre moult loing que l’an ne
péust nus si biax chevaliers trover.
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A. tant es-vous n damoiseles de la tente qui viennent.
« Damoisele, fet misires Gauvains, bien poissiez-vos venir! » —
* Sire, font-eles, bone aventure aiiez-vos amedui ! Il nos est avis
que vos prenez moult fièremant ce qui nostre est; ne onques pour
nule de nous ne vossistes fère chose qu’il vous fust requise. > —
* Misires Gauvains, feit l’einée, il n’a chevalier an cest réaume
qu’il ne se fëist moult joianz se il cuidoie que je l’amasse, et je vos
requis la vostre amor à I jor qui passez est, pour la valor de vostre
chevalerie, ne onques ne le m’ostroiastes. Conmant ossez-vous
avoir ah moi fiance de nule riens, ne prandre les moies choses si
fièrement, quant je ne me puis fier de vos. * — < Damoisele, por
votre cortoisie et por la bone costume de la terre; quar vos me
déistes, quant les males coutumes chéirent, que toutes les anors et
toutes les cortoissies que l’an devet feire i chevalier seroient apres-
tées çà dedans à trestouz ceus qui herbergier venroient. » —
< Misires Gauvains, vous dites voir; mès l’an se doit bien de la
eortoissie targier et randre vtlennie encontre vilennie.
< L’asenblée des chevaliers conmencera demein an ces te lande
qui tant est bele ; il i aura assez de chevaliers, si donra l’an le
oercle d’or. Or verra l’an qui mielz le fera. L’asanblée dura
III jors touz antiers et de tant vous povez-vous bien vanter, antre
vos et vostre eonpagnon, que vos avez le plus bel ostel et le plus
pleissant et le plus pesible que nul ehevalier de l’asanblée. » La
meinnée dymoisele regarde le roi Artus : < Et vous, fet-ele, que
feroiz-vous? seroiz-vous si estranges envers nos corne misires Gau¬
vains se feit si privez uui a us très? »
« Damoisele, fet li rois, misires Gauvains fera son plessir et
je le mien; estrange ne seroie-je jà androit vos ne vers damoi¬
seles; ainz seront annorées de par moi tant conme je vivrai et je
méismes seroi an vostre conmandemant. » — * Sire, feit-ele,
moult grant merciz ; dont vous pri-ge que vos soiez mes cheva¬
liers au torooiemant. * — « Damoisele, ce ne vous doi-je mie
refusser; je seroie moult liez an mon cuer se je povoie feire chosse
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qui vous pléust; quar por les dames et pour les damoiseles se
doivent pèner tuit li chevalier. » — t Sire, feit-ele, conmant est
vostre non? »
c Damoisele, feit-il, je ai non Artus, si sui de Tincardeul. >
— « Apartenez-vous le roi Artus de noiant? » — « Damoisele, jà
ai-je esté à sa cort par meintes foiz ; se il ne m’anmast et je lui,
je ne fusse mie an la conpagnie monseingnor Gauvain. Mès il est li
rois el monde que je plus aing. » La damoisele regarde le roi
Artus, mès ele ne cuide mie que ce soit il ; si li plest moult li
estres et la contenance de lui. Or puet estre li rois an fiance que
il aura amie se an lui ne demeure; mès il a moult è dire antre son
sanblanl et son pansé; quar il mostre bien sanblanl à la damoi¬
sele an quoi ele a moult grant fiance, mès ses pensez est an la
réine Guenièvre, an quel que leu que il soit. Quar il n’aime tant
riens corne lui.
Les damoiseles firent establer les chevaux et les cors des
chevaliers aissier la nuit moult richemant; et jurent en II moult
riches costes, la nuit, anmi la sale, et furent lor armes aprestées
devant. Les damoiseles ne s’an vostrent partir très qu’à cele heure
qu’il furent andormi. Li bernois des chevaliers qui venoient à
l’asanblée vindrent l’andemain de toustes parz; il firent lor loges
et tandirent lor pavillons anviron la lande de la forest. Li rois
Artus et misires Gauvains furent levé à la matinée et dirent les
chevaliers venir de toustes parz. La damoisele ainznée vint à mon¬
seingnor Gauvain et li dit : « Sire, feit-ele, je veuil que vos por-
toiz, huimès, armes vermeilles que je vous bailleroi, por Pamor
de moi ; et gardez qu’eles soient bien anploiiées, ne je ne veuil que
vos ne soiiez mie connéus aux armes, ainz dira Pan que vous estes
li vermeulz chevaliers et vous Potroiiez ausint. » — « Damoisele,
moult grant merciz, feit misires Gauvains ; je me pènerai d’armes
au mielz que je porroi, por Pamor de vos. » La meinnée darooi-
sele vint au roi Artus : « Sire, feit-ele, ma damoisele a feit son don,
et je feroi le mien. Je ai unes armes d’or, les plus riches que
chevaliers puisse porter, que je vous bailleroi. Quar il m’est avis
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qu'eles seront mielz anploiiées an vos qu'an 1 autre chevalier; si
vos pri que il vous souviegne de moi à i’asanblée, autresint me
ramenberra il souvant de vos. »
< Damoisele, fist li rois, grant merciz; il n'est nul chevalier,
s'il vos véoit, qu'il ne vous déusl avoir an remanbrance eu son
cuer, por vostre cortoissie et pour vostre valor. » Li chevalier
furent venuz par les tantes. Li rois et misires Gauvains furent
armez et ont feit couvrir lor chevax moult richemant. La damoi-
sele qui le cercle d'or dut doner fu venue. Nabiganz de la Roche ot
grant routes de chevaliers amenées ansanble o lui. L’asanblée
estoit dévissé.! Li rois Artus fiert des espérons corne bon chevalier
et abat 11 chevaliers en son venir, et misires Gauvains s'abandone
antre II rans por mielz connoistre. Li plussor dient : t Vez là
monseignor Gauvain, li bons chevaliers qui niés est le roi Artus.
Nabiganz de la Roche vient vers lui quant que li chevaus puet
randre, le glaive anpoingné. Misires Gauvains le voit venir vers lui,
moût arami; si giète son escu jus à la terre; et se mestent à la fuie
au plus tost que il pueent; cil qui le virent, XL ou plus, s'an
merveillièrent et dient : « Que ore me resanble cest couardisse
outrée! » Nabiganz dist que chevalier qui veincuz est et chevalier
si feit ne suivra il jà, quar ce ne seroit jà grant pris de lui prandre
ne de gahangnier son cheval. Autre chevalier viennent joster à lui;
et misires Gauvains les fuit et ganchist au mielz qu’il puet et fet
sanblant qu'il n'en ost nul atendre. Il se trest vers le roi Artus à
garisson. Li rois an a grant vergongne de ce que il li voit feire; il a
moult grant poine de monseingnor Gauvain desfandrë; quar il se
tient ausint près de lui comme la pie feit del buisson quant li fau¬
cons la velt prandre. An tel honte et an tel vergoingne fu misires
Gauvains tant corne l'asanblée dura, et disoient li chevalier que
il avoit assez pris greingnor que il ne déservi ; quar onques mès
de virent si couart chevalier à asenblée de tournoiemant corne il
estoit, ne jà mès ne le douteront si corn il l'ont fet dusqu’à hore.
Dessoremës se pouront bien vanchier li plussor de lor parenz et de
lor amis qu'il lor a ocis par les forez. L'asanblée parti à l'avesprir,
de coi il fu moult bel le roi et monseignor Gauvain. Li chevalier
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se désarment à lor ostiex et li rois et misires Gauvains à la tente
ax damoiseles.
Atant ès-vous I nein qui vient : « Par mon chief, damoisele,
vostre chevalier vont de mal an pis. De celui aux armes bloies se
puet l’an auques passer ; mes misires Gauvains est li plus couarz
que jé onques mès véisse, et, se il me coroit demein sus et fusse
armez autresint conme lui, je me cuideroie moult très bien anvers
lui desfandre. Déable le font aler an leu où il a foison de cheva¬
liers, quar corne plus i a de jant, mielx connoist Tan la manière et
la mauvestié. Et vous, sire, feit-il au roi, por quoi tenez-vous sa
conpagnie? Vous l’éussiez hui assez mielz feit, se il ne fust. 11 se
tapissoit autresint près de vous, por les cox, corne li lièvres feit au
bois por les chiens. Il n’afiert mie à bon chevalier qu’il tiegne
conpaignie de couart. Je ne le di mie por ce que je ne vossise qu’il
fust assez pires qu’il n’est, pour les II chevaliers qu’il ocist devant
ceste tante. 1 La damoisele oi ce nein parler, si an sorist; ele
antendi bien que misires Gauvàins ot éu assez blasme à l’asenblée.
Li chevalier distrent à leur ostiex c’or ne savoient il à qui doner
le cercle d’or, puis que ii chevaliers aus armes d’or et cil aux
armes vermeilles n’i estoient. Quar il furent li mielz feissanl le
premerein jor de l’asanblée. [Li tourmoiemenz] fu repris à l’ende-
mein. — « Gauvains, feit li rois, moult avez hui éu de blasme et
je méismes ai esté touz vergongniez por l’amor de vous. Je ne
cuidoie mîe que nus si bons chevaliers corne vous estes séust si
contrefère le mauvès comme vous le féistes. Vous avez moult feit
pour l’amour à la damoisele, et ele s’est moult bien vangiée de
vous, se vous li éussiez grant annui feit ; et, se vos estes demein à
la coardisse où vous avez hui esté, jà mès n’iert jor que vous n’an
soiiez blâmez. »
«Par foi, fet misires Gauvains, il me couvendra fère le
pleissir è la damoisele, puis que nos somes anbatu en son pover. »
Il se couchièrent la nuit et repossèrent puis que il orent mapgié,
et l’endemein, quant il se levèrent, la damoisele vint à monsein-
gnor Gauvain : « Je veut, feit-ele, que vous soiiez couverz
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— 240 —
d’autretex armes corne vostre conpeins fu le premerein jor, que
je tous bailleroi moult riches, et si Teul que tous soiiez si bous
cheTaliers corne tous fustes onques meilleurs nul jor. Mès je tous
coiimant, sur la foi que nous féistes le jor, la gaisse que tous ne tos
festes connoistre à nullui ; et se nüs del monde tous demande
Tostre non, diroiz que tos estes le cheTalier aux armes d’or. » —
< Damoisele, feit misires GauTains, grant merciz, je feroi Tostre
plessir. » La meinnée damoisele revint au roi : « Sire, feit-ele, je
tous Teul renouTeler tos armes ; tos les porterez vermeilles, iteles
corne misires GauTains les porta le prumier jor, et si tous prie que
vous soiiez autiex corne tos fustes le prumier jor, ou mieudres. »
« Damoisele, d’amender moi et mon afeire auroi-ge mestier
et je tos soi moult bon gré de ce qu’il tous plest à dire. » Lor
chevax furent couverz et li chevaliers montèrent, tuit armé. II
Tiennent à l’asanblée del tornoiemant, par si très grant aïr que
trespassèrent les rostes toutes les greingnors et abatirent chevaliers
et chevaux et quant qu’il ancontrent. Li rois Artus choisi Nabigant
qui venoit moult cointemant couverz; li vrois le fiert de si très
grant aïr anmi le piz que il l’abat de son cheval, si qu'il li brisse
la chanolle del col, et présante le destrier, par son valet, à la
mainsnée damoisele qui an feit grant joie. Et misires Gauvains
cerche les ranz de toustes pars et le fist si bien que à poines le
puet nus andurer ses cox. Li rois Artus n’est mie oisseus, ains troe
escuz et anbare hiaumes ; tuit [l’Jesgardent à merveilles et mon-
seignor Gauvain. Li contes dist que ancore l’éust mielz feit li rois,
mès il se déléa à son pover de bien feire d’armes, por ce que
misires Gauvains l’avoit feit si mauveissemant le jor devant, et ore
voloit bien qu’il an éust le pris.
Jja damoisele qui le cercle d’or tenoit estoit anmi l’asenblée
des chevaliers et l’avoit mis an moût riche vessel d’ivoires & pières
précieusses, moult annoréemant. Quant la damoisele vit que
l’asenblée failli, ele fist arester touz les chevaliers et lor pria qui
déissent le jugemant vrai, ne qui le cèlera, qui doit avoir le cercle
d’or avoit le mielz deservi par armes. Il ditrent tuit par droit
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jugeroant que li chevaliers aux armes d’or et cil aux armes ver¬
meilles an dévoient avoir le pris desur touz les autres, mès de ces
Il devoit avoir le pris cil aux armes d’or, quar il le fist le prume-
rein jor si bien conme nus chevaliers le povet mielz feire et au
derrian autresint, et, se cil aux armes vermeilles ne se fust deloiez
au derrian jor, il l’éust autresint bien feit ou mielz. L’an aporta à
monseingnor Gauvain le cercle d’or, mès l’an ne sot mie que ce
fust il ; et misires Gauvains vossist volantiers que l’an l’éust doné
à monseingnor le roi Artus. Li chevalier se partirent de l’asanblée;
li rois et monseingnor Gauvains revindrent & la tente, il aportèrent
le cercle d’or, de quoi les demoiseles firent grant joie. Àtant
ès-vons le nein qui revient : « Damoisele, iliex chevaliers font
mielz à herbergier que misires Gauvains li couarz, li mauvès, qui
tant de honte out à l’asanblée. Vous méismes an fustes moult
blâmées de ce que vous l’aviez herbergié. Cist conquist le cercle
d’or par armes, et misires Gauvains honte et blâme. » La damoisele
rit de ce que li neins dist; après, li conmende, sur les ielz de son
chief, que il s’an voist.
Iii rois et misires Gauvains furent désarmé. « Sire, feit la
damoisele, que feroiz-vos del cercle d’or? » — « Damoisele, feit
misires Gauvains, je le porteroi celui qui premièremant le conquist
an grant péril de mort, si an aquita la réine qui garder le devoit,
à qui l’an le toli. » Li rois et misires Gauvains jurent an la
tente la nuit. La meinée damoisele si vint au roi : « Sire, vous
avez moult feit d’armes an l’asenblée, ce m’a l’en dit, pour l’amor
de moi, et je sui preste de gerredoner. » — « Damoisele, moult
grant merciz; vostre gerredon et vostre servisse ai-ge moult, et
vostre anor et ancor plus, dont je voroie que vous éussiez autre-
tant corne nule damoisele pouroit avoir; quar ai) damoisele sanz
anor ne doit nus avoir fiance. Damediex vous doint bien garder la
vostre! » — «Damoisele, fet-ele à l’autre qui siet devant mon-
seignor Gaûvain, cist chevaliers et misires Gauvains ont pris par-
lemant ensanble; il n’a an eus ne soulaz ne conpagnie. Lessons-les
dormir ; que mal repos aient-il, et Damedex nos desfahde à tos-
jormès de tex ostes! » — « Par mon chief, feit Peinée damoisele,
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se ne fust pour le cerc!c d’or dont il doit aquiter la réine qui
l’avoit an garde, qui ma dame est, il ne se partissent mie ao tel
manière de .ceste terre corne il feront. Mais, ancore c’est misires
Gauvains nices anvers les damoiseles, si $oi-ge bien qu'il estloiax
an autre manière qu’il ne fauseroit mie la parole. »
Les damoiseles s’en partirent atanl ; autresint fist li rois et
misires Gauvains, quant il virent le jor. Nabiganz an fu portez an
litière, qui fu bléciez au tornoiemant, Mélioz de Logres aloit querre
monseingnor Gauvain ; il ancontra les chevaliers et les hernois qui
venoientde l’asenblée; il demande aux plussorsse il savoient dire
noveles del neveu le roi Artu, monseingnor Gauvain ; et li plusor
dient : « Oïl, assez moult mauvès. » Après, li demandent pourquoi
il le quiert. « Seingnors, feit-il, je sui ses hons liges, et il me doit
garentir ma terre anvers toz honnies, que Nabiganz me tost sanz
resson, que l’an anporte de cilec en litière; si voloie monseignor
Gauvain requarre qui m’aidast ma terre à secorre. » — « Par foi,
sire chevalier, font-il, nos ne savons cornent il puisse autrui valoir
qui soi méime ne puet aidier. Misires Gauvàins fu à l’asanblée,
mès nos vos dissons pour voir que ce fu cil qui pis le fist. » —
« Ha, las! fist Melios de Logres, dont ai-je ma terre perdue, se il est
tex devenuz conme vos me dites. » — « Vos nos en créissiez bien,
font-il,se vos l’éussiez véu à lasanblée. » Melyoss’an torna arrière,
touz dolanz.
Li rois Artus et misires Gauvains se partent de la tente, si
s’an viennent grant [aléure] com il porent eschaper, pour apro-
chier la terre là où il voloient aler ; si désiroient moult la venue
de Lancelot. Il chevauchèrent tant qu'il vindrent une nuit el
gaste manoir où li brachez mena monseingnor Gauvain, qui le
chevalier trova mort que Lanceloz avoit ocis. II se herbergent la
nuit, si frovent chevaliers et damoiseles, de qui il furent connéu.
La dame del gaste manoir menda secors, que tenoil le roi Artus
qui les autres chevaliers ociet, et misires Gauvains, ses niés, estoit
là dedans ; mès ele amast bien que Lanceloz fust ^vec eus qui
son frère avoit ocis. Chevalier li vinrent à grant foisson por le
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roi Artus grever et monseignor Gauvain; mès ele ot tant de cor-
toissie an lui qu’ele ne le vest soufrir que l'an lor féist mal dedanz
son recest; [mès ele a retenu VII chevalier] plein de grant harde-
mant por garder l’anlrée del pont et que li rois et misires Gauvains
ne s’an partissent se parmi les fers de lor glaives non.
Gist haust estoires nous tesmoigne que Lanceloz ce fu partiz
de la gaste cité où il fu moult onorez, et chevaucha tant qu’il vint
à une forest où il ancontra Mélion de Logres qui moult estoit esfréez
des noveles qu’il ot oies de monseignor Gauvain. Lanceloz li de¬
mande dont il venoit, et il dist de querre misire Gauvain de qui il
avoit oies noveles de quoi il estoit moult dolanz. « Conmant, feit
Lanceloz, a-il donc se bien non? » — « Oïl, feit-il, si corne je oi
dire, quar il soulet estre bons chevaliers et ore est devenuz
mauvès; il fu à l’asenblée des chevaliers dont j’ancontré le har-
nois et les rostes, si me distrent que onques mès tant de couar-
disse ne fu an I chevalier; mès I chevaliers qui avecques lui fu le
fist moult bien. Conmant que il l’aient esploitié, le troveroie
moult volantiers ; quant que l’an m’a dit, je ne puis croire que il
puisse estre si mauvès. » — « Sire, fet Lanceloz, je le vos querre,
si vous en povez venir avesques moi se biax vos est. » Meslions de
Logres s’an revet avesques Lancelot; il chevauchent tant qu’il
s’anbatent sus le gaste manoir où li rois et misires Gaiivains furent
herbergié, et estoient armez, si s’an voloient essir. Mès li VII che¬
valier gardoient l’essue, tout armé. Li rois et misires Gauvains
virent que léanz ne fessoit mie bon demorer, si trespassent le
pont et vindrent par force là où li VII chevalier guestoieot; lors
lièrent, tuit armé, si se fièrent an eus et li chevalier les recon¬
nurent ax fers des lances.
A.tant ès-vos Lancelot et le chevalier ovec lui, qui ne s’an
donnent garde. Lanceloz choissi le roi et monseignor Gauvain ;
puis escrient les chevaliers et se fièrent antr’ex autresint corn li
espreviers se fiert antre les aloes, et les feit esparpeillier d’une part
et d’autre. Il an a consuit I an son venir, il le fiert de son glaive
parmi le cors, et Mèlyos de Logres an ocist I autre. Li rois Artus
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connut Lancelot, si lu moult liez quant il le vit seins et hestiez, et
misires Gauvains autresint. Lanceloz et Mélyos de Logres lor déli¬
vrèrent le pasage; li chevalier s’an partirent, que plus n’i ossèrent
demorer. La damoisele del chastel tint un valet par la main, qui
moult estait de grant biauté; ele conut Lancelot et, tantost corne
ele le vit, si l’apela.
< Lancelot, vos océistes cestui son Frèré ; se Dex plest, ou il
ou autres an prandra vengance. > Lanceloz se test quant il oi la
dame parler; il se parti del gaste recet. Mélyos de Logres connut
misire Gauvain et misires Gauvains lui; si s’antrefirent moult grant
joie. « Sire, feit Mélios, je m’an sui venuz à vos pleindre de Nabi-
gant de la Roche qui me chalenge la terre de quoi je sui vostre
hom, et dist qu’il ne la desfandra anvers nullui s’envers vos non.
Sire, li jors est assez procheins et, se vos [ne] venez au jor, je
aurai perdue ma querele; et vous le m’éustes en convenant, quant
je deving vostre homs. » — c Je iroi moult volentiers, » feit mi¬
sires Gauvains. Il i vet par le congié del roi et de Lancelot et dist
qu’il revandra à eus aux plus tost qu’il poura.
Li rois Artus et Lanceloz s’an vont aux plus tost que il
pourent vers la terre qui fu au roi Peschéor. Misires Gauvains che¬
vauche tant que il vint à la terre Nabigant de la Roche. Mélios li
fist savoir que misires Gauvains estoit venuz et que il estoit prest
de son droit desrenier par lui qui ces avoez estoit. Nabiganz fu
guériz de la ploie qu'il ot à l’asanblée; il prissa moult petit mon-
seingnor Gauvain, pour la couardisse que il li vit fère; et conmenda
à ses chevaliers qu’il ne se meslassent d’eus II ; quar, s’il an
avoit .1111, si les cuideroit-il toz conquarre. Il essi hors de son
chastel, touz armez, et est venuz là où misires Gauvains l’atendoit.
Misires Gauvains le voit venir, si se tret à une part, et Nabiganz,
qui moult estoit outrageus, aloingne son glaive et vient vers mon-
seingnor Gauvain, sans plus dire; si le fiert sour son escu si que il
fist son glaive voler an pièces. Et misires Gauvains le consuit très
parmi le piz, si le point del glaive parmi le gros del cuer, et cil
chiet à terre morz, et li chevalier corurent sus à monseingnor Gau-
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yain, et il s’an .délivre moult bieu d'eus et Mélios de Logres autre-
sint. Misires Gauvains antre el chastel è force, tout conbatant avec
les chevaliers, et les tient an tel destroit que il lor fist fère oumage
à Méliot de Logres, et rant les clés del chastel, il le fist asanbler de
toute la terre que tolue lui ont ; puis, s’an parti et s’an vet après le
roi Artus. Il aconsuit une damoisele an la forest, qui s'an aloit
grant aléure.
« Damoisele, feit misires Gauvains, Damedex vous conduie;
où iroiz-vous à tel esploit? » — « Sire, feit-ele, je vois è la grein-
gnor assanblée de chevaliers que vous véissiez onques. » —
« Quele asanblée? » feit misires Gauvains. cSire, feit-ele, el pré del
palès, mès je vois quarre le chevalier aux armes d’or qui conquisl,
el pré de la tente, le cercle d’or. Sauriez-m’en vos dire noveles,
biau sire? > feit-ele. < Damoisele, feit misires Gauvains, qu’an
voriez-vous feire? » — « Certes, sire, je le vodroie moult volen-
tiers trover. Ma dame, qui le cercle d’or gardoit au fuil à la Veuve
Dame qui le conquist avant, le m’anvoie quarre. » — t Por quel
besoingne, damoisele? > feit misires Gauvains. « Sire, ma dame li
mande et requiert par moi, pour le Sauvéor del mont, que, se il ot
onques pitié de dame ne de damoisele, que il prangne vangance de
Nabigant qui ces honmes li a ocis et destruite sa terre ; quarl’an li a
dist que cil qui le cercle d’or a reconquis en doit prandre vangence. »
« Damoisele, feit misires Gauvains, ne vos traveilliez por
ceste chosse plus ; quar je vous di que li chevaliers qui le cercle
d’or conquist par pris d’armes, a Nabigant mort. 1 — « Sire,
feit-ele, conmant le savez-vous? v — « Je connois bien, feil-il, le
chevalier et si le vi ocirre, et vez ici le cercle d’or que je ai à an-
seingnes, par ce que il le port à celui qui le Graal a conquis, pof
aquiter vostre dame. » Misires Gauvaius li mostre le cercle d’or an
I vessel d’y voire que il a voit moult près de soi. La damoisele fu
moult joieusse de ceste afeire ; «le s’an revet arrières pour conter
la joie à sa dame. Misires Gauvains s’an vet vers l’asanblée, por ce
que il set bien que, se li rois Artus ne Lanceloz an ont oï noveles,
qu’il i seront. Il s’an vet cele part aux plus tost que il puet et aux
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plus droit, et il n’a guères chevauchié que il ancontra I valet qu’il
sanbloit estre moult las et ses roncins moult travailliez. Misires
Gauvains li demanda dont il venoit, et li valez U dist : « De la terre
le roi Artus où il a grant garre ; quar l’an ne set que il est devenuz.
Li plussors vont dissant que il est morz, quar onques [nouveles
n’en éust nus,] puis qu’il se parti de Gardeuil, et misires Gauvains
et Lanceloz avec lui, et [lessa] la roïnne à Gardeuil pour le roi et
pour la mort de son fil, que li plpsors dient qu’elc an mora.
Brianz des Illes a monseingnor Kex avec lui, si art sa terre et
prant sa proie devant toz les chastiax. De tous les chevaliers de
la Table Ronde n’a-il mès que XXXV ; si an sont li X navré dure-
mant; il sont dedanz Gardeuil, si garantissent la terre çu mielz
qu'il pueent. »
Quant misires Gauvains ot ces noveles, si li atendroie li
cuers moult duremant, si s’an vet aux plus droit qu’il puet vers
lasanblée et li valez avec lui, qui moult traveilliez estoit. Misires
Gauvains trova le roi Artus et Lancelot, et li chevalier furent
venuz an la pièce de terre, de tout le réaume. Quar uns chevaliers i
estoit venuz, qui amené avoit un blanc destrier et porté une moût
riche corone d’or, et fu séu par toutes les terres qui marchissoient
à celui, que li chevaliers qui mielz le feroit à l’asanblée auroit le
destrier et la corone dont la réine avoit esté morte, et li couvan-
droit à garder la terre et desfandre, dont ele avoit esté dame. Por
ces noveles i ot venue grant planté de jant et de jant. Li rois Artus
et misires Gauvains et Lanceloz se mistrent d’une part. Li contes
dist que li rois Artus out è cele asanblée l’escu vermeil que la
damoisele li dona; misires Gauvains out le sien tel corne il souloit
porter, et Lanceloz ot I escu vert que il porta por l’amor del cheva¬
lier qui fu 'ocis por lui aidier en la forest. Il se férirent en
l’asanblée autresint corne lyon deschaanné; il abaient III chevaliers
an lor venir; il cerchenl les rans de toustes parz, il abaient cheva¬
liers et cravantent chevax.
Li rois Artus ne consuit chevalier qu’il ne fande son escu
trèsqu’an la boucle; tuit l’eschivrent et resoingnent ses cox. Et
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misires Gauvains et Lanceloz ne sont mie oisseuz d’autre part,
ainz i tindrent bien chascun son leu : mès li plussors regardent le
roi à merveilles, quar il tient autresint estai corne feit li lyons que
li viautres volent aprocheir. L’asanblée dura an tel manière et,
quant ele failli, li chevalier distrcnt et jugièrenl que li chevaliers
au merveill escu les avoit touz passez de bien feire. Li chevaliers
qui la corone avoit aportée vint au roi, si ne le conut mie. « Sire,
feit-il, vous avez conquis par bien fère d’armes ceste corone d’or
et cest destrier, dont vous devez fère grant joie se vos avez tant de
valor en vos que vous puissiez desfandre la terre et la meillor
reine terriane qui morte est, ne ne set l’an se li rois est morz ou
an vie ; si iert granz anors à vostre eus se vos povez avoir vigor
de la terre meintenir, quar ele est moût grant et moult riche et de
haute seingnorie. »
« A. qui, feit li rois Artus, fu la terre? conmant ot non la
roiine dont je voi la corone? » — * Sire, li rois ot non Artus et
fu li mieudres rois del monde; mès li plussors dient an son réiaume
qu’il est morz ; et cest corone fu la réine Geneièvre qui morte est et
anterée, de coi il est granz dolors. Li chevalier qui volent lessier
Cardeull por Briant des Illes, qu’il ne le sesist, il me mandèrent el
roiaume de Logres, si me chargièrent la corone et le destrier, por
ce que je soi les illes et les fors estranges; si me proient que je
alasse par les asenblées des chevaliers por oïr noveles de mon-
seingnor le roi Artus el de monseingnor Gauvain et de Lancelot, et
que je lor déisse,se je les pouroie trover, que la terre est an grant
dolor chéue. » Li rois Artus oi noveles de coi il estoit moult dolanz ;
il se trest d’une part et si chevalier en moinent le greingnor duel
del monde. Lanceloz ne set que il puisse feire et dist antre ses
danz qu’ore estoit sa joie faillie et sa chevalerie demorée, puisqu’il
a perdue la haute roiine, la vaillant, qui cuer li dounet et confort et
anortemant de bien feire. Les lermes li corent des biaux ielz très
parmi la face et parmi la ventaille et, se il ossast autre duel feire et
mener, encores le féit-il grengnor. Del duel que li rois démoine ne
feit-il mie à paler, quar cele dolor ne resanble à autre; il tient la
corone d’or et regarde le destrier por Tamor de lui moult souvant,
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— 248 . —
quar il li avait donné; et misires Gauvains ne se pqçt assazier de
duel feire.
< Certes, feit-il, or puis-ge bien dire que la mieudre roiine
et la plus sage del monde est morte, ne jà mès n’an i aura mès
nule de sa valor. » — < Sire, feit Lanceloz au roi, se il vous
plessoit et misires Gauveins le voloit, je m'an iroie arière vers
Cardeull, si aideroie vostre terre à desfandre, à mon pover, qui
moult est desconseilliée, trèsqu’à cele ore que vos seroiz venuz
del Graal. » — < Certes, feit misires Gauvains au roi, Lanceloz a
moult bien dit, se vos le créantez. » — « Je Tan sai moult bon
gré, feit li rois, et si li pris moult que il i voit et que il soit garde
de ma voie et de ma terre trésqu’à cele bore que Dex m'aura
ramené. » Lanceloz prant congié au roi, si s’an vet arrières, tant
dolanz et touz coreciez.
Wffmf e Lancelot se test ici li contes, si conmance une
autre branche del Graal, el non del père et del
fiuz et del seint esperit. Vos povez bien savoir
eaT ïffià ( l ue 1* ro * s Artus n'est mie joieus ; il feit le blanc
gP f destrier aler après lui, et ot la corone d’or moult
près de soi. Il chevauche tant qu’il sont venuz
à I chastel qui fu le roi Peschéor, et le trovèrent si riche et si bel
corne vous avez oï meintes foiz reconter. Perceval, qui là dedanz
estoit, feit moult grant joie de lor venue, et tuit li provère et li che- .
valier ancien. Perceval moine le roi Artus en la chapele, quant
l’an rot désarmé, là où li Griax estoit, et misires Gauvains feit
présant à Perceval del cercle d’or et dist que la roiine li anvoie et
li conte ensint eonme Nabiganz li avoit toluz et einsint corne Nabi-
ganz estoit morz. Li rois offre la corone qui fu la réine Çuenièvre.
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— 24;9 —
Quant Perceval sot qu’ele fu morte, si an fu moult dolanz en son
cuer et il la pleint et regrete moult doucemant. Le mostra [la
sépoulture] au roi Pescbéor et dient que nus n’i mist le sarqueu
fors que li conmandemanz Nostre Seingnor, et li mostrent un
riche pâlie qui est par deseure, si li dient que chascun jor en i
véoient un novet, autresint riche corne cil Test. Li rois Artus regarde
la poulture et dist que il n'en vit onques mès nule de tel valor. Une
oudor en ist, moult très soève et moult douce. Li rois séjorna el
ch as tel et fu moult onorez ; puis esgarde la richece et la seingnorie
et la grant abondance qui el chastel revient ; quar il n’estoit riens, el
monde qui i faussist, qui covenist as cors des bones janz. Per¬
ceval ot feit mestre les cors des chevaliers morz an un charnier,
dejoste une vielz chapele qui estoit an la forest, et le cors de son
oncle qui ocis s’estoit mauvessemant. 11 avoit derrière le chastel
un fiùns, ce tesmoingne l’estoire, par coi touz li biens venoit el
chastel; icil fiunz estoit moult biax et moult planteureus. Josephus
nos tesmoingne qu'il venoit de paradis terrestre et avironoit le
chastel et corroit trèsqu’an la forest chiés un prodome hermite et
illec perdoit son cors et euroit an terre pès; partout là où il
s’espandoit, estoit grant plantez de toz luès, el riche chastel que
Perceval ot conquis, ne failloit nule rien ; li chastiax avoit III nons,
ce dist li contes.
Ëdein estoit li uns des nons, et li autres : Chastiax de Joie,
et li tierz : Chastiax des Armes. Orre dist Josephus que onques n’i
desvia nus que l’âme n’alast en paradis. Li rois Artus estoit I jor
aux fenestres del chastel et misires Gauvains. Li rois esgarde de¬
vant lui venir, outre le pont del chastel, une grant profession de
janz, li un avant l'autre; et estoit tuit blanc vestuz cil qui devant
venoit et portoit une croiz moult grant et li autre chascuns une
petite, et li plussors venoient chantant à douce [voiz] et portoient
chandeles ardanz, et il an i avoit un par derrière qu’il aportoit
une closse atout I batel à son col. < Ha, Dex! feit li rois Artus,
quex janz sont-ce là? » — « Sire, feit Perceval, je les connois touz
forz le derrian. Ce sont li hermite de ceste forest qu’il viennent
chanter çà dedanz devant le seint Graal III jorz en la semeine. »
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Quant li hermite aprochièrerçt le chastel, li rois ala ancontre
et li chevalier aoreut les croiz et anclinèrent les prodeshomes.
Tantost corne il furent anlré an la seinte chapele, il ôtèrent au
derrian la cloche, si le férirent à l’autel et puis le mirent à terre;
puis commencièrent le servisse moult saintisme et moult glorieus.
Li estoires nos tesmoigne qu’au la terre le roi Artus n’avoit an cel
tans nul calice. Li Graalx s’aparut el secré de la messe, en
V manières que l’an ne doit mie dire; quar, les secrées chosses
del seremant ne doit nus dire an apert, se cil à qui Dex an a
donée [la puissance]. Li rois Artus vit toutes les muances; la
dariane si fu el calice ; et trova li hermites qui la messe chan-
toit 1 brief desouz le corporal, et dissoit les lestres que Damedex
voloi! que an icel fîessel fust sacreficiés ces cors et que l’an le
méist an remanbrance. Li estoires ne dit mie que il n’en fust
aillors; mès en toute la Grant Breteingne, ne an tout le réaume
n’en avoi^ nul. Li rois Artus estoit moult liez de ce qu’il ont véu
et ont an remanbrance le non et la forme del seintime calice, dont
demanda à l’ermite qui la close avoit aportée, dont cele chosse
venoit. «Sire, feit-il à monseingnor[Gauvain], je sui li rois por qui
vos océisles le jaiant de coi vos éustes l’espée, dont saint Jahanz fu
descolez, que je voi sor cel autel. Je me fis bautissier devant vos et
touz ceus de mon réaume et torner à la novele loi, et puis en aloi
an I hermitage desor la mer, loing de jant, où j’ai esté grant pièce.
Je me relevai une nuit aux matines et regardai desouz mon her-
mitage, si vi que une nef i avoit pris port; je i alai quant la mer
fu retreste, si trovai dedanz la nef III provères et lors clers; il me
distrent lor non et conmaut il estaient apelé en bautesme. Gri-
goire avoient non tuit III, et venoient de la terre de promission, et
me distrent que Salemons avoit fondu III cloches pour le Sauvéor
del mont et pour sa douce mère el pour ces seins honorer ; si
avoient ci esté amené par son conmandemant en cesle [ille] por ce
que nulle n’en i avons. Il me distrent que, se je la portoie en cest
chastel, il portoient touz mes péchiez sur eus, par le pleissir Nostre
Seingnor, en tel manière que je an seroie quites, et je autresint et
por ce l’ai-ge ci aportée, por le conmandemant que Dex vclt que ce
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soit essanplères de toutes celes que Fan contre fera el résume de
cest illecù il n'en ot onques mès nule. » — « Par foi, feit mis ires
Gauvains à Termite, je vous connois moult bien corne prodome,
quar vos me tenist convenant véritablemant. » Li rois Ârtus fu
moult liez de la closse, et tuit cil de là dedanz; si li sanble bien
que ce soit sanblant de son à ce qu'il oï sonner, puis que il mut
de Cardeull. Li hermite s’an alèrent en lor hermitages chascuns,
quant il orent feit le servisse.
Si corne li rois séoit un jor au mangier en la sale, et Per-
ceval et misires Gauvains et li ancian chevalier, atant ès-vos Tune
des III damoiseles del char qui vient, et estoit férue très parmi
le braz destre : « Sire, feit-ele à Parceval, aiiez merci de vostre
mère et de vostre sereur et de nos. Aristoz de Moreines, qui
cousins fu le seingnor des Mores que vos océistes, guerroie vostre
mère, si an a menée vostre seror en I chastel d'un suen vavasor, à
force, et dist que il la prandra à famé et aura toute la terre, maugré
vo:>tre, que vostre mère doit tenir. Mès onques chevaliers n’ot si
cruel coutume corne lui ; quar, quant il aura la damoisele espossée,
quex qu’ele soit, jà tant ne l'aura amée que ne il méismes li tranche
la teste; après en requiert I autre en tel manière. Mès d'itant a-il
bone costume que jà nule n’en vergoignera trèsqu'à icele hore que
il l’aura esposée. Sire, je estoie avec mademoisele vostre sereur,
quant il me navra en tel manière. Si vos mande et prie vostre mère
queYos la secoroiz; quar vos li èustes an convenant que si feriez-vos
seele an avoit mestier et vos le saviez; quar, se vos consantezsou
annui et son doumage, la honte an iert vostre. » Perceval ot les no-
veles, si an fu moult dolanz. « Par mon chief, feit li rois à Perceval,
je et mes niés irons an \ostre aide, se il vos plest. » — t Sire, feit il,
moût grant merciz; mès alez achever vostre afeire ausint; quar
il vos est mestiers; et si vos pri et requier que vos soiiez garde
del chastel de Camaalot, se ma dame ma mère vient à cel chastel ;
quar je vos an faz seingnor et avoé ; encores vos soit-il lointeinz,
garnissiez-Ie et si le gardez, quar il siet an moût bon leu. »
Seingnors, ne cuidez mie que ce soit cist Camaloz de coi
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non Gauvain pour le seingnor de cest chaste) qui tel non avoit. Sa
mère, qui Tôt del roi Loth, ne vost raie qu’il fust séu; ele le mist
en I moult bel vessel, si pria au prodome de çà dedanz qu’il le
portas! là où il fust périz, et, se il ce ne feissoit, ele le feroit fère à
autrui. Icil Gauvains, qui loiax estoit et ne vost mie que cil anfes
fust périz, fist sééler à son chevez qu’il estoit del réal lignage
d’une part et d’autre, et si mist or et argent pour l’anfant norir à
grant plenté, et coucha desour l’enfant une moult riche pane. Il
l’enporla an I moult lointcingne pais; puis, vint, à un ajornant, an
I petit pleisseiz où il avoit I moult prodome manant ; il le bailla à
lui [et] à sa moillier et lor dist qu’il le gardassent et norissisent
bien, qu’il lor en poroit venir granz biens. Li vavasors s’en relorne
arières et cil gardèrent l’anfant et le norirent tant que il fust grant;
puis, le menèrent à Rome à Papostèle, si li mostrèrent les leslres
séélées. Li apostèles les vit et sot que il estoit fiuz le roi. Il an ot
pitié, si le fist garder et li fist antendre qu’il estoit de son lignage;
puis, fu esléuz à estre anperière de Rome. Il ne le voloit estre, por ce
que l’an ne le reproschast sa nessance que l’an li avoit célée avant.
II san parti, et puis fu il çà dedanz. Or dist l’an qu’il est uns des
meillors chevaliers del monde, si n’osse nus cest chastel séoir, pour
la doutance de lui, ne ceste grant forest qui ci est anviron. Quar,
quant li vavasors fu morz de çà dedanz, si leissa à monseingnor
Gauvain, son filleull, cest chastel, et moi an fist garde trèsqu’à cele
hore que il revandroit. >
Xji rois regarde monseingnor Gauvain, et le vit bronchir
vers terre de vergongne. « Biax niés, ne soiiez pas lionteqs, quar
autretel me povez reprochier; ce fu grant joie de vostre nessance,
et moult doit l’an aimer le leu et anorrer, où si bons chevaliers
corne vos estes naqui. » Quant li prestres entendi que c’estoit mis ires
Gauvains, si an feit moult grant joie et an est touz honteus de ce
qu’il li a einsint recordée sa nessance. Mès il li dist : < Sire, moult
n’an devez avoir blâme, quar vos fustes confermt z eu la loi que
Dex a # establie et an loiauté de mariage del roi Loth et de vostre
mère, ïceste chosse set bien li rois Artus, et Damedex estoit aourez
quant vous estes çà dedanz venuz.
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i se ti si li contes del réiaume et del roi Arlus et de
monseingnor Gauvain, qu’il demorent el chastel
• por le mcintenir et por garder tant qu’il l’auront
y f garni J anl - P aro * e del fiH au chevalier del
gaste manoir, là où li brachez mena monseingnor
Gauvain, que Lanceloz ocist. Il ot I fuiz qu'il ot non
Mélianz; cil n’ol mie oublié la mort de son père, einz l’an esloit
l’ire enracinée el cuer. Il oi dire que Brians des IUes avoit grant
force et grant povoir, et qu’il guerroioit la terre le roi Artus, si
avoit jà assez de ses chevaliers ocis. Il s’an va cele part et est venuz
là où Blians estoit en un sien chastel. Il li conta einsint corne
Lanceloz avoit son père ocis; il li pria moult doucemant qu’il le
féist chevalier, quar il vancheroil son père moult volantiers, et
si li aideroit la guerre à meintenir, à son povoir. Bliax an fist
grant joie, il le fist chevalier moult richemant, et il fu li plus biax
et li plus preuz qui fust en la cort Briant, de son aage, et désiroit
moult Lancelot à ancontrer. Il se merveillièrent moult an la terre
et el réaume que il estoit devenuz; li plusor quidoient que il fust
morz; mès non estoit; ainz estoit seinz et délivres et hestiez, ne
fust por amor la réine Guenièvre, de quoi la doulor li gissoit si el
cuer qu’il ne la povoit oublier. Il chevauchoit I jor parmi une
forest, si aconsuit un chevalier et une damoisele qui menoient
moult grant joie ensanble de chanter et desbanoier. « Par Deu,
feit la, damoisele, se cest chevaliers qui ci vient si demore, il
sera moult bien herbergiez ; ausint est-il près de l’avesprir ; et il
ne trovera mès hui si bon ostel. > — « Damoisele, feit Lanceloz,
de bon ostel aurai-je bien mestier, quar je sui auques traveilliez.»
— « Aussint sont tuit cil, fet-ele, qui viennent de la terre au riche
roi Peschéor, que nus n’an puet la poine ne le travail sofrir se il
n'estoit bons chevaliers. >
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c ±Y ! damoisele, feit Lanceloz, où est la voie au chastel que
vos disles? » — « Sire, feit li chevaliers, vos iroiz par cele croiz
que vos véez devant vous et nos irons par cele autre voie à un
recest. Par aventure nos nos troverons au chastel ainz que vos an
partoiz. » Lanceloz s’an vet son chemin, si s’esloingne. « Par mon
chief, feit la damoisele au chevalier, cil qui là s’an vet est Lan¬
celoz; il ne me connoist mie et je le connois bien ; par son annui
et par sa doulance, oi-je grant destourbier. Mès, se Dex plest, je
an aurai vangence ançois qu’il se parte del chastel où il vet pour
herbergier. Il fist le mariage à force d’un chevalier qui .m’amoit
plus que nule riens, et d’une damoisele que n’amoit mie; tant
ancore le puet l’an bien apercevoir, quar onques puis ne manga à
sa table, ainz siet avec les escuiers, ne ne feroit l’an riens el chastel
pour lui. Mès li chevaliers ne la vost guerpir pour s’onor et por
ce que je an fusse blâmée. » Li vespres est aprochiez et Lanceloz
san vet vers le chastel, qui moult estoit crieus et resongniez ; il le
choissist au chief de la forest; il voit large et fort la clôture grant
et les barbaquanes fors et baleilliées; et avoit à l’anlrée de la porte
XV testes de chevaliers pendues. Il trova par defors I chevalier
qui venoit de la forest, il li demande quex chasliax c'estoif, et il li
respondi que l’an l’apeloit le chastel del Cripe. t Et porquoi sont
ces testes pendues à cele porte? » — « Sire, feit-il, la fille au sein-
gnor del chastel est la plus bele del monde et que l’an sache an un
réaume; si la couvient rouver è famé à touz les chevaliers qui là
dedanz herbergent. Cil qui pourra sachier une espée, qui est fichiëe
an une colonbe anmi la sale, et traire fors, il,l’aura, par droit
guiemant.
« Tuit cil sont esprové, dont vos vécz les chief pandre à la
porte, n’onques nus d’eus ne puet Pespée remuer, et par cele
achoisson onl-il les testes tranchiées. Or dist l’an que nus he l’an
poura trère, fors que cil qui l’an trèra n’est mieudres chevaliers
d’autre, et de ceus qui ont esté au Graal le couvandra estre. Mès,
se vos me volez croire, biaux sire, feit li chevaliers, vos iriez en
autre leu; quar il feit mauvès herbergier an leu où il convient
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mestre son cors et sa vie an aventure de mort, et nus ne doit avoir j
blâme de son annui eschever. Sire, li chastiax est moult fel, quar
il a, desouz terre, à Poissue (Tune citerne qui là est, un lion et
une gripe qui dévoré ont plus de L chevaliers, i — « Sire, feit
Lanceloz, il est vespres, ne je ne sauroie mès hui où aler, quar je
ne soi mie où aler, que je ne sé mie les leus ne les eslres de la 1
forest. t — « Sire, feit li chevaliers, je ne vos le di se por bien
non ; et Damedex vous an lest partir, sauve vostre anor. • Lan¬
celoz trove la porte del chastel toute ouverte, il antra dedanz, touz
armez ; il descendi devant la mestre sale. Li rois estoit ans fenestres
apoiiez, si conmenda son cheval à estaler.
Lanceloz est antrez an la sale et trova chevaliers et damoi-
seles, aux tables et aux eschès jouant ; mès il ne trova onques celui
qui le salua ne qui joie li fist à son venir, fors que le seingnor
seulemant; quar itiex estoit le costume del chastel. Li sires le j
conmanda à désarmer. « Sire, feit-il, je puis moult bien sofrir les
armes ; quar ce sont li plus bel garnemant et li plus riche que je
aie. » — « Sire, feit li sires del chastel, nus chevaliers ne manguë
çà dedanz armez; mès qui çà dedanz vient armé, si se désarme
par congié. 11 repuet bien prandre ses armes sans contredit, se je
ne autre li veul mal feire. » Atant Pont li dui valet désarmé. Li
sires del chastel li fet aporter une moult riche robe por vestir.
Les tables furent misses et les viandes prestes. La damoisele issi
hors de ses chanbres, si Padestreièrent dui chevalier jusqu’an la
saie; ele esgarde Lancelot, si le vit moult bel chevalier et moult li
sist bien ses estres et sa contenance, et pansa à soi méime que ce
sera moult granz doumages se si biaux chevaliers avoit la teste
tranchiée.
Lanceloz salua la damoisele et fist moult grant joie et, quant
Pan ot mangié, an la sale, atant ès-vous la damoisele qu’ele vient,
que Lanceloz aconsut an la forest avec le chevalier, c Sire, feit-
ele au seingnor del chastel, vos avez annuit herbergié vostre
anemi mortel ; cist ocist vostre frère el gaste manoir. » — < Par
foi, feit li sires del manoir, je ne le cuide mie, quar je ne Péusse
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nedoils m j e herbergié; ne je ne le croi mie très bien trèsqu’à cele bore
whM’ï que je Fai esprové. » — « Sire, feit-il à Lancelot, feites la demande
> M 1*. que li autre font. » — « Quex csf-e)e? » feit Lanceloz. c Vez illec
ma fille, rovez-la moi; se vos estes tex que vos la deviez avoir,
I er » W je vos la donrai. » — « Sire, feit Lanceloz, il n’a si bons cheva-
fttafit jj er $ e | m onde qui ne s’an dust cointoiier se il Fa voit, mès que ele
5 P 0 ^ | e vosist; et, se je cuidoie que vos la me vossisiez doner, je la vos
,r * * ^ demanderoie volantiers. » Lanceloz dissoit autre qui il ne pansoit,
daM por el partir, et la dolor de la réine li gissoit si e\ cuer qu’il
>/eogrç n’estoit nule amors el monde à qui il se poïst apoiier de dame ne
; de damoisele. Il demanda la fille au chevalier del chastel et vint
devant lui por la coutume sauver que il n’an fust blâmez. Et il li a
mostré Fespée qui est an la colonbe, néelee d’or, c Alez, feit-il, si
uescdj | a costume que li autre chevalier ont feste. • — « Quex
seiepr egt_ e i e ? • feit Lanceloz. « Il ne porent sachier Fépié de cele
sim * coionbe, si faillirent à ma fille et à lor vies. » — « Damedex, feit
rfnHî Lanceloz, me gart de ceste costume ! > Et est venuz vers la coulonbe
qw}] aux plus tost que il puet et sésist Fespié à II poinz. Tantost corne
i aD F ; il la toucha, si la trest hors par tel air que toute la colonbe en
&nafj crola. La damoisele an fust moult joieusse, se ne fust la félonie et
» la cruauté de son père; quar ele ne vit onques mès chevalier qui
li pléust tant à amer corne lui. « Sire, feit l’autre damoisele, je le
estir J vos dissoie bien, cist est Lanceloz, li outrageus, qui vostre frère
? oclst. Mès ce n’est pas mançogne que il ne soit uns des meiilors
chevaliers del monde ; mès, par la vigor de sa chevalerie et par sa
bonté, a il feit meint outrage et fera ancore s’il vos eschape; et,
se vous m’an créez, vous ne Fan lérez mie einsint partir. Quar, se
vos le tuez ou ociez, vos sauverez à meint chevalier la vie. > La
fille au seingnor del chastel set maugré à la damoisele de ce qu’ele
dist, et regarde Lancelot d’eures an autres, an soupirant; mès ele
n'an osse plus fère. Ele se merveille moult, puisque Lanceloz a
Fespié tret de la colonbe fors, qu’il ne la demande à son père corne
la seue lige; mès il pansoit à autre chose, que il ne fu onques si
dolanz por dame corne il estoit pour la réine. Mès, quel pensé et
quel talant qu’il an ait, il dist au seingnor del chastel que il li
tiegne le convant dès icele hore que li espiez fu fichiez en la
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v
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colonbe. € Je ne le vos doi mie contretenir, feit li sires del
chastel, ne je n’ai mie mon ven enfreint se je vos an faill ; quar
l’an ne doit mie [sa] fille douner à son ennemi mortel. Puisque vos
avez mon frère ocis, vos estes mes anemis mortes, et, se je vos
donnoie à lui, ne le devroit-ele mie voler, et, s’ele l’ostroie, ele
feroit que* foie et qu’anragiée. » La damoisele est moût dolente de
ee qu’eie ot à son père dire; ele vossist bien que Laneeloz et lui
fassent an la forest, bien au parfont. Mès Laneeloz n’i vodroit mie
estre einsint eome ele panse. Li sires del chastel fet bien garder
l’antrée del cbastel, que Laneeloz ne s’an puist issir par nule part.
Après, dist à ses chevaliers privéemant que il gardassent sur lor
vies que il fussent l’andemein tait prest et tuit garni de lor armes;
quai* il vora à Lancelot la teste cosper et pandre desur toutes les
autres.
La fille au seingnor sot ceste novele, si an fu moult dotante,
quar ele ne cuidoit jà mès avoir joie à son cuer se il iert ocis an
tel manière. Ele li do’une, par 1 sien privé mesage, saluz corne cele
qui plus l’aime que nule riens vivant el monde ; et si li mande et
prie que il soit garniz de ses armes et aprestez por garentir sa vie.
Quar ses pères li velt fère tranchier la teste, c Sire, feit li mesage,
vostre force ne vous vauroit noiant encontre monseingnor, quar il
sera demain soi Xlliesmes de chevaliers, touz armez, à l’oissue de
la porte par oà vous antrastes annuit; et dist qu’il vos vodra
tranchier la teste là où il les tranche aux autres chevaliers. Par
dehors la porte, an aura touz einsint XII touz armez. Il n’a si bon
chevalier el monde qui de cest chastel poist essir parmi les
XX11II chevaliers ; mès ele vous mande qu’il i a une citerne desous
cel chastel, qui vest par desouz terre trusqu’en la forest; si i puet
bien I chevaliers aler, touz armez ; mès il i a I lion, le plus fier et
le plus orible del monde et II serpanz que l’an apele gripes, qui
ont vière d’omes et bés d’oisiax et ielz de cuète et danz de chien et
oreilles d’anes et piez de lion et ceue de serpant, et ont faonné U
dedanz; mès nus ne vit onques tant crieusses bestes ne tantîélo-
nesses. Si vos mande la damoisele que vos an ailliez par illec, par
a riens que vos onques plus amez, et que vos ne l’an faillies mie;
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m —
quar ele tondra paler à vos à Urne de la citerne, en I vergier
qui est près (Tune ritière moult large et près de cest chaste);
et fera mener rostre destrier après tos, par desouz terre. » —
< Par mon chief, feit Lanceloz, s’ele me m’éust conguré en itel
manière et pour la seue amor ne fust, ge me méisse an aventnre
aux chevaliers que aux bestes sauvages; quar je attroie moult
greingnor, se je me povoie délivrer d’eus, que aler an tel manière. »
— « Ele vos mande, feit li mesage, que, se vos einsiut ne le testes,
qu’ele ne prendra nul conroi de vos. Ele le feit pour la doutance
de vostre amor, et vez-ci I brachet qu’ele vos tramet par moi, que
vos anporterez an la citerne. Tantost corne vos verrez les serpant
gripes qui là dedanz ont faoné, si lor mosterroiz et giteroiz devant
eus; les gripes l’aiment tant corne bestes puet plus l’autre amer;
eles auront tele joie et tele antente au brachet eonjoïr qu’eles vos
lesront, einsint vos an sauront bon gré que jà ne vos regarderont
por mal feire. Si n’est home el monde, tant fust bien armez ne
poissanz de soi meimes, mès se il passoit autremant, que il ne
fust dévorez. Mès del lion ne povez-vos avoir garentisse se de
par Deu non et de vostre hardemant. » — « Dites à ma damoisele,
feit Lanceloz, que je feroi tout son conmandemant; mès ceste
cou a r disse ne resanble à autre plus, que je m’iroi conbatre as
bestes, si leroi la mellée des chevaliers. » Il fu einssint recordé à
la damoisele, ele se merveilla moult et dist que il estoit li plus
hardiz chevaliers del mont.
Lanceloz s’arma anvers la jornée et ot c’espée ceinte, son
escu à son col, et son glaive an sa mein ; si antra an la citerne
touz honteus, et li brachez le suit après, que U ne le desgna porter;
et s’an vient de cele part où les gripes esloient. Tantost corne ele
l’oïrent venir, ele se drécièrent an piez et se drescent corne ser¬
pent, puis giétent tel (eu et si grent flanbe parmi la roche que
toste la citerne en esclarcist ; et virent, à la clarté dé lor bouche,
le brachet venir ; tantost corne ele l’ont choissi, ele le portent avec
lor fcons, si an moment la greignor joie del mont; Lanceloz s’an
passe outre sanz contredist, et choissi, vers l’easue de la citerne,
le lion qui venuz estoit de la forest, touz (ameilleus. U est venus
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cele part, moult hardiemant, l’espée sachiée; li lions vient vers
lui, la geule bahée et les ongles alongniez et li cuide fichier en son
bauberc; mès Lanceloz le haste et le fiert de si très grant aïr que
il li tranche la cuisse atout la ganbe. Quant li lions se sant afolez,
il l’art aux danz et aux ongles de son pié devant, si anporta la
moitié del pan de son haubefc. Adonc se coroça Lanceloz ; il out
gité son escu à terre et aprocha le lyon au plus près ; il vit qu’il
ot la geule baée por lui revanchier, il li fiche l’espée au plus droit
qu’il puet el palès ; li lyons chéi mort, si gita 1 bret. La damoisele
qui venoit parmi la citerne oï que li lyons fu morz.
Lanceloz ist forz, si vint el vergier dejoste la forest et terdi
l’espée à la freschor de l’erbe vert. Atant ès-vos la damoisele qui
vient. « Sire, feit-ele à Lancelot, esles-vos bléciez en nul leu? >
— « Damoisele, Dex merci, nennil. » Une autre damoisele li
amoinc un cheval el vergier. La damoisele del chastel regarde
Lancelot : « Sire, feit la damoisele, il me sanble que vos n’estes
mie très bien joieus. » — c Damoisele, feit-il, je ai droit se je ne
le sui; quar j’ai perdu la riens el mont que je plus amoie. » —
• Et vous m’avez gahangnie, feit-ele, se an vous ne demeure, qui
sui la plus bele damoisele de cest réaume; et por ce, vos ai-je
garanti la vie, que vos m’otroiiez vostre amor; quar je vos veuil
doner la moie. • — « Damoisele, feit Lanceloz, moût grant merciz,
vostre amor veu-ge bien et vostre bienvoillant; mès, vous ne les
autres damoiseles, ne devriez avoir fience an moi, se je metoie si
tost en nonchaloir l’amor à qui mes cuers estoit obéissanz pour la
valor et pour la cortoissie qui estoit herbergiez en lui. Ne jà mès,
tant conme je vive, n’en ameroi nule an tel manière; ainz conmant
toustes les autres à Deu; et à vous méimes pour le congié, conme à
cele à qui servir je vouroie estre, se vos aviez, mestier de moi, por
ce que je fusse an leu et an esse par quoi je péusse sauver vostre
anor. >
.a , Dex, feit la damoisele, con je sui traie quant je
départi del meillor chevalier del monde! Lanceloz, vous avez fet
ee que onques chevaliers ne pout mès fère. Or sui dotante quant
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— 861 —
vos m’eschapez en tel manière et que vostre vie est sauvée en tel
manière par moi; je vous amasse mielz mort à mon heus que vis
anvers 1 autre. Or voi-ge que vos éussiez la teste tranchiée, si fust
pandue avec les autres, adonc me $ouleroi-je de l’esgarder. » Lan-
celoz ne prissa riens quant qu’il ot, por la dolor qui li gist el cuer
de la réine. 11 monte sor son cheval et ist hors del vergier par
I potiz, et antre an la forest, si se conmande à Deu. Li sires del
chastel aux Gripes se merveille moult que Lanceloz demore tant;
il cuide qu’il n’ost venir aval et dist à ses chevaliers : « Alons li
lasus tranchier la teste, que il n’osse descendre aval. » 11 le feit
quarre par toute la sale et par les chanbres ; mès il ne le trove
mie. € U s’au est alez, feil-il, parmi la citerne, si l’ont gripes
mangié. » Si envoie de ses chevaliers II des plus hardiz por voier.
Mès li brachez estoit revenuz après la damoisele, de coi les gripes
estoient coreciez et ardent tantost les 11 chevaliers qui antrèrent
an lor citerne, si les ocirent et dévorèrent.
Quant li sires del chastel le sot, si antra an la chanbre là
où sa fille estoit, si la trova plorant; et cuide que ce soit les
II chevaliers qui sont rnorz. L’an li aporte noveles que cest lyons
est rnorz à l’oissue de la citerne, adont sot il bien que Lanceloz
s’an fu alez et dist à ses chevaliers qu’il le sivent; mès il n’i ot si
hardi qui suivre l’ossast. La damoisele voloit bien qu’il fussent
alez après, parsi que l’an le ramenast el chastel ; qu’ele estoit si
esprisse à mort de s’amor qu’ele ne pansoit à autre chosse. Mès à
Lancelot ne sovenel à autre de lui; s’an aloit pensis très parmi la
forest et regardoit d’eures à autres son hauberc que li lyons a
despané. 11 chevauche tant qu’il est venuz, à l’avesprir, à une
grent valée où il avoit forest d’une part et d’autre, et duroit la
valée X granz lyeues galesches. Il esgarde à destre desus la mou-
teingne de la valée et voit une chapele novelemant fesle, qui moût
estoit bele et riche, si estoit couverte de plonc et avoit par derrière
II coinz qui sanbloient estre d’or. Dejoste cele chapele, avoit
III messons moult richemant herbergiées, et estoit chascune par soi
et ainz [tenant] à la chapele. Il avoit moult biau cimetire à la pha-
pele anviron, qui clos estoit à la ronde de la forest, et descendoit
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Une fonteïne, moult dère, de la hauteoe de ta forest, par devant la
ehapele, et coroit an la valée par grant ravine; et chascune des
messons avoit son vergier, et U vergier avoit son clos. Lanceloz oï
vespres chanter à la ehapele, il vit I santier qui celé part tornoit;
mès la monteingne estoit si roiste que il n’i pot mie aler à cheval,
ainz descendi, si le trest par la rêne après lui tant qu’il vint près
de la ehapele.
Il i avoit III hermites là dedanz qui lor vespres avoient
chantées et vindrent ancontre Lancelot, si l’anclinèrent, et il les
salua; puis, lor demanda quex leus c’estoit iceuc, et il distrent
que c’estoit ilec li leus d’Avalon. 11 li font son cheval establer ; il
let ses armes par defors la ehapele ; puis, est antrez dedans et dist
que il ne vit onques mès si bele ne tant riche. Il avoit léanz
ni autres lieus moult biaux et moult bien aournez de riches dras
de soie et de riches coinz d’or et de fillandières. Il voit les images
et les crocefiz touz novelemant fez et la ehapele anluminée de
riches cotors; et or i avoit el mileu II sarquex, l’un dedanz l’autre,
et avoit aux IIII chiés IIII estavaus ardanz qui riche estoient, en
lin chandeliers moult riches. Li sarquex èrent covert de II pailes ;
si verseillent clers d’une part et d’autre. < Sire, feit Lanceloz à l’un
des hermites, por qui furent cil sarquex fet? > — « Por le roi
Artus et por la réine Guenièvre. » — « Jà n’est mie morz li rois
Art us, » feit Lanceloz. < Nennil, sire, se Dex plest; mès li cors de
. la réine gist an cest sarquex devers nos, et an l’autre est li chiés
de son fill, trèsqu’à icele hore que li rois soit finiz, à qui Dex
prest longue vie ; mès la réine dist à la mort que l’an méist le cors
dejoste le suen quant il fineroit. De ce avons-nos les lestres et son
séel en ceste ehapele, et cest leu ûst-ele renoveler an tel manière
ançois que ele morust. »
Quant Lanceloz ot que c’est la réine qui gist el sarquex, il
a le cuer si estreint et la parole, que il ne puet mot dire. Mès il
n’osse fère nul sanblant de dolor autre, que l’an ne i’apereève, et
ce li fist moult grant conforz qu’ele avoit I ymage de Nostre Dame
an son chevez. Il s'ajenolla au plus près que il puet del sarquex,
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autresint oome pour l'image aourer, et misi son vière et aa bouche
à la pièredel sarquex, et la regrete moût doucemant. « Ha, dame,
feit-il, se je ne doutoie le blâme de la gent, je ne querroie jà mès
partir de cest leu et i sauveroie m’âme et priroie pour la vostre, si
me serait grant reconforz que je seroie si prochains et que je verroie
la sépouture an coi vostre cors gist, qui tant ot de douçor et de
bien. Dex, consentez-moi, par vostre pleisir, que je puisse estre à
la mort procheins et que je muire en tel manière, en tel leu, que
je puisse estre anseveliz et anterrez an ceste sainte chapele où cest
cors gist. b La nuit fu aprochiée ; 1 clerc vint aux hermites et dist :
« Onques mès nus chevaliers ne pria Dieu si doucemant merci, ne
sa douce mère, conme cil chevaliers feit, qui dedanz la chapele
est. b Et li hermites respondirent que li plussor chevalier croient
bien en Deu. 11 viennent à la chapele por lui et dient qu’il s’an
vienne, que la viande est preste et que il viegne mangier; après
ira dormir et reposser, quar il an est bien tans. Il lor dist que de
son mangier est il huimès noianz; quar talanz li est prise et
volantez de veillier an la chapele devant uns de vos images de
Nostre Dame. Il ne s’an vodroit mès partir devant le jor et vodroil
que la nuit durast assez plus qu’ele ne dura. Li prodome ne
l’ossent esforcier de sa volante, ainz dient que li prodons est de
bone vie, qui an tel manière veillera cele nuit sans boivre et sanz
mangier, et si sanble estre moult travailliez.
Jjanceloz fu à la chapele, jusqu’à l’andemain, devant le
sarquex. Li hermile s’apareillèrent de fère le servisse, que il chan¬
taient chascun jor messe pour l’âme la .réine et pour la son fill.
Lanceloz les oi moult volantiers. Quant les messes furent chantées,
il prist congié aux hermites et regarda le sarquex moult douce¬
mant ; il conmanda le cors qui dedans estoit à Deu et à sa douce
mère ; puis, trova defors la chapele son cheval apareiliié et s’est
montez tantost, si s’an part, et regarda le leu et la chapele tant
conme il la puet voier. Il a tant chevauchié qu'il aproche à Car-
deull et trova la terre gastée et essillée et les villes arses, dont il li
poisse moult. Il ancontre I chevalier qui venoit de cele part et
estoit navrez moult duremant. Lanceloz li demanda dont il vient
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et il li dlst : < Sire, devers Cardeull. Si anmoine Kex li senes¬
chaux, li tiers chevaliers, monseignor Yvein l’Anoutre vers le
chastel de Dare Roche. Je le caidoie aidier à rescorre, si m’ont
navré an tel manière corne vous véez. > — < Sont-il onques
loing? » feit Lanceloz. « Sire, il passeront jà au chief de cele
forest et, se vos i volez aler, je retorneroi avesques vous moult
volenliers, si vos aideroi à mon pooir. » Lanceloz fiert le cheval
des espérons tantost, et li chevaliers après lui, et choissi Keu, li
seneschax, qui anmenoit grant aléure monseingnor Yvein, et l’avoit
mis desor un roncin trotant, quar il ne cuidoit mie que l'an le
sivist. Lanceloz le consuit, si li escrie : « Par mon chief, Kex li
seneschaux, vous vous déussiez bien tenir à tant de honte conme
vos avez feit au roi Artu, que son fill li avez mort ; si le guerroiiez
ancorre. » Il fiert chevax des espérons, le glaive alongnié, et Kex,
li seneschaux, torne vers lui, si s’antrefièrent des glaives sor les
escuz, si qu'il sont perciez, et passe chascun outre une aune de la
hantes.
lies lances furent forz, si ne brisièrent mie; il les resachent
à eus par grant aïr et s'antreviennenl si duremant que li chevaux
chanceloient et que il perdent les estriés. Lanceloz consit Kex li
seneschaux au passer outre, enmi le piz, et li anferre son glaive tant
conme li fers dura an la char, et Kex brisa li suen, et moût fu
dolanz quant il se santi bléciez. Li chevaliers qui navrez estoit
abati 1 des II chevaliers. Kex est à terre et Lanceloz prist le cheval
et mist sus monseingnor Yvein l'Anoutre, qui moult estoit navrez
duremant, si que à poines se pooit-il soffrir. Kex, li seneschaux,
feit son chevalier remonter et tient l'espée anpongniée autresint
conme se il fust enragiez. Lanceloz voit les II chevaliers navrez
moult duremant; il se panse que, se il areste, pora bien demorer
el champ; il les feit aler devant soi, et Kex li seneschaux les consuit
par derrière, soi tiers de chevaliers, qui moult est iriez de la ploie
qu’il sent et del sanc que il voit. Lanceloz anmoine ses chevaliers
autresint conme li sangliers vet vers les chiens, et Kex li doune de
Pespée granz cox, quant il le puct consivre, et Lanceloz, lui; si
•'an part, desfandant en tel manière.
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Quant Kex, li seneschaux, vit qu’il ne le pouret doumagier,
si s’an torna arière, de grant ire plainz, et s’aastist bien que il s’an
▼angera se il le puet ateindre ; quar c’est li chevaliers de la cort
que il plus het. Il est venuz arière el chastel de Dure Roche.
Brians des Illes li demande qui l’a si navré et il dist qu’il en
menoit Yvein l’Aoutre, que Lanceloz li a rescous. < Et li rois,
feit Brians, est-il repériez? » — «Je n’an oi onques noveles, feit
Kex. Quar je n’oi loissir del demander. > Brians et si chevalier se
consirassent bien de la venue Lancelot; il cuident bien que Lan¬
celoz est venuz parsi que li rois soit mort et misires Gauvains. De
ce font moult grant joie. Kex, li seneschaux, fist désarmer et
gardent à sa ploie ; l’an li dist qu’il n’avoit garde de mort, més il
estoit bléciez moult duremant.
Lanceloz est antrez dedanz le chastel de Cardeull atouz
ses chevaliers navrez et treuve la gant moût esfréée ; il démeinent
moult grant deul en plnssors leus, et regretent le roi Artus, et
dient que ore n’atent il més nul secors de nullui se il est morz et
misires Gauvains. Més il convient Lancelot qui monseignor Yvein
TAoutre avoit rescox, si furent auques reconfortez et démenèrent
moult grant joie. Les noveles an vindrent aux chevaliers qui el
chastel estoient; il vindrent tuit ancontre lui, fors cil qui navré
furent, et le moinent el chastel contremont, et monseingnor Yvein
aveques lui et l’autre chevalier qui navrez estoit. Tuit li chevalier
del chaste] furent moult joiant, et li demandèrent noveles del roi
Artus et se il estoit morz ou non. Et Lanceloz lior dist que c’estoit
partiz de lui el pré del palès où il consuit le blanc destrier et la
corone d’or, là où l’an li aporta la novele que la réine Guenièvre
estoit morte.
« Dont, nos distes par vérité que li rois est en vie, et misires
Gauvains? » — « Tuit en soiiez certeins, » fet Lanceloz. Adonc
furent plus joiant que devant. Il contèrent la meschéance d’eus,
einsint conme Brianz des Illes les maumetoit et conmant Kex, li
séneschaux, estoit aveques lui, por eus gréver. Quar c’est celui qui
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plus se pénoit cTeus mal fère. « Par mon chief, feit Lanceloz, Kex,
li séneschaux, se déust bien garder et targier de mal fère à vos ;
mès il se parti del chanp anferrez de mon glaive, quant je resquex
monseingnor Yvein. »
Xji chevalier sont moult réconforté de la venue Lancelot ;
mès il est moult dolanz de plussors que il trove navrez. Mélians
del Gaste Manoir est el chastel de Dure Roche et sont bien conpa-
gnon antre lui et Kex le séneschal. Il est moult liez des noveles
qu’il a oï de Lancelot qui est venuz, et dist que il est li chevaliers
el monde que il plus het; or vengera-il son père se il le puet
ancontrer. II vint devant le chastel de Cardcuil un jor soi Xiesme
de chevaliers armez, et acollirent la proie entre la forest et le
chastel. Lanceloz issi hors, touz armez, et ot VU des raeillors del
chastel avec lui. Il vint après ce qu’il la proie anmenoient; il con-
suit I chevalier et le féri del glaive très parmi le cors, et li autre
chevalier s’eslessent aux autres ; si brissièrent li plusor des glaives
et fu granz li chapléiz, et il chéirent à l’asanblée, que d’une part
que d’autre, IIII chevaliers; si an ot de navrez moult duremant.
Mélians del Gaste Manoir choissi Lancelot et feit moult grant joie
de ce qu’il le voit, et le fiert desus son escu, si grant cop, qu’il li
brisse son glaive.
Lanceloz le Sert très parmi le piz par tel aïr qu’il le fet
soviner souz l’arçon de la sele derrière, si le porte à terre, janbes
levées, par desus la crope del cheval, et le démarché aux piez de
son cheval. Lanceloz volet descendre à terre por lui prandre, quant
Brians des Illes vint, qu’il le fist remonter à force. La force crut
d’une part et d’autre de chevaliers, qu’il vindrent de Cardeull et
de Dure Roche. Li froisséiz des lances fu moult granz et li chapléiz
des espées et li abaléiz des chevax et des chevaliers. Brians des
Illes et Lanceloz s’antreviennent einsint très duremant qu’il percent
les escuz et fausent lor hauberc; si se consivent des fers des glaives,
que les chars sont parties desouz les costes, et les hantes froissiées.
Il s’entrehurtent si très duremant, au passer outre, que li eulz lor
estancèlenl ès testes, que li cheval chanceloient desouz elz. Il
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V
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i
tinrent les espées sachiées, si retorne li ans vers l’autre, si conme
lyon. Il se donent si grant cox desor les hiaumes. qu’il les font
anbatre et le feu saillir, par la force des cox del fer et de l’acier.
Et Mélyanz venoit, toz armez, vers Lancelot, por aidier Bruiant des
Illes; mès li fiouteilliers li vient à l’ancontrer et le Sert de son
glaive si duremant que il le fet passer très parmi l’escu, si li a
tort le braz au costé, si brisse son glaive au passer outre, et
Meslianz le sien ; mès il estoit navrez moût duremant.
A tant le sessi par le frein qu’il l’an cuide mener; mès les
chevalier et la force Bruiant le rescost. Li chapléiz dura grant
pièce antre Briant des Illes et Làncelot, que moult estoit chascun
iriez de ce qu’il estoit chascunsbléciez. Li uns sessist l’autre meintes
foizparle frein ; chascun anmenast son par volontiers au sien recet;
mès la force des chevaliers les dessevrèrent d’une part et d’autre.
Einsint dura liestors trèsqu’à l’avesprir, tant que la nuit les départi,
liés Brianz ne s’an puet mie vanter au départir; quar Lanceloz et
li sien menèrent à force 1111 des siens, moût duremant navrez,
estre ceus qui demorent mort en la chanpangne. Brianz des Illes
et Mélianz s’en repérièrent arrières, tuit dolanz de lor chevaliers
qui sont pris et mort. Lanceloz s’en revient à Cardeull, et font
moût grant joie cil del chastel, des chevaliers qu’il anmoinent pris,
et dient que la venue del bon chevalier Lancelot lor iert grant
confort, trèsqu’à cele eure que li rois Artus iert repériez et
misires Gauvains. Li navré chevalier, qui el chastel estoient, tor-
nèrent à garison, de quoi Lanceloz fu moult joieus. Il estoient
trèsqu’à XXXV dedanz le chastel ; de touz les chevaliers le roi,
n’i avoit-il plus fors Lancelot et le chevalier navré qu’il anmena
ensanble o lui.
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j se lest li contes de Lancelot et des chevaliers
qui sont à Cardeull; si dist que li rois Artus et
misires Gauvains sont el chastel où li prestres dist
à monseingnor Gauvain conmant il nasqui; mès il
ne s’an puéent mie partir à lor volanté ; quar Anu-
rez li batarz, qui frères fu Nabigant de la Roche que
misires Gauvains ocist por Méliout de Logres, seit bien qu'il sont là
dedanz, si a chevaliers asenblez et les tient là dedanz si corz que
il ne s'an puéent partir sanz grant doumage. Quar il a par dehors
trop grant foisson de chevaliers, et li rois et misires Gauvains n'en
ont avec eus que V del pais et de la forest qui sont à lor acort, et
il les tiennent si corz par dedanz qu'il n'an puéent essir; ainz jure
li frères Nabigant qu’il ne s’an partira trèsqu’à icele hore qu’il
aura monseingnor Gauvain pris et de son conpagnon prisse van-
joison de son frère que il a mort. Li rois dist à monseingnor Gau¬
vain que il a moult grant vergongne de ce que il sont si longuement
enclos là dedanz et mielz aime il à morir à anor que vivre à honte
dedanz le chastel. Et essirent hors, les glaives eslongniez; et
Anurez et si chevalier dont il i avoit grant foisson si an firent
moult grant joie.
Li rois et misires Gauvains se fièrent antr’ex et abat chas-
cuns le suen ; mès Anurez avoit grant vergongne de ce que il vit
ces chevaliers par si po de janl maumener; il aloingne son glaive
et fiert 1 chevalier le roi Artus parmi le cors, si l'abat mort; après,
revient à monseingnor Gauvain, si le fiert de tel vertu qu’il li
perce son escu ; il le fet desarmer et perdre les estriers ; et misires
Gauvains s'en aire et le fiert de tel vertu si très duremant que il
le fet cliner sor l’arçon de la sele derrière. Mès Anurez fu fort et
de grant vertu, si ressailli ès arçons et vint vers le roi Artus que
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il vit devant loi, mès il ne le connut mie. 11 lessa monseing-
nor Ganvain, et li rois le fiert de si très grant air qu’il li tran¬
cha le braz atout le glaive. La force des chevaliers fu grant, si
lor corent sus de toustes parz ; il ne s*an fussent jà parti sein ne
antier, quant Mélyot de Logres i vint, soit XViesmes de cheva¬
liers; qu’il avoit oies noveies de monseingnor Gauvain que l’an
avoit asis an I chastel, là où i) estoient en tel manière antre lui
et le roi Artus, que il avoient perdu lor V chevaliers, si n’estoient
que dui, si se desfandent à lor pover corne cil qui bien cuidoient
demorer; quarsi n’estoit nule partisséure de II chevaliers à XXX.
A. tant ès-vos Mélyot de Logres atout XV chevaliers et vient
là où li rois estoit et misires Gauvains en tel meschief, et se fièrent
par tel vigor et resceuent le roi Artus et monseingnor Gauvain à
ceus qui les avoient pris ax freins, si an ocient bien dusquà X et
li autre s*an fouirent, si ameinent lor seingnor afolé. Et monsein¬
gnor Gauvains mercie moult Méliot de Logres de la bonté qu’il li a
feite, quar il lor a garenti lor vies, et il li doune le chastel et velt
qu’il le tiegne de lui; quar il nel saurait an nul leu si bien anploiier,
et il l’a bien déservi à cest besoing. Mélyoz l’an mercie moult, si
prie moult monseignor Gauvain, se il ot que il ait raestier d’aide,
qu’il le viegne secorre autresint conme il ferait lui partout. Et
misires Gauvains li dist que de ce ne li couvient-il mie fère
proière; quar il est I des chevaliers el monde que il doit plus
amer. Li rois et misires Gauvains pranent congié à Méliot, si s’en
partent, et Mélioz garni le chastel qui moult estoit biaux et riches
et bien assis.
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- «N -
t -'V v Méliot se test li contes et dist que li rois Artus
et misires Gauvains ont tant chevauchié qu’il
sont venuz en l’ile d’Avalon, là où la roïne gist.
Il herbergent la nuit avec les hermites qui lor
■ firent moult grant joie. Mès vos poez bien dire
que li rois ne fust mie joieus, quant il vit le
sarquex où la réine gissoit et celui où li chief de son fuiz gissoit;
adonc li renovela ses deus, et dist que cest seint leu de oele seinte
chapele doit-il plus amer que touz les autres de sa terre. Il s’an
partirent lendemain quant il orent oï la messe. Li rois s’an vet
aux plus tost que il puet vers Gardeull et trove la terre gastée et
essilliée en plussors le us, dont il estoit moult dolanz, et set que
Kex, li séneschaux, le garroie avec les autres. Il se merveille moult
conment il l’os se fére. Il est venuz à Gardeul. Quant cil del
chaslel le sorent, si vindrent ancontre lui à moult grant joie.
Les noveles an alèrent par toute sa terre et cil de sa contré» an
furent moût joiant; quar li plussors cuidoient qu’il fust morz.
Gil del chastel de Dure Roche le sorent, s’il n’an furent mie
joiant. Mès Kex, li séneschaux, fji gariz de la ploie, si se pansa
que il feroit grant folie se il demoroit plus illec pour le roi guer-
roiier ; quar il savoit bien, se li rois le tenoit et ses conmandemanz,
sa fin seroit venue. Il s’est parliz del chastel où il avoit grant
pièce esté et repassa lanier, et vint an la petite Bretaingne et fist
fermer I chastel, por la poor del roi, que l’an apèle Ghinon, et fu
illec grant tans que il ne fu guerroiié del roi; quar il avoit assez
autres aventures.
A. Gardeull fu li rois repériez et misires Gauvains; vous
povez bien savoir que sa terre an fu moult resbaudie et tuit li
chevalier réconforté; et revint à sa cort chevaliers de toutes parz.
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Cil qoi navré a voient esté forent gari. Brhts des ITles ne délaia mie
son orgeull ne son outrage, ainz esforça la guerre de quant qu’il
pot, Melyanz et il ancore moult, et dist qu’il ne li faudra jà trèsqu’à
la mort, ne jà mès n’aura repos trësqu’à icele heure qu’il iert
vanchiez de Lancelot. Li rois estoit 1 jour à Cardeull au mangier,
et avoit an la sale grant planté de chevaliers, et misires Gauvains
séoit dejoste le roi. Lanceloz séoit à la table et misires Yveins le
fuilz le roi Urian et Sagramors li Desréez et Yveins li Aostres et
autres chevaliers assez, anviron la table; mès il n’en i avoit mie
tant conme il soulet. Misires Lucans li Bouteilliers servoit devant le
roi de la coupe d’or. Li rois regarda anviron la table, si li souvint
de la réine, il conmença à panser et petit à mangier, et vit que la
cort estoit moult à gaste et enpiriée pour sa mort. Andemantres
que li rois pansoit de tel manière, atant ès-vos 1 chevalier, dedanz
la sale venu, tout armé, devant le roi ; et s’apuie sur l’arestaill de
son glaive : « Sire, feit li chevaliers, antendez à moi par vostre
pleissir et tuit cil autre. Madeglanz d’Oriante m’envoie ci à vos, si
vous mande que vous li guerpissiez la Table Ronde ; quar vos n’i
avez droit, puis que la réine est morte ; que il est li plus prochiens
de son lignage et cil qui mielz la doit tenir et avoir ; et, se vos ce ne
festes, il vos desfie conme celui qui le deshirre ; quar il est vostre
anemis an 11 manières; por la Table Ronde que vos tenez à ton
et por la novele loi que vous tenez. Mès il vos mande par moi
que, se vous volez guerpir vostre créance et prandre la roïne
Jandrée sa seror, que vos clamera tôt quite la Table Ronde et
sera de vostre aide partout, et, se vous ce ne festes, onques n’aiiez
an lui fiance; se vos mande-il bien par.moi. »
Li chevaliers s’en part atant, et li rois demore touz pensis,
et après mangier se leva des tables et tuit li chevalier. Il parole à
monseingnor Gauvain et à Lancelot et prant conseul à touz ses
autres. < Sire, fet misires Gauvains, vous desfendroiz au mielz
que vous pourez et nous vos aiderons à plessier vos anemis.
La Grant Breteingne est toute à vostre volenté, vous n’avez
ancore perdu chastel ne desrochié ne arsse que plaine terre et
les bordiax et les messons, ce n’est mie grant doumage à vostre
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eus ; mès la honte feit bien à amender. Li roi Madeglanz est de
grant [hardemant] ; s’il guerroie vostre terre par devers Ocidant,
tremetez I des meillors chevaliers de vostre cort qui la guerre puisse
meintenir et la terre desfandre envers lui.
ïii rois séjorna à Cardeult grant pièce, il crut an Deu et an
sa douce mère moult bien. Il i aporta l’essample de feire des galices,
del chastel où li Graax estoit; il les conmanda à feire par toute sa
terre pour le Sauvéor del mont servir plus annorableraant. Il
conmanda ses cloches fondre an toute sa terre par l’an et que
thascun an éust soulonc sa chière. Il plot moût à ceuls de son
réaume, quar la terre an estoit auques amendée. Les noveles li
vindrent un jor que Blians et Mélianz chevauchoient par sa terre
è grant rostes de jant et vouloient aler asoier Panenisousa ; et li rois
essi de Cardeull à grant planté de chevaliers touz armez, et che¬
vaucha tant qu’il choissi Briant et sa gent, et Brianz lui. Il ran¬
gèrent lor batailles de tousles parz, si s’antrevienent de si grant
vertu et de si grant aïr que ce sanbloit que la terre crolast; si
s’antrefièrent à l'asanblée, des glaives, si très duremant que Tan
povet oïr le froisséis de moult loing. Tel XIIII chéirent an l'asen-
bler qu’il onques puis ne relevèrent. Mélianz del Gaste Manoir
cerche Lancelot parmi l’estor tant qu’il l'a trové, et li cort sus
moult vigreussemant et li troe son escu de son glaive. Lanceloz le
fiert de si très grant aïr parmi le piz qu'il li anferre son glaive
trèsqu’anmi l’espaule, si l'anpeint par tel vertu que la hante brisse
et li tronçon demore ès cors; et Mélianz li cort sus, touz anferrez,
et li passe son glaive très parmi l’escu et parmi le braz, si que il
l'a consu au costé. Il passa outre et brisse son glaive; après,
retorne vers Lancelot, l'espée el poing, et li doune si grant cop
desus son hiaume qu’il li a tout anbaré. Lanceloz s’en aïre moult
et plus li poisse de ce que il se sant navré : il vient vers Méliant,
l’espée traite, enbronchiez en son escu et anbronchiez an son
hiaume; il fiert Mélyant de si grant vertu qu’il li tranche l’espaule
desi au costé, si que Ji tronçons an chiet, de quoi il estoit
anferrez. Mélianz se santi à mort navrez, si se trest arrières, touz
dolanz, et autre chevalier corent sus à Lancelot et li livrèrent
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antente, Misires Yveins et Sagramors H Desréez et misires Gau-
vains furent d’autre part & grant meschief; quar jant cressent
duremant Brians des Illes et venoient de toutes parz; K mieudre
chevalier an avoient de toutes parz le greingnor fès. Li rois Àrtus
et Brians des illes estoient anmi la bataille, [et] s’entredounoient
moult granz cox. Les janz Brians i viennent et prirent le roi Àrtus
par k frein, et K rots se desfant eonme bons chevaliers fessoit
cerne autresmt anvalr corne feft li sangliers antre tes chiens. Misires
Yveins i est venuz et Lucans li Bouteilliers, et dêronpent la presse
à force. Atant ès-vous Sagramors li Desréez qui vient tant eonme
cheval puet trère desouz lui, et flert Briant des files, très devant
sa gent, de si grant aïr que il le porte à terre an I mont, et li et
le cheval. Brianz se brissa la caisse au choir qu’il fist. Sagramors
tint Fespée treite, si li vost bouter el cors, quant li rois li escrie
que il ne Focie mie.
I/es genz Brianz n’orent mie pover de lor seingnor secorre;
ainz se traient arières, de toutes parz ; quar (i estons avoit grant
pièce duré. Si antendirent aux morz et aux navrez, dont il i avoit
assez d’une part et d’autre. Li rois Àrtus an fist porter Briant des
Illes à Cardeull et mener austres chevaliers que si chevalier avoient
pris. Les janz furent moult joianz à Cardeull, quant li rois revint.
L’an aporta Méliant del Gaste Manoir sor son escu, à Dure Roche ;
mès ne vesqui guères puis. Li rois fist garir Bruiant des Illes et le
tint grant pièce en sa prisson, tant que Brians l’aséura de toute sa
terre et devint ses hons. Li rois le fist séneschal de toute sa terre
et Brianz le servi moult bien.
Lanceloz fu guériz de sa ploie et tuit II chevalier des lor.
Li rois Artus fu touz raséurez et doutez et crêmuz par toutes
terres et de sa terre autresint corne il souloit estre. Brianz fu del
tuit oubliez et ohéissanz aux conmandemanz le roi et plus est
privez de son conseull que nus des chevaliers, si an metoit auques
les autres arrières, de coi i! lor pessoit moult. La félenie de Kex,
le séneschal, gissoil moult au roi el cuer, et dist qu’il an ameroit
moult celui qui vangenee Fan prendroit ; quar il a si destoiaumant
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ouvré anvers lui que il n’an osse feire escondist; et est moult
grant doleurs au siècle quant hom de si poure pooir a ods si haut
home conme son fill, sanz nul mesfeit ; et autresint an devrait
prandre vangeuce li estrange conme li privé et corne il, por ce
que li autre se gardassent de tel desloiauté feire.
Srians fu doutez et crémuz par toute la Grant Bretaingne ;
li rois Artus lor avoit dist que tuit fussent an son conmandemant.
Si corne li rois estoit un jor à Kardeull, atant ès-vous une damoi-
sele qui vient an la sale et li dist : « Sire, la roiine Jandrée m'a
tramisse à vos, si vous mande que vous feroiz ce que ses frères vos
manda por son chevalier; ele veust estre dame et roiine de vostre
terre et que vos la prangnoiz à mollier, quar ele est de haut lignage
et de grant povoir; si vos mande par moi que vos guerpissiez la
novele loi et que vous créez el Deu là où ele croit, et, se vos ce ne
festes, vos ne povez avoir fiance an vostre terre; quar li rois Made-
glanz a jà aprestées ses olz por antrer el chief de vostre terre et a
juré son seremant que il ne finera si aura passé toutes les bones des
illes qui marchissent an vostre terre et vanra an la Grant Breteingne
à tout son pooir, si sessira la Roonde Table qui seue doit estre par
droit. Et ma dame méiraes i vendroit ce n’estoit pour une chosse ;
mès ele a en lui tel desdeing de ceus qui croient la novele loi qu’ele
n’an daingne nul véoir; quar, tantost conme ele fust establie, fist
ele ses ielz couvrir por ce qu’ele ne voloit mie voier celz qui an
estoient. Mès li Deu an qui ele croit firent tant pour lui, por ce
qu’ele les aime et aheure, qu’ele descovre ses ielz et son vière et
qu’el ne voit goûte, dont ele est moult joieusse, et si an a les ielz
el chief bîaux et janz. Mès ele a grant fiance an son frère, qui
moult est puissanz, quar il li a an convenant qu’il destruira touz
ceus qui croient an la novele loi, à touz les leus où il les poura
ateindre, et, quant il les aura destruiz en la Grant Breteingne et
ès a us très illes, si que ma dame n’an pouroit mès nul voier, ele
est si bien des Deus an qui ele croit qu’ele r’aura sa veue tout
antèremant; ne trèsqu’à cele bore ne velt ele voier nule riens. »
< JDamoisele feit li rois, j’ai bien oï que vous distes ce qui vos
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est anchargiez; mès distes à vostre dame de par moi : que la loi
que li Sauvierres del mont a establie par sa mort et par son cro-
cefiement nel guerpirai-je jà pour amor que je aie an lui. Mès
disies-lui qu’ele croie an Deu et an sa douce mère, et qu’ele croie
la novele loi ; quar, par fause créance an qoi ele meint, est ele
avolglèe an itel manière, ne jà mès n’en verra, cler trèsqu’à cele
heure qu’ele créra an Deu. Si li distes que je li mant que, tant
corn je vivroi, il n’i aura mès roiine an ma terre s’ele n’est d’au-
tretel ?alor corne fu la réine Guenièvre. » — « Dont vos di-ge
bien, feit-ele, que vos orez par tans tcx noveles que bones ne vos
seront mie. » La damoisele se part de Cardeul et vient arières là
où la roiine estoit et li conte que li rois Artu&Ii mande. « Voire,
feit-ele, je l’eim plus que touz ceus del mont, et il refusse mon
voler et mon conmandemant. Or ne puet-il mès durer. » Ele
tramet à son frère le roi Madeglant et si li mande qu’ele méismes
le desfie se il ne prant vangance del roi Artus et se il ne li anmoine
an prisson.
peste estoire dist que la terre à icelui roi estoit
moult lointeingne de la terre le roi Artus et que il
li convient passer II mers ançois qu’il aprochast
le prumier chief de la terre le roi Artus. Il ariva
an Al banie à grant force de jent, à graht navie.
Quant cil de la terre le sorent, si se garnirent
ancontre et desfandirent lors terres aux mielz qu’il porent; puis
mandèrent au roi Artus que li rois Madeglanz estoit venuz an tel
manière en la terre, à grant plenlé de jant, et que il les voist pro-
cheinemant secorre, ou qu’il li anvoit si bon chevalier qui les
puisse garantir, et, se il ne feil, la terre sera perdue. Quant li rois
Artus sot les noveles, si ne li fu mie bel ; si demanda à ses cheva¬
liers qui il i poura tramestre. Et il li dient qui il i anvoiast Lan-
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ceiot; quar il estoit dînes chevaliers et seufranz et si savait assez
de guerre, et si avoit an lui autretant de loiauté com an nul che¬
valier que il séussent. Li rois le fist devant lui venir.
< Lancelot, feit li rois, je me fie tant an vos el an vostre che¬
valerie que je vos veull tramestre au derrian chief de ma terre por
le garen^r, par le los de mes chevaliers ; si vos pri et requier que
vos au façois vostre pover aotresint corne vos avez feit meintes foiz
an mon servisse. Et je vos charcheroi XL chevaliers. > — « Sire,
feit Lanceloz, contre vostre volenté ne veu-ge mie estre; mès il i a
an vostre cort autresint bons chevaliers ou mieudres conme je soi,
que vos i poissiez bien tramestre. Mès je ne voloie mie que vos le
teingniez à couardisse, si an feré vostre pleissk* moult volontiers;
quar nullui ne doi-ge plus volentiers servir de vos. * Li rois le
mercie moullde ce qu’il dist. Lanceloz s’en part de la cort, si anmoine
XL chevaliers avesques lui ; si est venuz an la terre d’Arbanie,
là oè li rois Madeglanz estoit arivez. Quant cil de la terre sorent
que Lanceloz estoit venuz, si an orent moult grant joie en lor
cuers ; quar il avoient meintes foiz oï parler de lui et de sa bone
chevalerie. 11 furent tuit an son conmandemant et le reçurent corne
avoé et conme garant.
Li rois Madeglanz oissi un jor hors de ses nés, à bataille
contre Lancelot et contre ceus de la terre. Lanceloz le reçut moult
vigreussemant et ocist moult de sa gent, et li plussor s an fouirent
et se vostrent trère vers les nés ; mès Lanceloz et sa gent les
alèrent péçoiier une partie. Li rois Mandeglanz, à tant de jant
corne il pot, s’en est alez céléemant à la seue nef, si se fist an-
peindre an mer au plus tost qu’il pot. Cil qui ne porent venir
aux nés demorent à la pleine terre, si furent tuit détranchié et
ocis. Mandeglanz s’an ala desconfiz ; de X navées de jant que il
ont amené, n’en ramena que 11. La terre fu an pès et raséurée ;
Lanceloz i demora grant pièce. Cil des pais rainèrent moult et se
loèrent de sa valor et de sa grant bonté ; si dient li plussor meintes
foiz que il voudroient avoir I autretel chevalier à roi, com H estoit,
par la volenté le roi Ajrtus; que la terre estoit trop lointeingne, et.
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s’il i me toi chevalier oh autre home fui la terre poïst garantir, il
l’as saturaient moult bon gré, si tenist eil la terre de lui ; quar U
ne la pouroient mie à lor volenté garentir sanz avoé ; la terre sanz
seingnor ne puet guères valoir. Cil de la terre amèrent moult
Lancelot si conme je vos di. Li rois Artus estok à CardeuII et
estoient si chevalier ansanble o lui. Il cuidoit estre asséurez et
vivre pessiblemant; mès, si corne il séoit I jor au meugier è Car-
deuil, atant ès-vos un chevalier qui vient devant la Table Roonde
sans lui saluer : « Sire, fait-il, où est Lanceloz? » — < Sire, feit
li rois au chevalier, il n’est pas an ceste contrée. » — «Par mon
chief, feit li chevaliers, ce poisse-moi; où que il soit, il est vostre
chevalier et de vostre hostel ; si vos mande R rois Claudas que il
est ses annemis mortieus et vous, pour l’amour de lui, se vos le
recevez de cesl jor an avant ; quar il li a ocis le fuilz de sa seror,
Mélioz del Gaste manoir, et si ocist le père Méliant autresint; mès
li pères n’apartient pas le roi Glandas.
c Mélianz fu fuilz de sa seror germeinne, si li poisse moult
de sa mort. > — « Sire chevaliers, feit li rois, je ne sé eonmant
il lor est en convenant de ce que vos me dites ; mès je soi bien que
li rois Claudas tient meint ch&stel qui le roi Claudas ne déust estre,
dont il désérila son père; si s’en conviegne bien chascon de son
droit conquarre. Mès tant vos di-ge bien que à mon chevalier ne
faudré-ge jà, se il est tex que il s’ost de murtre desfandre, et, se il
ce ne velt fère, je souferé bien ce que droit an aporte. Mès puis
qu’il n’amera sa mort, ne je ne autre ne le devroit granmant
amer, se il ne velt adrecier son tort. Quant Lanceloz saura ces
noveles, je connois bien tant sa valor et sa loiauté qu’il respondra
bien rcsson et fera quant que l’an doit fère de tel blâme. » —
« Sire, feit li chevaliers, vos avez bien oï ce que je yos ai dit.
Toutes heures vos di-ge bien que li rois Claudas vos mande, se vos
recétez son anemi, dès ore an avant et de tant conme vos an avez
feit, ne vos an set-il point de gré. >
Atant s’an part li chevaliers, et li rois demora à CardeuII.
II manda Briant des Illes, son séneschal, et une grant partie de
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ses chevaliers ; si lor demanda consenti que il poura fère. Misires
Y vains li dist qu'il a mort celui an son servisse, conme celui qui
sa terre guerrooit, sans ce qu’il li éust mesfeit, et s’estoit mis avec
ses anemis sanz droit demander an sa cort. Ne onques Mélianz
n’avoit apelé Lancelot de murtre ne de traïsson, ne requis la mort
son père ; ainz, l’avoit ocis de guerre plénière, corne celui qui son
seingnor guerroiet à tort, c Sire, feit misires Yyains au roi, con-
mant que Lanceloz éust esploitié envers Méliant, vostre terre n’i
déust avoir garde; quar vos n’estiez mie el roiaume, ne ne saviez
mie que li uns éust riens mesfet à l’autre; et por ce vos di-ge que
li rois Claudas aroit grant tort se il vos an portoit groinz ne guer¬
roiet. » — « Misires Y vains, feit Brianz des Illes, il est bien chosse
séue que Lanceloz ocist le seingnor del Gaste manoir et Melyanz son
fuillz, après el contant qui fu del roi Artus et de moi. Mès, quant
il avoit ocis le père, il déust bien garder soi del fuiz mesfère; ainz
* déust quarre la pès et l’acorde. »
« Brianz, feit misires Gauvains, Lanceloz n’est mie ci; ains
est an la besoingne le roi. Si savez bien que Mélyan? vint à vos et
que vos [lé] féistes chevalier, et après guerroia la terre le roi sans
resnable achoisson. Li rois estoit esloingniez de sa terre corne cil
qui s’an aloit au Graal. L’en li conta les noveles, que sa terre
estoit maumenée; il anvoia Lancelot por lui garentir; il meintint
la guerre au mielz qu’il pot trèsqu’à celc heure que li rois fu
repériez. Mélyanz sot bien que li rois estoit revenuz et que l’an ne
feisoit à nului tort à sa cort, qui droit i vossist demander. II n'i vint
ne n’i anvoia, por droit fère ne por droit demander, ou por despit
ou por ce qu’il ne le sot fère. Endemantres guerroia le roi qui riens
ne li avoit mesfet ne droit refussé à fère. Lanceloz l’ocist en la
guerre le roi et sur sa terre desfandant. H fu pès de la guerre, si
estes asséurés antre vos et le roi, et, se l’an veust Lancelot sur ce
ancorper de la mort Mélyant, il me sanble que l’an ait tort. Quar
li autre ne sont mie ancorpez de ceus qu’il ocistrent ; et, se vos
voliez dire que Lanceloz ne l’éust ocis resnablemant, conmant qu’il
éust esploitié devant de son père, je le monterroi ore an droit de
mon cors envers le sien, •
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« iflisires Gauvains, feit firianz des Illes, vos ne troverez ore
jè qui vostre gage an recève por cest afère, ne ne doit mie fère de
ses amis ses anemis, ne vos ne li devez mie conseillier. Li rois
Mandeglanz le guerroie et ii rois Claudas li feit guerre ausint; il
liverront assez antante. Mès je li loeroie bien, pour sauver sa terre
et por tenir ses amis, que il sosfrist, I an, Lancelot hors de sa corl,
tant que les noveles venissent au roi Claudas que Tan Féust congéé,
si Tan sauroit bon gré et 9i auroit s’amor. » Sagramors li Desréez
sailli avant : < Brianz des Illes, feit Sagramors, mal dahaz ail qui
jè mès donra tel conseull au seingnor de son chevalier, se li che¬
valiers a son seingnor bien servi, et il ocist, el servisse son seingnor
et an sa guerre, I chevalier, sanz murtre et sanz traïsson, si li donra
congié ; moult aura ore mauvessemant anploiié son servise Lan-
celoz, se li rois por ce li doune congié ; après viegnc li rois Claudas,
si le face guestier et ocierre, et moult i ëura granz anor li rois
Àrtus. Je ne le di mie por ce que Lanceloz ait garde del roi Claudas
cors è cors, ne del roeillor chevalier de sa terre; mès meinte
chosse aviennent de coi l’an ne se done garde, et, se li rois Àrtus
done congié à Lancelot de sa cort, l’an le tendra à couardie, ne je
ne vos ne autres chevaliers n’i devra jè mès avoir fiance. » —
« Seingnor, feit Brianz, mielz vanroit le roi qu’il donast congié à
Lancelot I an que il an fu por lui guerroier X anz ne que sa terre
fu gastée ne maumisse. »
Atant ès-vos l’Orgueilleus de la Lande venuz, qui n’out esté
à la cort, granl tans avoit ; et l’ot l’an li conté de coi les paroles
estoient. « Brianz, fet li Orgueilleus de la Lande, mal dehez ail
chevalier qui velt grever ne nuire envers son seingnor cens qui
Font bien servi! Se Lanceloz n’est pas ici, ne distes pas chosse de
lui qui è dire ne face : autrelant à esté renomée la cort le roi Artus
et annorée par Lancelot cornue par nul chevalier qui i soit, et, se
n’i estoit, sa cort ne seroit mie si redoutée conme ele est. Quar il
n’a si cruel chevalier ne si redouté an toute la Grant Bretaingne
corne est Lanceloz, et, se li rois vos aime, ne feistes mie qu’il bée
ses chevaliers ; quar il i a tes MI ou tex VI an son cbastel, se il
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s’an partaient sanz revenir, dont il n’auroit mie si bon reitor an
nos. Lanceloz a pièça le roi servi, si set bien li rois oonbien il
vaust, et, se ii rois Glandas velt guerroiier le roi Artus por Lan¬
celot, selonc ce que je ai antendu, sanz nule resson, se li rois
Artus n’est plus acouardiz que il ne souloit, il poura bien soufrir
sa guerre et son estrif, se traïsson ne li nuit. Quar autretant a
ancore li rois Artus de bons chevaliers corne nus chevaliers ne nus
rois que l’an sache el inonde. »
ist contes dist que Brianz se fust coreciez volen-
liers envers l’Orgueilleux de la Lande, se pour le
roi ne fust, et li Orgueilleus envers lui, qui
n’estoit en nului dangier quant ire et mautalanz
le sorportoit. Les paroles demorèrent atant. Quant
li rois sot les noveles que Mandeglanz fu des-
confiz et que la terre d’Arbanie estoit en pès, si manda Lancelot
que il revenist arière. Cil de la terre furent moult dolant quant il
s’en parti; quar il avoient grant fiance an sa chevalerie* Si s’an
revint arières là oà li rois Artus estoit. Tuit cil de la terre firent
grant joie, car il estoit moult amez de plussors, et, se nus le.haoit,
sc n’estoit se par anvie non. L’en li conte les noveles del roi
Claudas, et einsinl corne Brianz des llles avoit palé. Lanceloz n’an
fist nul sanblant corne cil qui bien savoit venir A chief de toutes
ses grevances. 11 fu à la cort grant pièce, por ce que li rois Claudas
i dèust tramestre aucun de ses chevaliers. Brianz des llles vossist
bien que li rois li dounast congié, quart il le haoit plus q ue j us
chevaliers de la cort; quar c’estoit cil qui plus l’avoit dol/ffeiè
meintes foiz. Par le conseull Briant, tramist li rois Claudas son
chevalier à la cort le roi Artus; il ne fist mie que sage, quar il
renovela tel chosse de quoi il vint puis moult grant maus, ci
corne cil titres tesmoingne.
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lYLadeglanz d’Oriante ol dire que Lanceloz estait repériez
arière et que la terre d’Arbanie es toit toute vide, fors que de oeus
del pais. Il oui apresté sa navie moult, et revient an la terre à
grant [force]. Il art la terre et essille de toutes parz et pis i fist
assez qu’il ne fist pas i l’autre foiz. Cil de la terre tramirent au
roi Artus, si li mandèrent que mal lor estoit, convenant, se il ne
lor envéoit par tons secors, il leront la terre et rendront les chas-
tiax ; quar il ne puéent plus tenir. U prisl conseull li rois à ses
chevaliers qu’il i pouroit anvoiier et il distrent que Lanceloz i
avoit esté, ore i anvoiast l’an I autre chevalier. Li rois i envoia
Briant des Ules, ai li bailla XL chevaliers. Brianz, qui n’amoit
mie le roi de cuer, vint an la terre, si l’aida à desfandre fainte-
mant. Il vindrent un jor à bataille antre Handeglant et Briant et
toutes lor janz. Brianz fu desconfiz, si an ot moult de ses cheva¬
liers morz. Mandeglanz et ses genz s’espandirent par la terre, si
peçoient les viles et destruissent les chastiaus qui garni u’estoient,
et touz ceus qui ne voloient croire an lor Dieu fesoient morir et
tranchoient les testes.
Toit cil del pais et de la contrée regretoient Lancelot, et
distoient que, se il i fust demorez, la terre ne fust mie einsint
destruite, ne jà par chevalier n’auront garentie se par lui non.
Briant des Illes revint arières conme cil qui voldroit que la guerre
créust au roi Artus de toutes parz ; quar, que bien que il li face,
il ne l’eime mie, ne jà mès ne fera, tant corne il vive. Mès ne l’an
osse mostrer nul sanblant, por ce que si chevalier les meillor
furent ocis an la bataille, si n’avoit nul pover anvers lui por
Lancelot et por les bons chevaliers que il a de sa mes nie, dont il
voroit que il n’énst nul.
Xii rois Artus estoit à Cardeull à I jor de la Pentecosle.
Moul ot de chevaliers venuz à icele cort que je vos di. Li rois fu
assis au mengier et li jorz fu biaux et clers et li aires purs
et nez. Sagramors li Desréez et Lucans li Bouleilliers servirent
devant le roi. Si que l’en ont servi del premerein mès, atant
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éS'Yos no q narre!, autresinl corne se il descoehast d’une arbakste,
et Sert en la coulonbe de la sale devant le roi si très damnant
qu’il n’ot chevalier an la sale qu’il ne Toîst quant il i ficha. K
l’osgardérent toit à grant merveille ; li carnaux estoit autres! comne
(for et avoit anviron de moolt riches pières précîeosses. Li rois
dist qoe si riches carriax ne vient mie de poore leu. Lanceloz
et misires Gau vains distrent qu’il n’avoient onques mès véu nul si
riche. Il ficha de tel vertu an la coulonbe que Tan ne pot riens
voier dd fer, et de la flèche i ot antré assez. A tant ès-vos une
damoiseie de moult très grant biauté qui vint, et sist desus une
moult riche mule, moult bien afeutrée. Ele avoit frein doré et sele
dorée ; ele méismes estoit vestue d’un moult riche drap de soie.
Uns valiez la suivoit par derières qui chasçoit la mule par derrière.
[Ele vint] devant le rois Artus au plus droit qu’ele pot, si le salua
moult hautemant, et li rois li respont au plus bel que il pot :
« Sire, feit-ele, je vos sui venue dire et demender I don, ne je ne
descendrai mie jusqu’à cele bore que vous le m’aiez donné. Quar
itex est ma coutume, et por ce sui-ge venue à vostre cort que je ai
oï tex noveles et tesraoignent an meint leus où j’ai esté que vos nés
oiez escondire. »
< Damoiseie, dites-moi quel don vos volez avoir de moi. »
— « Sire, fet-ele, je veull proiier et requarre que vos Testes aler
le chevalier qui cel carrel poura sachier de cest coulonbe, là où il
est grant besoing. » — « Damoiseie, feit li rois, distes-moi la
besoingne. » — « Sire, feit-ele, je la diroi bien quant je verai le
chevalier qui sachié l’an aura. > — c Damoiseie, feit li rois,
descendez, de ma cort n’irez-vos jà escondite, se Dex plest. »
Lucans li Bouteilliess la prant entre ses braz et la mest à terre, et
l’an mena sa mule establer. Quant la damoiseie ot lavé, l'an la
fist séoir dejoste monseingnor Yvein qui moult l’annora et servi
volentiers. Il la regardoit d’eures en autres, quar ele estoit bele et
sage et de bone contenance. Quant l'an ot mengié ax tables, la
damoiseie prie le roi qu’il les hastast de fère sa besongne. c Sire,
feit-ele, il i a assez de bons chevaliers çà dedanz, et cil poura estre
moult liez qui forz l’an sacbast ; quar je vos di qu’il est moult bous
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chevaliers, ne nas n’an poura fère sa besongne se cil non. »—«Biaux
niés, feit li rois, or metez rostre mein & ce! quarrel, si le rendez à
la damoisele. » — « Ha, sire, feit-il, ne me festes mie honte. Par la
foi que je vos doi, je n’i metroi hui mein arant, se vos ne vos an
devez corecier. Vez ci avesques vous Lancelot et tant de bons cheva¬
liers, que je n’i aurai point cTanor se je m’an avençoie devant eus. »
— « Misires Yveins, feit li rois, metez i rostre mein. Porroit-il
estre feit que vos i aillisiez. » — « Sire, feit misires Yveins, il
n’est riens el monde que je ne féisse por vos ; mès je vos pri que
vos me relâchiez de cestui. » — « Sagramors, et vos li Orgueilleus
de la Lande, qu’an feroiz-vos? > feit li rois, « Sire, font-il, quant
Lanceloz i aura essoiié, si ferons vostre plessir; mès devant lui
n’irons-nos mie, se il vos plest. >
< Damoisele, feit li rois, priez Lancelot que il i voist, et puis
si iront li autre après lui, se mestiers est. » — « Lanceloz, feit la
damoisele, par la riens que vos plus amez, ne me tolez mie ma
besoingne; mès metez vostre mein el carrel, et après feront li
autre ce que il devront fère. Quar je n’ai mie loisir de demorer ci
longuemant. » — « Damoisele, feit Lanceloz, vos festes mal et
pechié, qui de nule riens me congurez ; quar il i a tant dedanz de
bons chevaliers que l’an me tendra à fol et bobaneier se je m'en
avant devant touz les austres. » — « Par mon chief, feit li rois,
non fera; ençois vos tenra l’en à cortois et à sage et à bons che¬
valiers autresint conme l’an doit fère ore ; et si iert grant anor à
vostre eus, se vos poez sachier le carrel, et grant cortoissie sera
d’aidier à la damoisele. Si vos requier, par la foi que vos me devez,
que i metez vostre mein, puisque la demoisele le vos an prie, avant
les autres. >
Lanceloz ne veull mie trespasser le conmandemant le roi;
si li menbra que la damoisele l’avoit conjuré par la riens que plus
amoit, ne il n’estoit riens el monde que il amast tant corne la
réine, encores fust-ele morte, et ne pensoit onques à chose nule se
è lui non. Puis, est levez tous droiz, si se desfuble et vient au
quarrel, tout droit, qui fichiez estoit el le colonbe; il i mist sa
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raeù), si l’an gâche» par .moult très grant aïr, si durement que il
fistla colunbe tranbler. Après le donne à la damoi9ele. « Sire,
feit-ele au roi Artus, or vos doi-je bien dire ma besoingne.; ne nus
chevaliers de çà dedanz ne péust sachier le quarrel se i\ non ; et
vos m’éustes en convant que li chevaliers qui saoherok me ferait ce
que je U requarroie, «e il le povoit fère ; ne je ne li veull requarre
ne proüer se resscn non. Il li convandra î aler en la Chapele
Périlleuse, au plus test que il poura, et travers là un chevalier
enseveli, qui gist«ami la chapele; si prendra del drap en coi il est
anseveli et «ne espée qui gist dejoste lui el sarquex ; il l’an apor-
tera an Chastel Périlleus, et, quant il aura là testé, si revanra au
chaste! là où il ocist le lion en la citerne où ilia il gripes, si
an prandra la teste de l’un et la m’aportera el Chastel Périlleus ;
quar uns chevaliers i gist malades qui ne puet guarir autremant. »
« Damoisele, feit Lanceloz, je voi bien que vos ne doutiez
guères de ma vie, mès que vostre volonté fust acomplie. > —
« Sire, feit-ele, je sai bien oeste afere conme vos, ne vostre mort
ne désir-ge mie. Quar, se vos estiez mort, li chevaliers ne goerroil
mie, por qui vos festes caste besoingne. Et si verrez la plus bele
damoiaele qui soit au nul réaume et cele qui plus vos désire à
voier,; et, se an vos ne demeure, par lui aurez*vos vostre afeire ais-
siéemant. Or esgardez que vos ne le proloqgniez mie; mès festes
hativemant la besoingne, puisqu’ele est sur vous misse ; quar, con
plus targeroiz, plus si vos en pouret bien mésavenir. * La damon
sele s’en pari de la cort et prant congié et s’en vet au plus test
qu’ele pot arières, et dkft à soi méismes : « Lanceloz, et oeste poine
etcest travail! avez-vous par moi, ne je ne voudroie mie vostre
mort; mès je doi bien johir vostre annui; quar vos irez an 11
des plus périlleux leus del monde. Je vos doi moult haïr, quar
vos me toliles mon ami, si le dounastes à 1 autre, ne jà mès ne
l’oblierai tant corne je vive. » La damoisele s’en vet, et Lanceloz
se part de la cort et prent congié au roi et à touz les autres. Il
essi hors de Cardeull, touz armez» el antra an la ferest qui granz
estoit; ai s’an vet grant aléure el prie Deu qu’il le conduie à
sauveté.
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— «K -
r iant se test li contes de Lancelot et dist firians
des Illes est repériez i Cardeull ; de XL cheva¬
liers qu’il anmena d an i ramène que XV. De
coi li roi Artus est moult dolanz et dist c’or a il
mains d'amis. Cil de la terre d’Arbanie ont anvoié
au roi Artus et si li mendent que, se il ne velt
perdre la terre à toz jorz mès, que il lor anvoiast Lancelot ; quar il
ne virent onques mès chevalier qui mielz séust ses anemis vangier
et domagier, que il feit. Li rois demande à firiant des Illes conment
ce est que si chevalier sont mort en itel manière. « Sire, feit firianz,
Mandeglanz a grant force de janz, si font chastel de lor navie quant
force de jant li cort sus, si ne puet nus durer ancontre eus, ne
nules janz ne sot onques tant de guerre comme il font. La terre
vos esloingne, si vos coûtera plus à détenir qu’ele ne vos vaura, et,
se vos me volez croire, vos la metrez nn nonehaloir, si an con-
viengoe bien à cens del païs. * — « Brians, feit li rois, ce seroit
granz blâmes à mon heus. Nus prodons ne doit estre péreceus de
garder ne de retenir ce qui sien est. Li prodons ne doit mie détenir
les chosses tant por lor preu corne pour lor honneur, et, se je lais
la terre desgarnie de m’eide et de mon conseill, il m’en prisseront
meins, si diront que je n’ai mie cuer de ma terre guarentir; et
ore mesmes est-ce grant blâme à mon heus que il i sont embatu et
il veulent cens de la terre atrère à lor mauvesse loi. Et je voroie
qoeLancelozéustacompli ce qu’il a anpris, si l’i trametroie; quar
nus ne garentiroit la terre mielz de lui, et, se il estoit ore atout
XL chevaliers et avec ceus del païs, Mandeglanz n’i auroit guères
de durée. > — « Sire, feit Brianz, cil del païs ne prisent ne vau-
roient ne vos ne autrui se Lancelot non, et dient que, ce vos li
trametez, que il le feront roi. • — « Il puet bien estre qu’il le
dient, feit U rois, mès Laocetoz ne feroit mie chosse qui contre ma
volenté fost. » — < Sire, feit Brianz, puisque vos ne me vohfc
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- S8Ô —
croire, je ne vos an diroi plus; mès sa chevalerie vous nuira an
la fin plus qu’ele ne vos aide, se vos ne vos an prenez garde mielz
que vos n'avez feit dusqu’i ceste heure. »
e Brianz des Illes se (est li contes, que li rois
croit trop de plussorschosses ; etdist queLanceloz
s'en vet très parmi la forest, moult pensis. Il n’ot
guères chevauchié quant il ancontra un chevalier
qui navrez estoit moult duremant; il li demanda
dont il venoit et qui l’avoit an cele manière navré.
< Sire, feit-il, je vieng de la Chapele Périlleusse, dont je ne me
poi desfandre d’une males janz qui s’i apèrent ; si m’ont navré an
tel manière corne vos véez, et, se une damoisele ne fust qui là
dedanz vint de la forest, je n’an fusse mie eschapez vis. Mès ele
m’aida par si que, se je véoie un chevalier que l’an apele Lancelot
ou Perceval ou monseingnor Gauvain, je diroie auquel que je
ancontroie premier que il alast à lui sanz déloiier; quarelesc
merveille moult conmant aucuns d’eus ne vient an la chapele,
quar il n’i doit antrer se bons chevaliers non. Mès je me merveille
moult, sire, comment la damoisele i osse antrer; quar c’est li plus
merveillex leus qui soit et la damoisele est de moult grant biauté,
et si i vient par meintes fois toute seule an la chapele. I che¬
valiers gist an la chapele qui novelemant est ocis, qui fu fel et
crieus et hardiz chevaliers. > — « Conment out-il non? » feit
Lanceloz. « Il ot non Anurez li batarz, feit li chevaliers ; si n’avoit
que un braz et une mein, et li autres li fu trenchiez à un chaste!
que migres Gauvains^douna à Méliot de Logres, quant il le secorul
vers cel chevalier qui gist en cel sarquex. Et Méliot de Logres a
ocis le chevalier qui avoit assis le chastel ; mès li chevaliers le navra
duremant si que ne puet estre guariz se il n’a l’espée de quoi il le
navra, et ele gist el sarquex joste lui, et del drap de quoi il est
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— 987 —
anseveli ; et, se Dex me lessoit un des chevaliers [ancontrer], je
fourniroie volentiers le mesage à la damoisele. » — « Sire cheva¬
liers, vos en avez un trové, je ai non Lanceloz, et, por ce que je
vos voi navré et à mescbief, le vos di-ge si abendonnéemant. » —
« Sire, feit li chevaliers, or garisse Dex vostre cors ; quar vos alez
an grant périll de mort. Més la damoisele vos désire moult à voier,
je ne soi por quoi, qui bien vos aidera s’ele velt. »
< Sire chevaliers, Dex nos a gitez de meint péril ; ausint fera-il
eestui par son pleissir et par sa volenté. » Lanceloz se part atant
del chevalier et a tant chevauchié quil est venuz, à l'avespir, à la
Chapele Périlieusse, qui siet an une graçt valée de la forest, et avoit
I petit cimetire anviron, qui bien estoit clos de toutes parz, et
avoit une croiz anciane par defors l’antrée. La chapele et li cyme-
tires estoit aonbrez de la forest, qui moult iert grant. Lanceloz
antra là dedanz, touz armez ; il se seigna et benéie et coumenda à
Deu. Il vit el cymetire sarquiex an plussors leus et li sembla qu’il
véist genz anviron qui paroloient ansanble li uns aus austres. Mès
il ne pooit entendre que il dissoient. Il ne les pooit mie voier en
apert, mès il H sanbloient moult granz. Il est venuz vers la cha¬
pele et descendi de son cheval, et vi,t un couvertiz, par dehors la
chapele, où il avoit viande à chevax ; il i ala mestre le seun, puis
apuia son escu à son glaive à l’entrée de la chapele et antra là
dedanz où il fessoit moult ocurs; quar il n’i avoit clarté que d’une
seule lanpe qui clarté rendoit moult oscuremant. Il voit le sarqueu
qui anmi la chapele estoit, là où li chevaliers gissoit.
Quant il out fete s’ouroisson devant un ymage de Nostre
Dame, si vient au sarquex et l’euvre le plus lost qu’il puet, et voit
le chevalier grant et hideus, qui là dedanz gisàoit morz. Li dras
en qui il estoit enseveliz estoit touz sanglariz desploiés ; il prant
l’espée qui dejoste lui gisoit et prant le suère à descoudre; puis
prist le chevalier par le chief pour haucier contreraont, et le trova
si pesant et si malotru que à grant poine le puet-il remuer. Il
trencha la moitié del drap en quoi il estoit anseveliz et li sarquex
conmença à croistre si très duremant que ce sanbloit que la chapele
»
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chéist. Quant il ot de 1 drap et Fespée, il reclot le sarquex; tantost
» il Tient à Fuis de la chapele et voit monter, el mileu del cimetire >
ce li est avis, granz chevaliers et orribles, et sont apareitliez anslnt
corne de conbatre ; et il li est avis que il Fagaitent et espient.
A tant és-vos une damoisele secorciée très parmi le cymetire
grant aléure, et dist à cens qui là estoient : « Gardez que vos ne
vos movez trèsqu’à cele heure que Fan sache qui li chevaliegn est. »
Et ele est venue à la chapele. « Sire chevaliers, metez jus Tespée
et ce que vos avez pris de cel [drap] au mort chevalier. » —
« Damoisele, que vos nuit ce que je Fai? » feit Lanceloz. « Por ce,
feit-ele, que vos avez pris sanz mon congié ; quar je Fai an garde,
et li et la chapele. Et je veull, feit-ele, savoir conment est voslre
non. » — « Damoisele, feit-il, que gaangnerez-vos en mon non
savoir?» — « Je ne soi, feit-ele, se je i auroi ou perte ou gaang;
mès il fu jà tele heure que je vos* le demandasse moult à anviz,
dont je fui meintes foiz décéue. » — c Damoisele, feit-il. Fan
m’apele Lancelot del Lac. » — t Vos devez bien, feit-ele, avoir
l’espée et le drap ; mès vous an venez avec moi an mon chastel ;
quar je vos ai meintes foiz désiré, et Pereeval et monseingnor
Gauvain, si verrez les trois sarquex que je ai feit à votre eus. »
« Damoisele, feit-il, je ne veull mie voier si par tens ma
sépoulture. » — « Par mon chief, feit-ele, se vos n'ï venez, vos ne
povez istre de çà dedanz sanz annui, et cil que vos véez là sont
déable terrian qui gardent cest cimetire et sous mon conmande-
mant. » — < Jà, se Dex plest, damoisele, feit Lanceloz, vostre
déable n’auront pover de mal fère vers crestian. » — « Ha, Lan¬
celoz, feit-ele, je vos requier et pri que vos venez avec moi en mon
chastel et je vous sauveré jà vostre vie ici de cele jant qui jà vos
couront sus ; et, se vos ce ne volez feire, rendez-moi Fespée que
vos avez prisse el sarquex, si vos an alez atant. » — « Damoisele,
feit Lanceloz, an vostre chastel ne pui-ge mie aler ne ne veull ;
si ne m’en priez plus, quar j’ai autre besoingne à feire; ne Fespée
ne vos rendroie-je mie, conment qui m’en aviegne; quar uns che¬
valiers ne puet guarir autremant, de quoi il seroit grant doHmages
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s’il an mouroit. » — « Ha, Lanceloz, feit-ele, com je vos truis dur
et cruel anvers moi, et si me doit moult peser de ce que vos avez
l’espée, et à vos doit estre moût bel ; se vos ne l’éussiez devers vos,
vos ne l’anportissiez mie à vostre volenté de céans; ançois éusse-je
tout mon pleissir de vos et si vos en féisse porter an mon chaste!,
dont jà mès ne vos méussiez por nul pover; si fu-je quite de la
garde de ceste chapele et de venir çà dedanz en tel manière corne je
i vieng souvent.
« Or sui-ge anguignie, quar nus ne vos puet mal feire ne
retenir qui çà dedanz soit, tant corne vos aiiez Pespée. » De ce
ne fu mie Lanceloz dolanz ; il prant congié à la damoisele qui s’en
part anviz; il se regarnit de ses armes, puis remonte sor son
cheval, si s’en vet très parmi le cimetire et esgarde celc mauvesse
gent, qui si estoient let et grant et hideus que ce sanbloit que il
déussent tout dévorer. Il guerpissent la voie à Lancelot ne n’orent
povoir de lui mal feire. Il est issuz del cimetire et s’an vet parmi
la forest, tant que li jorz li apnrut, biaus et clers. Il trova I her-
mite là où il oï messe, puis menja I petit, puis s’en parti et che¬
vaucha au lonc del jor jusqu’à souleull esconsant; onques ne pot
trover recest ne d’une part ne d’autre où il péust hcrbergcr, si li
anuita an la forest.
Lanceloz ne sot quel part torner, quar il ne connoissoit pas
ne ne savoit les estres de la forest, quar il ne Pavoit pas souvent
hantée. Il chevaucha tant qu’il trova une petite rue, et avoit un
sentier dejoste, qui l’amena à I vergier qui estoit au chicf de la
forest, où il avoit I poliz par où Pan i entroit, et estoit desfermez
la nuit. Et li vergiers estoit bien clos de murs. Lanceloz entra là
dedanz et referma l’entrée, puis abati le frein à son cheval, si le
leissa pestre de l’erbe. Il ne pot mie choissir le chastel qui près
d’ilec estoit, por la foisson des arbres et pour la nuit, et si ne sot
où il s’esloit anbatuz. Il mist son escu à son chevez et ses armes
dejoste lui, si s’endormi. Mès, se il scust là où il estoit venuz, il
ne se fust mie andormiz; quar il estoit près de la citerne où il ocist
le lion et là où les gripes estoient, qui venuz estoient de la forest
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toutes saoules; si esloient endormies et por elles esloit li potiz
demorez touz desverrolliez. Une damoisele s’an ala jus d’une
chanbre parmi I faus huis, un brachet an son bras, por la poor
des gripes. Si corne ele s’an aloit vers le potiz por verrollier le,
ele choissi Lancelot qui endormiz esloit enmi le vergier. Ele cort
arières à sa dame au plus tost qu’ele pot et li dist : « Or tost,
dame, feit-ele, Lanceloz dort el Vergier. » Ele sailli sus inèlement
et s’an vient el vergier là où Lanceloz dormoit, puis s’asist dejoste
lui et le conmença à regarder en soupirant, et se trest au plus près
de lui qu’ele pot. « Biaus sire Dex, feit-elç, que feroi-je? Se je
resveille avant, il n’aura cure de moi bessier et, se je le besse en
dormant, il s’esveillera tantost; et mielz me vient-il que je an
prangne ce que j’an puis avoir apareillemant que je i faillisse del
tout; et, se je l’avoie bessié, espoir por ce ne me herroit-il mie;
puis si me pouroie venter que tant aroie-je del sien. » Ele aprocha
sa, bouche de lui, si le bessa, au mielz et au plus bel qu’ele sot,
111 foiz ; et Lanceloz s’esveilla tantost, si sailli sus et fist croiz sur
lui, puis esgarda la damoisele et dist : « Ha Dex, où sui-ge
donques? » — < Biaux dous amis, feit-ele, vos estes près de cele
qui tout a mis son cuer an vos sans r’oster. > — « Je vos cri merci,
damoisele, feit Lanceloz, et je vos... Quar chosse qui meint, se Dex
plest, ne harai-ge jà, ne chosse que l’an ait amce longuemant 11 e
doit l’an mie tost anchaier de l'amor qui est anracinée el cuer,
quant l’en la trove bon et loial, ne s’en doit l’an mie si tost partir. »
« Sire, feit-ele, cist chastiax est an vostre conmandemant,
s’en vos ne demore; de moi povez-vous bien savoir le penser
anvers vous ; je voroie que vos penssiez ausint anvers moi. • —
t Damoisele, feit-il, je quier la guérison del chevalier qui ne puet
estre guériz se je ne li port le chief d’un de voz serpenz. » —
c Certes, sire, si feit ; mès por ce le fi-ge dire à la damoisele, que
je voloie que vos revenissiez çà dedanz à moi. > — < Damoisele,
feit-il, je i sut revanuz, si m’an iroi arière puisque li chief del
serpant ne li a meslier. » — « Ha, Lanceloz, feit-ele, corne estes
bons chevaliers, et mauvés failliz an autre manière. Je ne cuit
chevalier el mont qui me refussast, se vos non. Ce vos vient de
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folie et d'outrage et de bassesce de cuer. Les gripes n'ont pas fait
ma volenté qui ne vos ont ocis ou estranglé que que vos dormissiez,
et, se je cuidoie qu’eles an éus>ent pover de vos occierre, je les feroie
jà venir à vos ociere. Mès li déable ont mis en vos tant de cheva¬
lerie qu'à grant poine puet hom avoir garantie envers vous. Je vos
devroie mielz amer mort que vif. Par mon chief, je vorroie que
vostre teste pendist avec les autres qui pendent à l'entrée de la
porte, et, se je cuidasse à vos faillir an tel manière, je éusse mon
père amené ci illec, que que vos dormissiez, qui moult volentiers
vos éust ocis.
« Nus qui sache le convenant de moi et de vos ne vos doit
tenir à bon chevalier; quar vos me deresnastes, par l’esgart et par
la coutume del chastel, si ne m’ossez avoir, par mavestié et par
pérece. » — « Damoisele, feit Lanceloz, vos diroiz vostre volenté ;
vos avez tant feità moi puis que je ving çà dedanz que je nedoi avoir
garde de vos. Qui Tome besse ne la famé, se il lor porchace son
mal, il est treistres. » — « Lanceloz, j’an pris ce que j’an poi
avoir; quar je voi bien que je n’i aurai plus nul recouvrier. » II
vet mestre le frein à son destrier, puis prant congié à la damoisele
qui s’en part moult dolante; mès Lanceloz n’i vosl plus demorer;
quar il avoit grant foisson de chevaliers el chastel, ne il ne se
voloit mie mestre à meschief por noiant. Il ist fors del vergier; la
damoisele lesgarde tant corne ele le pot voier ; après est venue à sa
chanbre, dolente et coureciée ; ele ne set an quel manière ele se
puisse conduire; quar la riens el monde qu’ele plus aime li
esloingne, dont ele ne puet avoir joie.
Lanceloz chevauche très parmi la forest tant qu'il ajorne,
et Tint, endroit l'eure de midi, au Chastel Perillex, là où Méliot de
Logres gissoit. Il antra dedanz le chastel. La damoisele qui fu à la
cort le roi Artus ii vint à l'encontre. < Lanceloz, feit-ele, bien
puissiez-vos venir !» — t Damoisele, feit-ii, bone aventure aiiez-
vos! » Il fu descenduz au perron de la àale; ele le feit monter
contremont les degrez, après le feit désarmer : « Damoisele, feit-il,
vez-ci del drap de quoi li chevaliers fq anseveliz et véez ici l'espée;
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mès vos me gabasles de la tesle au serpant. » — « Par mon chief,
fisl la damoiseie, ce fis-ge pour la damoisele del chastel aus gripes
qui ne vos hel mie ; quar ele m’an avoit prié. Or vous a véu, si an
sera plus aisse et si ne m’en saura que demender. »
lia damoisele moine Lancelot là où Mélioz de Logres gist, en
une moult riche chanbre. Lanceloz s’asiet devant lui, puis li
demande conment il li est. c Méliot feit-[ele, vez-ci] Lancelot del
Lac qui vostre guérison aporie. » — c Ha, sire, bien soiez-vos
venuz! • — « Dex vos otroi santé hâtivement! » feit Lanceloz.
« Ha, pour Deu, feit Mélyoz, que feit misires Gauvains? Est-il
hestiez? » — < Je le lessai tout hestiez quant je me parti de lui,
feit Lanceloz; et, se il savoit que vos fussiez bléciez en itel manière,
il an seroit moult dolanz et li rois Artus autresinl. » — c Sire,
feit-il, li chevaliers qui assis les avoit me navra an tel manière, de
quoi il morust puis. Mès les plaies que me fisl sont si crieusses et
si forsenées qu’eles ne puéent guérir se l’espée n’i atouche et si n’i
a del drap en quoi il fu anseveliz, qui sanglanz est desploiés, que
il ot. » — « Par foi, feit la damoisele, vez-le ci. » — « Ha, sire,
feit-il, moult grant merciz de ceste grant bonté. An toutes manières
perl-il bien que vos estes bons chevaliers ; quar, se la bontez de
vostre chevalerie ne fust, li sarquex où li chevaliers gist ne fust
mie ouverz si légièrement, ne n’éussiez mie l’espée ne le drap ; ne
onques mès nus chevaliers n’i entra qui n’i morust ou il s’en par-
tist navrez moult orgeilleusemant. » L’en li descouvre ses plaies
et deslie Lanceloz, et la damoisele i a touchié l’espée et le suaire,
et eles li sont asouagiées. Et il dist que il set bien ore à primes que
il n’aura garde de mort. Lanceloz en est moult joieus en son euer
de ce que il voit que il iert par tens guériz ; et ce fust granz dou-
mages de sa mort ; quar il iert bons chevaliers et sages et loiax.
« Xjanceloz, feit la dame, je vos ai longuemant haï, por le
chevalier que je amoie, que vos me tolistes et mariastes à autrui
qu’à moi, et de vos grever à mal feire me sui-ge meintes fois pènée,
por ce que vos me féistes ; quar je ne fui onques si dotante de
chosse qui m’avenist. Il m'amoit de très grant amor et je lui, ne jà
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l’amor ne faudra. Mes il m'est plus lointeinz assez que il n’estoit
devant et, por ceste bonté que vos avez feite, n'avez vos mès
garde de ma grevance. » — « Damoisele, feit Lanceloz, moult grant
merciz. » Il fu la nuit herbergiez el chastel moult richemant et
hanorez, et l’andemein s’an parti quant il ot pris congié à la
damoisele et à Méliot, et s'en vet arière grant aléure vers la cort le
roi Artu, qui moult estoit esfraé; quar Mandeglanz conquéroit de
ses illes de sa terre grant partie. Li plussors des terres que il
conquéroit guerpissoient la novcle loi, por poor de mort, et tenoient
la fausse créance. Et misires Gauvains et meint autre chevalier
s'estoient partis de la cort le rois Artus por ce que li rois se créoit
mielz an Briant des Illes que il ne fessoit an eus.
Quar meintes foiz anvoia li rois Artus, chevaliers contre
Mandegïant, puis que Lanceloz s'en fu partiz de la cort, por sa
terre tanser ; onques ne vit celui qui niant s’en venist desconfiz.
Li rois d’Oriande s’afichoit moult que il tenroit à sa seror ce que
ele li avoit mandé; quar il li cuidoit par tens rendre le roi Artus
et rendre toute sa terre. Li rois desiroit moult la revenue Lancelot
et dissent par meintes foiz que, s'il éust esté contre ses anemis
einsint procheins corne li autre que il tranmist, il ne s’ossent mie
vers lui si revoler. En icel esfroi que li rois Artus estoit, revint
Lanceloz à la cort, de quoi li roiz fu moult joieus. Lanceloz sot que
misires Gauvains et misires Yveins n'i estoient mie et que il esloi-
gnent la cort plus volentiers que il ne looient, por Briant des Illes
que li rois Artus créoit plus que nus des autres. Il s'en vost partir
autresint; mès li rois ne li lessa, ençois li dist : « Lanceloz,
je vous pris et requier, corne celui que je moult aim, que vos
metez peine et conseull en ma terre desfandre ; quar je ai an vos
moult grant fiance. » — < Sire, feit Lanceloz, m'aide ne ma force
ne vos faudra jà ; gardez que la vostre ne me faille. » — « Je ne
voi doi raie faillir, feit li rois ; non feroi-je jà, quar je faudroie moi
méime. »
Li estoires dist que il charcha à Lancelot XL chevaliers, et
est venuz en une illelà où li rois Mandeglanz estoit. Ançois que il
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séust sa venue, li ot-il despecié sa voie et les cordes copées et les
ains péçoiées et les noies ronpues. Après, se féri an la gent Made-
glant, si an ocitrent tant conroe il vostrent, il et si chevalier. Li
rois se cuida arrières treire, et lui et sa mesniée, si conme il
soulet à garison; mès il la trova moult mal apareittiée. Lanceloz le
chaça trèsque vers la mer, là où il s’en couret autresint desconfiz,
et il l’ocist entre sa gent, et tuit li autre chevalier furent ocis et
gité en la mer. Icele ille fu aquitée par Lancelot, et il s’en ala aux
autres illes, quant que Mandeglanz avoit conquises et mis ens an
la fause loi; il en r’osta ceus qui mis estoient por poor de mort et
remist la terre el point où ele avoit avant esté. Il herra tant de ille
à autre que il vint en Arbanie où il les avoit prumereinemant
secoruz.
Quant cil de la terre le virent venir, si sorent bien que li
rois d’Oriande estoit morz et les illes aquitées, si en firent moult
grant joie. Il s’en ala an la terre d’Oriende qui fu le roi qu’il avoit
ocis. La terre estoit auques vidie des plus puissanz et des plus forz,
quar il estoient mort aveques lor seingnor. Lanceloz out amené
avesques lui des meillors chevaliers et des plus puissanz; il fu
venuz à grant navie en la terre et la conmença à destruire. Cil de
la terre estoient mescréant, quar il créoient en fausses yores et en
fauses ymages. 11 virent qu’il ne pooient la terre garentir, puisque
lor sires estoit morz. Li plussors se lessièrent ocirre por ce qu’il
ne voloient guerpir la mauvesse loi ; et cil qui se vorent atorner à
Deu furent gari. Li roiaumes estoit moult riches et moult granz,
que Lanceloz conquist et atorna à la loi Nostre Seingnor einsint. Il
fist brissier toutes les fausses ymages de cuivre et de laton an coi il
avoient créu avant et de quoi li faus respons lor venoient des voiz
aux déables; après, i fist fère crucefiz et ymages à la senblance de
Nostre Seingnor et an la senblance sa douce mère, por ceus des
roiaumes mielz confermer an la loi.
Li plus fors et les mielz vallant de la terre s’asenblèrent un
jor et distrent qu’il estoit bien sesson que si riehe terre ne fust mie
sanz roi. Il s’acordèrent tuit et vinrent à Lancelot et li distrent
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que il voloient que il fust rois del roiaume qu’ilavoit conquis; quar
an nuliui ne pooit-il mielz estre anploiiez, et il li aideroient assez
des autres roiaumes à conquerre. Lanceloz les an mercia moult, si
lor dist que de cele terre ne d’autre ne seroit-il jà rois se par le
los non le roi Artus; quar toute la conqueste qu’il avoit feite estoit
seue, et par son conmandemant i estoit-il venuz, si li avoit ses
chevaliers chargiez qui li avoient aidé à reconquerre les terres.
Li rois Claudas avoit oï dire que Lanceloz avoit mort le roi
d'Oriande et que nule ille ne se povoit desfartdre encontre lui c’è
poines. Il ne li fu pas bel, ne de sa bone chevalerie ne de sa
conqueste ; quar il li menbroit bien de la terre que il avoit con¬
quisse sor le roi Ban de Benoyc, qui pères fu Lancelot; et por ce
estoit-il dolanz de la bone chevalerie de quoi Lanceloz avoit par¬
tout pris et renon, por ce que il estoit tenanz de la terre son père.
U rois Claudas envoia un privé mesage à Briant et li menda que,
se il pooit tant feire que li rois Artus congéast Lancelot de sa cort
et que il fust malement de lui, il l'an saurait moult bon gré et si li
aiderait par tens à prendre vengance de ses anemis; quar, se Lan¬
celoz estoit fors de sa cort et misires Gau vains,* ne dureraient
gueres les plussors, ainz auraient de la terre le roi Artus toute lor
volenté. Brianz remenda le roi Claudas arières que misyres Gau-
vains et misyres Yvains conmançoient la cort à esloingnier et li
plussor des autres, si ne s’esmoiast de riens, quar il pranroit de
Lancelot bon conroi à lor heus, en po de tans.
A. la cort le roi Artus sont venues les noveles que li rais
d’Oriande est morz et ses genz destruites, et que Lanceloz a conquis
son roiaume et le roi ocis et toutes les terres reconquises, où il
avoit misses la fausse loi et la fausse créance par sa force et par sa
doutance. Et dient li plussor en la cort que cil del réauroe d’Oriande
ne lessent repérier Lancelot, ne cil des autres illes, et estrivent de
lui faire roi; il n’est riens el monde, se il lor conmande, que il ne
facent, ne onques ganz ne furent si obéissant corne cil de toutes
ces terres sont à lui. Brianz des Illes vint I jor au roi Artus pri-
véemani et li dist : « Sire, feit-il, je vos doi moult amer ; quar vos
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— 296 —
m'avez fcit scneschaux de voslre (erre ; si m'est avis que vos avez
grant fiance an moi, et je vos doi bien destorner de vostre mal et
avencier vostre bien partout, et, se je ne fessoie, je ne seroie mie
loial anvers vos.
< Noveles me sont venues prockeinemant que cil del roiaume
d’Oriande et d’Arbanie et des autres illes qui à vos sont apendanz,
se sont antr’aséuré tuit ansanble et ont juré et fiancé d’aidier li un
à l'autre anvers vos; si dèvent fère lor roi de Lancelot procheine-
mant, por venir sus Yostre terre au plus tosl qu'il poront, là où il
l'oseront mener; et a juré son seremant de vostre réaume conquarre
tout einsint conme vos le tenez, et, se vos contre ce n'estes par tans
garniz, vous an pourez avoir grant annui de vostre cors méisme et
doumage tel corne je vos di. » — < Par mon chief, fcit U rois
Artus, je ne cuide mie que Lanceloz ossast ce penser ne que il
éust cuer de moi mal feire. » — • Par mon chief, feil Brianz, ci a
piéça que je m'en sui apercéuz et de ce cl d'el ; mès l'an ne doit
mie tout dire à son seingnor quant que l’an set, por ce que l'an ne
cuit que ce soit losange ou que l'an veullc janz nieller à lui par
haine. Mès il p’cst riens el monde que je vos célasse d’ore an
avant, por l’amor que vos me portez et por ce que vos avez fiance
an moi, el si povez-vos bien avoir, quai* je vos ai ma terre aban-
donée, qui marchist à la vostre, par quoi vos povez moult des-
treindre vos anemis ; quai* vos savez bien qu'il n'a chevalier an
vostre cort de greingnor pover qne je sui. »
t Par mon chief, feit li rois, je vos veull amer et chier
tenir, ne jà ne serez ostcz de m'amor ne de mon servisse por nulltii
qui parler en sache, tant corne je i voie le bien et la loiauté. Je
menderoi Lancelot, par mes lettres et par mon séel, que il viegne
à moi parler, quar je an ai grant bessoing; et, quant il i ert, pren¬
drons conroi de ce que vos m’avez dit; quar je ne veull mie que,
il ne autres qui mes chevaliers soit, voille par puissance reveler
anvers moi; quar assez doit avoir puissance li sires desor son
chevalier et estre crémuz et doutez de lui, ou autremant est feible,
sa seingnorie ne vout riens sans puissance. •
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- 297 —
Li rois tramist scs leslres par son raesage à Lancelot. Li
mesages le quist tant qu’il le trova el roiaume cTOriande; il li
bailla les leslres et le séel le roi. Tantost corne il sot que les lestres
dient, il prist congié à ceus de la terre, qu’il furent moult dolant;
il s’en parti, si revint arières à Cardeull et ramena assez touz les
chevaliers qu’il li avoit chargiez ; si li dist qu’il li avoit reconquisses
toutes les illes et que li rois d’Oriande esloit morz et que sa terre
estoit atornée à la loi Nostre Seingnor. Li rois manda Briant des
Illes que il féist XL chevaliers venir, armez desoz les chapes et qui
préissent Lancelot tantost corne il le conmenderoit. Les noveles an
vieuent à Lancelot, là où il estoit à son ostel, que li rois avoit feit
venir chevaliers touz armez el palès; Lanceloz s’apensa que il avoit
aucun besoing et qu’il s’armcroit autresint; il se fist armer et vint
an la sale où li rois estoit. « Sire, feit Brianz, aucune chosse pense
Lanceloz, qui s’est armez à son ostel et venuz çà dedanz en tel
manière et an tel point sanz le vostre congié; encore vos fera-il
autre chosse. Vos li devriez bien demander porquoi il vos veult
mal feire, ne an quel manière vos l’avez déservi. » Il le feit mander
devant lui. * Lanceloz, feit li rois, porquoi éstes-vos armez? » —
c Sire, l’an m’a dist qu’il avoit çà dedanz venuz chevaliers armez;
si doutoie que aucuns essoine ne vos fust créue, quar je ne voroie
que nus maux vos venist. » — « Vos i venistes por autre chosse,
feit li rois, si com m’an a feit antendant, et, que la sale fu vidiée de
jant, espoir que vos m’océissiez. » Li rois le conmande tantost à
prandre sanz nul escondist feire; li chevalier qui estoient armé
desfublèrent lor chapes et saillent de toutes parz, quar il n’ossent
trespasser le conmandemant le roi, et li plussor estoient honme
Briant des Illes.
Lanceloz les voit venir vers lui, si a l’espée tranchant et
dist : « Par mon chief, vos me rendez mauvès garredon del ser¬
visse que je vos ai feit. » Li chevalier li vienent tuit ansanble, les
espées sachiées, et li corent tuit an un fès. Il se vet desfandant
trèsqu’au mur de la sale, de quoi il fist chastel par derrières;
mès, ançois qu’il i venist, an ocist VII et que navrez. II se con-
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- 298 -
manda à desfandre moult vigreussemanl de toutes parz ; mes il li
douent des espées granz cox et ce n’estoit mie jeus-parliz de XXX
cox ou de XL contre un seul. Ne nus ne devroit croire que uns
seus chevaliers se péust partir de tant de jant, porquoi il fussent
antalenté de lui prandre et de lui mal feire. Lanceloz se desfandi
tant corne il pot, mès la force n’estoit pas seue, et toutesvoies,
ançois qn’il se lessast prandre, se vendi-il moult chier; quar des
XL chevaliers damaga-il tant le XX, n’i ot il celui qui ne fust
navrez moult difremant et li plussor mort; et consivi Briant des
Illes à lui prandre si duremant qu’il fist boivre l’espée el sanc de
son cors, si que la ploie fu grant. Li chevalier prirent Lancelot de
toutes parz et li rois conmenda que l'an mal ne li féist, mès le
menast Tan an sa chartre an prisson. Lanceloz se merveilla moult
porquoi U rois li feisoit ce, ne de quoi ceste haine estoit venue si
novelement. 11 est mis an la prisson si con li rois l’avoit conmandé.
Tuit cil de la cort an sont dolant, fors Briant et si chevalier; mès
ancore le poura-il bien conparer chier, se Dex giète Lancelot de
prisson. Li auquant dient: « Ore est la cort le roi perdue; puisque
misires Gauvains et li autre chevalier l’ont einsint eslongniée et
Lanceloz est mis an la prisson por bien feire, mauvesse fiance
pucent li autre avoir. * Il prient à Deu qu’il an doint ancore
mauvès guerredon à Briant des Illes ; quar il sèvent bien que tout
ce a-il pourchacié. A mauvès guerredon ne puet-il faillir, se Dex
garist Lancelot et il le giète de prisson.
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299 -
tant sc (est li contes de Lancelot et revient à
Perce val qui n’a voit pas oïes ces noveles, si les
savoit. 11 est parliz del chastel son oncle qu’il ot
reconquis et fu moult dolanz de la novele, que la
damoisele li aporta qui navrée estoit, desaserour
que Arisloz en avoit menée à force chiés I vava-
sor ; il la devoit prendre à moullier et tranchier lui la teste, au chief
de l’an ; tex estoit sa coutume de toutes celes que il prenoit. Perce-
val chevauche I jor, touz pensis, si s’en aloit au plus tost que il puet
vers l’ermitage son oncle le roi Peschéor; il i est venuz à I avesprir;
il vit III hermites issus hors de l’ermitage; il descendi et ala
ancontre, tantost corne il les vit. c Sire, font li hermite, n’entrez
mie là dedanz; quar l’an i ansevelit I cors. » — « Qui est-il? •
feit Perceval. « Sire, feit li hermites, c’est li bon rois Pelles que
Deritez ocist oreins après la messe, por I sien neveu Perceval que
il n’aime mie, et une damoisele ansevelit le cort là dedanz. » Quant
Perceval oi la novele de son oncle qui est morz, si an fust moult
dolanz an son cuer, et fu l’andemain an son oncle anterrer. Quant
la messe fu chantée et Perceval s’en vost partir, corne celui qui
estoit an grant désir de prendre vengence de lui qui tel honte li
avoit feite,
Atant ès vous la damoisele qui est à lui : « Sire, feit-ele,
je vos ai quis moult a lonc tans. Véez ci la teste d’un chevalier
que je port à l’arçon de ma scie pendue, en cest riche vessel
d’ivoire que vos povez voier, qui ne doit estre vanchiez se par vos
non. Si m’en deschargiez, biaus sire, par vostre franchise; que je
l’ai porté trop longuemant; et ce set bien li rois Artus et misires
Gau vains; quar chascuns m’a véue à cort atout le chief; mès il
nemesavoient dire noveles de vos; ne je ne puis r’avoir mon
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— 300 —
chaslel jusqu'à cel hore qu’il soit vangiez. » — « Dont fu ii che¬
valiers, dam oiselet » feit Perceval. «Sire, il fu fuiz vostre oncle
Brun Brandalis et fu I des meillors chevaliers del monde, se il fust
demorez an vie. » — « Et qui l’ocist, damoisele? » feit Perceval.
« Sire, li chevaliers de la parfounde forest, qui le lion moine,
mauvessemant en traïsson là où il ne s’an doune garde. Quar, s’il
fust armez autresint corne cil esloit, il ne l’éust pas ocis. »
— « Damoisele, feit Perceval, ce poisse-moi qu’il l’a ocis, et de
mon oncle le roi hermite autresint, que je vangeroie plus volen-
tiers que toz les oms del monde; quar il est ocis por moi.
« Moût fu cil desloial et mauvessemant s’en vost venchier,
qui I sejnt hom, un hermite, qui à lui ne volet mal, ocisi por
moi, ne pour autrui. Je seroie moult joieus se je povoie trover
le chevalier; ausint feroil-il de moi, ce cuit; quar il me het autant
corne je faz lui, si conme l’an le m’a conté; et Damediex droit,
eonmant que il prangne, que l’un puisse trover l’autre par tens ! »
— « Sire, feit la damoisele, il est si outrageus chevaliers qu’il n’a
an tout le mont si bon que il ne cuit mielz valoir de lui, et, s’il
vos het, de volent, se il vos séust ci vos ou autre ou voz tierz, si i
venroit-il jà meinlçnant, s’il en esloit en leu ne an èse. » —
« Damoisele, feit Perceval, à meschief doint Deux qu’il i viegne
quant il i venra !» — « Sire, fet-cle, la parfonde forest là où li
chevaliers Bous le lion moine, est vers le chaslel Arislot, et, ançois
que vos i veingniez par aventure an la forest, an poroiz-vos bien
ofr aucunes noveles. »
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JMKé a ^ ar,anne branche del Gréai conroence ici, el
non del père et del fuilz et del seint esperit. Li
/æS^TX contes dist que Perceval s’en ala parmi la forest;
| T il vit passer devant lui II valez, et portoit chas-
cuns une beste chauvache trossée derrière lui,
** qui prises èrent aus chiens. Perceval vint à ceus,
grant aléure, si les feit aresler. « Scingnors, feit-il, où enporterez-
vos ces bestes? » — « Sire, font li valet, au chastel d’Arisle de coi
Aristoz est sire. » — « A-il grant plenté de chevaliers au chastel?»
feit Perceval. c Sire, font li valet, il n’an n’i a nul; mès il an i aura
mil dedanz quart jor, que missires se doit marier, si an feit l’an
grant apareillemant. Il doit prandre la fille à la Veve Dame que
il ravi à force devant son chastel de Kamaalot, si l’a mise chiés
I sien vavasor trusqu’à icele hore qu’il l’espousera. Mès nous
soumes moult dolanz de ce que ele est de trop grant hautece et de
grant biauté et de la plus grant valor del monde. Si est granz deus
quant il l’aura, quar il li tranchera la teste au chief de l’an; itele
est sa coutume. » — « [Qui] li pouroit tolir, feit Perceval, dont ne
feroit-il bien? » — « Sire, oïl, font li valet; Damedeux l’an sau-
roit moult bon gré; quar cesle cruauté est la greindres que nus
chevaliers puisse avoir; autresi est-il moult blâmez del bon her-
mite que il a ocis, et chascun jor désire-il à encontrer le frère à la
damoisele que il doit prandre; qu’il est uns des meillors chevaliers
del monde. Et dist qu’il l’ociroit plus volentiers que nul chevalier
qui vive. » — < Et où est vostre sires? feit Perceval. Sauriez-me
vos dire noveles? » — « Sire, oïl, font li valet, nos nos parûmes
ore de li en cele forest, où il (enoit mellée à un chevalier, qui nos
sanble estre moult preuz et moult vaillanz, et dist qu’il a non li
Hardiz Chevaliers. Por ce que il dist à Aristot qu’il estoit cheva¬
liers Perceval et de sa mesniée, si li courut sus, puis nos an cou-
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manda à venir, si dist que il l’auroit herrant conquis. Encore
oïmes-nos ore les cox des espées, là où nos estions an la forest; et
Aristoz est de si cruel manière que chevaliers ne puet passer par
ceste forest, se il l’ancontre, que il ne le veulle ocierre. »
v Quant Perceval oi les noveles, si s’en parti des valez, et,
tantost corne il les ot eslongniez, si s’en vet grant aléure, si conme
il estoient venu. [Il avoil] chevauchic demi liue galesche quant il
oi les eox des espées que il s’entredonoient sor les hiaume, et li fa
moult bel de ce que li Hardiz Chevaliers tenoit si longucmant
mélée à Aristot, en qui il est i tant de cruauté et de félonnie. Mès
Perceval ne savoit mie à quel meschief li Hardiz Chevaliers estoit
navrez parmi le cors d’un glaive, si que li sanc li raoit hors de
toutes parz ; et Aristoz ne restoit mie louz antiers, ençois estoit
navrez en II leus. Tantost conme Perceval les choissi, il fiert
chevax des espérons, le glaive anpongnié, et fiert Aristot très
parmi le piz de si grant vertu qu’il li feit perdre les estriex et
an/erser sur l’arçon derrière de la sele. Après li dist : « Je sui
venuz aux noces ma seur; ele ne doit mie estre feites sanz moi. »
Aristoz, qui moult estoit hardiz, se remist aus arçons de la
sele o grant ire, quant il vil Perceval, et vint vers lui autresint corne
il fust anragiez, l’espée an la mein, et li doune si grant cox desus
son hiaume qu’il li anbare luit. Li Hardiz Chevaliers se trest
arières quant il vit Perceval, quar il estoit navrez à mort très
parmi le cors; il a voit si longuemant tenu estor qu’il ne le pooit
mès soufrir. Mès, ainz qui s’cn partist, ot-il an II leus navrez
Aristot moult doulereussemant. Perceval senti le cop qui grant fu
et son hiaume anbaré; il revint vers Aristot et le fiert si très dure-
mant qu’il li anbal le glaive très parmi le cors et abat lui et son
cheval tuit an un mont ; puis est descenduz sur lui, si li osle la
coiffe del hauberc et deslace la ventaille. < Qu’avez-vos en pensé à
feire?» feit Aristoz. c Je vos trancheré la teste, feit Perceval, si la
présanterai à ma seror, qui, vos avez failli. » — « Non feroiz, feit
Aristoz ; mès lessiez-moi vivre et je vos pardonroi ma haine. » —
t De vostre haine me soufferai-je bien d’ore an avant, ce m’est
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I
— 303 —
avis, fcit Perceval ; més Tan ne puet plus demorer an vos, quar
▼os l’avez bien déservi, et Damedeus ne le veust soufrir. » Il li
tranche la teste tout herrant et la pent à l'arçon de sa sele, et
vient au Hardi Chevalier, si li demande conmant il li est. < Sire,
feit-il, je sui moult près de ma mort; mès je me resconfort moult
de ce que je vos voi ançois que je muire. » Perceval est remontez
sor son cheval, puis prant son glaive et lest le cors del chevalier
anmi la lande, si s’an part tantost et anmoine le Hardi Chevalier
an un hermitage qui estoit près d'ilec; il le descendi de son cheval
aux plus tost que il.pot ; après le désarma et le fist counfesser à
l’ermite, et, quant il fu confès de ces péchiez et repentanz et l'âme
s'en fu partie, il le fist ansevelir à la damosele qui le suivoit et
dona ses armes et son cheval à l'ermite por s'âme, et le cheval
Aristot autresint.
Quant en out la messe chantée por son chevalier qui morz
estoit et li cors fu anterrez, Perceval s’en parti, c Sire, feit la
damoisele qui le sivoit, ore avez-vos meinz à feire. Del cruel
chevalier et del félon avez cest pais vanchié. Ore vous doint Dex
par tans trouver le Rous Chevalier qui le fuil vostre oncle a ocis; je
ne cuit mie que vous ne le conquérez, mès je sui del lion an
grant doutance; quar c'est la plus cruel beste que je onques véisse,
et si aime tant son seingnor et son cheval que nule beste n’eime
tant autre, et aide à son seingnor à soi desfandre moult hardie-
mant.
Perceval s’en va vers la grant forest parfonde, sans targier,
et la damoisele après. Mès, ançois qu'il i venist, encontra-il un
chevalier qui navrez estoit moult duremant, et il et ses chevaux.
« Ha, sire, feit-il à Perceval, n'entrez mie an cele forest; à grant
poine an sui-ge eschapez. Quar il i al chevalier qui m'a à grant
poine de son lyon rescox, et autretant redot-je le passage de çà
devant, quar il i a I chevalier que l’an apele Aristot qui sanz
achoisson cort sus aus chevaliers qui par la forest trespassent. »
— «De celui, feit la damoisele n'avez vos garde; quar vos an
povez voier le chief à l’arçon de la sele à cil chevalier pandre. »
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t Certes, feit li chevaliers, je ne fui onques mès si liez de
noveles que je oïsse et je soi bien que il n'est mie sanz grant
hardemant qui l’a ocis. » Li chevaliers se part de Perceval; mès
li lions avoit navrez son cheval si très duremant an la cuisse
derrière que à grant poine pooil-il aler. » Sire chevaliers, feit
Perceval, alez à Termite en la parfonde forest, si li distes que
je li mant qu'il vos doint I destrier que je li lessai ; quar je
voi bien qu’il vos est grant mestier, et vos li guerredoncriez en
autre manière; quar il amcra mielz une autre chosse que le
cheval. > Li chevaliers Tan mercie moult de ce que il li dist; il est
venuz à Termite au mielz qu’il pot et li a dist einsint corne il fu
anchargiez, et il li conmanda à prandre lequel destrier que il
vodroit por Tarnor del chevalier qui le maufesséor a ocis, qui tant
maux fessoit parmi ceste forest : « Et si les vos baillcroi en II se
vos volez. » — « Sire, feit li chevaliers, je n’an demande que
l’un. » Il prant le cheval Aristot qui mieudres li sanbloit et est
tantost sus montez, si guerpi le sien qui mès ne povet alcr. Il prant
congié à Termite, si li dist qu’il li guerredoneroit moult bien; mès
mielz li venist que il n’éust mie pris le cheval, quar il en fu puis
ocis sans resson; I chevaliers qui de l’ostel Arisloles estoit le consivi
auchief de la forest et il connut le cheval son seinguor et avoit oï
dire que Aristoz estoit morz; si aloil an la forest pour lui anterrer ;
il féri li chevalier parmi le cors, de son glaive, si Tocist; puis
prist le cheval, si s’en vet atot. Mès, se Perceval le séust, il n’en
fust mie joieus, por ce que il rouva le chevalier aler pour le
cheval; mès il ne le fist se pour bien non, et pour ce que il che-
vauchoit à grant mesesse.
Perceval s’en vet vers la forest parfonde, qui moult est granz
et larges et hideusse, et, quant U fu dedanz antrez, il n’ot guères
chevauchié quant il choissi le lion qui gissoit anmi une lande de-
souz un arbre et atendoit son seingnor, qui estoit alez loing an la
forest; et savoit bien li lions que c’estoit ilec le trespas des cheva¬
liers; por ce s’i esloit-il areslez. La damoisele se trest arières por
la poor et Perceval s’en vet vers le lyon qui jà Tavoit choissi cl
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venoit vers lai les ielz anflanbez et la geule baée, et Perceval
l’avise et le cuide férir de son glaive el'palès dedanz; mès li lyons
li guenchi, et il le consivi an la jambe devant, si li feit une grant
ploie, et li lyons art le cheval aus ongles desare la crope et li abat
le eair et la char desure la queue; et li chevaux, qui bleciez ce
sant, le eonsuit des 11 piez derrière, ançois qu’il s’eslongnast, si
très duremant qu’il li brisse les mestres danz de la geulle. Li lyons
gita 1 si grant breit que toute la forest en retentist. Li rous cheva¬
liers oi son lyon brère, si vient cele part grant aléure; mès, ançois
qu’il i fust venez, l’ot Perceval ocis. Quant li chevaliers vit mort
son lyon, si an fu moult dolanz. « Par mon chief, fcit-Il à Perceval,
quant vos océistes mon lyon, si féistes que treitres. » — « Et vos,
feit Perceval, voslre mort avez jugiée, quant vos océistes le fuilz
mon oncle, de quoi ceste damoisele porte le chief. » Perceval li
vient, sanz plus dire, et li chevaliers antresint par grant ravine,
débrise lor glaives sor son escu, et Perceval le fiert de si très grant
vertu qu’il li passe le glaive très parmi le cors et le porte à terre
mort, jus del cheval. Perçeval est descenduz del sien quant il ot le
chevalier mort, puis est montez sur le cheval au rous chevalier,
quar il ne se povet mès del suen aidier.
« Sire, feit la damoisele, mes chastiaux est anmi ceste forest,
que li rous chevaliers m’a tolu, grant pièce a; or vos pri-ge que
vos i vcingntez avec moi tant que je soie asséurée et tant que je le
r’oie enterriannemant. » — « Damoisele, feit Perceval, ce ne vos
doi-ge mie vaier. » 11 chevauche tant parmi la forest qu’il sont au
chastel venu qui à la damoisele devoit eslre. Il séoit el plus biau
lieu de toute la forest et estoit clos de haut murs batailliez, si avoit
dedanz riches sales fenestrées. Les noveles furent venues el chastel
que lor sires estoit mort; Perceval et la damoisele antrèrent dedanz;
il fist la damoisele asséurer à ceus qui dedanz esloient et randre
son chastel, que il sorent bien que c’estoit ces droiz érilages. La
damoisele fist le chief anterrer qu’ele avoit porté grant pièce, et
dist qu’ele feroit chascun jor une messe là dedanz por l’àme de
lui. Quant Perceval oi léanz esté tant conme li plot, il s’en parti.
La damoisele le mercia moult de la bonté qu’il li avoit feite de son
*o
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— 306 —
chastel qu’ele r’avoit par lui; quar jà mès ne fust reconquis par
autrui, ce savoit ele bien.
Josephus nos cfist, par l’escriture qui le nos recorde de quoi
cist estoires fu traite de latin en roumanz, que nus ne doit estre
en doutance que ces aventures avenissent à cel tans an la Grant
Breteingne et an touz les autres roiaumes, et plus i avint ancore
assez que je ne recort ; mès ces tes furent les plus séures. L’es toi re
dist que Perceval est venuz à un recest là où sa seur estoit chiés
1 vavasor qui moult estoit prodons. La damoisele menoit chascun
jor moult grant deul, por le chevalier qui prandre la devoit; quar
li jors estoit jà auques aprochiez, n’ele ne savoit mie que il fust
morz. Ele regrestoit la Veuve Dame, sa mère, moult souvent, qui
menoit aulresint grant deul pour sa fille. Li vavasor conforloit la
damoisele moult doucemant et regretoit son frère Perceval ; mès
ele ne cuidoit mie estre si près de lui. Et Perceval est venuz au
recest, touz armez; si descendi à I perron devant la sale. Li
vavasor li vient à rencontrer, si se merveille moult qui il est, et li
plussor cuidèrent que ce fust des chevaliers Aristot. < Sire, feit li
vavasors, bien puissiez-vos venir !» — « Bone aventure aiez-vos,
sire, » feit Perceval. Il tint an sa mein le chief Aristot par les che¬
veux, de coi li chevaliers se merveilla moult, por ce qu’il portoit
le chief du chevalier en tel manière. Perceval vint an la mestre
chanbre de la sale là où sa seur estoit, qui duremant se démentoit.
< Damoisele, feit-il à sa scror, ne plorez mie, quar vos noces
sont faillies ; à ces enseingnes le povez-vous bien savoir. » 11 giète
le chief Aristot devant lui à la terre ; puis li dist : < Vez vos ci la
teste de celui qui vos devoit prandre. » La damoisele enlcndi Per¬
ceval son frère qui armez estoit, si le reconnut; ele sailli sus, si li
fist la greingnor joie que damoisele féist onques à chevalier. Ele
ne set qu’ele puisse feire, tant est joieusse, que tuit cil an ont
pitié qui la voient, de'la joie qu’ele moine à son frère en plorant.
Li contes dist que il séjornèrent là dedanz et que li vavasors
l’anora moult. La damoisele fist giter le chief del chevalier en une
rivière qui couroit anviron le recest. Li vavasors fu moult joianz
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— 307 —
de sa mort, por la grant félonie qu’il avoit en lui et por ce que
il convenist la damoisele à morir ainz un an, quant il l’éust
Quant Perceval out esté là dedanz tant conme li plot, il
mercia moult le vavasor de l’anor qu’il li ot feite à lui et è sa
seror; il s’en parti et lui et sa seror aveques desor la mule sur
quoi l’an l’avoit amenée. Perceval chevaucha tant par ses jornées
qu’il est venuz à Kamaalot et trova sa mère moult adolée por sa
fille qui roïne estoil, et cuidoit bien qu’ele ne la déust jà mès
voier, et estoit moult dolante de son frère le chevalier hermite
qui morz estoit autresint. Perceval vint an la chanbre là où sa
mère gissoit, qui ne pooit cesser de feire deul ; il tint sa seror par
la mein et vint devant lui. Tantost cornue ele le connut, si con~
mença à plorer de joie ; après, si bessa li un après l’autre.
« Biaux fuilz, fet-ele, benoîte soit l’eure que vos naquistes, quar
par vos me revient luit mi grantjoie; or pourroie-je bien finer,
quar j’ai assez longuemant vescu. » — « Dame, feit-il, vostre
vie ne doit nule annuie; quar ele ne feit à nului mal; quar vous
ne fineroiz mie çâ dedanz, se Dex plest; ainz fineroiz el chastel
qui fu à vostre jermein cousint, le roi Peschéor, là où li seintimes
Gréaux est et là où les dives reliques sont. » — « Biaux fuilz,
feit-ele, vos distes moult bien et je i vorroie jà estre. » — « Dame,
fet-il, et Deux i metra conseull que vos i seroiz, et ma seur, s’ele
se veust marier, nos la métrons en aucun bon leu là où ele iert
annoréemant. » — t Certes, biaux frère, feit-ele, je ne seroi jà
mariée se à Deu non. » — t Biaux fiuz, feit la Veuve Dame, la
damoisele del char vos est alce quarre, ne ne fineroi jà mès très
qu’à cele heure qu’ele vos aura trové. » — « Dame, feit-il, an
aucun leu orra ele noveles de moi, et je de lui. » — « Biaux
fiuz, feit la dame, la damoisele est céanz que li fel chevaliers navra
parmi le braz, qui vostre seror ravi ; mès ele est garie. » —
< Dame, feit-ele, je sui moult bien vangiée. » 11 li a contées toutes
les aventures trusqu’à cele ore que il out le chastel reconquis qui
fu son oncle. 11 séjorna grant pièce avesques sa mère dedanz le
chastel et vit que la terre fu toute asséurée et pessible; il s’en parti
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— 30S —
et prist confié, quar il n’avoit mie encore tout son afeire acheté.
Sa mère demora et sa suer grant pièce à Kamaalot et menèrent
bone vie et seinte. La dame fist fére une chapele moût riche au
sarqueu qui gissoit entre la foresl et Kamaalot et la fist aorner de
riches vestemanz et estora un chapelein qui chascun jor i chantoit
messe; puis fu li leus si édéfiez qu’il i out abahie et janz de reli¬
gion, et ancore tesmoingnent li plussor qu’ele i est moult bele.
Perceval fu partiz de Kamaalot et antra an la grant forest, si che¬
vauche grant pièce tant que il out esloingnié le.chaslel sa mère, et
vint à l’avespir au recest d’un chevalier qui estoit au chief de la
forest. Il se herberga là dedanz et li chevaliers l’anora moult et le
fist désarmer, si li aporta une robe pour vestir. Perceval voit le
chevalier moult simple et soupirer d’eures en autres.
« Sire, feit-il, m’est avis que vos n’estes mie très bien joieu9. »
— c Certes, sire, feit li chevaliers, je ai droit, quar l’an ocist I mien
frère vers la parfonde forest n’a mie grant tans, et je n’en doi estre
liez; quar il iert moult prodom et loiax. » — < Biaux sire, fet
Perceval, savez-vos qui l’ocist? » — « Biaux sire, jà l’ocist uns
chevaliers Aristot, por ce que il séoit sor son cheval qui Aristot
avoit esté, sur quoi uns autres chevaliers l’aYoit ocis ; et uns her-
miles l’avoit baillié à mon frère por ce que li lyons au rous che¬
valier avoit le sien afolé. » Parceval ne fu mie liez de ceste novele,
por ce que il li avoit tramis, qu’il avoit esté ocis por ce cheval.
« Sire, feit Perceval, vostre frère n’avoit-il mort déservie, ce cuit,
car il n’avoit mie ocis le chevalier. » — « Sire, non, je le sai toit
de voir; mès uns autres qu’il ocist le rous chevalier de la parfonde
forest. » Perceval se test atant; il jut la nuit an l’oslel et fu moult
bien herbergiez, et l’andemein s’en parti, quant il ot pris congié.
Il herra tant que il vint en un hermitage là où il oï la messe. Après
le servise, vint li hermites à lui et li dist : « Sire, feit-il au che¬
valiers, en ceste forest a chevaliers louz armez qui guètent
I chevalier qui Aristot ocist et le Rous au lyon autresint. Si Ren¬
contrent chevalier an ceste forest qu’il ne voilent ociere pour le
chevalier qui ces II a ocis. » — « Sire, feit Perceval, Dex m’an
gart d’ancontrer tex janl qui mal me facent! »
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— m —
A tant se parti de l’ermitage et prant congié à l’ermite et
chevauche tant qu’il est venuz en la forest et choisi le chevalier
qui séoit sor le cheval Aristot por coi il avoit l’autre ehevalier
ocis. II avoit I autre chevalier avec lui. II s’arestent quant il virent
Perceval. c Par mon chief, feit li uns des chevaliers, itcl escu
portoit cil qui Aristot ocist, si conme il nos. fust conté, et ce
puet-il moult bien estre. » Il vienent vers lui, tuit eslessié. Perceval
les voit venir, si n’oblie mie les esporons, ainz les ancontre aux
plus tost qu’il puet. Li dui chevalier le fièrent sur son escu et
brisent lor glaives. Perceval consuit celui qui séoit sor le cheval
qui fu Aristotes et li passa aune de son glaive parmi le cors si que
mort l’abati.
Après, vint à l’autre chevalier qui foïr se voloit et li tranche
l’espaule trusqu’au costé, et cil chaï morz dejoste l’autre. Il prent
amedeus les destriers, puis noe les rênes ansanble et les chace
devant lui trèsqu’è la messon à l’ermite qui fors ierl oisâuz de son
hermitage. 11 li bailla [le cheval Aristot et] l’autre au chevalier par
qui il i menda. c Sire, feit Perceval, je sai bien que vos ne verroiz
nul chevalier sosfresté que vos ne li bailliez aucuns des chevaux,
se le vos requiert; quar cest grant cortoissie d’aidier à preudome
quant l’an le voit à meschief. » — « [Sire, feit li hermites] il avoit
oreci III chevaliers; tantost conme il sorent que li dui furent ocis,
.de qui vos m’avez baillié les chevaux, si s’an partirent an fuiant
aux plus tost qu’il puéent. Je lor louoie moult l’aler et si lor dis
que ne fessoit mie bon morir en tel point ; quar les âmes de che¬
valiers qui par armes meurent sont plus près d’anfer que de
paradis. »
Perceval, qui onques ne fu sanz granz travaill et sanz poine
en tant corne il vesqui, se parti de l’ermitage et s’an vet à grant
esploit très parmi la forest; il encontra I chevalier qui li venoit
grant aléure à l’encontre. 11 connut Perceval à l’escu que il por¬
toit. « Sire, feit-il* je vieng del chastel au noir hermite là où vos
troverez la damoisele del char tantost conme vos venroiz, si vos
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— 310 —
mende par moi que vos esploitiez voslre herre et que vos li alliez
requarre les eschès qui li furent toluz devant monseingnor Gau-
vain, ou vos ne renterrez jà mès el chastel que vos avez conquis.
Sire, feit-il, el si vos haste por une grant pitié que j’ai oï an ceste
forest. Je oï que I chevaliers anmenoit une damoisele contre cheval
batant d'unes granz corgiées ; je passoie d'une part par la lande et
il d’autre part, si que je le choissi parmi l'arbroie qui est antre
deus ; mès il me sanbloit que la damoisele regretoit le fuill à la
Veuve Dame qui li avoit rendu son chastel, et li chevaliers dissoit
que, por l'amor de lui, la melroit-il an la fosse au serpant. Uns
anciens chevaliers el uns prestres i vont après le chevalier pour
proiier que il ait merciz de la damoisele; mès il est si criex que il
nel veust feire, ainz s’aïre moult de ce que il li proient, el feit
chière et sanblant d’eus deus ociere. « Li chevaliers se part de
Perceval et prant congié, et Perceval s’en vet tout le chemin que li
chevaliers estoit venuz ; il se pense qu’il iroit après la damoisele,
quar il cuide bien que ce soit ele à qui il rendi son chastel, et si
vouldra savoir, se il puet, qui li chevaliers est qui en tel manière
la baillast. Il a tant chevauchié qu’il est venuz el plus parfont de
la forest et el plus espès ; il s'aresle, si ot et antent la voiz de la
damoisele qui estoit an une grant valce là où la fosse au serpant
estoit, où li chevaliers la voloit mestre. Ele crioit moult duremant
merci, an plorant, et li chevaliers li dounoit de la corgiée grant
cox, porce qu’ele se téust. Perceval ne se vost plus atargier, ainz
est venuz cele part au plus tost qu’il puet.
Tantost conme la damoisele voit Perceval, si le connut-ele;
ele li joint ses meins amedeus et dist : «Ha, sire, feit-ele, pour
Deu merci ! Jà me rendistes vous mon chastel que cist chevaliers
me velt tolir. » Le cheval sor quoi Perceval séoit, li chevaliers le
connut : « Sire, feit-il, icel cheval fu monseingnor le Rox de la
parfonde forest. Ore à primes soi-je bien que ce fustes vos qui
l’océisses. » — « Il puet Lieu estre, feit Perceval; se je l’ocis, je le
dui bien feire, quar il avoit trenchic la teste à un fuiz de mon
oncle, de qui cesle damoisele porta le chief longuemant. » — « Par
mon chief, feit li chevaliers, puisque vos l’océistes, vous estes mes
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anemis mortieux. » Si se trest très anmi la lande et Perceval autre-
sint, si s entreviennent quant que cheval puéent rendre et s’antre-
donnent si grant cox, enmi lor piz, des glaives, conme il plus
puéent. Perceval anpeint le chevalier si très durement que il l’abat
à terre très par dessus la crope del cheval ; et, au choier qu’il fist,
se brisa-il le mestre os de la janbe, que il ne se pot mouver. Et
Perceval descent à terre et vint là où li chevaliers gissoit. 11 li crie
merci, que ne l’ocie mie. Et Perceval li dist que il n’a garde de
mort, ne, einsint conme il est, ne le veult-il mie ocirre ; mès,
autretel si conme il voloit que la damoiseie féist, li fera-il feire. Il
feit descendre l’autre chevalier ancian et le proveire ; puis feit le
chevalier porter vers la fosse au serpant et à la vermine dont il i
avoit grant planté. La fosse iert oscure et parfonde; quant li che¬
valiers fu dedanz, il ne puet mie longuemant vivre por la vermine
qui i estoit. La damoiseie mercia moult Perceval de ceste bonté et
de l'autre que il li avoit feite. Ele s’en part et revint arière à son
ostel, si fu asséurée de loustes parz, ne onques puis n'ot garde
de nul chevalier, pour la cruel joslisse que Perceval ot feite de
celui.
Iii fuiz à la Veuve Dame s’an vet vivre sanz poine pour sa
bone chevalerie. II sot bien que, se il avoit esté el chastel le noir
hermite, il avoit auques achevée sa besoingne. Mès il li conven-
dra* avant meinte autre chosse feire, dont il ne se donne garde, de
coi Dex U saura bon gré. Il à tant chevauchié I jor et autre que il
antra an une terre où il ancontra chevaliers forz et antiers, là où
Deux n’estoit eréuz ne amez ; ainz aouroient fauses ymages et faux
Damedeus et déables qui s’aparoient. 11 ancontra un chevalier à
l’antrée de la forest. < Ha, sire, feit-il à Perceval, relornez arières;
il ne vos est mio mestiers de plus aler avant ; quar les janz de ceste
ille ne sont mie bien créant hn Deu. Je ne puis pas passer parmi
la terre se par trives non ; la réine de ceste terre fu seur le roi
d’Oriande; si l’a Lanceloz ocis an la bataille et toute sa gent et sa
terre sessie, qui mescréant estoit. Or croit l’an par toute la terre
au Sauvéor del monde; si an est trop dotante et het touz ceus
qui croient an la novele loi [et ne vossist cler voier tant que la
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novele loi] seroit abatue, et Dex, qui puissance est de ce feire,
l'aveugla tantost ; ore quide que ce aient feit les faux Dex en qui ele
croit, si dist, quant la novele loi chaïra, qu’ele r’aura sa veue par la
noveleté de ces Deux et par leur vertu, ne trusqu’à cele heure ne
velt ele mès. Et por ce le vos di-ge, feit li chevaliers, que je ne
vodroie mie que vous jà i issiez, quar je dont vostre anconbremant. *
— c Sire, grant merciz, feit Perceval, mès il n’est mie si bele che¬
valerie conme cele que l'an fet pour la loi Deu essaucier, et pour
lui se doit l’an mielz esprover que pour touz les autres ; autresint
conme il mist son cors en poine et en travaill por nous, si doit
chascuns le sien mestre pour lui. » 11 s’en partiz del chevalier et
fu moult joieus de ce qu’il ot oï dire de ce que Lanceloz avoit
conquis un roiaume dont il avoit la fausse jant ostée. Mès, se il
séust les noveles que li rois l’eust mis en prisson, il n'an fust mie
joianz ; quar Lanceloz estoit de son lignage et si estoit bons che¬
valiers, et por ce l’amoit'il plus assez.
Perceval chevauche trusqu’à l’anuitier et trove un grant
chastel batailliez à granz ponz tornéiz, et avoit granz tours ancianes
dedanz. 11 choissi à la porte un valet qui avoit le charchant d’une
chaanne au col, et estoit la chaanne de l’autre part fichiée à un
grant tronc de feir. La chaanne duroit tant conme le pont avoit
de loue. Puis [li valiez] vint ancontre Perceval quant il le voit
venir. < Sire, feit-il, il me sanble que vos créez an Deu. » —
« Biaux amis, si faz-je au mielz que je puis » — « Sire, pour
Dçu, feit li valez, n’entrez mie an cest chastel. » — « Porquoi,
biaux amis? » feit Perceval. t Sire, feit-il, je le vos diroi. Sire,
feit-il, je sui crestians ausi corne vos estes et sui sougiez çà dedanz
et garde cesle porte, si conme vos véez. Mès c’est li plus crieux
chastiaux que je sache, si l’apele l’an le Chastel Erragé. 11 i a
III chevaliers çà dedanz, moult biaux et moult janes; tantost
conme il voient un chevalier de la novele loi, si sont hors del sens
et tuit erragé, si que riens nule ne puet durer antr’eus. Si a çà
dedanz une des plus beles damoiseles que je onques véisse; ele
garde les chevaliers tantost conme il anragent, et il la doutent tant
que il n'osent trespasser son conmandemant de chosse qu’ele
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veulle; quar il maaraestroient moult de jant s’de n estoit. Et, por
ce que je sui sou songiez, me seufrent-il, et n’ai garde d’eus; més
il i sont venu meint chevalier crestian qui onques n’en oissirent. »
— < Biaus dons amis, je i enterroie, feit Perceval, se je puis;
quar je ne sauroie huimès où aler, et il est véritez que Dex a
greingnor puissance que li déables. > Il entre dedanz le chastel et
descendi anmi la cort.
lia damoisele estoit ax fenestres de la sale, qui moult estoit
de grant biauté; ele descendi aval tantost conme ele puet, et ele vit
Perceval anz et la ‘croiz an son escu ; adonc sot-ele bien qu'il estoit
crestians. » Ha, sire, pour Deu, feit-ele, ne venez mie çà amont;
quar il i a 111 des plus biaux chevaliers que nus véist onques qui
jeuent aux tables et aux dez f an une chanbre, si sont frère jarmein;
il istront tantost del sans, conme il vos verront. »
« Damoisele, feit Perceval, se Deux plest, non feront, et
itiex miracles est bons à voier; car il est bien droiz que tuit cil
qui Dex ne volent croire soient anragié quant il voient les chosses
qui de lui viennent. * Perceval monte an la sale, touz armez, que
que la damoisele die. Ele le suit aux plus tost qu’ele pot. Li
III chevalier choissirent Perceval tout %rmé, et la croiz an son
cscu; il saillirent tantost sus et furent forsené. 11 roullent les ielz
et se descirent et braent corne déable. Il avoit léanz jussarmes et
espées que il vont sessir ; il assaillent volentiers vers Perceval,
més il n’en ont pover, que Dex le vost einsint. Quant il virent
qu’il ne porenl à lui aprochier, si corurent li uns à l’autre, si s’en-
tr’ocient, c’onques pour la damoisele ne le vorent lessier. Perceval
esgarda les miracles de cës ganz qui einsint estoient mort et la
damoisele qui an menoit moult grant deul : « Ha, damoisele,
feii-il, ne plorez mie ; mès repentez-vous de ceste fausse créance;
quar cil qui an Deu ne v.oroient croire morront conme anragié et
conme déable. » Perceval feit porter les cors de la sale aux valiez
qui léans estoient; quant il les ot feit gilcr an une ève courant,
aures ocist touz les autres por ce qu’il ne voloient an Deu croire.
Li chastiax fu touz vidiez de la gent mescréant, fors que* de la
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damoisele et de ceus qui la servoient et del crestien sougier qui la
porte gardoit. Perceval le mist hors de la chaane, puis le mena
amont an la sale, si se fist désarmer. Il trova de moult riches
robes. La damoisele qui estoit de moult grant biauté l’esgarde; ele
le vit moult biau chevalier, si li plout moult. Ele l’anora moult
duremant, més ele ne pooit oublier les III chevaliers qui si frère
furent; si an moine moult grant deul.
« Damoisele, feit Perceval, icistdeus à mener ne vaut noiant ;
mès confortez-vos an autre manière. » Perceval esgarda la sale de
chief an autre qui moût est riche; et [la] damoisele, en qui il avoit
moult biauté, lessa son duel à mener pour esgarder Perceval ; ele
le voit biau chevalier et séur et grant et bien fourni de bone con¬
tenance; si li plest moult, ele le commence tantost à amer et dist
à soi méimes que, se volet lessier si Deus por ceus an qui ele croit,
qu ele an seroit moult joieusse et si le feroit seingnor de son chastel;
quar il li sanbloit qu’ele ne le pouroit mielz anploiier, et, puisque
si frère sont mort, il n’i a nul recouvrier ; ainz la couvendra le
deul oublier. Mès ele ne set mie le penser de Perceval ; quar, s’ele
le séust ce que il pansse, ele ne cuidast mie ce; quar s’ele estoit
crestiane, si l*aimeroit-il moût anviz en cele matière qu’ele panse;
quar il ne perdi onques sa virginité pour famé, ce dist Josephus ;
ainz morut vierges et chastes et nez de son cors. Encore fust-il en
tel manière, ne puet-ele mie refreindre son cuer de li, ainz cuide
que, se il savoit quele le vossist amer, qu’il an fust moult joiant
por ce qu’ele est de si très grant biauté. Perceval demande à la
damoisele qu’ele avoit en pensé. « Sire, feit-eie, je ne pansse se
bien non, se vos volez. » — « Damoisele, feit Perceval, en moi ne
demorra-il jà, se Dex plest, que vos guerpissiez ceste mauvesse loi,
si créez en la bone. » — « Sire, feit-ele, mès guerpissiez la voslre
pour l’amor de moi et je feroi vostre conmandemant et vostre
voler. »
€ Damoisele, feit Perceval, ce ne vaut noiant à dire. Se vos
fussiez home autresint conme vos estes famé, vostre fin fust venue
avec les autres. Mès, se Deux plest, votre conroi se panra an bien. »
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— < Sire, fet-ele, se vos me volez créanter que vos ra’ameriez
antresint conme chevaliers doit amer damoisele, je sui bien pour
panser de croire an voslre Deu. > — « Damoisele, je vos créant
bien einsint conme je sui crestians que, se vos volez recevoir
bauptesme, que je vos aimeroi si corne cil qui Dex croient ferme-
mant doivent amer domoisele. » — « Sire, feit-ele, je ne vos quier
plus. » Ele feit mander I seint home hermite qui estoil an la forest
pertrine, et il i est venuz moult volentiers, quant il sot les noveles.
Il l’ont levée et baptisée, ele et ses damoiseles aveques lui. Perceval
la leva desuz fonz. Josephe nous tesmoigne en ceste ystoire qu’ele
ot à non Célestre. Ele fiât moult grant joie de son baulesme et mua
son courage an bien. Li hermites fu avesques lui là dedanz, qui li
priast à connoislre la ferme créance, et fessoit le servise Nostre
Seingnor. La damoisele fu de moult bone vie et de moult seinte et
fina puis en moût bonnes euvres.
Perceval se parti del chastel et rendoit grâces à Nostre
Seingnor et merciz de ce que il li a si cruel chastel sosferl à con-
quarre et à atourner à la loi. Il s’en vct grant aléure, touz armez,
tant que il vint an I païs là où an démenoit moult grant doulor, et
dissoient li plussor que cil estoit venuz qui lor loi destruiroit;
quar il avoit jà le plus fort chastel conquis. Il est Yenuz vers
I chastel encian qui estoit au chief d’une forest; il esgarde et voit
à rentrée de la porte moult grant planté de jant. Il voit un valet
venirde cele part, si li demande à qui li chastiax est. < Sire, feit-il,
il est à la roiine Gendrée qui s’est feit amener devant sa porte
avec les janz que vos i véez ; quar ele a oï dire que li chevalier del
Chastel Anragié sont mort, et uns austres chevaliers qui le chastel
a conquis a feit la damoisele bauptissier, si se merveille moût
conmant ce est. Ele est an grant doutance de sa terre perdre, quar
ses frères Mandeglanz d’Oriande est morz, si n’atent mès secors de
nullui, et l’an li a dit que li chevaliers qui le Chastel Erragié a
conquis est li mieudres chevaliers del monde et que nus ne puet
durer vers lui. Pour cele dotance et pour cele péor de lui, ne véist
ele à aler à un sien chastel qui est assez plus fort. » Perceval se
part del valet et chevauche tant que cil qui estoient à l’entrée del
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chastel le choisirent; il virent la croiz vermeille que il portolt an
son escu, il distrent à la roiine : < Dame, ans chevaliers crcstians
vient en cest chastel. « — < Gardez, feit-ele, que ce ne soit cil qui
doit nostre loi abatre. > Perceval vient cele part et descent et vient
devant la roiine, touz armez. La roiine li demande que il quiert.
« Dame, feit-il, je ne quier se bien non à votre eus, s’en
«vos ne demeure. » — « Vos venez, feit-ele del Chastel Anragié, IA
où li III frère sont ocis, dont c’est granz doumages. » — *< Dame,
feit-il, au chastel fu-ge, si vorroie ore que li vostre. fust à la
volenté Jesu-Christ autresint conme cil est. » — c Par mon chief,
feit-ele, se vostre sire a si grand pover conme l’an dist, si ert-il. »
— < Dame, sa vertu et sa puissance est greindres assez que l’an ne
dist. » — t Ce vourroie-je savoir, feit-ele, meintenant, et si vous
vel-ge proiier que vos ne vos partez de moi de si là que l’aie
esprové. » Perceval li oslroie voientiers. Ele retorna dedanz son
chastel et Perceval avec lui. Quant il fu dcscenduz, si monta an la
sale; cil qui là dedanz estoient se merveillièrent moult de ce
qu’ele se consentoit issi ; quar, onques puis qu’ele aveugla, ne pot
soufrir chevalier de la novele loi si prochein de lui et fessoit ociere \
touz ceus qui venoient en son pover, ne ne vossist mie cler véoir
par si que ele en éust un devant soi; ore li est muez ces courages
an tel manière que ore voroit bien qu’ele péusl voier celui qui là
dedanz estoit venuz ; quar l’an li dist que ce est li plus biaux
chevaliers del monde et bien sanble estre si bon conme l’an tes-
moigne.
Perceval fu léanz moût voientiers por ce que véoit auques
la cruauté la dame amenuissée; il li senbla que ce seroit grant joie
s’ele se voloit à Deu atorner, et cil qui là dedanz sont ; quar il set
bien que, s’ele tenoit la novele loi, que tuit cil de la terre si aconr
deroient. Quant Perceval ot jéu la nuit el chastel, la dame menda
l’andemein les plus poissanz de sa terre, et ele vint hors de sa
chanbre en la sale là où Perceval estoit, [et véoit] autresint cler
conme ele avoit onques plus véu. Tuit cil qui là dedanz estoient
s’an merveillent moût, c Seingnors, feit-ele, ore antendez tuit, si
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vos conteroi la vérité einsint couine il m’est avenu. Je me couchai
en mon lit hersoir et bien sachiez que je ne véoie goûte, et fis
ouroissons à nos Diex que me rendissent la veue; il me sanbla que
me responséissent que il n’en avoient pooir; mès féisse cel cheva-
lier ociere qui c’estoit anbatuz céanz, et, se je einsint ne le fessoie,
il se coureceront moût à moi. Et, quant j’oi lor voiz oies que il n’i
en auroient noiant ce que je lor avoie requis, si me souvint del
seingnor en qui cil qui tenoient la nouvele loi croient. Je li priai
moût doucemant, se il avoit tel vertu et tel puissance conme li
plussor dissoient, que il me fèist voier cler par si que je créroi an
lui. Je m’andormi an icele hore et me sanbla que je véisse une des
plus beles dames del monde, si se délivroit d’un enfant çà dedanz
et avoit anvirou lui aulresint grant clarté conme se li souleus
iuissist en droit midi.
c Quant li anfes fu nez, si fu si très biaux et si très janz et
de si douz sanblant que li esgarders me plut moût; il me sanbloit
qu’il avoit à son délivrer une conpagnie de jant, la plus bele que
nus véist onques, si avoient êtes autresint conme oissel et déme-
noient moût grant joie. 11 m’iert avis que uns anciau honme me
dissoit, qui avec lui estoit, que ma dame n’avoit mie perdue sa
virginité pour l’enfant. Je fui moût aisse tant conme ceste chose
me dura. Il me senbla que je la véisse autresint conme je faz vos.
Après, me fu avis que je véisse I honme lier à I estache, en qui il
avoit moût douçor et humilité; si le batoient unes males janz de
corgiées et de verges moult très duremant, si que li sans an cou-
roit aval. 11 n’an voloient avoir nule merci. De ce ne me povoi-ge
tenir que je ne plorasse de pitié. Adonques si m’esveillai et me
merveillai moût d’où ce venoit et que ce puet estre. Mès toutes
voies me ples$oit-il moût ce que je an avoie véu. Il me sanbla
après ce, que je véoie icel home, qui avoit esté liez à l’estache,
métré en une croiz et closficbier moût doulerossemant et férir el
costé d’un glaive; de celui oi-je si grant pitié que il me couvint
plorer par estouvoir, de la grant doulor que je li véoie soufrir. Je
vi la dame aux piez de la croiz et reconnui que je l’avoie véue
délivrer de l’enfant; mès nul nel sa voit escrire Le grant deul qu’ele
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menoit. De l’autre part de la croiz avoit un honme qüi ne senbloit
mie estre liez, mès il reconfortoit la dame le plus biau qu’il povet.
11 i avoit unes autres genz qui recoilloient son sanc an un seintime
vessel que l’an i tenoit.
< Après, me fu avis que je le vi despandre de la croiz et
meitre en un sépucre de pierre. Je an oi grant pitié. Quar, tant
conme senbla que je le véisse einsint, ne me poi onques tenir de
plorer. Tantost conme la pitié m’an vint au cuer et les termes me
vindrent aux ielz, oi-ge ma veue, einsint conme vos véez. En Itel
seingnor doit-on croire, quar il soufri la mort que il éust bien
eschivée se il vossist; mès il le fist pour son peuple sauver. En cri
seingnor veulle-je que vos créez tuit, si relanquissiez nos faux
Dex, quar ce sont déable, si ne nos puéent ne aidier ne valoir.
Et qui croire ne vora, je le feré ocierre ou morir de vileine mort. »
La dame se fist lever et bautissier, et touz ceus qui ne le voloient
feire, si les fist destruire et essillier. Cist estoires nos dit qu’ele ot
non Salubre; ele fu bone dame et bien créant an Deu et mena puis
si seinle vie qu’ele morut an un hermitage. Perceval se parti* del
chastel et fu moût joianz an son cuer de la dame [et] de sa gent,
qui croiet an la novele loi.
près, nos dist cist tistres que Mélioz de Logres
^s’estoit partiz del Chastel Périlleux, seins et
| gariz par l’espée que Lancelrz li ot aportée et
rwioJb H pour ^ ra P ^ ue ** P ns * an ® a ^hapele P er >l-
lleusse. Mès il estoit moût dolanz d’unes noveles
que il avoit oïses que misires Gauvains iert an
prisson, et si ne savoit où; mès qu’an li avoit feit antendant que
dui chevalier, qui estoient parant cil del Chastel Anragié qui s’en-
tr’estoient ocis, l’a voient anserré por Perceval, qui le chastel
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«voient conquis. Or dist Mélioz de Logres que il n’ert mès aisse
si saura où misires Gauvains est. li chevauche parmi une forest
et prie Deu que il li lest par tans oïr noveles de raonseingnor Gau-
vain. La forest estoit estrange et sostive; il chevaucha trèsqu’à
l’anuitier c’onques ne pot trover recest ne hermitage. Il esgarde
très anmi la forest devant soi et vit une damoisele séoir toute seule
qui se démanloit moût duremant. La lune estoit ocure et li leus
moult hideus et la forest ounbrage. < Ha, damoisele, que festes-vos
ci à tel heure? » — « Sire, feit-ele, je ne le puis amender, de ce
sui-ge moût dotante. Quar li leux est plus périlleux que vos ne
cuidez. Esgardez, feit-ele, contremont, si verroiz l’achoisson por-
quoi je i sui. » Mélioz esgarde et voit II chevaliers touz armez
penduz contremont desoz le chief à la demoisele. Si s’an merveille
moût. « Ha, damoisele, feit-il, qui ocist ces chevaliers si vileine-
ment? > - « Sire, feit-ele, li chevaliers de la Galie qui chante an
la mer. » — « Et porquoi les pent-il an tel manière? » — « Por ce,
feit-ele, que il croient an Deu et an sa douce mère. Si les me cou-
vint ci ilec garder XL jorz que Tan ne les despande; quar, se il an
esloient ostè, il perdroit son chastel, ce dist, et si me trancheroit
la teste. » — « Par mon chief, feit Mélioz, itel garde est vileine à
damoisele et vos ne demorez plus ci. » — « Ha, sire, feit la damoi¬
sele, donques seroi-ge morte, quar il est de si grant cruauté que à
poines me pouret nus garentir anvers lui. >
< Damoisele, feit Mélyoz, ce seroit grant honte se je lessoie
ici ces chevaliers'en tel manière pour la reproche d*autres cheva¬
liers. » Mélioz fist les fosses en terre à s’espée, si les anterra aux
mielx qu'il pot. « Sire, feit la damoisele, se vous ne pensez de moi
garentir, li chevaliers m’ociera; quant il ne troverra demein les
chevaliers, il cerchera toute la forest por moi quarre. » Entre Méliot
et la damoisele s’en vont parmi la forest tant que il viennent à une
chapele, où il soulet avoir I hermite, que li chevaliers de la Galie
avoit destruit. Il descendi la damoisele de son cheval; après, en¬
trèrent an la chapele où il avoit grant clarté, et une damoisele i
gardoit I chevalier mort. Mélioz se merveille moult : « Damoisele,
feit Mélioz, quant fu morz ce chevaliers? » — c Sire, ier à la marine
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l’ocist li chevaliers de la Galie, si le me cou vient einsint garder et
demein doit einsint venir et aler au chastel où misires se doit
demein conbatre à I lyon, touz désarmez, et ma damoisele, à qui
nos sonmes entre moi et eele damoisele que vos avez amenée ici,
ert autresint demein menée conme li lyons doit ociere monseingnor
Gauvain, si ert ma dame livrée autresint s’ele ne guerpist la novele
loi en coi li chevaliers la fist croire, qui vint el Chastel Aragié,
dont ele est dame; et nos méimes serions autresint dévorées
avecques. Mès cele damoisele éust encore enpris ma mort de
respit s’ele gardast les chevaliers encore qui en tor furent pendu
vileinement. Mès, quant vos les avez ostez de là où il pendoient,
vos avez feit moût grant bien, conmant qu’il aviegne, quar li sires
de la Vermeille Tor donra au chevalier son ehastel por ce. »
Mélioz est moût joieus des noveles qu’il a oies de monseingnor
Gauvain qui est encore vis; quar il set bien, puisque li chevaliers
de la Galie venra par ilec, qu’il viendra ençois que misires Gau-
vains se conbat au lion. « Sire, feit la damoisele de la chapele,
p6r Deu, quar amenez ceste damoisele à garisson, quar li cheva¬
liers iert si erragiez d’ire et de mautalant, lantost conme il Yenra
ci, que il li voura trenchier la teste meintenant, et de vos méisme
ai-ge grant poor. »
« Damoisele, feit li chevaliers, dont est-il hom autresi conme
je sui. > — < Sire, mès il est plus forz et plus crieus que vos ne
sanblez estre. » Mélyoz fu la nuit an la chapele trusqu’à Ifeode-
mein, et ot le chevalier venir conme lanpeste, et amenoit avec lui
la damoisele del ehastel et la lesdangoit d’eures an autres ; et
Mélyoz le voit venir et 1 nein qui le suit après grant aléure. 11
li cscrie : c Sire, véez là la desloial par qui vos avez vostre
chastel perdu. Or tost, vengiez-vos de lui. Après, irons à la mort
monseingnor Gauvain. > Mélyoz, tantost conme il l’a choissi, est
montez et aprestez de ses armes : c Estes-vos ce, fet li chevaliers de
la Galie, qui ma jostisse avez anfreinte et mes chevaliers des-
penduz.» — «Par mon chief, vostre n’estoient-il mie, ainz estoient
chevalier Dieu, si avez feit grant outrage qui einsint vileinemant
les aviez ocis. » U vet vers le chevalier, sans plus dire, il le fiert
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si (rés duremant, enw le piz, que il li fgpsse \t hauberc et li rout
tout le fer de sou glaive el cors et après le reiret à lui par grant
aïr. Et li chevaliers fiert lui si duremant sur sou escu qu'il li feit
I aune de son glaive passer outre; quar il iert moult coureciez
qu’il iert navrez. Li neins li escrie : < Avoi donc, li chevaliers dure
envers vos qui tant en avez ods. » Li chevaliers de la Galie s’aïre
moût duremant, il prant son eslès et vient tant conme cheval li
puet randre, et fiert Mélyot si duremant qu'il U brisse son glaive
si qu’il feit, lui et son cheval, chanceler. Mès Mélyoz le consuit
miels, car il li anpeint le glaive très parmi le cors et au passer
outre le hurta de si grant vertu et de tel force que il le fist choier
" à terre mort del cheval. Li neins s'an cuida partir ; mès Mélyoz li
trancha la teste, de coi les damoiseles l'an mercièrent moult, quar
il lor ayoit feit meint anui.
Mélioz anterra le chevalier que il trova an la chapele mort,
puis dist ax damoiseles qu'il ne povoit plus demorer, ainz iroit
secorre monseingnor Gauvain s'il povoit. Les damoiseles orent
chevauchéures è lor volenté, quar l'une ot le cheval au chevalier
qui morz estoit et l'autre ot le cheval au nein ; l'autre damoisele
estoit venue sur une mule; et distrent que il s'an iroient arières;
quar li pais estoit touz asséurez del chevalier qui morz estoit. Il
merdèrent moût Méliot, quar il dient bien qu'il les a resceusses de
mort. Mélioz se part de? damoiseles et s'an vet très parmi la forest
conme celui qui moult volentiers orroit noveles de monseingnor
Gauvain. Quant il oui chevauchié grant pièce, il ancontra I cheva¬
lier qui s'an venoit grant aléure, toz armez. « Sire chevalier,
feit-il à Mélyot, sauriez me vos à dire noveles del chevalier de la
Galie. » — « Qu’en avez-vos à feire? » feit Mélyoz. « Sire, li sires
de la Tour Vermeille a fait monseingnor Gauvain amener en une
lande de ceste forest, si se doit là, touz désarmez, conbatre à
I lion. Si aient misires, le chevalier de la Galie qui II damoiseles
i velt amener que li lyons dévorera quant il aura monseingnor
Gauvain ocis. » — « Iert an pièce la bataille?» feit Mélyoz.
c Oïl, feit li chevaliers, assez par tans ; quar misires Gauvains
iert jà là amenez et liez là à une estache trusqu'à icele hore que li
ai
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lions iert venuz. Adonques le deslira l’ein, mès il le gardent ore
androit dui chevalier tuit armé. Mès dites-moi noveles del cheva¬
liers de la Galie, se vos le véistes. » — « Alez avant, feit-il, si an
saurez noveles. » Mélioz s'en part atant, grant aléure, et aproche
la lande là où misires Gauvains estoit amenez. Il choiçsi les
11 chevaliers qui le gardoient ; se il en avoit poor, ce n’estoit mie
merveille, quar il cuidoil bien que sa fin fust venue. Mélyoz le
choissi liez à une atache de fer parmi le cors de toutes parz, si
que il ne se povoit mouvoir. Mélyoz en out grant pitié en son
cuer, il dist bien à soi méismes que il i mora ançois que misires
Gauvains ère mort. 11 fiert cheval des esporons, quant il aproche
des chevaliers ; il en consui un de tel aïr que il !i passe son glaive
très parmi le cors et l'abat mort. Li autres s’an voloit aler au
chastel por secors, quant il vit mort son conpagnon. Mélyoz Tocist
tantost. Il est venuz à monseingnor Gauvain, si li deslie et tranche
les cordes dont il estoit liez. «Sire, feit-il, je sui Mélioz de Legres,
vostre chevaliers. »
Quant misires Gauvains se senti desliez, se il out joie, nel
convient à demander. Les noveles estoient venues à la cort ver¬
meille que la roiine Jandrée estoit levée et baptizée, et que li che¬
valiers estoit venuz, qui tant avoit force et pooir en soi que nus ne
povoit encontre lui durer por le Deu en qui il croient, et si sorent
autresint que li chevaliers de la Galie estoit [morz] et misires Gau¬
vains desliez et li chevalier qui le gardoient estoient ocis. Il dient
que il n*i dutroient pas, si se partirent del chastel et distrent que
passeroient la mer por lor cors garentir, quar là n’auroienl-il garde.
Quant Mélyoz ot misire Gauvain délivré, il fist tant que il
fu armez des armes à I des chevaliers qu'il avoit ocis. Misires Gatf-
vains monta sur I cheval tel conme li plot et ot moût grant joie
an son cuer. II se merveillent moût conmant cil del chastel ne
sont venu après eus; mès il ne sèvenl mie lor pensée ne eon-
mant il sont esfréé. « Mélyoz, feit misires Gauvains, vos m’avez,
délivré de mort ceste foiz et I autre, ne onques mès n’oi acoin-
tance à chevalier quj tant me vausist en si poi d’eure conme
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— 321 —
la vostre m’a fet. » Il s’en partirent ans plus tost que il porent et
chefaochent assez près del chastel; mès il n’oïrent dedanz ne
raouver ne noise, ne il n’en virent nului essir, si s’an merveillent
moût de ce que l’an ne venoit après eus. Il chevauchièrent tant
que il vinrent au chief de la forest et choisirent la mer qui lor
estoit assez procheine et virent à la rive qu’il i avoient grant cha-
pléiz. 1 seus chevaliers se conbatoit à touz ceus qui volloient antrer
an la nef et lor rendoit si grant eslor qu’il fessoit li plussor an la
mer trébucher. Il alèrent cele part aux plus tost que il poipnt, et,
quant il oreht une nef aprochiée, il connurent que c'estoit Per-
ceval, à son escu et à ses armes. Ançois que il parvenissent, se fu
la nef esquipée enmi la mer, en quoi il s’estoit anbatuz par son
grant hardemant et il s’aloient conbatant en la nef à ce dedanz.
« Melioz, feit misires Gauvains, véez-vos là Perceval, le bon cheva¬
lier? or poons-nos bien dire par vérité que il est an grant périll de
mort; quar cele nef ariva an tel manière et an tel leu, se Dex n’en
panse, que jà mès n’an ora l’an noveles, et, se il périst jà mès, nus
chevaliers qui vive n’aura pover d’essaucier la loi NostreSeingnor. »
Misires Gauvains voit eslongnier la nef et Perceval qui
dedanz se desfant envers ceus qui li corenl seure. 11 est moult
dolanz de ce que il ne vint avant, ançois que la nef füst eslongniée
de terre. Il s’en retorne entre lui et Mélyot, et fu misires Gauvains
moût dolanz de Perceval; quar il ne savoient an quel terre il devoit
ariver, et, s’il le poïst suivre, il alast moût volentiers après, pour
lui aidier. Il ont tant chevauchié que il encontrent I chevalier.
Misires Gauvains demanda dont il vient et li chevaliers li respont
que il vient de la cort le roi Arlus. « Quex noveles m’en savez-vos
dire? > feit misires Gauvains. « Sire, feit-il, mauvesses assez. Li
rois Artus a mis touz ces chevaliers an nonchaler por Briant des
Illes et si a mis I de ces meillors chevaliers an prison. > — « Con-
mant a-il non, li chevaliers? > feit misires Gauvains. < Sire, l’an
l’apele Lancelot del Lac; il avoit reconquis toutes les illes que l’an
avoit le roi Artus tolues et si ocist le roi Mandeglant et conquis!
la terre d’Oriande que il mist à la créance le Sauvéor del monde ;
et tantost le menda U rois Artus, quant il ot conquis ces anemis,
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si le mist tantost an aa prisspn par ie conseull Briant des llles. Mè$
li rois Artus aura par tans soufrète d’amis ; quar li rois Claudas a
assenblez janz à grant plentez por reconquarre le réaume d’Oriande
et por revenir sur le roi Artus par le conseull Briant des llles qui
le roi traïst; quar il an a fait son séneschal et conmandéor de toute
sa terre. » — < Sire chevaliers, feit misires Gauvains, il doit bien
mesckoier au roi qui le conseull de ses bons chevaliers esloingne
pour lossange de traïtor. » Atant s’an parti li chevaliers de raissire
Gauvain, Il est moût dolanz de ce qu’an li a dit que li rois a mis
Lancelot an prisson. Or ne fist-il onques mès chosse de quoi il
féist tant à blâmer.
tant sc test li contes de monseingnor Gauvain et
de Mélyot, et paie del roi Claudas qui grant jant
a assenblée, par le conseull Briant des llles, por
venir an la terre le roi Arlus; quar il le set
desgarni de bons chevaliers qui estre i souloient,
* 1 $ et si set tout le couvine de la cort et quel pover
li rois Artus a. Il aproche de sa terre aux plus qu'il pot et a le
réaume d’Oriande reconquis tout à sa volenté. Mès cil d’Arbanie se
tienent ancontre lui et li chalengent la terre aux mielx qu’il puéent.
Les noveles en vienent à la cort le roi Artus, et li mandèrent cil del
païs, s’il ne lor anvoiast par tens secors, que il li rendront la terre
au roi Claudas, et regrestrent souvant Lancelot et dient que, s’il
éust I autretel desfandéor, que les illes fussent toutes an pès^Li
rois i anvoia Briant des llles par meintes foiz, qui adès an revenoit
touz desconfiz ; mès il n’i tramist onques celui qui poor n’éust de
la terré garentir contre le roi Claudas. Li rois Artus fu moût
esmoiiez; quar il ne set noveles de monseingnor Gauvain et de
monseingnor Yvain ne des autres par quoi sa cort devoit estre cré-
mue et doutée et de grant renon par toz les autres réaumes. Li rois
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— 325 —
estoit I jor an la sale à Cardeull, mont peasis, el esloit à une des
fènestreS, si li menbroit de la réine et de ses bons chevaliers que il
soloit plus souyant véoir à la cort, dont Ü plussor estoient mort, et des
aventures dont avenir i souloit, dont il ne véoient mès nule. Lucas
li Bouteilliers le vit moût très pensé, si s'est aprochiez pès de lui.
t Sire, feit-il, vous me senblez estre sanz joie. • — < Lucas,
feit li rois, la joie mW auques eslongniée puis que la réine fu
morte et Gauvains et li autre chevalier ont eslongniée ma cort, si
n’i daignent mès venir. Et li rois Claudas me guerroie et aquiert,
si n ai pover de moi rescorre par la défaute de mes chevaliers. ^ —
c Sire, feit Lucas, de ce ne devez-vos demander noiant à nului sa
vos mesmes non. Quar vos féistes mal à celui qui vos a servi, et
bien à ceus qui sont tréistres vers vos; vos avez 1 des meillors
chevaliers et des plus loiax qui soit el monde en vostre prisson,
par quoi tuit li autre esloingnent vostre cort. Lanceloz vos avoit
bien servi par sa bone volenté et par sa bone chevalerie, ne n’avoit
chosse déservie par quoi vos li déussiez feire ceste honte ; ne jà ne
vos esloigneront vostre anemi ne n'auront doutance de vos se par
lui non, el par bons chevaliers. Se sachiez-vos de voir que
Lanceloz et wissires Gauvains sont li meillor de vostre cort. >
— < Lucas, feit li rois Artus, se je cuidoie jà mès avoir fiance
en lui, je le feroie meslre hors de ma prisson; quar je soi bien
que je n'ai mie cortoissemant esploitié envers lui, et Lanceloz est
d'un grant cuer, si ne se sauroit refroidir de l'annui que l’an li a feit
trusqu'à cel horoqu’il an seroil vangiez; quar il n'est rois el monde,
tant soit puissanz, envers qui il n'ossast bien son droit tenir. >
« Sire, feit Lucas, Lanceloz set bien, se vos n'éussiez autre
conseull que le vostre, qu'il ne fust mie einsint bailliz; et si sai
bien que anvers vos ne mesfera-il jà, tant conroe il vive; quar il a
an soi moult valor et loiauté, si conme vos avez esploitié meintes
foiz. Mès, se vos volez estre secoruz ne aidier ne retenir vostre
réiaume, [vos couvient le mestre] fors de la prisson, ou autremant
n'en venroiz-vos jà à chief, et, se vos ce ne feites, vos panroiz terre
par trafcson. » Li rois tint le conseull Lucan le Bouteillier; il fisl
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amener Lancelot, devant lui, enmi la sale, qui auques estoit eschar-
nezen la prisson; mès il avoit la contenance conme il souloit; nus
ne l’esgardast à qui il ne sanblast bons chevaliers. « Lanceloz, feit
li rois, conmant vos est-il? » — « Sire, feit-il, il m’a esté mauves-
semant une pièce; mès, se Dex plest, il me sera mielz d’ore an
avant. » — « Lanceloz, feit li rois, je me sui repentiz de ce que je
vos ai feit et je me sui porpensez des bons servisses que je aie
trovéen vos; si le vos amenderai à vostre volenté; mès que l’amor
i soit aussint enterrianne conme ele iert devant. >
« Sire, feit Lanceloz, vostre amendisse ein-ge moût et voslre
amor plus que de nullui; mès jà, se Dex plest, por chosse que
vos m’aiez feite, mal ne vos feroi; quar Tan set bien que je n’ai
mie esté en la prisson por traïsson que j’ai feite ne por folie, mès
parce que vostre volenté i fu. Il ne m’iert mie reprochié en vilennie,
et, puisque vos ne m’avez feite chosse de quoi j’aie blâme ne
reproche, je me doi trère arrière de vos haïr; quar vos estes mes
sires,et, se vos me fêtes mal,sansblanlres s’en ferez vostre; mès,se
Dex plest, que que vos m’aiiez feit, m’aide ne vos faudra jà, ainz
métrai mon cors partout en aventure pour vostre amor, ausint
conme j’ai fetmeintes foiz. »
An la cort le roi Artus ot moût grant joie de plussors quant
il sorent que Lanceloz ert mis hors de prisson ; mès Brianz ne ses
janz n’en furent mie joianz. Li rois conmanda Lancelot à guarir
et à respasser et que l’an féist son conmandemant. La cort en fu
toute resbaudie, et distrent : ore à primes pooit li rois garroier
séurement. Lanceloz fu en la cort le roi plus avant que nus des
autres chevaliers et plus douiez. Brianz des Illes vint I jor devant
le roi : « Sire, feil-il, vez-ci Lancelot qui me navra an vostre ser¬
visse, si veull que il le sache que je sui ses anemis. » — « Brians,
feit Lanceloz, se vos le déservistes avant, il vos an doit bien peser
et, puisque vos mes anemis volez estre, je ne sarai mie vostre
•amis. Quar je me pouroi bién consierer de vostre amor selonc ce
que j’ai an vos trové. » — « Sire, feit Brianz au roi, vos estes mes
sires et je sui vostre asséurez. Vos savez bien que je sui si riches
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de terres et d'amis si poissanz, que je doi bien eschiver mon anemi ;
ne an vostre cort ne deraourai-je mie tant conme Lanceloz i soit.
Ne dites mie que je m'an parte vileinnemant endroit moi, ainz
m’en part ainsint conme cil qui me vengerai volontiers se je an
avoie leu et èse ; et je voi bien et sai que vos et la vostre cort l'aime
assez mielz de moi, si m’en couvient à consirer. * — « Brianz,
feit li rois, mès demorez et je le vos ferai amender à Lancelot et je
méismes le vos feroi amender por lui. >
« Sire, feit Brianz, par la foi que je vos doi, de vos ne
d’autrui, trusqu’à cele hore que je li auroi tret autent sancde son
cors conme il fist del mien, et si veull bien que il le sache. »
Atant s'est Brianz parliz de la cort, touz iriez ; mès, se Lanceloz
ne doutast courecier le roi, Brians n’éust mie chevauchié une line
anglesche, quant il éust sen et anforcié la guerre. Brianz s’en vet
vers son chastel de Dure Roche et dist que mielz venist au roi que
Lanceloz fust ancore an prisson ; quar il li mouvra tel jvleit, se il
puet esploitier, dont il perdra le meillor pan de sa terre. Il est
alezan la terre le roi Claudas et dist : ore à primes a-il mestierde
s’aide, quar Lanceloz est issuz de la prisson le roi et est plus amez
à cort que nus, si ne croit li rois conseull se de lui non. Li rois
Claudas li jure et créante que jà ne li faudra, et Brians à lui.
Wa
&
se ,csl H contes de Briant et parole de
^Perceval que la nef anmoine à grant esploit;
HTm n, ^ s srsl tanl con l )aluz dedanz que a trestouz
*L ceus ocis qui an la nef esloient, fors celui qui la
ImQSt ’ gouverne; quar il li a en convant que il croira
an Deu et guerpira sa mauvesse loi. Perceval
esloingne la terre si que ne voit se la mer non, et la nef s’en vet à
grant esploit et Damedeu le conduit conme cel qui le croit et eime et
sert de bon cuer. La nef a tant couru et par nuit et par jor, einsint
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conme Deu plot, que il virent I chastel et I iile de mer. Il demanda
à son marinier se il savoit quex chastiax e’estoit. « Certes, feil-il,
je non ; que nos avons tant couru que je ne connois la mer ne les
estoiles. > Il aprochent le chastel et virent IIII areines sonner,
aux IIII chief de la vile, moult doueemant, et estoient cil de blanc
dras vesluz qui les sounoient. Il sont venuz cele part.
Xàntost conme la nef ot pris port desouz le chastel, et la
mer se restrest arières, si que la nef fa aséchierre. Il n’avoit dedanz
que Perceval et son cheval et le marinier ; il essirent hors de la
nef, puis antrent par devers la mer el chastel, et il i avoit les plus
beles sales et les plus belles messons que nus véist onques. Il
esgarde desouz I arbre, qui grant estoit et larges, et voit la plus
bele fonteine et la plus clère que nus péust dévisser, et estoit toute
avironnée de riches pilers, et or senbloit estre la graveleide pières
precieusses. Desus cele fonteine, avoit II honmes séanz, plus blanz
de barbes et de chevex que n’estoit nef négiée/eTsfmblment à estre
jane de vière. Tantost com il voient Perceval, il se drécent ancontre
lui et il anclinent et aorent son escu qu’il aportoit à son col, et
bessent la croiz et puis la boucle là où les reliques estoient. «Sire,
feit-il, ne vos an merveilliez de ce que nos fessons, quar nos con-
néusmes bien le chevalier qui l’escij jjqrta ençois*de % \os. Nos |e
véismes meintes fois ançois qué Dex fust crocefiez. > Perceval se
merveille moût de ce qu’il dient, quar il parolent moût de loing.
« Seingnors, savez-vos donc conmant cil ot non? » « [Oïl],
fonl-il, Jhossep d’Arimacie ; mès il n’avoit point de croiz en l’escu
devant la mort Jesu-Crist. Mès il l’i fist mestre après le crocefie-
mant Jhesu-Crist, pour l’amor del Sauvéor que il araa moût. »
Perceval osta l’escu de son col el un des prodoumes l’apièce à l’erbe
qui florie estoit des plus beles Hors del monde. Perceval esgarde
outre la fonteinne et voit, an I moût biau leu, I tonnel autretel
conme si fust d’ivoire, et estoit si granz que il avoit I chevalier
dedanz, touz armez. Il esgarde là dedanz et voit le chevalier; il
l’aresna meintes foiz, mès onques li chevaliers ne vost respondre.
Perceval le regarde à merveilles, il revint aus prodeshonmes el lor
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demande qui cil chevaliers est, et il ii dient que il nel puet ore mie
savoir. Il Tan moinent au une grant sale et portent son escu avant
lui, de quoi il font moût grant joie et si rannoreot. Il voit la sale
moût riche, quar onques m ès si riche ne si bele ne fu véue. Ele
estoit avironée de moût riches dras de soie, et estoit anmi la sale
li Sauvières del monde escriz, si conme il est an sa majesté, et si
apostre environ lui; et avoit là dedanz gauz qui plein estoient
de grant janz et sanbloient estre plein de grant seintété, et si
estoient-il, quar, se ne fussent prodoume, il n’i péussent mie
demorer.
< Sire, font li dui mestre à Perceval, iceste messon, que vos
véez ici si riche, est la sale roiax. » — « Par foi, feit Perceval, ele
le doit bien estre; quar je ne vi onques de tel valor. » Il esgarde
tout environ et voit les plus riches tables d’or et d’ivoire qu’il éust
onques mès véues. Li uns des mestres souna un apel III cox, et i
viennent XXXIII honmes en la sale tuit d’une conpagnie. Il avoient
blans dras vestuz et n’i avoit celui qui n’éust une vermeille croiz
enmi son piz, et sanbloient estre tuit d’un aage. Tantost conme il
entrent an la sale, il annorèrent Deu Nostre Seingnor et bâtirent
lor coupes, puis alèrent laver à I riche lavoer d'or, et puis s’alèrent
asseoir aux tables. Li mestre firent Perceval asséoir à la plus
mestre table par soi. Il furent là dedanz servi moût glorieusse-
ment. Perceval esgarda plus volentiers que il ne menga.
Einsint conme il esgardoit, il voit sur lui une chaanne d’or
descendre, chargiée de pières précieusses, et avoit el mileu une
ocurone d’or. La chaanne descendoit par grant conpas et ne tenoit
an nule riens s’à la volenté Nostre Seingnor noh. Tantost conme
li mestre la virent avaler, il ouvrirent une grant fosse large qui
estoit anmi la sale, si que l’on puet véoir le pertuis tout an apert.
Tantost conme l’antrée de cele fosse fu descouverte, il an issirent
li grant cri et li plus dolereus que nus oïst onques, et, quant li
plus pretadonme les entendent, il en tendirent les meins vers
Nostre Seingnor et conmencièrent luit à plorer. Perceval oi cele
doulor, si se merveille moût que ce puet estre. 11 voit que la
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chaanne d’or avale cele part et s’asiet par dessorre le pertuis, tant
que l'an ot près de mangié ; adonc se retrest en l'air, si s’en revet
amont. Mès Perceval ne sot qu’ele devint, et li mestres recovre la
fosse, qui moût estoil hideusse à véoir, et piteuse à oïr les voix qui
an issoient.
Li prodome se levèrent des tables quant il orent mangié et
rendirent grâces moût doucemant Nostre Seingnor; après, s’en
r’alèrent là dont il estoient venu. « Sire, feit li mestres à Perceval,
la chaanne d’or que vos avez véue est moult riche et [la] courone
d’or autresint. Mès vos ne povez jà mès oissir de çà dedanz se vos
ne créantez que vos revanroiz lantost conme vos verrez la nef et la
voile crocefiée de la croiz vermeill ; autremant ne vos an povez dé¬
partir.» — « Dites-moi, feit-il, de la chaanne d’or et de la courone
que ce puet estre. » — « Nos vos le dirons, feit li uns des mestres,
se vos créantez ce que je vos di. » — « Certes, sire, feit Perceval,
je le vos créant bien que, tantost conme je aurai fet la besoingne
ma dame ma mère et l’autrui, que je revenrai ici, por que je soie
an vie, se je voi vostre nef tele conme vos dites. » — « Oïl, touz
en soiiez certains, et vos aurez la couronne d’or el chief tantost
conme vos revenrez, si en seroiz assis en la chaière, et seroiz rois
d’une ille qui près de ci est, moût planteine de touz biens; quar
il n’est riens el monde qui i faille, qui conviegne à cors d’on me.
[Li rois hermites] an a esté rois qui einsint la garnie; por ce que il
se prova bien en cel roiaume et que cil s’en loèrent qui en Pile
sont, est-il esléuz pour estre an I greingnor rèaume. Or i vostrent
anvoiier I autre prodonme à roi, qui autretant lor face de bien
conme cil fiât ; mès gardez-vos bien que, puis que vos an seroiz
rois, queTilesoit bien garnie; quar, se vos ne la garnissiez bien,
vos seroiz mis en l’ile soufresteusse, dont vos oïstes oreins les criz,
si vos retodra l’en courone. Quar cil qui ont esté roi de l’ille plen-
téureusse et qui bien ne se provèrent, sont auques ces genz que
vos véistes en Pille soufresteusse de tous biens. Et si. vos di que li
rois hermistes, sor qui vos devez aler, i a anvoiié de ses janz une
grant partie; il i ont le chief sééllé an argent et li chief séélié an
plonc, et li cors qui de ces chief estoient avesques, vos di-ge que
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vos les Testes venir ça dedanz et le cliief del roi et de la réine. Mès
de l'autre vos di-ge que il sont an l'ille soufresteusse. Mès nos ne
saurons se il en istront jà mès. »
< Sire, feit Perce val, dites-moi del chevalier qui est touz
armez el tonel d'ivoire, que il est et conmant cist chastiax a non. »
— « Vos ne le povez savoir, feit li mesures, trèsqu'à vostre revenue.
Mès distes-moi del seintime Graal noveles, que vos reconquistes ;
est-il anoore en sa seintime chapele qui fu le roi Peschéor? » —
« Sire, oïl, feit Perceval, et l'espée de quoi seint Jahan fust descolez
et d’austres reliques à grant foison. » — « Je vi le Graal, feit li
mes très, avant que li Rois Peschières Joseph, qui ces onques fu,
receuili lesaric Jessu-Crist. Sachiez que je connois bien tuit vostre
lignage et de quex janz vos estes nez ; pour vostre bone chevalerie
et pour vostre bone nesteté et pour vostre bone valor, venistes-vos
céanz; quar ce fu la volenté Nostre Seingnor ; et gardez que vos
soiiez apareilliez, quant leus en venra et verroiz la nef apareilliée. >
— « Sire, feit Perceval, je revenré moult volentiers, ne jà mès
n’en quéisse partir se ne fust pour ma dame ma mère et por ma
seror; que je ne vi onques mès leu qui tant me pléust. • Il fu, la
nuit, moût bien herbergiez dedanz, et, la matinée, einz qu'il s'an
partis!, oï une seinte messe en une seinte chapele, la plus bele
que nus véist onques. Li mestres vint à lui après la messe, si li
aporte un escu blanc conme nef', après li dist : « Vos me lérez
vostre escu çà dedanz pour connoissance de vostre venue et si
anporleroiz cestui. i — « Sire, feit Perceval, je feré vostre
plessir. » Il a pris congié, si s'en part de cel riche manoir, et
trouve la nef toute apareilliée et oi souner les areines autresint en
son aler conme an son venir. Il est entrez dedanz la nef et la
voille est dreciée. Il esloingne la terre et li mariniers gouverne la
nef et Damediex le conduit et moine. La nef s'en cort à grant
esploit; quar ele avoit.assez au core; mès Damedex les fessoit tant
esploitier conme il volet; quar il savoit la très bonté grant et
la très grant valor del loial chevalier qui dedanz estoit.
Diex a tant la nef conduite et menée, et jor et nuit, qu'ele
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ariva an nnè ille où il avoit I chastel moût ancian ; mès ne parait
mie estré moût riches, ainz sanbloit bien que il fust jadis d’une
grant seingnoric. Il gilèrent lor ancre, puis est venuz vers le chastel
et antre dedanz, touz armez; il vit le chastel large et la menantie
ddchéue et la messon descouverte, et voit une dame séoir devant
les degrez d’une vies sale. Ele se dreça tantost conme ele le vit;
mès ele estoit moût pouremant vestue. Il sanbloit bien à son cors
et à sa ehière et à sa contenance qu’ele fust gentill famé; et voit
que II damoiseles vindrent avesques lui, qui sont jone d’aage et
sont ausint pouremant vestues conme la dame est. « Sire, fet-ele à
Perceval, bien puissiez-vos venir ! Je ne vi mès piéça an cel chastel,
chevalier antrer. » — t Dame, feit Perceval, Dex vos oslroit joie
et anor. » — « Sire, feit-ele, mestiers nos en seroit; quar je n’en
ai guères grant pièce a. » Ele le moine en une grant sale anciane,
qui moût estoit pouremant garnie. < Sire, feit-ele, vos vos herber-
gerez annuit çà dedanz et pranrez an gré ce que nos pourons foire,
si sauroiz le couvine del chastel. > Ele le feit désarmer à I serjant
qui là dedanz estoit, et les damoiseles [viennent] devant lui, si le
servent moût doucement. La dame li aporie I mentel por afubler.
c Sire, feit-ele, il n’a céanz plus de garnemanz honorables que ces-
tui. » Perceval regarde les damoiseles, si an a moût grant pitié;
quar eles estoient si bien festes de cors et de manbres, conme nature
les povet mielz former, et toutes biautez qui povoient estre en
cors de famés estoient ès leur, et toute la douceur et la simplece.
* Dame, feit Perceval, dont n’est cist chastiax vostres? » —
« Sire, feit-elc, tant ai-ge de remanant de toute ma terre, et vez
ileques mes filles dont il est moût grant pitié; quar ele n’ont
autre chosse que vos véez, si sont gentis famés et de haut lignage,
mès il lor est trop lointains ; si nos a tolu I chevaliers, qui moût est
criex, nostre terre, puis que mes sires fu mort, et tient I mien fuiz
an sa pHsson, de quoi je sui moût dotante ; quar c’est uns des plus
biax chevaliers del monde. Il n’avoit mie esté plus de 1111 ans che¬
valier quant il le prist; or ne pais aidier ne à moi ne à autrui ;
mès j’ai oï conter qu’il a un chevalier en la terre de Gales qui fu
fuit Elein le gros des vax de Camaalot, si est li mieudres cheva-
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— sss -
lien <M monde et cil Elayus fu Cutis Caiobntus, qui meliier je foi,
de qui j’oi mon fuilz et ces II filles. Ce sai-ge bien, m li Boas Che¬
valiers, qui si lor est precheias, venist an eest ilia par aucune
aventure, je r’éusae mon fuill, et mes filles qui sont déséritées
r’éussent lors terres quites, si fus-ge gitée de graat poiuae et de
grant poureté. Je soi d’un autre lingnage qui moût m’est loing; qnar
li rais Ban de Benoyc fu mes oaques, qui mors est ; mès il a na fili
qui moult est bons chevaliers, ee m’a l’en dit ; se li uns de ces
II m’apreckast an aucune de ces illes, je an fusse mont joteuss*. »
Percerai otque les il damoiseles sont filles son oncle, si en
ont grant pitié. < Dame, feit-il, conment a non cil qui est au
prissoa? » — « Sire, feit-ele, Galobrons; et cil qui le tient ea
prisson a non Gobaz del chaslel de la Baleine. » — « Est sou
cbastel près de ci, dame?» feit-il. « Sire, il n’a qu’un bras de mer
à passer, si n’i a nullni, en toutes ces iiles de mer, qui pooir ait
sur lui non; il est si asséurez qu’il ne se garde de nullui. Quar
nus qui soit an caste terre n’oseroit vers lui mesprandre. Sire, il
m’a mendé une ebosse dont je sui moût dotante; quar, se je ne li
anvoi une de mes filles, il a juré son sairemant que il me lodra
mon cbastel. » — « Dame, feit Perceval, l’en ne feit mie quanque
l’an doit. As II damoiseles, se Dex plest, ae fers-il nule ver-
goingne, et, de tant conme il lor a feit, me poisse-il moût dure¬
ment; quar ele furent filles mon oncle; Julain le gros fu mes
pères et Galobrutus mes oncles et meint autre prodoame qui mort
sont. >
Quant les damoiseles oïrent ce, eles s’agenollièrent devant
lai, si conmencent à plorer de joie et li bessent les moins et li
prient pour Deu qu’il ait merciz d’eles et de lor frère. Et il dise
qn’il ne se partira de lor terre si an aura feit son pover. Il meint
la nuit el cbastel et ses mariniers autresint. La dame fist grant joie
de Perceval et l’anora de quant qu’ele pot. Quant vint l’endemein,
l’an li mostre la terre A cel roi qui sa terre li toloit; mès la dame
ne U sot dire où ses fuilz iert an prisson. Il s’en parti et revint A
la nef, quant il ot pris congié A la dame et aux damoiseles, et fu
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mont liez de ce que il sot que ces 11 damoiseles li estaient si pro-
cheines. Si pria à Deu qu’il li consente que il lor puisse lor terre
rendre et giter de la poureté où il sont. Il nage tant que il est
venuz vers une roche roonde et estroite et séure autresint conme
une petite messon. Perceval esgarde cèle part, si vit séoir 1 home
dedanz ; il feit aprochier la nef de la roche, puis esgarde et vit une
tranche d’une voie en la roche qui s’en aloit contremont. 11 est
issuz hors de la nef, si s’en vet la petite sente, tant qu’il est venuz
en la petite messon. Il trouve là dedanz un des plus biaux cheva¬
liers del monde. Il avoit un anniax à ses piez et un charchant sur
son col, de quoi li chief de la chaane estait seselée en un grant
perron. Il se dresça ancontre Perceval tantost conme il le vit.
« Sire chevaliers, feit-il, vos estes bien fermez. » — « Sire, se
poisse-moi, feit li chevaliers; je m’amasse mielz aillors que ci. »
— « Vos éussiez droit, feit Perceval ; que vos estes à grant mes-
chief enmi ceste mer. Avez-vos ça dedanz que boivre ne que men-
gier? » — « Sire, feit-il, la fille au chevalier malade, qui meint an
Tille ci près, m’envoie chascun jor an I batel viende tant conme l’an
puet mengier; quar ele a grant pitié de moi. Li rois qui ci m’a
enprisonné li a talu ses. chastiax autresint conme il a feit ma dame
ma mère les siens. » — « Pouroit-vos nus d’ilecques oster? » —
« Sire, nennil, se cil non qui m’i mist; quar il a la garde de sa
serréure avec soi, et me dist, quant il an parti, que je n’en istroie
jà mès. » — « Par mon chief, feit Perceval, si feroiz; se vos
fustes fuill Galobrutus, vos estes fuilz de mon oncle, feit Perceval,
et ge del vostre; si me devroit estre reproché à touz jors mès se
je vos lessoie en ceste prisson. »
Quant Galobrus l’entent qu’il fu fuilz de son oncle, il an ot
moût grant joie. 11 li vot choier aux piez; mès Perceval ne volt, si
li dist : c Ore soiez touz asséur; quar je vos quarrai vostre déli¬
vrance. » Il avale de la roche, si entre an la nef et nage grant pièce ;
si regarde devant lui et vint une ille moult riche et moût plentéu-
reusse; et voit d’autre part, en I petit illet, un chevalier qui est
montez desor un haut arbre qui moût estait granz et brancbuz. H
avoit une damoisele avec lui, si estait desor montez por la poor
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d'un serpant, grant et hideus, qui estoit issuz del cruex d’une
monteingne. La damoisele vit la nef Perceval venir, si li escrie :
« Ha, sire, feit-ele, venez aidier à cest rois qui tasus est et moi qui
damoisele sui. » — «De quoi avez-vos poor, damoisele? » feit
Perceval. « D’un grant serpant, sire, feit-ele; çà nos a feit monter,
de coi je ne doi mie estre dolante, quar cist rois m'a rouvé de la
messon mon père, si m’éust vergondé mon cors se cist serpanz ne
fust seure coruz. » — « Et conment a non li rois, feit Perceval,
damoisele?» — « Sire, Tan l’apele Gobas del chastel de la Baleinne,
cest grant terre est seue, qui si est plenteureusse, et autres terres
assez, que il a tolues à mon père et autrui. » Li rois ot grant ver*
gongne de ce que la damoisele li dissoit, si ne respondi mot. Par-
cevax entendi que c’estoit cil qui son cousin tenoit en prisson, il
est issuz de la nef tantost, Pespée sachiée. Li serpenz le vit, si vint
vers lui, la gueule bahée, et gièle feu et flanbe à grant foisson.
'Pereeval li lance s’espée très parmi la gueule, « Or povez des¬
cendre, » feit-il au roi. « Sire, feit-il, la clef d’une chaanne de coi
uns chevaliers est enserrez, chai, et li serpenz la sessi. » Perceval
li fant la gorge et trove la clef tantost, toute chaude et toute
enflanbée del feu de la serpant. Li rois descendi, qui ne *e dounet
garde de noiant; einz vint, conme il devoit, mercier Perceval de la
bonté qu’il li avoit feite, et Perceval le sessi antre ses braz, si
Panporte an sa nef.
« Sire chevaliers, feit Gohaiz, gardez que vos feistes ; quar je
sui rois de ceste terre. » — « Por ce, fet Perceval, le faz-je. Quar,
se ce fust uns autres, je ne le féisse mie. » — «Ha, sire, feit la
damoisele, ne me lessiez mie cileuc estrarère; mès aidiez-moi
tant que je soie an la messon mon père, le chevalier malade, qui
moût est dolanz de moi. » Perceval oi que ce est la damoisele de
qui Galobrus se looit tant ; il la vet descendre de l’arbre, puis Pan-
moine an sa nef, et s’an revet vers la roche où ses cousins estoit.
« Sire chevaliers, feit Gohaiz, où me metroiz-vos? » — « Je vos
an metroi, feit-il, conme anemi, là où vos aviez mis le fuiz mon
oncle en prison ; si me vancherai de vos et il à sa volenlé. » Quant
li rois oi ce, si ne fu mie joieus, et la damoisele n’en fu mie lait,
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que il déséritoit einsint. Il nagent tant que il sont venus i la roche.
Perceval ist hors de la nef et moine Gohaiz contremont maagré
suen. Galobruos le voit venir, si en moine grant joie, et Perceval
li dist : •« Veez ci vostre anemi mortel ; ore en feistes vostre
volenté. » Il tint ta clef, si le déserre de ses fers de quoi il e 9 toit
enprisonez.
c Galobrus, feit Perceval, ore an Testes vostre plessir de
vostre anemi. » — < Sire, feit-il, moût volontiers. » 11 li serre les
fers ès piez, que il avoit es suens, et après li met le changnon el
col. « Or soit ici, feit-il, en itel manière et an itel prisson conme il
m’avoit mis. Quar je soi bien que il n’iert secouruz de nullui. »
Après, giète la clef en la mer aux plus Ioing que il pot, si senbla
bien à Galobrus que il se vancha bien en tel manière et mielz que
se il Téust [mort]. Perceval en ostroie tout à sa volenté. 11 antrent
an la nef et lessièrent Gohaz tant dolanz an la roche, que onques
puis ne but ne ne manga. Et Perceval enmoine son cousin et la
damoisele, et nagent tant que il vindrent en lor terre, [et Perceval
la reprist i la janl] le roi Gahart toute et l’en fist séure oumage A
touz le plus puissanz et aus sereurs, si que la terre fu toute à sa
volenté. 11 séjorna tant conme li plot; puis s'en parti et pris!
congié A la damoisele [et A Galobrus] qui moult le mercia de sa
terre que il r’avoit par lui.
ïant a nagié Perceval qu’il est venuz près d’un chastel qui
moult duremant ardoit à grant flanbe, et voit un hermitage assez
près desor la mer. Il voit l’ermite A Puis de la chapele. Perceval li
demande qui li chastiax est, qui si est espris. < Sire, feit li her- .
mites, je le vos diroj. Joseph, li fuiz le roi Pelles, i ocist sa mère ;
onques puis, le chastiax ne fina d’ardoir, et si vos di que de cest
chastel et d’un autre movra li feus qui ardra le siècle et metra A
fin. > Perceval se merveille moût et sot bien que ce fust li chastiax
le roi hermite son oncle. Il s’en part A grant esploit ; il passe
111 roiaumes, et puis nueve les gastes et les desertes d’une part et
d’autre la mer ; quar la nef couroit assez près de terre. Il epgarde
en I ille et voit séoir XII hermites desor le rivaje de le mer. ta
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mer estoit coie et série et il feit giter l’ancre pour tenir la coie;
après salue les hermistes, et il l’andinent et responent tuit. Il lor
demande où iL repéroient et il dient que il ont assez près d’illec
XII chapeles, XII messons qui avironent I cimetire où il gissoient
XII chevaliers morz que nos gardons. Il furent tuit frère germein
et moût prodomes, si ne vesqui chascun que XII anz chevalier,
fors que li uns; si n’i ot celui qui ne conquéist grant terre et
grant réaumes sor les mescréanz, et morurent tuit à armes; et
l’einnez ot à non Vilain le Gros, si vint en cest pals des vax de
Kamaalot por vaochier Alibran son frère de la Gaste Cité que li
rois jaianz avoit oeis, et an prist la vengance ; mès il an morust
après, par une ploie que li jaianz li fist. < Sire, feit li uns des
hermites, je fui A sa mort; mès nule riens ne regrettoit-il tant
conme un sien fuilz, et dist que avoit non Perceval ; ce fu li der-
rians des frères qui fina. »
Quant Pérceval oi ce, si en ot pitié, si oissi hors de la nef
et vint A terre et ses mariniers avec lui. Il pria les hermites que il
le menassent au cymetire où li chevalier gisoient, et il si firent
moût volentiers. Perceval i est venuz, si voit les sarquex moût
riches et moût biax et les chapeles moult Lien aornées, et gisoit
chascuns sarquex contre l'autel de chascune chapele. « Seingnor,
liquex sarquex est au seingnor de Kamaalot? » — «Cil plus hauz,
font li hermites, et li plus riches; quar ce fu li ainznez de touz
les frères. » Perceval s'agenolle devant; après, acole le sarquex et
pria pour l’âme de son père moût doucement, et ala en tel manière
A touz les autres sarquex. Il se herberga la nuit avec les hermistes
et lor dist que Villein le Gros fu ses pères et tuit li autre si oncle.
Li hermite furent moult joiant de ce qu’il i fu venuz, et l’ande-
mein, ençois qu’il s’en partist, oi la messe A la chapele son père et
aux autres, IA où il pout. 11 antra an la nef, si s’an vet A grant
esploit; et la nef a tant couru que il aproche les illes de la Grant
Breteigne. Il arriva au chief d’une forest, desouz la Vermeille Tour
dont il avoit le seingnor ocis, IA où Mélioz délivra monseingnor
Gauvain. Il est issuz fors de la nef et tret fors son cheval et s^est
armez et conmanda le marinier A Deu. Il mont sur son destrier,
st
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touz armez; si s’en vet parmi la terre, qui moût estoit ride de
jant; quar il mesmes an avoit ocis la greingnor partie, si n’an
savoit riens. 11 cheyauche tant, très parmi le païs, que il vint, à
l’avesprir, à un recet qui ert en une grant forest, et se pensa qu’il
ira dedanz l’ermitage; et est venuz au recet droit, et yoit 1 cheva¬
lier gésir à l’entrée de la porte sour une coste de paile, et séoit
une damoisele à son chevez, de moût très grant biaulé, et tenoit
le chevalier an son giron.
Jji chevaliers la lesdengoit d’eurres an autres, et disdoit
qu’il li feroit trenchier la teste se il n’avoit ce dont il estoit an
désir, qu’il estoit messiax. Après, esgarda la dame qui le tenoit et
qui le servoit moult doucemant ; il la tint à bone dame et à loial.
Li chevaliers malades apela Perceval : < Sire, feit-il, estes-vos
céanz venuz pour herbergier? » — « Sire, feit Perceval, se il vos
plest, g’i herbergeré. » — < Dont ne me blâmez mie, feit li che¬
valiers, de ce que vos me verrez feire ma famé? » — t Sire, feit
Perceval, puisqu’ele est vostre, vos an devez fere vostre plessir.
Mès an toutes chosses doit en sa voie garder. » Li chevaliers se fet
reporter dedanz son manoir, qu’il out esté à l’air tant conme li
plout, et conmande à sa famé qu’ele face moût honorer cel cheva¬
lier qui venuz est herbergier là dedanz. « Mès gardez, feit-il, que
vos ne soiiez véue à la table; mès mengiez, einsint conme vos
soûlez, à la table ax valiez. Quar, trusqu’à cele bore que je aie la
coupe d’or que tant désire, ne vos pardonrai-je mon mautalant. »
Perceval se fu désarmez. La dame li out aporté un sercot
d’escarlate por vestir, et il li demandoit de quoi ses sires la portoit
et la chaisoil en tel manière, et ele li conta tuit einsint conme
Lanceloz l’avoit mariée à lui, et conment ses sires l’avoit puis
désanorée. « Sire, feit-ele, ore est devenez messiax puis, et a I frère
autresi malade conme il est ; si li a sa terre tolue Gohaz del chastel
de la Baleine, de quoi missires est moût dolant, ne onques puis
hestiez ne fu que il le sot. Et vos savez bien que tiex genz se co-
rucent de pou, et sont moult joiant quant il ont une petite chosse
qui lor plest, quar il mainent tous tens an désirer. Mes sires a 01
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— 330 -
peler «Fine coupe d’or que une damoisele porte, qui moût est
riche et de greingnar valor que nule que l’en véisft grent tans a ;
uns chevaliers vet avee la damoisele qui la coupe porte et dist que
nus ne la pnet avoir si n^est li mîeudres chevaliers del monde.
Misires m’a dist meintes foiz, puis qu’il an oï noveles, que jà ses
maux talenz ne me seroit jà pardonnez tant qu’il auroit la coupe.
Mès il est si ireus, avesques touz ce, de son frère, que perdu a sa
terre, que je le conper moût chier, quar je li faz toute sa volenté,
et si ne puis avoir biaux conmandemant de lui ; ne jà, por mal que
H m’en face ne pour vilenie que il m’en die, ne sera encontre lui
de riens que il n’aille. Quar je le veull avoir, si Foi; bénoiet soit
Lanceloz par cui ce fu. Autretant conme je l’amoi en sa senté,
l’ain-ge en sa maladie, et plus encore, por ce que je veull déservir
que Dex m’en cha meillor gré. »
« Dame, felt Perceval, l’en vos doit moult proissier de ce
que vos an distes ; mès vos li poez bien dire par vérité que li rois
malades, ses frères, a toute sa terre quite et sa fille, quar je fui
au reconquarre et si connois le chevalier bien, qui le rendi. Mès
de la coupe d’or ne vos sai-ge à dire noveles. » — « Sire, feit-ele,
la damoisele la doit porter à une assenblée qui doit estre de che¬
valiers ci près desouz la Blanche Tor ; là la doit l’en douner au
meillor chevalier et à celui qui mielz le fera à l'asenblée, et li
chevaliers qui la damoisele suit la doit porter là où cil li conmen-
dera qui l’aura conquise, se il la velt à autrui donner que soi. » —
« Dame, fcit Perceval, je sai bien que cil qui la coupe conquerra
par pris d’armes sera moût cortois se il la vos tramest, et Dame-
denx ostrait que cil l’ait qui tel bonté vos an feroit conme vos en
verroiz. » — t Sire, feit-ele, je cuit bien que, ce Lanceloz i estoit,
ou il ou misires Gauvains, que il la conquarroient, et, se il lor
menbroit de moi, que il séussent conmant il m’est convenant, ore
il me croantetoient la coupe. » — < Dame, feit Perceval, par l’un
de ces II, la devriez-vos bien avoir; quar il ont meintenant grein*
gnor conqueste fêle. » Ele s’en vet à son seingnor et ele li dist :
« Sire, feit-ele, ore soiiez plus joieus que vous ne soûliez; que
vostre frère r’a sa terre toule quite. Quar li chevaliers qui çà
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dedans est, fu au reconquarre. » Li chevaliers malades Tôt; si en
ot moût grant joie : < Alez, feit-il à sa famé, si annorez moût le
chevalier; mès gardez que vos ne séez autremant que vous ne
soûliez. » — t Sire, feit-ele, non ferai-je. »
La damoisele feit Perceval asséoir au mangier ; quant il
ot lavé, il cuida que la dame déust venir séoir dejoste lui; més
ele ne vost trespasser le conmandemant son seingnor, Quant Per¬
ceval fu assis à la table et il ot esté serviz del prumier mès,
adonques ala la dame aveques les valez soier. Perceval fu moût
honteus de ce qu’ele séoit en bas; mès il n’en voloit pasler; quar
ele li avoit auxques dist la manière de son seingnor. Et jut la nuit
el recest et, l’endemein, quant il ot pris congié, s’en parti et se
pensa an son courage que li chevaliers feroit bone chevalerie et
grant auxmosne qui à cel chevalier malade feroit sa volenté de la
cope, einsint que la dame fust ostée de l’anui où ele estoit; quar
tuit li chevalier qui le savoient en dévoient avoir pitié. Perceval
s’en vet conme cil qui est en grant désirrer d’aconplir son afeire et
moût connoistre le r’aler el chastel où la chaanne d’or s’aparut à
lui, quar il ne vit onques mès manoir qui tant li pléust. 11 a tant
chevauehié qu’il est venuz en la durersse forest le roi hermite qui
tant est lède et hideusse que n’i a feulle ne verdor, en yver ne en
esté, ne chanz (fossel n’i fu onques oïz; ainz est la terre laide et
arse et les crevaces grant. 11 n’out gaires alé quant il a consivi la
damoisele del char qui moût grant joie fist de lui : « Sire, feit-ele,
ge estoit chanue la première fois que je vos vi ; or povez-vos savoir
que je sui chevelue. > — « Certes, oïl, feit Perceval, si conme il
m’est avis, en très grant biauté de chevax. » — < Sire, fet-ele, je
souloie porter mon braz & mon col en une toaille d’or et dissoie
por ce que je cuidoie avoir le servisse emploié mauvessemant, que
je vos fis en l'ostel le roi Peschéor vostre oncle ; mès voi-ge bien
que non ai ; ore port l’un bras autresint conme [l’autre], et la
damoisele qui souloit aler à pié vet à cheval ; et bénoiez soiez-vos,
qui si vos estes provez en bonté par bone manière de vostre cuer et
par le conmancemant de vostre bon lignage qui vos resanblez de
tostes bones teches! Sire, feit-ele, je n’os aprochier del chastel,
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quar il i a archiers qui traient si très duremant que nus n’i puet
durer vers lors cox, et si ne cesseront, ce dient, trusqu’à icele bore
que vos i venissiez. Mès je soi bien por quoi il cesseront adonques ;
il vos venront enclorre dedanz pour ocierre et pour destruire ; mès
tuit cil qui léanz sont n’auront pover ne volenté de vos mal feire
fors que li sires del chastel ; mès cil se conbatra à vos moût volen-
tiers. »
Perceval s’en vet vers le chastel au Noir Hermite et la
damoisele del char après. Li archier del chastel traient et desco¬
chent duremant. Perceval s’en vet grant aléure avant; cil ne le
connoissoient mie pour l’escu blanc; ençois quident que ce soit
uns auxtres chevaliers ; il li enferrent meintes saiètes en son escu.
Il aprocha I pont tornéiz, [que gardoit] une très grant vivre laide
etorrible; et li ponz a beissiez tantost conrae il vint et tuit li
archier lessièrent à treire. Adonc sorent-il bien que c’estoit Per¬
ceval qui venoit. La porte fu uverte por lui recevoir ; quar cil de
la porte et cil de lèanz cuidoient avoir pover de lui ocierre. Mès,
tantost conme il le virent, il an perdirent la volenté et furent tuit
mat et sans puissance, et distrent que il an metroient cest afeire
sor Ior seingnor, qui fors estoit assez et puissanz d’un honme
ocierre. Perceval antra, touz armez, dedanz une grant sale et la
trova tout avironée d’une grant gent qui moût estoient lait à voier.
Estoit moût grant et sanbloit estre de noble seingnorie cil que l’an
apeloit le Ner Hermite, et estoit enmi la sale touz armez, c Sire,
distrent si onme, se vos n’avez desfanse de vos méismes, vos n’an
aurez jè conseull ne aide de nos.
« Los soumes à vous à garder, à garentir, et meintes foiz vos
avons desfandu ; or nos desfendez à cest grant besoing. » Li Ners
Hermites séoit sur un grant chevaux noir, et estoit moût richemant
armez. Tantost conme Perceval le choissi, il vient de si grant
ravine vers lui que il feit toute la sale tentir ; et li Noirs Hermites
autresi. Il s’entrefièrent de si grant vertu. Li Noirs Hermites brisse
son glaive sor Perceval ; mèé Perceval [le fiert] de si très grant
vertu à senestre, desor l’escu, que il le porte à terre jus del cheval,
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si que il li froisa, au choier que il fist, II des mostres costes el
revire. Et, quant cil le virent choier, qui là dedanz estoient, il
oyrèrenl le pertuis d’une grant fosse qui ert anmi la sale. Tantosl
cornue il l’orent ouverte, la greindre puor en oissi que nus sentist
onquei. Il prennent lor seingnor, si le giètent en celé abisme et an
cele ordure ; après vindrent à Perceval, si li rendent le chastel et
se mestent an sa merci del tuit. Atant ès-vos la damoisele del char
qui vient ; l’en li rent les chiés séélez en or et le chief del roi et de
la roiine; si s’en est partie atant; quar ele set bien que Perceval
achèvera bien son afère sanz lui. Ele se part del chastel els’en vet,
au plus tost qu’el pot, vers les vax de Camaalot. Et tuit cil del
chastel qui fu au Ner Hermite sont obéissant à Perceval de fère sa
volenté et li ont en convant que jâ mès li chevalier ne seront tra¬
vailliez an tel point conme il l’ont esté trusqu’à hore; ainz i seront
recéuz volentiers li trespassant chevalier autresint conme en autres
leux. Perceval se parti del chastel, joianz; quar il l’outatreit à la
créance Nostre Seingnor, et fist l’an son servise là dedans chascun
jor, autresint seinlemant conme l’an feit aux austres leus.
Dont se dout asmer bons chevaliers qui par la bonté de
son cuer et par sa loial chevalerie a achevez touz les afères que il a
anpris, sans reproche et sanz blasme. Perceval ot tant chevauchié
que il a consivi la damoisele qui la riche coupe d’or portoit et le
chevalier qui avesques estoit. Perceval le salue, et li chevaliers li
respontque bénéoist soit-il de Dieu et de sa douce mère, c Biaux
sire, feit Perceval, est ceste damoisele de vostre conpagnie? » Feit
li chevaliers : < Ainz sui-ge de la seue. Mès nos alons à une
assenblée de chevaliers qui doit estre desouz la Blanche Tor, por
esprover liquex vorra mielz, [et sera] à celui qui le pris aura de
l’asenblée, délivrée ceste cope d’or. » « Par mon chief, feit Per¬
ceval, se iert moût biaux. > Il se part del chevalier et de la damoi¬
sele et s’an vet grant aléure, enmi les prez, desouz la Blanche Tor,
où li chevalier venoient de toustes parz ; et s’armoient jè li plussor
por fors oissir. Tantost conme il fu séu que la damoisele à la coupe
an fu venue, si assenblèrent les rostes de toutes parz et fu granz
li fécéiz. Perceval se fiert à l’ensenblée, qui meint chevalier abat et
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cravente an son venir, et en donne tant de cox et tant an reçoit
que tuit cil qui Tesgardent se merveillent mont conmant il le puet
soufrir. L'asanblée dura trusqu'à l’avesprir, et, quant ele fn faillie,
la damoisele vint ax chevaliers, si lor pria et requist que il li
déissent, par droit jogemant d'armes, liquex l’avoit mielz feit. Li
plusor distrent que cil au blanc escu les avoit touz passez d’armes
et tuit si acordoient. La damoisele an fu moût liée ; quar ele savoit
bien que dissoient vérité. Ele vint à Perceval : « Sire, feit-ele, je
vos présant ceste coupe d'or pour vostre bone chevalerie, et si est
bien droiz que vos sachiez dont la coupe vint. L’ainznée damoisele
de la tente où les males couslumes souloient estre, la tranmist à
monseingnor Gauvain. Misires Gauvains en fist moût grant joie.
Si avint chosse an tel point que Brundans, le fuilz de la seror
Brians des Illes, ocist Méliot de Logres, le plus cortois chevalier et
le plus vaillant qui fu el réaume de Logres; si en est misires Gau¬
vains si dolanz que il ne set conroi de lui méismes. Quar Mélioz
l’avoit rescox de mort deus foiz, et li rois Artus une. Il estoit hom
lige monseingnor Gauvain. Si vos requiert et prie de par lui que
vos ne recevoiz mès la coupe se vos ne le devez vanchier. Quar il
estoit amez de toute la cort, et si n’i avoit gaires hande. Brundans
l'ocist en traïsson, que Mélioz ne se dounet garde de lui. » —
< Damoisele, feit Perceval, jà n’en fust-il néiant de la coupe, si
vorroie-je fère la volonté monseingnor Gauvain ; quar je nesauroie
amer honme qui déservie éust sa haine. » Il prant la coupe en sa
mein. « Damoisele, feit-il, je vos an mercie moût et Deux le me
lest garredouner. » — « Sire, feitr-ele, Bruians est moût orgeullex
chevaliers, si porte un escu parti de vert et d’argent. Onques sa
connoissance ne vost changier, quar tele le porta ses pères. » Per¬
ceval apela le chevalier qui de la conpagnie à la damoisele estoit :
« Je vos requier, feit-il, an guerredon et an servise, que vos ceste
coupe me portez au recest del chevalier malade et si dites à sa
famé que li chevaliers au blanc escu, qui là dedanz fu herbergiez,
li tramest par vos. » — « Sire, feit li chevaliers, ce ferai-je bien
por vostre volenté aconplir. » 11 prant la coupe pour fornir le
mesage, si s'en part atant.
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— 844 —
La nuit, jut Perçeval el chastel de la Blanche Tor, et l’an*
demein s’en parti corne cil qui volentiers ferait chosse de quoi
misires Gauvains li séust gré. Il l’avoit oï meintes foiz paler de
Méliot de Logres et de sa chevalerie et de sa grant valor. Il estoit
antrez an une forest, si avoit messe oïe à un hermite, dont il
s’esthit partiz. Il vint au Chastel Périlleux qui estoit ilesques près,
là où Mélioz jut malades, jut navrez, quant Lanceloz li porta
l’espée et le drap que il atoucha à ses ploies. Il antra dedanz le
chastel et descendi. La damoisele del chastel, qui menoit moût
grant deul, vint ancontre Perceval. < Damoisele, feitril, por quoi
estes-vos si dotante? » — Sire, feit-ele, pour un chevalier que je
avoie gardé et gari çà dedanz, que Brundans a mort en traisson,
et Damedex nos an achast encore vanchance; quar je ne vi onques
si cortois chevalier. » Si conme ele paloit an tel manière, atant
ès-vos une damoisele qui vint : « Ha, sire, feit-ele à Perceval,
remontez et si nos venez aidier ; quar je ne truis plus de chevaliers
an ceste terre ne an ceste forest fors vos tout seuil. » — « Quel
mestier avez-vos de m’aide? ». feit Perceval. « Uns chevaliers
enmaine ma damoisele à force, qui s’an aloit à la cort le roi
Artus. » — « Qui est vostre damoisele? » feit Perceval. « Sire,
c’est la meinnée de la tente où misires Gauvains abati les mau-
vesses coutumes. Por Deu, si vos hastez, quar il la lesdangè
moût, pour l’amor del roi et de monseingnor Gauvain. » Perceval
remonte (antost et ist hors del chastel à esporon. La damoisele Je
moine tout ausint conme li chevaliers s'an va. 11 n’ont gaires che-
vauchié quant il les aprocha; il oï la damoisele crier merci moût
duremant, et li chevaliers dissoit que il n’en aroit merci, ainz li
dounet parmi le chief et parmi le col del plast de l’espée.
Perceval choissi le chevalier et connut l’escu tel conme l’an
li ot dévissé. «Sire, feit-il, vos menez trop vileinenmant celedamoi¬
sele. Que vos a-ele mesfet? » — « Qu’an tient, feit Brundans, de
moi et de lui? » — < Je le di, feit Perceval, por ce que nus che¬
valiers ne doit fère à damoisele vilenie. » — « Il ne demora jà por
vos. » feit Brundans. 11 hauce l’espée et rant à la damoisele si
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très grant cop del plat qu 9 il la feit toute anbrouehier, si que li
sanc li roie parmi la bouche et par le nez. « Par mon chief, feit
Perceval, à cest cop vos desfi-ge, por la mort de flléliot et pour la
honte que vos avez feite à ceste damoisele. » — < Que nus ne vos
pouret trop chier vanter que vos avez cuer de moi envaïr. » —
< Vos le verrez jà, » feit Perceval ; si se trait arières por mielz
anpeindre et muet vers lui quant que cheval puet corre, et le fiert
si très duremant que il li troe l’escu et li fausse son hauberc ; puis
li anpeint son glaive el cors par si grant vertu que il abat tuit an
un mont, lui et son cheval, si qu'il li froissa an II les janbes, au
choier ; puis est sor lui descenduz, si li abesse la coife, et li deslace
la ventaille; après, li tranche la teste, t Damoisele, feit-il, tenez,
je la vos présant; si vos pri et requier, puisque vos iroiz à la
cort le roi Artus, que vos li portez, et si le me saluez avant et diroiz
à monseingnor Gauvain et à Lancelot que ce est ici li derrians
présanz que je lor cuit mès fère; quar, je les cuit jà mès voier, et,
où que je soie, je seroi lor bienvollanz, ne je ne m’en pourroie
oster de l’amor, et je lor voroie avoir feit autretel présant del chief
à louz lor anemis; mès que Dex ne m’en séusl maugré. * La damoi¬
sele l’en mercie de ce que il l’a délivré des meins au chevalier, et
dist qu’ele s’an loera moût au roi et à monseingnor Gauvain. Ele
s’en tel et anporte le chief, et Perceval la conmanda à Deu. Il
revint arières au Chastel Périlleux. La damoisele an fist moût
grant joie, quant ele sot que il avoit Brundant ocis. Perceval jut
cele nuit et l’andemein s’en parti, quant il out la messe oïe. Quant
il vint hors del chastel, si enconlra le chevalier par qui il avoit
tramise la coupe à la famé au chevalier malade. Perceval li
demande conment il li est. < Sire, feil-il, je ai moût bien forai
vostre mesage, quar onques chosse ne fu onques si reeéue an gré.
Li chevaliers malades a à la dame pardouné son mautalent; ele
menguë à la table et feit l’an à l’ostel son conmandemant. » —
« Ce m’est moût bel, feit Perceval; si vos mercie de cest mesage. »
— c Sire, feit li chevaliers, il n’est chosse que je ne féisse por
vos ; quar vos féistes mon frère hardi chevalier là où vos le véistes
prumièremant [couart. » — « Sire, feit Perceval, si ne pensez] que
il vesquist ancore se il fust an la eoardisse. t — < Sire, feit-il,
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- 346 —
il pot mielz morir, quant il fust mort à annor, que il vesquist à
honte. Ne je n’en fui mie liez de sa mort, quar il esloit hardiz
chevaliers, et fust ancore plus se il vesquit auques. »
i erceval se part del chevalier et le conmanda à Dieu. Il a
tantherré I joret autre que il est revenuz à son seintime ch as tel,
et trova là dedanz sa mère et sa seror, que la damoisele del char i
avoit amenées. La novele dame i out feit aporter le cors qui gissoit
el sarquex devant le chastel de Kamaalot, en riche chapele que ele
i avait estorée. Sa seur aporta le drap qu’ele prist an la gaste cha¬
pele, si le présanta là où li Graax estoit. Perceval fisl porter le
sarquex de l'autre chevalier qui estoit à l'entrée de son chastel,
dedans la chapele autresint, et mestre dejoste le sarquex son oncle,
neonques mèsne le pot remuer. Josephus nos raconte que Perceval
fu an cel chastel grant tans que il onques ne se mut por nul aven¬
ture querre; ainz avoit si son courage atorné au Sauvéor del monde
et sa douce mère que, il et sa seur et la damoisele qui là dedanz
estoit, menoient seinte vie et religieuse. Furent là dedanz einsint
conme Dex plot, tant que sa mère desvia et sa seur et trestuil cil
qui là dedanz estoient, fors que 1 seul; li hermite qui procheins
estoient del chastel les anterrèrent et chantèrent les messes, el vienent
chascun jor, si se conseillent à lui por la saintéé que il li voient
feire et pour la bone vie que il i menoit. Si conme il estoit un jor à
la seinte chapele où les reliques estoient, atant ès-vos une voiz qui
là dedanz descent : « Perceval, feit la voiz, vos ne demorez mie
longuemant çoianz; si veust Dex que vos départez les reliques aux
hermites de la forest là où ses cors iert serviz et anorez, et li sein-
times Gréax ne s'aperra plus çà dedanz ; mès vos sauroiz bien
trusqu’à brief terme là où il ière. » Quant la voiz s’en parti, tuit
li sarquex qui èrent là dedanz croissirent si très duremant que ce
sanbla que la mestre sale chéist. 11 se saingne et benéie et con¬
manda à Deu. Li hermite vinrent à lui I jor; il lor départi les
seintes reliques, il an édéfièrent seinte isglisse et messons de reli¬
gions que Tan an voit ès terres et ès illes. Joseus le fuiz le roi
hermite demora là dedanz avesques Perceval por ce que il sot bien
que il s’an partiroit par tens.
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— 347 —
Perce val esloit I jor [en la chapele et oï] araine soner mont
haut par defors le manoir devers la mer. Il vint aux fenestres de
la sale et voit venir la nef à la blanche voile et à la croiz vermeille,
et avoit dedanz les plus beles ganz qu'il onques véist; si estoient
tuit vestu en itel manière conme s'il déussent messe chanter. Quant
la nef fu ancrée desoz la sale, il alèrent orer à la seintime chapele.
Il aportèrent les plus riches vessiaux d'or et d'argent que nus véist
onques, autresint conme sarquex, et mirent an, l’un des III cors de
chevalier qu'il an ont aporté là dedanz et le cors del roi Peschéor
et la mère Perceval. Mès nuie oudor del monde n’est si souef.
Perceval prist congié à Joseph et le conmenda au Sauvéor del mont
et toute la menantisse dont il se partait autresint. Li prodonme qui
an la nef estoient les seingnièrent et bénéirent autresint. La nef an
coi Perceval estoit s'eslongna ; I voiz issirent del manoir qui au
partir les conmendent à Deu et à sa douce mère. Josephes nos regorde
que Perceval s'en parti en tel manière, ne onques puis ne sot nus
homes terrians que il devint, ne l'estoire n'en parole plus ; mès
l'estoire nos dit que José demora el chastel qui fu le roi Peschéor
et s’anserra là dedanz si que nus n'i pot antrer, et il vivoit de ce
que Damedeux li anvoiet. Il i demora grant tans après ce que
Perceval s’en parti, et iina là dedanz. Après la fin, conmença li
manoirs à déchoier. Mès ouques n'enpira la chapele, ainz fu adès
an son bon point et est ancore. Li leus estoit lointeins de janz el
sanbla estre li leus auques divers. Quant il agasti, les plussors
gens des illes et des terres qui plus procheins estoient se mer-
veillent que ce puest estre en cel manoir; il prisent an plussors
que il iroient voier que c'estoit dedanz et il i alèrent par toutes
les terres, si n’i ossa nus plus antrer, fors que dui chevalier
galois qui paler an oïrent. Il estoient moult biau chevalier et
moult jone et anvoissié. Li uns fiança à l'autre qu'il iroient par
anvoisséure; mès il i demorèrent puis grant pièce, et, quant il
revindrent fors, il menèrent vie d'ermites et vestirent les haires
et aloient par la forest, si ne mangoient se racines non, et menoient
moût dure vie ; mès il lor plessièrent moult, et, quant l'an lor
demandoit por quoi il se duissoient en tel manière : « Alez,
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— 848 —
fessoient-il à eeus qui lor demandoient, ià où uos feutnes, si
sauroiz le porquoi. > Einsint respondent aux gens. Cil dui cheva¬
lier morurent an cele seinte vie, ne onques autres noveles n’an
portoient par ceus; cil de cele terre le appeloient sains.
Gi faut li contes del seintime Graal. Joseph, par qui il est
an remanbrance, doneja bénéicon Nostre Seingnor à celz toz qui
l'entendent et honorent. Li latins de coi cist estoires fust traite an
romanz fu pris an l’ille d’Avalon, en une seinte messon de religion
qui siet au chief des mores aventureusses, là où li roi Artus et la
rolne Guenièvre gissent, par les tesmoing de prodomes religieus
qui là dedanz sont, qui tote l’estoire en ont, vraie dès le conmance-
mant trèsqy’à la fin. Après iceste estoire, conmence li contes si
cornue Brians des llles guerpi le roi Artus por Lancelot que il
n’amoit mie et conme il aséura le roi Claudas, qui le roi Ban de
Bénoic toli sa terre. Si parole cis contes conment il le conquist
et par quel manière, et]si corn Galobrus de la Yermeille Lande vint
à la cort le roi Artus por aidier Lancelot, quar il estoit de son
lignage. Cist contes est moût Ions et moût aventureus et poisanz ;
mès li livres s'en téra ore atant trusqu’à une autre foiz.
Por le seingnor de Neele fist li seingnor de Cambrein cesl
livre escrire, qui onques mès ne fu troitiez que une seule foiz avec
cestui en roumanz; et cil qui avant cestui fust fez est si anciens qu*à
grant poine an péust Tan choissir la lestre. Et sache bien misires
Johan de Neele que l'an doit tenir ceste conte cheir, ne l’an ne
doit mie dire à jent malentendable ; quar bone chosse, qui est
espendue outre mauvesses genz, n’est onques en bien recordée
par els.
ExptU le romanz de Pettemaus le fuiz au roi PescMeur.
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SOMMAIRE
Oljet du livre, autorité, but, /ugr* 1. — Lignage de Pereeval, 9. —
Décadence du roi Arthur, ta résolution de se relever. // /wr/ et tue
le Noir Hermite, 4-17. h»- Histoire de la jeunesse de P., 17*90. —
Prophétie au roi, 29. — Fête à la cour.. Vécu de Joseph tfArimathie
y est envoyé par le roi Pêcheur, il est destiné au Bon Chevalier, 93. —
Oauvain se met à la recherche du Oraal, il bat un cher, du Noir Her¬
mite, 28-32. — Clamados cherche P. pour venger son père, 35-39. —
O. secourt la mère de Pereeval et lui rend son château, 40-45. —
Histoire de Marin le jaloux qui tue sa femme, 45-54. — Histoire de
VOrgueilleuse. O. lui échappe, 55-58. — O. adopte le fis du jaloux :
Méliot de Logres, 59. — P, malade après un échec gu Oraal, 62. —i
O. n'est pas reçu au château du Oraal parce qu'il n'a pas P épée de
saint Jean. Il la cherche, 63-69. — Il refuse Vamour des demoiselles
des Tentes, et la mauvaise coutume, 69-70. — Il venge Oorgalan,
qui lui donne Vépée de saint Jean et se fait chrétien, 70-76. —
O. retourne au château du Oraal; diverses aventures Varrêtent, il y
arrive, 77*79. — O. voit deux fois le Oraal, il se tait et échoue, 79-91.
— Q.vaau secours de Lancelot. Oladoen est tué en défendant Z.; L. fra¬
ternise avec le frère de Oladoen et lui reconquiert son domaine, 92-97.
— Histoire du château des Barbes. L. en sort vainqueur, 97-99. —
Z. cherche le Oraal, U en est détourné : par Vaventure du cimetière,
100-101, — par l'aventure de la ville dévastée 102, — et par P. qui le
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provoque pour essayer ta force. Ils tout blessés tous deux, mais P • moins
que Z., 106-108.
Clamados armé chevalier tue le lion de Méliot et arrive chez là reine des
Tentes, 108-113. — P. tue Chaos le roux; la reine des Tentes se prend
d'amour pour y lui. Clamados le provoque et est provoqué par Méliot
qui le blesse mortellement, 114-121. — L. défend le pauvre chevalier
contre Matin, 121-123. — L. refuse la royauté d’une ville brûlée,
124-125. — Il pend des voleurs qui attaquent P ermitage de José, fils
du roi Pelles, 125*127. — Il arrive à la cour de Oraal, il se confesse
et ne peut se repentir d'aimer la reine, ce qui Vempêche de voir le Graal,
128-131. — L. force un chevalier à épouser une jeune fille qu'il a en¬
levée, 132-135.
P. attaque son oncle, le roi paien du Château Mortel qui veut conquérir le
Graal et la lance. Le roi prend la fuite, 136-139. — La soeur de P.
demande secours au roi Arthur. P. emporte Vécu de J. d'Arimathie .
G. et L. vont à la recherche de P., 140-145. —* G. rencontre P. deux
fois et le voit triompher dans un tournoi, sans le connaître, 145-155. —
L. cherche P. chez l'ermite José; aventure du Cercle d'or, danger que L .
court chez les voleurs où il est assiégé, 156-161. — G. et P. se ren¬
contrent et délivrent L., 162-165. — Histoire de Lohot, fils d'Arthur,
qui tue un géant et est tué en trahison par le sénéchal Keu, 169-170.
P. rencontre sa sœur. Elle va au cimetière périlleux, 170-176. — P. va
chez sa mère. Ils arrivent ensemble chez leur mère. Combats, première
vengeance. Mort du sire des Mores, 177-184. — Le roi Pécheur est mort,
le roi du Château Mortel rétablit le paganisme et massacre les chrétiens.
Prière de la mère de P. à son fils, 185. — Le chevalier au Dragon
ravage le royaume, P. pari. Scènes allégoriques dans la foret, 186-188.
— P. change le chevalier Couart en Hardi chevalier, 189-191. —
P. marche contre le chevalier au Dragon. Le Château Tournant : à la
vue de P., tout le peuple se fait chrétien, 192-197. — L'ile des Élé¬
phants. P. triomphe du chevalier au Dragon ; il reçoit le Cercle <Tor,
198-201. — Le Château de Cuivre : P. y détruit le mauvais culte. Tous
les paiens sont tués, sauf trois qui se font chrétiens, 201-203. — P. chez
le roi ermite. Explication des scènes allégoriques et de ses victoires.
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J
- 351 -
Nouveaux devoirs : les sujets du roi Pécheur sont redevenus païens,
204-208. — P. se met en campagne avec 12 ermites . Le Château Mortel :
P. s'empare des neuf ponts par force et par miracle. Le roi païen, son
oncle, se tue . Te Deum, miracles, 209-217.
Suite de V histoire de Lohot . Ken dévoilé prend la fuite, 218-222.
Le roi va au Graal avec G. et L. Suite de l'histoire du château des Barbes.
L. triomphe, 223-228. — Suite de Fhistoire du chevalier marié malgré
lui . Vengeance du mari, 228-229. — Naissance cF Arthur, 229-231. —
Suite de F histoire de la ville dévastée. L. en danger de mort; son cou¬
rage sauve la ville, 231-235.
Tournoi pour le Cercle d'or. G. emporte le prix, 236-242. — Le roi et
G . secourus par L. et Méliot. Le roi et L. vont au Graal, G. va recon¬
quérir le château de Méliot, 242-245. — Tournoi pour la couronne et
le destrier de la reine Genièvre. Arthur est vainqueur et apprend la
mort de la reine et le danger du royaume. L. court à sa défense, 245-
248. — Arthur est reçu au Graal par P., 248-251. — P. va délivrer
sa sœur des mains dPArïstot, 251. — Naissance de G., 252-254. —
L. arrive au château des Serpents, est sauvé par Famour de la fille du
châtelain dont il refuse Famour, 255/262. — L. au tombeau de la
reine, 262. — L. à Cardeil . Combats, victoires, 263-268. —Le roi et
G. cernés sont secourus par Méliot. Ils s'arrêtent au tombeau de la reine
et arrivent à Cardeil . Keu s'enfuit, 268-270.
Arthur est sommé par Madeglant, roi èPOriande, de lui rendre la Table-
Bonde ou dP abandonner le christianisme, 271. — • La guerre continue,
Briant fait prisonnier se rallie au roi et devient sénéchal, 272-274. —
Nouvelle sommation de la sœur de Madeglant, Gendrée. Invasion de
F Albanie par Madeglant. L. la repousse, 274-277. — Le roi Claudas
provoque L. Conspiration de Briant . Nouvelle invasion, Briant se laisse
vaincre, 277-281. — Aventure de la chapelle Périlleuse . L. en est
chargé . Il réussit, 281-289. — Suite de F aventure du château des
Serpents. Nouveau refus d'amour de L., 289-291. — Méliot est guéri.
La demoiselle qui aimait le chevalier que L. a forcé cPépouser sa rivale
pardonne à L., 291-292.
Suite de la guerre dPAlbanie. Briant est vaincu • Z. tue Madeglant, il tue
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les païens qui refusent le baptême ; le reete se/ait chrétien, 993-894. —
Disgrâce de L., 995-997.
P. tranche la tête cVAristot, 899-303. — Il tue le Houx chevalier et son
lion, 303-306. — Il arrive chez sa mère, 306-307. — Mort et ven¬
geance d'un chevalier auquel P. a donné le cheval cVAristot. Châtiment
d'un chevalier qui veut jeter une demoiselle aux serpents , 308-311.
Expédition de P. contre Cendrée. Le Château Enragé, miracle, les païens
s'entretuent . Le Château de Cendrée : miracle , songe et conversion de la
reine, 311-318.
Cruautés du chevalier de la Oalie; Méliot le tue, 318-390. — Méliot
délivre G. Méliot et G . voient P. en mer et en grand danger, 391-324.
Expédition de Claudas en Albanie . L. rentre en grâce. Briant quitte la
cour, 324 827.
P. aborde au château des ermites. Merveilles , 327-332, — Galobrus est
délivré par P. 332-336. — Histoire du château en flammes, 336. —
P. arrive aux tombeaux des rois du Graal; il prie iur la tombe de son
père, 337. — Suite de Vhistoire du chevalier marié malgré lui. Détou¬
rnent de sa flemme, 338-341. — Le Château du Noir-Hermite est rendu
au christianisme par P., 841*342.— Fin de vXistoire du chevalier marié
malgré lui. Réconciliation, 342-345. — P. tue Brupdans quia tué
Méliot, 344-346. — P. rentre au château du Graal et s'y voue à
Dieu avec sa famille, 346. — Sa mère et sa sœur mortes, P. quitte le
château et se retire dans Vile des ermites où il meurt. Conclusion ,
347-348.
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Le roman en prose, publié dans ce volume, semble inconnu, et sauf
quelques fragments, unique.
Les bibliothèques de l’Europe ont été explorées par des savants dont
l’attention était acquise au cycle de la Table Ronde; aucun bibliographe
dans ses recherches, aucun critique dans ses études, ne signale une œuvre
semblable. M. Paulin Pâris a consacré, dans son Catalogue des manuscrits
de la Bibliothèque nationale de Paris, une longue étude à la Table Ronde ;
il n’en dit mot. M. Francisque Michel, éditeur d’un Graai en vers, a
visité les bibliothèques d’Angleterre; il n’y a rien trouvé de pareil.
MM. Leroux de Lincy, de la Villemarqué, Fauriel et vingt autres cri¬
tiques sont dans la même situation. M. Jonckbloet a publié un long
poème flamand de ce cycle, en y ajoutant les sources françaises en prose ;
il n’a rencontré rien qui ressemblât à notre roman. Ni l’étude de Halliwel
sur les Thornton romances , ni le livre de lady Guest, consacré aux contes
gallois, ni la thèse spéciale de M. Heinrich sur Perce val, ne donnent la
moindre indication. ,
La patrie de Wolfram von Eschenbach attache un grand prix à tout ce
qui peut se rapporter à son Parzival. M. Kellcr a trouvé au Vatican la
continuation en vers de Wolfram et le roman en prose de Luces de Gast ;
il n’a pas découvert autre chose; M. Ulhand a vu à Donnaueschingen un
autre manuscrit du continuateur de Wolfram; M. San Marte a étudié et
traduit le Perceval allemand ; M. Holland a publié la bibliographie la plus
complète de Chrestien de Troyes ; presque tous les savants allemands se
sont exercés sur ce sujet : aucun, que je sache, n’a mentionné, ni soup¬
çonné de Perceval en prose.
M. Bormans a analysé ce cycle littéraire et cité le beau manuscrit de
Gauthier Map, de la bibliothèque de Bourgogne ; M. Moland ( Origines
littéraires de la France) a étudié ces romans en prose d’après les plus
anciens manuscrits de Paris ; nul Perceval n’entre dans la classification de
l’académicien belge ni du savant français.
Une lettre publiée dans 1* Indépendance belge pour attirer l’attention
des savants sur notre roman, et les demandes particulières de renseigne¬
ments que nous avons faites en France et en Allemagne ont confirmé jus*
qu’ici nos conclusions.
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Un çenl manuscrit connu ressemble au nôtre ; c’est un manuscrit de
Berne, signalé depuis longtemps par Zinner. Mais il ne contient que deux
fragments qui représentent à peine la septième partie du roman, et qui ne
suffisent pas à en faire comprendre la portée (1).
Ce serait une tâche immense de recommencer, après tous ces savants,
l’exploration des bibliothèques de l’Europe ; mais, jusqu’à meilleure infor¬
mation, on peut supposer que, qpuf les précieux fragments de Berne, notre
roman est inconnn et que le manuscrit qui le contient est unique.
Notre manuscrit est complet ; c’est un petit in-4° sur vélin à deux
colonnes de 40 lignes ; il contient 112 feuillets de quatre oolonnes, dont
111 feuillets pleins et le dernier feuillet n’ayant que 10 lignes. L’écriture
est du treizième siècle. La première lettre est ornée d’une miniature assez
grande, à demi effacée. Chaque branche oommence par une grande lettre
historiée, rouge et bleue, dont nous avons donné un spécimen (page 1),
et chaque alinéa, par une petite lettre historiée, aussi rouge et bleue.
L’auteur déclare traduire un livre latin (pag. 306,348,213, etc.), et il
s’en rapporte à l’autorité de Josephus le bon clerc , ou le bon chevalier
clerc , si ce passage (page 3), qui n’est pas confirmé par le manuscrit de
Berne, n’est pas une faute de notre copiste. Ce Joseph, comme l’ermite
Nascien de la première partie du Roman du Oraal , écrit la Haute histoire
sous la dictée et par les ordres d’un ange, et il y était . Les fragments
de Berne, faisant partie d’un manuscrit qui contient plusieurs œuvres,
sont précédés d’un titre ainsi conçu :
« Ici après commence li histoires del saint Graal et comment il fu con-
• quis et quel chevalier l'alèrent querre. Si nos tesmoigne Joseph, qui
• ceste hystoire fist par Vanoncion de Vangle , et si dist que Percevaus et
• messires Gauvains et Lancelos del lac furent li troi chevalier qui la
• conquieste en firent, et si nos dist Josephes, qui y fu, que Parcevau le
• conquist. «
Joseph est l’auteur de l’œuvre latine. Les dernières lignes de notre
manuscrit nous donnent des indications précieuses :
• Por le seingnor de Neele fist le seingnor de Cambrein cest livre
(i) Ces fragments se trouvent à la fin da riche manuscrit de Berne, in-folio à 3 colonnes
du un* siècle, qui porte le n* 143, décrit par Zinner (II, 354), et qni contient nn fragment
de 9,500 vers environ du Pcrceval de Chrestien de Troyes et de nombreuses œuvres en
vers et en prose dn xin* siècle : à la suite du dernier poème : Duremart le Gallois,
se trouvent six feuillets comprenant tout le début de notre manuscrit, et un septième
feuillet contenant un autre fragment qui se rapporte aux pages 909 à Si do présent
volume. J’en ai donné en notes les principales variantes.
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— 355 —
« escrire, qui onques mès né fu traitiez que une seule foiz avec cestui en
• roumanz, et cil qui avant cestui fust fez est si anteus qu’à grant
• poine an peust l’an choissir la lestre. Et sache bien misirea Johans de
« Neele, etc. *
Ainsi, ce roman a été écrit pour l’évêque de Cambrai, pour être offert
à Jean de Nesle, et ce sujet n’avait été traité auparavant en français
qu’une seule fois dans un manuscrit si ancien qu'à peine pouvait-on le
déchiffrer.
Ces lignes ne peuvent être ni de Joseph, ni de son premier traducteur;
elles doivent appartenir à l’auteur de notre manuscrit ; car il n’est pas à
présumer qu’un copiste de seconde main, écrivant pour un autre seigneur et
copiant un manuscrit plus récent, eût reproduit cette dédicace et répété,
faussement cette fois, ce que le premier avait pu dire de son texte ancien.
Le nom de Jean de Nesle nous permettra de fixer l’époque où œtte
copie fut faite pour lui. Les derniers mots cités nous empêchent de cher¬
cher ce seigneur après l’an 1200 ; car à cette époque, au dire de Raoul
de Houdenc, les œuvres de Chrestien de Troyes étaient célèbres et ne
devaient pas cesser de l’étre pendant plusieurs siècles. Des deux Jean de
Nesle qui furent châtelains de Bruges, il faut donc s’arrêter au père qui
tint sa charge de 1170 à 1212. Dès lors, l’évêque de Cambrai doit être
Bogerde Wavrin, fils lui-même d’un sénéchal de Flandre, et qu’on voit avec
Jean de Nesle eu Palestine, devant Saint-Jean-d’Acre, en 1187. Rien
n’était mieux fait que ces sortes de romans pour engager les seigneurs à
prendre la croix et l’on peut supposer que l’évéque offrit son livre au châ¬
telain avant de se croiser avec lui. L’évêque mourut devant Saint-Jean-
d’Acre, en 1189, ou, selon d’autres, en 1191. Jean de Nesle devait
prendre une seconde fois la croix avec Baudouin de Constantinople, le
23 février 1200, et il devait, en 1204, commander la flotte qui conduisit
Marie de Champagne à Ptolémaïs. Jean de Nesle aimait les Lettres; des
chansons d’Audefroid le Bâtard lui sont dédiées.
Ainsi, cette copie, ou peut-être cette version renouvelée du vieux roman,
peut être reportée à l’époque de la rédaction des branches du Qraal de
Luces de Gast et de Gauthier Map, c’est à dire à U £n du douzième siècle,
et il n’y a pas de témérité à faire remonter la première rédaction gauloise
au commencement du douzième siècle et l’œuvre latine du bon Joseph au
onzième.
Les fragments de Berne prouvent que notre copie ne fut pas unique et,
comme ils sont plus lisibles et beaucoup plus corrects, rien ne s’oppose à
ce que nous en croyions la note finale de notre manuscrit.
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— 356 —
Ce manuscrit est très fautif, et le copiste semble noos expliquer pour¬
quoi, lorsqu’il dit qu’il peut à peine distinguer la lettré de l’original. Il
est à regretter que les feuillets de Berne ne soient pas complets; nous
aurions dû les publier de préférence. Si une version plus correcte était
découverte, ce roman offre assez d’intérêt pour qu’on en publie une
seconde, une meilleure édition.
N’ayant aucun autre texte à suivre, nous avons pris le parti de publier
le manuscrit avec ses fautes de grammaire et toute sa variété d’ortho-
grapbe. Nous prévenons donc les lecteurs qu’ils ne doivent pas s’attendre
à trouver un texte correct. Ainsi, les terminaisons du singulier ou du plu¬
riel, du nominatif et des autres cas, sont loin d’être toujours observées,
même pour les noms propres. Ayant souvent trouvé Lanceloz, Mélioz,
Gau vains, etc., nous avons bien orthographié ces noms partout. Mais
pour Perceval, nous avons cru devoir agir autrement : l’auteur écrit le
nom du héros de diverses façons : Pellesvaux , Peslevaux , Percevaux ,
Percevaa le plus souvent Perceval au nominatif. On ne sait quand ni
comment le nom gallois ou armoricain de Pérédttr ou de Péronik fut
traduit en Perceval; M. de la Villemarqué attribue cette traduction à la
langue française et à Chrestien de Troyes ; mais un passage de notre
roman nous met sur la voie d’une explication contraire; il donne au
héros le nom de Par-lux-fait; ce qui semble la traduction de Per-se-
valent, d’où Perceval , et, si ce mot ne rend pas le sens que les savants
attribuent à Pérédur : chercheur de bassin , il a le mérite de résumer le
caractère du héros qui ne doit rien qu’à sa bonne nature : Car il le tenoit de
nature, dit Chrestien de Troyes. Cependant notre auteur ne rend pas
Persevalens par Per soi-vaut, et il ne trouve pas dans Par-luifet l’éty¬
mologie de Perceval; il y voit au contraire une sorte de surnom remplaçant
le nom véritable pour ceux qui l’ignorent encore ; et il donne une autre
explication du nom de Perceval , qui nous éloigne singulièrement des noms
gallois et du nom latin (v. pag. 19). De là, ses hésitations dans l’ortho¬
graphe du nom du héros, hésitations assez significatives pour être con¬
servées.
Les fautes du manuscrit ne se bornent pas là (1). 11 emploie tantôt la
terminaison du pluriel pour le singulier, du régime pour le sujet, et réci¬
proquement ; tantôt l’indicatif du verbe pour l’imparfait ou le prétérit
(1) Je ne relèverai pas ces fautes dans les notes, et me bornerai à celles que je n'ai pas
signalées en géoéral icL
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pour le futur. Quelquefois il se sert des homonymes les uns pour les
autres : choses pour chances (page 52), clercs pour clefs page (184), reco-
vrer pour recovrir (page 234), etc. D’autres fois, il retranche une syllabe:
nuieuse, poulture, mestance, pour anuieuse, sépoulture, mises tance; crieux
pour cruieux, ordre pour aerdre , art pour aert , etc., ou bien il ajoute une
syllabe ou une lettre : anhaïr, procession, rerevint, etc. Souvent il em¬
ploie qui pour que; qui pour qu'il et réciproquement: puis, si pour se,
ès pour el, des pour del, ces pour ses.
L’orthographe du manuscrit est des plus variables. Ici, il supprime
des lettres, soit qu’il néglige d’indiquer la lettre supérieure, signe
d’abréviation, soit qu’il suive un caprice de dialecte : loig, besoig, tieg,
vieg, frai g, poigte, greigdre, pour loing, etc., — s'apartir pour s'anpar -
tir , palet pour parler, traites , pour traitres, etc. Là, il en ajoute :
antnors pour amors, avolglée, eschivre , esckivre, dissoit ou distoit,
diverses, dise, prisson, «m pour à *t, comme on a fait assavoir de
à savoir, etc., etc.
Tantôt, il remplace une voyelle par une autre : daigniez pour doignies;
loxans pour laians; roier pour raier ; jane poar jonc; quarre et requarre
pour querre; garre pour .guerre, etc.; tantôt une consonne : esmite ,
sant, songiez, estrit, costel, pour ermite, sanc, sougiet, estrif, costet.
Il emploie presque généralement le z au lieu de l’s à la fin des mots,
et cette terminaison semble pour lui invariable. Enfin il remplace souvent
le j par le g : gaianz, serganz, ganz; et il écrit voier et assoier pour véoir
et assèoir, estaler, estauler pour establer, etc., etc.
Plusieurs de ces formes se retrouvent ailleurs ; la plupart se rattachent
au dialecte flamand de la langue d’oïl et pourront être utiles à l’étude
des dialectes.
Devant ces fautes nombreuses, devant cette variété quelquefois étrange,
nous n’avons pas songé à suivre une stricte correction grammaticale, ou
une orthographe régulière et uniforme. Le lecteur prévenu rétablira
facilement le texte, et nous indiquerons en notes quelques corrections.
Il nous a semblé préférable de conserver au manuscrit sa physionomie
et en quelque sorte le goût de terroir du cloître de Cambrai; et qui sait
si cette irrégularité ne représente pas moins l’ignorance du copiste que
ses efforts pour rajeunir la langue à demi formée et le dialecte plus
accentué du onzième siècle?
Le même effet s’est produit dans l’impression de ce livre : l’irrégula¬
rité du texte a passé dans la correction typographique et nécessite de
nombreux errata. Puisse un savant découvrir une version plus correcte
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— 358
de œ précieux roman, et en donner une édition meilleure ! U nous suffit
d’avoir ajouté ces nouvelles pages, pleines d’intérêt, au cycle si curieux
du Graal.
NOTES ET CORRECTIONS PROPOSÉES
Page 3, ligne 5. Sa mère. Le Ms. porte : sa mère, son père, sam qu'un
des deux mots soit effacé. Il faut sans doute lire avec
le Ms. de Berne : son père.
— 5, — 3. La chapelle Saint-Augustin. Saint Augustin est la
premier archevêque de Londres, envoyé par le Papa
Grégoire après la victoire des Anglo-Saxons pour
les convertir.
— 5,-7. Porquoi — il faut sans doute lire : pour que.
— 6, — 30. Estavaus : signifie cierge.
— 8, — 20. Que manroiz-vosP lisez : Qui manroiz-vos?
— 8, — 14. * A Saint-Pol, à Londres, car l’iglise était fondée
noveiement. » L'église de St-Paul fut bâtie en 604,
par Vévêque Augustin , sur l'emplacement du temple
de Diane; agrandie en 674, incendiée et réédifiée
• en 1003, etc.
— 9, — 21. Ainsint feite et ainsint doucement —ellipse curieuse ,
pour : ainsint feitement, etc.
— 10, . — 15. Estres — estrif.
— 19, — 5. Loe sa plaie, l. Lève ou lave.
— 24, — et passm. Où elle, où il, sont employés souvent pour qui.
— 27, — 13. Bruis — n’est-ce pas buis qu’il fout lire?
— 36, — 28. Devant lor — devant els.
— 38, — 10. Li leus de son service repaire. Le copiste aura né¬
gligé $ effacer : service, qu'il remplaçait par repaire,
comme à Berne.
— 64, — 1, etpassim. Chéanne employé pour chaënne.
— 73, — 17. Il damoiselee, l . EU damoiseles.
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- 859 —
Page 94, ligne 16. Desoonforte, le sens exigé : rescon forte.
— 100, — 1. Par II chevaliers — por, etc .
— 106, — 39, et passim. Doie, l . Dois.
— 113, — 35. Oïr regreter et recorder. — Il faut lire sans doute :
Oïr recorder.
— 115, — 4. Le oonssanti et le oonssoivi. — Ilfaut tome doute
effacer les trois premiers mots.
— 120, — 36. Corne i, /. Corne il.
— 129, — 13. Puis, L Pis.
— 131, — 5, et passim . Je Fa, /.Je Fai.
— 134, — 5. Oïr, mis pour Oïl.
— 139, — 2. Peut, /. péust.
— 140, — 16. Que que, pour puis que.
— 140, — 21. Il faut sans doute : De.sa chevalerie ne de son har-
dement.
— 141, — 27. Cele part, /. nule part.
— 143, — 36. Le le, /. Le.
— 147, — 7. Viennent, /. Venoit.
— 165, — 3. Est convenant, /. Est en convenant.
— 194, — 24. Àhitent, L Àbite.
— 197, — 23. È8 chastel, /. El chastel. Id. 220, Ès coffre pour
el cofifre.
— 198, — 6. Respitiées, /. Respitiée.
— 202, — 26. D’ivoire. Le sens exige : de coivre.
— 230, — Cette histoire de la naissance du roi remonte haut. Les
oonteurs armoricains prétendent, dit M. De la
Villemarqué, que • le sévère prophète (Merlin),
voyant son jeune maître près de mourir d’amour pour
une reine de Cornouailles, consentit à jouer près de
lui le rôle que joue Mercure auprès de Jupiter dans
Amphytrion et participa de la sorte à la naissance
du roi Arthur. • ( Merlin , pag. 114.) Ce fait
est aussi raconté dans le Merlin de Robert de
Borron.
— 230, — 28. Venoit, /. Voloit.
— 235, — 8. Par. Le sens exige : sur.
— 242, — 3. C’est, pour se est.
— 249, — 2. Le mostra, l. Lors li monstrent. Ce passage est
évidemment msstüé .
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— 860 —
Page 251, ligne 4. Tenist, le sens exige : ténia tes.
— 252, — 4. L’aviroient, sans doute pour : l’avironoient.
— 254, — 6, et passim. Fui*. Le second copiste écrit toujours : fuiz,
pour fiuz.
— 257, — 36. Fichiez, üfaut sans doute lire : Sachiez.
— 260, —» 28. Pour le congié, le sens demanderait : prent lecongié.
— 265, — 18. Convient, ilfaudrait lire : Conjoient.
• — 270, — 18. S’il, lisez : Si. — Ligne dernière : Revint, lisez:
Revinrent.
— 270, — 24. Que l’an apele Chinon. — Cette légende sur tori-
gine du château de Chinon se retrouve dans les chro¬
niques de Saint-Denis : • Le château de Chinon , qui
fut apelez Kinon , pour Kaion le «autre le roi Arthur
qui jadis Vot fondé . (Gestes de Phil. Auguste,extr.
des O . Ch . de St-Denis . Don Bouquet XVII.)
— 281, — 8. Il priât consenti li rois. Il faut lire : Si priât, etc.
— — — 19. Qu'il i pouroit, est mis pour : Qui il i pourrait.
— 287, — 15. Bénéie, il faut, bénéi.
— 292, — 9. Ostroi, il faut : ostroit.
— 293, — 21. Revoler, pour reveler (rebeller).
— 293, — 19. Dissent, le sens exige : disset.
— 297, — 36. Ocis et que navrez, sans doute pour : tant ods que
navrez.
— 298, — 1. Comenda, il faut lire : Comença.
— — — 8. Le XX, il faut sans doute ; les XX.
— 299, — 10. Le roi Peschéor. Le sens exige : le roi Hermite.
— 301, — 5. Chauvache pour sauvache, sauvage.
— 302, — 18. Feites, la grammaire veut : feite.
— 323, — 6. Àvoient, la grammaire veut : avoit.
— — — 13. A ce, il faut lire : à cens.
— 325, — 33. Panroiz terre, le sens demande : perdraiz vostre
terre.
— 320, — 17. Ce passage est évidemment corrompu; le Ms. porte :
en irez vostre.
— 333, — 16. Sor lui non, il faut : se lui non.
— 334, — 34. Vint, le sens demande : voit.
— 335, — 20. La serpant. Il faut lire : la serpante, ou le ser¬
pent.
— 336, — 32. Nueve,/or*w inusitée pour : Noe.
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361 -
Page 338, ligne 26 et 27. La portoit et la chaisoit. Le copiste aura
négligé, comme cela lui arrive souvent, de biffer les
trois premiers mots; il faut lire sans doute : la chai*
soit, pour la chosoit, de ckoser, coser {blâmer, répri¬
mander ).
—- 341, — 27. Los somes. Deux ou trois fois F enlumineur s'est
trompé d'initiale, et a mis : lamoiseie. pour damoi-
sele. La même erreur se présente tans doute ici et il
faut lire : Nos.
— 343, — 18. ïtequiert, lisez : requier.
— 344, — 36. Demora, lisez : demorra. Idem page 347, ligne 24 :
demorez est mis pour demorrez.
— 347, — 26. Il pris an plassors. Ce passage est évidemment cor¬
rompu; on pourrait lire : Il prisent ou il distrent
antre plnssors.
ERREURS TYPOGRAPHIQUES
Au lieu de : Lisez :
Pag. 3 lig. 18. qu’il»—qu’il.
— -19. le* toi*— les non». {Sup¬
primez la note.)
— 4 — 9. chevalier—[chevaliers].
— — — 12. li roi — le roi.
— 5 — 23 et passim. fui* — fia*.
— 6—4. conchier — concilier.
— 7 note 12. tordus — tortius.
— 9 lig. 12. chevaliers — chevalier.
— — — 21. escrit — estrit.
— — note 5. pan tare — pauture.
— 10 lig. a la - là.
— 11 — 14. prendons — preudons.
— — — 26. en droit — endroit. ( Jd.
p. 74.)
— 13 et passim. Inès — lues.
— — — 18. li pareil — sa pareille],
— 14—15. an commencement — au.
— 17 — 5. Un moût — uu mont.
-20- 7. li — le.
— — — 15. hlaumes — hiaumes.
— — — 16. Par lor cors — por lor
cors.
Au lieu de : Lisez :
Pag. — lig. 25, vit qui — vit que.
— 21 — 5 ils orenl — il sorent.
— 22 — 2. et 26. mont — moût.
— — — 2. oi je — oï je.
— 23 — 2. et eu note. Li rois —le roi.
— — — 16. feistes — feites.
— 24 — 6. réauoes — réaumes.
— — — 11. mes sires — messires. (Jd.
P . *&)
— — — 20. ans chief — ans chids.
— *5 — 3. goûte d’or — goûté d’or.
— — note 5. estole — estèle.
— 28 lig. 27. liens — leus.
— 29 — 25. autresint — antresint.
— 30 — 4. anulz — an vis.
— — — 26. uu aigle — une aigle.
— 32 et passim. pèvent— peuent.
— 34 — 9. garde moi—garde de moi.
— — — 29. duisant — denisant.
— 35 — 1. esfraement — esfraémeut.
— 38 — 3. rescovez — recoues.
— -13. li servise — le servise.
— — note 1. L’argesse — largesse.
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P.62 -
Au lieu de : Lisez : ]
i
Au lieu de : Lisez :
Pag.
. 39 Ifg.
3. boojor — bon jor.
< Pag. 126 lig.
33. encres — encrés
—
41
—
8. degerré — degeréé.
—
127
—
34. ainsint — ansint.
—
43
—
2. me faix — mes fins.
—
128
—
12. feines — reines.
—
—
—
4. ne me perdroie — ne ne.
—
129
—
9. à noire—à votre.
—
—
—
36. pieça, ore — pieça ore.
—
—
—
23. cestes — ceste.
—
43
—
5. Orsona — Or si m’a.
—
132
—
13. léisl - leist.
—
47
—
19. alant — à tant.
—
133
—
20. ne seriez — ne soiez.
—
49
—
7. n’a dame n’a — n’à dame
—
135
—
17. ne lui ost — ne li vost.
n’à.
—
137
—
2. ôs chambre—ès chambres.
—
53
—
25. conqueir — conquier.
—
438
—
22. par véoir — por véoir.
—
—
—
32. vonst — veusl.
—
140
—
1. fat-el — fel-il.
—
58
—
8. i a failli - j’ai failli.
—
141
—
4. vonst — venst.
—
—
—
30. remuassent — recrevas-
—
—
—
17. de li li brachez — de li. Li
senl.
brachez.
—
63
—
23. clos — clôt.
—
—
—
18. Supp. le ; après : l’esro.
—
63
—
28. bries — briés.
—
144
—
19. Supp. la virgule.
—
66
—
18. sans goûte d'or — samiz
—
—
—
29. séost— seust./</.146,f. 11,
gonté d’or.
et 228 y l. 33.
—
67
—
16. tenrcis — tenrtis.
—
147
—
18. avoir—avoit.
—
74
—
33. antrelele — antretele.
—
151
—
18. del chevalier, ajoutez :
—
75
—
21. pént — pont.
[enquerre.]
—
—
—
34. esteint — estreint.
—
152
—
22. atendre — aleindre.
—
79
—
33. traiz — tralz.
—
153
—
31 trahirent — treislrent.
—
80
—
30. li chevaliers — li chars.
—
155
—
26. descoannéns — descon-
—
84
—
9. nos — vos.
néus.
—
—
—
28. resloigna — ressoigna.
—
—
—
27. Connoistre-je — Connois-
—
—
—
31. estoieos — esloieos qui.
troie-je.
—
89
—
22. éches — écbès.
—
156
—
21 des de — dès de.
—
90
—
11. ce la — ce est la.
—
157
—
1. estrages — estranges.
—
92
—
7. l’an m’Qt — l’an m’oit.
—
158
—
30. ce n’estoie—ce n'estoit.
—
—
—
30. an povre — an povre.
—
160
—
17. vint — voit. Id. vnidier.
—
99
—
23,24 et 26. an fers — anfers.
p. 167 et voide, p. 231.
—
100
—
24. et passim: as si — assi.
—
—
—
21. a tel —à tel.
—
103
—
8. et passim. oi — oî.
—
—
—
35. la porte — le porte.
—
—
—
16. mi faites — m’i feites.
—
161
—
25. De fors — defors.
—
102
—
19. ce quia — ce qui à.
—
164
—
14. Lancelot — Perceval.
—
—
—
23. vint — vniz.
—
—
—
23, et passim. aide — aide.
—
103
—
8. li chevalier— le chevalier.
—
—
—
36. manvéise — mauvaise.
—
—
—
23. Suppr. le point après :
—
—
—
2. soufres-nos— soufrez vos.
qui de.
—
—
—
6. à-a.
—
106
—
36. vicaires — viairea.
—
169
—
19. gasté — gaste.
—
107
—
30. haine — haine.
—
170
_
1. cestes — ceste.
—
115
—
7. vangist — vangast.
—
—
—
4. leu — leue.
—
117
—
27. à eise se si. Supp. se.
—
—
—
6. par —por.
—
118
—
28. por offre — poroffre.
—
—
—
10. s'an dormoit — s’andor-
—
119
—
27. traïrrenl — trairrent.
moit.
—
130
—
28. Supp. la virgule.
—
171
—
29. greigooir — greigoor.
—
133
—
20. si —se.
—
174
—
24. péoureos — péonreus.
—
124
—
8. flaieus — flajeus.
—
177
—
13. remonte — temoute.
—
135
—
6. en cel — en tel.
—
—
—
19. ceste — cest.
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— 363
Au heu de : Lisez: I Au lieu de: Lisez:
Pag. 177 lig. 34. recovra—reconta. I Pag. 250 lig. 42. dissoit — dissoieot.
— 483 — 7. les VIII- les VIL
— -23. loi le — loi et le.
--36. la —là.
— 185 — 29. sonl fil — son fil.
— 186 - 26. Nos ele - Noie.
— 188 — 2. Teisseil — veissel.
— — — 14. ceurt le — ceort [fers] le.
— — — 15. l'araticent — la ratiseol.
— 191 — 5. remuez — remez.
— 192 — 24. qui m’est — qui n’est.
— 193 — 15. vencheroit chevalier —
▼encberoil [le] cheva¬
lier.
— 196 — 17. an ferra — anferra.
— 197 - 25. air - aïr. Id. p. 208,
l. 27.
— 200 — 13. faost — f&nl.
— — — 15. enronga — enrouga.
— 205 — 17. ameurir — araenrir.
— -18. deintié — déité.
— 2U9 — W- prophétie — prophélié.
— 215 — 20. déçoivent — déçoivent.
— — — 21 et 22. traîtres et sondaianz
— traîtres et sondaianz.
— — note 4. ne nan — ne n’an.
— 240 — 22. chief-chiés.
— 223 — 5. planteine — plantéive.
— 225 — 17. vileinie—vileinoe.
— — — 27. anstres — aoslres.
— 231 — 20. vecrai — venrai.
— — — 31. covrinne — coorinne.
— 233 — 11. pensd’erbe—peusd'herbe.
— — — 19. si —se.
— 234 — 21. bénéicon — béoéiçon.
— 236 — 7. cnidoie — cuidoit.
— 239 — 21. tourmoiemenz—tournoie-
menz.
— 240 — 4. gaisse — gailte.
— 241 — 27. ai-ge — ain-ge.
— 243 — 3. chevalier — chevaliers.
— 246 — 7. Laroînne,<ÿottte?;[mout
dolente].
— — — 6. n’en éust— n’en ot.
— 247 — 6. merveill — vermeilI.
— 249 — 20. mettre un; apr. plan¬
tez.
— — — 27. profession — prosession.
—' 250 — 19. [la paissance] —[la puis¬
sance non].
251 — 19. neilméismes — il méismes
ne. Le Ms. porte : il
ne il méismes.
257 — 8. antre qoi — antre qoe.
— — 13. oéelee — néélée.
259 — 4. s’ele me — s’ele ne.
263 — 18. nns—nne.
264 — 2. Anootre — Avontre.
265 — 25. lior— lor.
267 — 3. anbatre— anbarer.
270 — 36. revint — revinrent.
271 — 13. à gasle — agastio.
— — 33. vous n’avez—vous n’i avez.
— — 34. desrochié — desrocbie.
272 — 9. l’an — jan[l].
280 — 25. quart — quar.
281 — 6. Supp. la , après : estoit.
282 — 19 et 20. nés oiez — ne soiez.
283 — 22. avant—avanc.
— — 34. el la — «lia.
284 — 11. an chastel — an chas tel.
— — 17. ceste — cesl.
289 — 5. fu-je — fuisse.
290 — 21. qui meint — qui m’eint.
293 — 24. looient — l’oolent.
294 — 1. saroie— sa noie, prnavie.
— — 4. Ains — ams.
299 — 16. cort —cors.
302 — 10. i tant — itant.
— — 32. en pensé— enpensé.
304 — 23. li chevalier—le chevalier.
305 — 10. venez — venuz.
— — 15. antresint — autresint.
307 — 18. Après : ne doit, ajoutez :
[estre an],
310 — 5. cheval — che val.
-31 océisses — océistes.
312 — 11. s’en partis — s’est partis.
— — 14. li rois l’eust—li rois l’énst.
313 — 32 et 33. ève courant, aures
, ocist — ève courant
au rés, ocist.
315 — 2 et 3. Pour panser—pour-
pansée.
316 - 29. si — s’i.
317 — 7. enauroienl — eoanroient.
319 — 36. marine — mâtine.
— — 4. sostive—sostlne.
320 — 10. en tor — entor.
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364 —
Au lieu de : Lisez : , Au lieu de : Lisez :
Pag.3251ig. 33. panroii,a/owfez [rostre]. Pag. — 11g. 25. estoil — esloie.
— 328 — 8. aséchierre — à séchie — 343 — 7. si — s’i.
lerre. — — — 20. bandé—hanté.
— 329 — 26. ocorooe — coarone. — — — 22. néiant — neiant.
— 330 — 23. la garnie — Ta garnie. — 345 — 1. anbronchier — anbron •
— — — 30. Pen conronne — l’en la chier.
couronne. — — — 4. que on»—[Jecoic]qnenos.
— 331 — 31. an core — ancoré. — 348 — 22. anciens — anleos.
— — — 31 très bonté granl — très — — — 27. par els — par cels.
grant bonté. — 349 — 3« Noir hermite — noir che-
— 333 — 5. fos-ge — fosse. valier.
— 23. Julain —Vilain. — 349 — 14. et la mauvaise — et
— 335 — 27. estrarère — estraiére. détruit la mauvaise.
— 340 — 10. dorerse — diverse. — 350 — 33. trois — treize.
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DOES NOT
CIRCULATE